‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 96 sur 405 · A M. SALES DE PRÉGNY · texte numérisé non relu

A M. SALES DE PRÉGNY

Monsieur,

Je serai très-aise de vous avoir pour voisin. Je suis peu flatté, à mon âge, d'être seigneur de Toumay ad vitam. Les petits arrangements qu'on pourrait prendre

DE TOLTAIRE (1769). I«3

avec Y0U8 et avec M. le président de Brosses ne seront pas bien difficiles. Je ne demandais à M. le président de Brosses qu'une sûreté, qu'il n'inquiéterait point après ma mort mon fermier, à qui les bestiaux et les ustensiles appartiennent.

J'ai fait beaucoup trop de dépenses à cette maison que je n'ai jamais habitée. Je l'ai achetée fort cher, et je n'en ai presque rien retiré; mais j'ai fait de plus grandes perles, et je me suis consolé. Je suis persuadé que si vous achetés cette terre > tous ne refuserez pas le petit dédommagement qui m'est dû, et que vous proposez vous-même. Je pense que vous êtes en effet le seul Genevois à qui cette terre convienne, et je doute qu'aucun autre voulût l'acquérir. Yous y avez des domaines en firanc-alleu, et tous seul êtes assez riche pour acheter une terre qui ne vous rapportera rien, tant que je vivrai. Or, je vous avertis, monsieur, que je compte vivre jusqu'à quatre^vingtsieux ans au moins, attendu que mon grand-père, qui était aussi sec que moi, et qui ne faisait ni vers ni prose, en a vécu quatre-vingt-trois.

Ayez la bonté de prendre vos mesures là-dessus. Soyes sûr que je vous donnerai toutes les facilités possibles pour cette acquisition. Je suis à vos ordres, et j'ai l'honneur d'être, avec tous les sentiments que je vous dois, monsieur, votre très-humble, etc.

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