A M. REY (Marc-Michel
Ferney, 7 fétrier.
On m'a dit, monsieur, qu*on voulait réimprimer, en Hollande, la nouvelle édition du Siècle de Louis XIV et de Louis XF, faite à Genève, et qui parait actuelle* ment à Paris avec quelque succès. Si c*est vous qui la réimprimez, je vous avertis que cet ouvrage est tout rempli de fautes typographiques. 11 y a un errata imprimé à la fin de chaque volume ; mais cet etrata est très-insuffisant. En voici un nouveau, absolument nécessaire.
Si ce n*e8t pas vous qui vous chargez de cette édition, je vous prie de vouloir bien communiquer cet errata à celui de vos confrères qui fait l'entreprise ; vous rendrez service au public et à moi.
Au reste, je souhaite passionnément que ce soit vous qui fassiez au Siècle de Louis XI V l'honneur de l'imprimer.
J'ai une prière plus sérieuse et plus importante à vous faire : c'est de vouloir bien empêcher qu'on déshonore mon nom, en le mettant dans la longue liste des ouvrages suspects qu'on débite en Hollande. Mon nom ne rendra pas ces ouvrages meilleurs, et n'en facilitera pas la vente. J'aurais trop de reproches à me faire, si je m'étais amusé à composer un seul de ces ouvrages pernicieux. Non-seulement je n'en ai fait aucun, mais je les réprouve tous, et je regarde comme une injure cruelle l'artifiee des auteurs qui mettent
i66 LETTRES INÉDITES
SOUS mon nom ces scandaleux écrits. Ce que je dois à ma religion, à ma patrie, à rAcadémie française, à rhonneurquej*ai d'être un ancien officier de la maison du roiy et surtout à la vérité, me force de vous écrire ainsi, et de vous prier très-instamment de ne pas souffrir qu*0D abuse de mon nom d*une manière si odieuse. Vous âtes trop honnête homme pour me refuser eeita justice. J*ai l'honneur d*étre, etc.
Une maladie épidémique a régné si longtemps dans mon pays barbare , celui qui écrit d'ordinaire pour moi a été si longtemps malade et moi aussi, j'ai été enfin dans un état si triste que je ne sais plus si j'ai répondu à la lettre dont vous m'honorâtes, il y a environ un mois. Si je ne me suis pas acquitté de ce devoir, je vous en demande pardon, quoique je n'aie pas tort. Si je l'ai rempli, cette lettre-ci ne sera qu'un dvr' plicàia de mes sentiments pour vous et de ma reconnaissance.
J'ai trouvé toute ma façon de penser et de voir les choses dans ce que vous avez eu la bonté de m' écrire. Cela m'a àoané une confiance extrême. Voici bientôt le temps où vous partirez pour la Corse. Je vous y souhaite tous les succès que votre valeur et votre prudence méritent.
Il y a quelque apparence que les troubles de Pologne et la guerre des Turcs dureront plus que la petite guerre des Corses. Je ne sais guère que
des nouvelles de l'Orient et du Nord. Moustapha s'éiSBi bit apporter des lettres qui n'étaient pas écrites en turc, et qu'on avait interceptées» fit venir ses dr<^mans pour les traduire. Ces lettres étaient en chif* lires; les interprètes répondirent qu'ils ne pouvaient pas faire leur traduction. Moustapha les menaça de les faire étrangler. Le visir ayant demandé grâce pour eus, il lui dit qu'il était un fou et qu'il le déposait. Les provisions de la place données au successeur portent que son devancier a été déposé, parce qn'il était fou y et que Sa Hautesse ordonnait au présent visir d'aller sur-le-champ châtier les Russes pour n'avoir pas obéi aux ordres eiprès que lui, Moustapha, leur avait donnés de vider sans délai la Podolie. II faut avouer qu*on ne peut avoir ni plus d'esprit , ni plus de modestie que Moustapha.
Vous savez que l'électeur Palatin a envoyé trois mille de ses soldats prendre les eaux à Aix-la-Chapelle. Le pauvre malade n'en sait pas davantage, et sûrement il n'ira point se baigner à Aix-la^bapelle, cette année.
En quelque état qu'il soit , il vous sera toujours attaché, monsieur, avec les sentiments les plus tendres et leaplus respectueux.