‹ Lettres inédites des Feuquières (volume 2)Chapitre 10 sur 48 · DE M. DE FEUQIUKRES A M. COLBERT DE CROISSY · texte numérisé non relu

DE M. DE FEUQIUKRES A M. COLBERT DE CROISSY

A Stockholm , le 13 mars 1G80.

Monsieur, je dois response à deux de vos lettres parce que F ordinaire a fait un excès de diligence à m' apporter la dernière, qui est du 23 février, J'espère qu'il s'en fera une règle pour l'avenir que les jours seront assez longs. Ainsi je n'aurai plus que cinq fois à écrire avant que de recevoir response à la première ; ce qui sera pourtant encore un assez grand inconvénient pour un homme qui a tant besoin d'instructions que moi.

Je vous rends grâces, Monsieur, de la nouvelle qu'il vous a plu de me mander du voyage du Roy pour un si bon sujet que celui de recevoir Madame laDauphine. Voussçavez mieux que moi s'il est autant utile au service de Sa Majesté qu'agréable à un ambassadeur de sçavoir de si bonne part ce qu'il y a de considérable. Faites-moi toujours, s'il vous plaist , l'honneur de me croire, Monsieur, vostre très-humble et très-obéissant serviteur.

DE M. LE MARQUIS DE PAS A M. DE FEUQUIERES

A Paris, le 16 mars 1680.

Je responds , Monsieur , à vos lettres des 14, 16 et 21 février que j'ay reçues en mesme temps. Vous

aurez desjà sçu par mes précédentes que j ay parlé à M. Colbert au sujet du voyage dont vous me parlez. J'attends présentement le retour de la cour, pour voir quelles mesures je pourray prendre avec luy sur ce sujet, ayant depuis longtemps beaucoup d'impatience de vous voir. Je ne mèneray, si j'y vais, que deux personnes avec moy et me conduiray comme vous me le mandez, à moins qu'à Amsterdam je ne trouve un vaisseau prest à faire voile pour Gottembourg et que le temps soit beau.

Je responds à celle du 21 , et vous diray, au sujet de mon affaire, que je n ay jamais vu La Voisin, que les accusations faittes contre moy sont des balivernes sans fondement, dont je vous entretiendray à fond et qui, en vérité, ne valent pas la peine d'estre mises en chiffres, outre que cela ne se pourroit pas tout escrire en trois jours, Elles consistent en deux chefs principaux, de sçavoir par qui j avois prié une femme, nommée Madame Vigoureux1, de me marier. Cette femme est morte à la question, il y a près d'un an. Elle estoit une des hardies empoisonneuses. Je ne l'ay jamais vue qu'il y a peutestre deux ans qu'elle vint chez moy me dire que son mary estoit tailleur pour femmes, qu'il servoit feu

1 Marie Vandon, femme de Mathurin Vigoureux, tailleur pour habits de femmes , condamnée à mort pour crime d'empoisonnement, par arrêt de la Chambre de l'Arsenal, du 8 mai 1679.

nia mère ' et que ce me seroit une grande charité si je

1 « Antoine de Pas de Feuquières fut interrogé le \" février 1680. « Il avait été une fois chez Marie Vandon , femme de Mathurin Vi- « goureux, tailleur de Madame de Feuquières sa mère, et il s'était « trouvé chez la marquise du Fontet avec M. de Luxembourg , le « jour que Le Sage y était venu. On lit dans VHistoire de Montmo- « rency, t. V, p. H6, la manière dont le maréchal présenta cette scène « dans son interrogatoire. Son récit est un peu différent de celui de « Madame du Fontet. « Interrogée le 28 janvier 1840, elle se renferma « dans une dénégation presque absolue , et , le 6 mars suivant , elle « déclara que, l'instruction que l'on faisait regardant le service du « Roi , la considération du bien public l'obligeait de déclarer que « M. le duc de Luxembourg et le marquis de Feuquières étaient ve- « nus chez elle. M. de Feuquières, un moment après, vint lui deman-

« der du papier et de l'encre pour écrire un mot et ledit sieur de

« Feuquières retourna dans sa grande chambre , où ils écrivirent

« Peu de temps après, M. de Luxembourg, M. de Feuquières et un « autre homme nommé du Buisson (nom que prenait Le Sage), mon- « tèrent tous trois , avec un laquais qui portait un réchaud de feu ,

« dans une chambre haute Ils firent sortir le laquais, ne demeu-

« rèrent pas longtemps dans cette chambre et sortirent ensuite sans « parler à Madame du Fontet , et sans qu'elle ait su ce qui s'était « passé chez elle. » Madame du Fontet ajouta que du Buisson ( Le « Sage) revint chez elle au bout de quelques jours et fut étonné de ce « que ces Messieurs n'étaient pas revenus. Il était mécontent de n'a- « voir reçu que dix pistoles. Madame du F'ontet fit une nouvelle dé- « claration le 12 mars suivant, de laquelle il résulte que M. de Feu- « quières lui avait dit que du Buisson ou Le Sage était un escroc , « qu'il lui avait fait enterrer de la cire et dix pistoles , lui promettant « de lui faire retrouver une chose perdue , mais qu'étant retourné de- « puis à cet endroit, il s'était aperçu que l'argent avait été enlevé. M. de « Feuquières lui raconta enfin la mystification des billets brûlés , à « peu près de la même manière qu'on la lit dans Désormeaux. »

Cette note , puisée dans les Interrogatoires et déclarations de Marie de La Marck , femme du marquis de Fontet , mestre de camp d'un

voulois prendre pour laquais un petit garçon quelle a voit avec elle et quelle disoit estre son fils et filleul de ma mère. Mais, heureusement pour moy, je le trouvay trop petit et n'en voulus point. Apparemment , comme elle se mesloit aussy de dire la bonne adventure, elle leur aura dit quelque chose qui les a obligés à me faire cet interrogatoire. Vous voyez bien qu'il n'est pas considérable. L'autre est le récit d'un billet bruslé en la présence de M. de Luxembourg, de feu La Vallière et de moy, dont un homme nommé Le Sage disoit qu'il nous rapporteroit la response dans trois jours , sans l'avoir vu ; de quoy nous moquant, La Vallière emplit une feuille de sottises , et puis on la brusla ; ce marault dit qu'il y avoit là des choses de fort grande conséquence, et on me demanda ce que c'estoit.

Mais tout cela ne me corrigera pas du séjour de Paris, qui est le plus beau du monde. Quant à M. de Luxembourg , ne me demandez pas quelles sont ses accusations , car nous ne les sçavons pas positivement; je sçais bien qu'il n'est pas empoisonneur. Mais au moins, pour moy, soyez sans inquiétude.

Ce qui nous fit prendre 4 000 et tant de livres

régiment de cavalerie, et dans les Manuscrits de l'Arsenal, est de M. de Monmerqué et se trouve , dans son excellente édition des Lettres de Madame de Sévigné , au bas de la lettre où l'incrimination de M. de Feuquières est mentionnée. Du reste, Madame de Sévigné fait bon marché de cette accusation , en l'associant à une autre aussi vague : « Feuquières et Madame Du Roure, dit-elle, toujours des peccadilles.»

de l'argent destiné à M. Bidal , fut que le comte de Gramonl sétoit oppose à l'expédition des provisions de mon frère, si on n achevoit de lu\ payer 17 000 livres restantes, et que, pour achever celle somme, il nous manquoit 4 300 livres que, dans la nécessité, nous fusmes obligés de prendre là, parce qu'assurément, sans cela, l'affaire de mon frère couroit fort grand risque; en effet, le comle de Gramont, poussé par les Cassions, qui lui offroient GOOOOescus, ne cherchoit qu'un prétexte pour faire voir au Roy que mon frère ne pouvoit payer. Mais M. Bidal sera payé au premier jour; et il a tort de se plaindre, puisque ce n a esté que par son consentement que nous nous sommes servis de cet argent.

DE M. DE FEUQUIERES A LOUIS XIV

A Stockholm , le 20 mars 1680.

Sire, le roy de Suède a esté neuf jours à Slockolm sans sortir du chasteau, et ordinairement enfermé dans sa chambre. Je l'ai vu cinq fois, et toujours trouvé mélancolique. Il n'a esté qu'une fois au sénat. La pluspart des autres jours il a empesché rassemblée en retenant auprès de lui les sénateurs qui le venoient saluer , et c'est Tunique plaisir qu'il a tesmoigné prendre dans sa capitale , si ce n'est celui d'en sortir. Quand il venoit des dames

chez la reine , il se retiroit sans leur parler. Il a toujours esté habillé comme à la campagne. Il n'a pas permis aux magistrats de la ville de lui faire la révérence, se retirant exprès, pour les éviter, par des portes de derrière. Il n'a pas voulu assister à un enterrement d'un sénateur, ce qui est contre la coutume, s'excusant sur ce qu'il n avoit pas de carrosse , et cela a donné occasion à quelques-uns de lui faire agréablement la cour en remarquant qu'en cinq années il ne s est pas servi une seule fois de cette voiture. Il est parti à sept heures du soir, ne voulant estre vu de personne , non plus qu'à son arrivée; personne aussi ne s'en est empressé. La reine, la accompagné jusques à Jacobsdal, c està-dire , lui à cheval et elle en carrosse , et le lendemain il a deslogé pour se rendre à Conseure, où 1 on est persuadé qu'il n'a aucune affaire, si ce n'est, comme ont dit de meschants plaisants, de se descharger du fardeau de la royauté et de pleurer sa virginité. On a sçu pourtant que, bien loin de pleurer, il a esté de bonne humeur dès qu'il s'est vu hors de la ville, ce qui a donné occasion à d'autres de dire plus sérieusement qu'estant venu icy contre l'avis de Guldenstiern , qui appréhendoit cette épreuve, il se réjouissoit véritablement de l'avoir soutenue au gré de ce ministre. Tout cela , Sire, ne marque pas que ce prince soit aujourd'huy les délices du genre humain, La reine, sa mère, v. 8

m LETTRES INÉDITES

ni ayant demande si je sçavois quil dust partir si brusquement, je lui ai respondu, Sire, que je m'en doutlois, mais que je sçavois bien qu'il ne le falloit pas sçavoir , sur quoi elle a soupiré et est tombée, durant quelques moments, dans une tristesse visible.

DE MADAME DE POMPONJNE A M. DE FECQUIERES.

A Paris, le 21 mars 1680.

Jay reçu, Monsieur, vostre lettre du I 6 octobre. Je vous vois toujours fort en peine, quoy que je vous aye mandé , de sçavoir si j'avois payé les 6 000 livres de M. Bidal. Vous verrez par le compte cyjoint1 que Ion ne peut apporter plus de soin que

Total de toute la despense jusques au dernier septembre 4G79.

Cy 191 9251 12»

Du M octobre, payé à M. Baix une lettre 3 000 »

Du mesme jour, payé à M. Baix une lettre 3 771 »

Du mesme jour, payé à M. Baix une lettre de. . . . 300 »

Du 19 décembre, payé à M. l'abbé Bidal 6 000 »

Du mesme jour, à l'ordre de M. du Pré, une lettre. 1 800 » Du mesme jour, payé à M. le marquis de Pas sur

sa pension , 1 G80 1 00Ô »

Donné à M. le chevalier de Feuquières sur sa pension, 1680 440 »

Payé pour les menus frais de l'argent reçu ...... s 8 b

Donné à Mlle Barthélémy la rente de son frère,

de 1679 33Ô »

Du 30 janvier, donné à M. le chevalier de Feuquières sur sa pension, 1 680 560 »

Payé à M. le marquis de Pas, sur sa pension,

A reporter 210 234 17 s

DES FETJQUIÉRES. 115

j'en ay eu à payer tout ce que vous deviez, dès que

jay eu de l'argent, et que Messieurs vos enfants né

vous ont pas donné le temps de penser que javois

Report 210 234 17 s

Du 6 février, payé une lettre de change à M. le

major Anergrip 360 »

Payé à M. le marquis de Pas sur sa pension de 1680 2 000 >>

Donné à M. le marquis de Pas lorsque l'oncroyoit

qu'il feroit un voyage 1 220 »

Du 20 février, payé à M. Van Gangelt une lettre de. 3 000 »

Payé à Marnait, du 26 février, son mémoire de. . . 184 8

Plus je luy ay donné sur l'année courante par

avance 11b 12

Du 18 mars, payé à M. Du Coudray à l'acquit de M. Aubert , que j'avois retenu de la pension de M. le

chevalier de Feuquières , cy 500 »

Du 22 mars , payé à M. l'abbé de Pas la pension

de M, son frère le chevalier de Morcourt de 1 800 »

Plus deux lettres de change qui sont celles que vous

avez tirées le 10 février, de 2 400 »

Plus j'ay rendu à Mlle Barthélémy, qu'elle dit que

son frère vous a donné 600 »

Total de toute la despense 222 114 17

Toute la recette jusqu'à cejourd'huy 2 1 mars monte

La despense à 223 114 17*

Partant , je n'ay plus à vous que 475 3 *

1 Le total réel de la dépense, comme on le voit plus haut, par le calcul même de Madame de Pomponne, est de 222 114 livres 17 sous. 11 y a erreur de 1 000 livres dans sou second total et par suite dans la balance de la recette et de la dépense, à moins que ces 1 000 livres n'aient eu une affectation convenue entre M. de Feuquières et Madame de Pomponne, et qu'elle ne croyait pas devoir mentionner.

de l'argent à vous , car ils sont pavés de toutes leurs pensions. Et, pour ce que M. de Tourmont vous a mandé que pavois reçu 1 5 000 livres pour vous , vous avez vu le dernier compte que je vous ay envoyé. Quant à M. l'abbé Bidal , il estoit demeuré d'accord avec M. de Tourmont que Ton prendroit vos 6 000 livres pour trois mois seulement, pour les donner à Calillon. L'on vient de recevoir présentement 1 0 900 livres pour M. de Rébenac , que Ton luy a encore données ; ainsy, Ton aura du temps pour le reste. Et pour F abbé Bidal, il a desjà reçu 4 500 livres de ses 6 000 livres.

Vous verrez, par mon compte , en abrégé , que je n'ay plus à vous que 475 livres, et que, si je ne reçois pas bientost de F argent pour vous, je ne pourray pas payer à M. de La Vie ses \ 500 livres; ce n'est pas que l'on m'a dit que l'on vous devoit bientost payer les trois derniers mois de l'année passée. Ainsy ce sera 7 900 livres que je pourray avoir à vous.

«Tusques à cette heure l'on n'a point encore respondu à Monsieur vostre fils s'il vous iroit trouver ou non ; cela me fait croire que l'on ne veut pas qu'il y aille. Ce ne sera pas par moy que vous recevrez des nouvelles, car j'en sçais trèspeu. L'on parle d'un grand voyage qui sera bien long; lorsque l'on sera party, nous irons passer une partie de ce temps-là à Pomponne. Madame Le Vas-

DES FEUQUIÉRES. 117

seur ma dit que son fils luy avoit mandé que vous estiez en peine de chercher quelqu'un pour recevoir vos appointements ; il me semble que je vous ay mandé que j'avois toujours Gellin, et que je les ferois recevoir et donner à vos ordres à F ordinaire ; ainsy , mandez-moy comme vous voulez que j'en use à l'avenir, car, pour moy, cela ne me fait point de peine, et à Fespargne ils ont lhonnesteté de me faire avertir dès qu'il y a de l'argent ou pour vous ou pour M. de Rébenac. Adieu, Monsieur, je vois bien que nous ne nous verrons pas encore sitost. Tous vos enfans se portent bien , et, pour chez nous , Ton s'y porte parfaitement , Dieu mercy. M. de Pomponne a tousjours esté parfaitement bien traité les trois fois qu'il a fait en cour, et on luy a parlé avec toute lhonnesteté du monde1.

DE M. DE TOURMONT A M. DE FEUQUIERES.

A Saint-Germain, le 23 mars 1680.

Est-il possible , Monsieur , que vous ayez pu m'escrire une lettre comme celle que je reçois présentement de vous du 1 6 février ? J'en suis surpris à un point qui ne se conçoit pas; car je ne puis

1 « Le Roi fit fort bien à M. de Pomponne , et lui parla comme à « l'ordinaire ; mais d'être dans la foule après avoir vu tomber les « portes devant lui, c'est une chose qui le pénètre toujours. Ces de- « voirs-là , à quoi pourtant il ne veut pas manquer dans les occasions, « lui font une peine incroyable. » (Mme de Sévigné.)

pas concevoir que vous ayez pu prendre contre Carillon une résolution pareille à celle que vous me marquez. Jay eu l'honneur de vous dire plus de dix fois que son affaire est la mienne, puisque je l'y ay engagé. Nulle considération ne me le fera abandonner , et puisque vous avez donné des ordres à M. Le Yasseur de le poursuivre, assurément je ne remettray le brevet de retenue ni les provisions à qui que ce soit que Ion n'ait fourny à Calillon une caution suffisante pour ce qui luy est dû. Je suis bien malheureux qu'après ce que jay fait on veuille me jeter dans ces extrémités. Catillon , dans cette affaire-cy, n'est ni un pirate, ni un juif, ni un arabe. Véritablement il s'agit de récompenser une charge et de donner 120 000 livres ; M. de Rébenac a pour toutes choses 1 3 000 livres ; il faut trouver le reste, car sans cela l'on n'auroit jamais eu la charge ; Monseigneur et Madame de Pomponne en sont témoins, je fournis en mon particulier 17 000 livres, je donne outre cela un billet de 21 000 livres, et je vais trouver Catillon que j'engage à fournir le restant, sous l'espérance d'un intérest médiocre, et, pour toute sûreté au monde , je luy donne mon billet, par lequel je m'oblige de ne me point dessaisir du brevet de retenue et des provisions que de son consentement ; le cas arrive que l'on en a besoin, Catillon dit qu'il le veut bien, pourvu qu'on luy donne quelque autre sûreté ; il s'offre de rece-

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voir telle caution que Ton voudra luy donner , ou de se contenter de ma parole ; je ne veux point la luy donner, parce que Ton m'a manqué une fois sur celle que l'on m1 a voit donnée de suivre mon projet ; à légard dune autre caution, toute la famille entière de M. de Feuquières n'en peut ou n'en veut point fournir depuis deux mois qu'on la demande. Voilà le fait. Je demande qui a tort, ou de Catillon qui a payé et qui veut avoir sa sûreté, ou de ceux pour qui on a payé et qui la refusent. Vous ne voulez luy accorder aucuns intérests, je ne vois pas comment vous pourrez vous en défendre ; mais en tout cas, je les luy paieray de mon propre argent, puisque je luy en ay promis. Je crois que , sans s'amuser à verbaliser, on auroit pu songer à des expédients de sortir d'affaires ; mais, au lieu de contribuer avec moy à finir toutes choses, on ne cherche qu'à moutrer. J'ay cité, à la vérité, le péril qu'a couru M. de Rébenac dans le Bell ; mais je ne suis pas assez ridicule pour croire qu'il en courre un aussy grand dans le vin des Allemands ; ainsy ma famille et moy sommes en repos de ce costé. Mais, Monsieur, j'ay assez fait connoistre qu'un des hommes dont je chéris davantage l'amitié est M. de Rébenac ; tout ce mauvais traitement ne me fera pas abandonner ses affaires ; car je vous dis encore que je prends pour moy celuy que l'on fait à Catillon , parce qu'il ne s'est engagé que par moy.

Je vais donc m appliquer à trouver des moyens de ne me point dessaisir des provisions ni du brevet de retenue qu il n y consente. Je crois que M. de Rébenac m'en fournit un en quelque façon par sa dernière lettre , en me disant que Ion pourroit envoyer les provisions pour les faire enregistrer et les faire revenir aussitost. Cet expédient se peut pratiquer; et, en ce cas, je ne feray point de difficulté de donner ma parole à Catillon. Pour cela, je remettray les provisions entre les mains de M. Morel ; je l'obligeray à me donner un billet par lequel il s'engagera de me les faire revenir aussitost qu elles auront esté enregistrées, et lorsqu elles seront revenues , je retireray la parole que j'ay donnée à Catillon. Si cet expédient ne se peut pratiquer que par 1 envoy d'un homme exprès, j en feray la dépense; s'il ne se peut pratiquer, je songeray à quelqu'autre, comme pourroit estre celuy dune lettre de cachet par laquelle le Roy escriroit aux estats que , M. de Rébenac estant détenu en Allemagne pour son service, l'intention de Sa Majesté est qu'ils luy accordent la donation faite à son prédécesseur. Pour celuy d'attaquer Catillon , je ne le permettray en façon quelconque , parce qu'il est trèsinjuste d'en user de cette manière avec un homme à qui je soutiens que M. de Rébenac a la dernière obligation, et sans lequel il n'auroit point eu la charge.

Vous voyez , Monsieur , que cette affaire de Ga~ tillon me tient au cœur , parce qu'en vérité je ne puis l'abandonner, après lavoir engagée comme jay fait, et luy ayant payé M. le comte de Gramont avec toute la ponctualité que je pouvois souhaiter. Au nom de Dieu , cessez de le regarder en cette affaire ni comme un arabe, ni comme un pirate , ni comme un juif; mais aussy je crois que vous ne pouvez pas prétendre qu'il ne luy soit point payé d'intérests; car, par quelle raison M. de Rébenac veut-il que cet homme luy ait fourny son argent sans intérests , et en tirer luy-mesme de si considérables de la charge dont il a fait le payement ? Je suis avec respect , Monsieur , vostre très-humble et très-obéissant serviteur.

DE M. DE FEUQUIERES A M. DE TOUEMONT.

4ei avril 1680.

Pour respondre, Monsieur, à vostre lettre de Villers-Cotterets , du 1 4 mars , je vous dirai qu'il faudroit que j'eusse la teste bien dure pour ne pas comprendre l'affaire de mon fils. N'est-ce pas qu'il ne peut pas vendre sa charge de Tout? qu il en est quasi de mesme de celle de sénéchal, à cause qu'on y demande certaines attributions qui ne dépendent pas de luy? qu'il ne peut pas se servir du brevet , parce qu'il ne l'a pas, et qu on y demande aussi

quelque changement ? N'est-ce pas encore que personne de la famille ne se propose pour suppléer, à ses despens, à tous ces défauts dans le terme de deux, mois? Qu'y a-t-il en tout cela, Monsieur, de quoy on se puisse plaindre d'un homme qui est à trois cents lieues de son pays ? Ce qu'il y a à faire, ce me semble, sans se disputer comme nous faisons , c est de forcer Catillon à délivrer les provisions , avec quoi on trouvera dès cette année un fonds considérable. Qu'il prenne toutes les sûretés qu'il voudra pour recevoir tous les émoluments, on n'y trouve rien à redire, et il y a bien des expédients pour cela ; mais il ne veut entendre à aucun , parce qu'il aime mieux jouir de son argent au denier huit que d'estre remboursé; c'est pourquoi je dis qu'il le faut forcer. Cependant on travaillera à vendre les charges et employer le brevet. Peutestre arrivera- t-ii quelque aventure qui hastera le paiement. C'est là, Monsieur, un chemin à suivre sans se tourmenter comme nous faisons. Du reste, Monsieur , je ne trouverai rien de mauvais en tout ce que vous ferez pour vous rembourser. Il est pourtant vrai que, si vous reteniez les appointements de l'emploi où est présentement mon fils, il se trouveroit bien embarrassé ; mais n'importe, pourvu que vous ne nous querelliez pas.

DES FEUQUIÉRES. 123

M. DE TOURMONT A M. DE RÉBENAC.

A Saint-Gerniain-en-Laye , le 12 avril 1680.

Je commence, Monsieur, en respondant au billet que vous m'avez fait l'honneur de m'escrire le 27 du mois passé , par ypus avouer que ce que vous me dites m'a fait ouvrir les- yeux, et qu'ayant bien considéré les réflexions que vous me faites faire, j'ay un extresme tort d'avoir escrit à Monsieur vostre père en la manière dont je l'ay fait, puisque l'on pouvoit donner un sens si malhonneste aux termes dont je me suis servy. Je vous prie, au nom de Dieu , de luy en demander très-humblement pardon pour moy, car à l'heure qu'il est, et voyant bien effectivement le sens que l'on peut donner à mes lettres, j'en suis si remply de honte , qu'assurément je ne me sens pas assez de force pour en escrire à Monsieur vostre père. Faites-le pour moy, je vous en supplie , ou plustost envoyez-luy copie de cette lettre , si vous n'aimez mieux l'envoyer en original. Que je fusse capable, bon Dieu, d'avoir présentement moins de respect et d'attachement que je n'en ay eu cy-devant pour luy, et qu'on puisse croire que je pourrois garder moins de mesure à l'avenir pour vostre famille, il faudroit absolument que j'eusse perdu l'esprit ou que je fusse un chien. Mais vous connoissez mon cœur et vous jugerez ,

je m'assure, que j'en suis incapable. .1 ay voulu seulement me plaindre de deux choses, l une que Ion n eust pas suivy mon projet, après m avoir donné parole positive que Ion leferoit; la seconde, que ce projet ayant manqué, personne de toute vostre famille ne voulust assurer Catillon de son payement, lorsqu'il permettroit que Ion envoyast vos provisions et vostre brevet de retenue en Béarn. Cela, dis-je, m'a jeté dans le désespoir; car enfin n'étoit-ce pas vouloir me laisser seul dans l'embarras ? Je dis donc et je soutiens toujours qu en cet endroit j'ay lieu de me plaindre de vous, de Monsieur vostre père, et mesme , si je l'ose dire, de Monseigneur et de Mme de Pomponne, qui ont vu toute ma peine. Que hasardoient-ils de dire un mot, et pourquoy Monsieur vostre père n a-t-il jamais voulu donner ordre à quelqu'un de la famille ou de ses amis de le faire? Je sçais fort bien que je le pouvois , puisque je suis obligé enfin de le faire ; mais de par tous les diantres, est-il honneste que vous m'ayez réduit à cette nécessité ? Mais il n'est plus question de tout cela, il faut vous sortir d'affaires; vous sçavez ce que j'ay desjà fait en envoyant les provisions en Béarn , à condition qu'elles me seront renvoyées après l'enregistrement; il faut cependant que Mme de Rébenac fasse tout ce qu'elle pourra pour m'envoyer de l'argent et le plus qu'il luy sera possible.

Je vous répète encore que je n'ay pas la force (Tescrire à Monsieur vostre père ; au nom de Dieu, aidez-moy à faire mes excuses. Je ne crois pas en devoir faire sur ce que je me suis récrié contre la pensée de mettre Catillon en justice. Quel effet tireroit-on des poursuites que l'on feroit à un homme qui a preste son argent le plus honnestement, sinon de marquer beaucoup d'ingratitude, puisqu'il est certain que sans luy jamais vous n auriez esté lieutenant général de Béarn? Où auriez-vous eu un crédit ailleurs pour une somme au moins de 30 000 escus , les 10 000 autres estant fournis de vostre argent et de celuy que je vous avois emprunté ? Après avoir demandé pardon à Monsieur vostre père, je suis sûr qu'il voudra bien se ressouvenir des termes dont il s'est servy quelquefois à mon égard, et par lesquels il ne me traittoit pas avec la mesme bonté dont il m'a toujours honoré. Mais je sçais avec combien de respect je dois toujours recevoir tout ce qu'il me dira, puisqu'il n'y a personne au monde plus absolument que je ne suis à luy et à vous.

DU MEME AC MEME

A Saint-Germain-en-Laye , le 1 52 avril 1680.

Au nom de Dieu , faites ma paix avec Monsieur vostre père, carde bonne foy j'avoue que j'ay tort, puisque l'on peut donner aux termes dont je me

suis servy un autre sens que celuy que jay eu dessein qu'ils eussent. Jesçaisque cela a pu le fascher; mais sçavez-vous ce qui véritablement excite sa bile ? c'est l'entreprise que j'ay faite d'avoir disposé des 6 000 livres qui estoient à luy. Voilà le grand crime. De celte somme il n'en est plus dû que 1 00 louis d'or à M. l'abbé Bidal et je les payeray du premier argent que je touclieray. La vérité est que M. voslre père a cru que je luy escroquois pour vous ces 6 000 livres.

Le sieur Adam n'est arrivé que depuis trois jours ; il dit mille biens de vous, mais il ne m'a pas fort édifié sur vostre économie :sur son rapport, vostre maison et tout vostre domestique sont fort mal réglés. J'en ay de la douleur , car pendant que je tire icy le diable par la queue pour vous sortir d'affaires , il est estrange que vous vous abandonniez dans une pareille confusion. Cette prédication est assez ridicule à vostre goust , mais je ne puis m'empesclier de vous dire quels sont mes sentiments.

Vous ne sçauriez vous imaginer à quel point j'ay lieu désire satisfait de la confiance que l'on prend en moy. Adieu, Monsieur; personne au monde ne peut estre à vous plus sincèrement que je n'y suis.

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