‹ Lettres inédites des Feuquières (volume 2)Chapitre 11 sur 48 · DU MÊME A M. DE FEUQUIÈRES · texte numérisé non relu

DU MÊME A M. DE FEUQUIÈRES

A Paris, le 15 avril 1680.

Je me donne l'honneur , Monsieur , de vous escrire de Paris, parce que je ne suis plus dans l'employ. Oii nous déclara enfin, il y a deux jours, que le Roy nous donnoit des pensions , à sçavoir : 3000 livres à M. Pachau , 2 000 à moy, et \ 000 à M. Parère. L'on me tesmoigna en mon particulier mille honnestetés, et enfin Ion m'assura que Sa Majesté m'employera dans les pays étrangers. Je vous proleste, Monsieur, que j'aurois reçu cette nouvelle avec beaucoup de joie sans la réflexion que j'ay toujours faite que c'est un malheur de n'estre plus en estât de rendre service , et ce m'en est un sensible de ne pouvoir plus dorénavant estre de quelque utilité à vostre famille. J'ay fait mon devoir jusques au dernier jour, et les dispositions sont telles à vostre égard et à celuy de M. Rébenac que ni l'un ni l'autre vous ne devez point songer à quitter l'employ, mais plustost à profiter des sentiments favorables que le Roy tesmoigne pour vous, en luy demandant quelque grâce considérable pour vostre famille, que vous obtiendrez assurément.

J'ay obtenu une gratification de 6 000 livres pour M. de Rébenac, et, avec trois mois de ses appointements que j'ai reçus et que je n'ay pas voulu retenir

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pour nio\ , j'av fait un paiement de 10 000 livres à Catillon; de manière que M. de Rébenac ne doit plus en tout que 46 962 livres avec quelques intérests , sçavoir 37 900 livres à Catillon , 2 002 livres à M. l'abbé Bidal et 7 000 livres à moy. J'ay obtenu mesme de Catillon qu'il prendra dès à présent le transport que M. de Rébenac luy fera des 14 000 livres de la gratification des estats de Béarn , au moyen de quoy les intérests desdites 1 4000 livres cesseront du jour que je luy remettray le transport en moy. Ce n est pas peu , Monsieur, que d'avoir mis cette affaire en cet estat-là, et si je ne m estois donné autant de mouvement que je lay fait, nous ne serions pas si avancés ; car enfin les deux charges de séneschal de Béarn et de lieutenant du roy delà province de Toul, ni le brevet de retenue, ne sont point entamés. Et de bonne foy, Monsieur, pouvez-vous croire que, si je navois retenu les cordeaux bien courts, monsieur vostre fils eust fait toute l'espargne que je lay nécessité de faire? Non assurément. A légard des provisions que j'ay envoyées à l'insçu de M. Catillon, Mme de Rébenac me mande qu'elle les a reçues, qu'elle les alloil faire enregistrer et qu'elle me les renverroit incessamment. Tout cela va le mieux du monde et comme je le puis souhaitter. Je vous supplie d estre persuadé de mon profond respect et de la vérité avec laquelle je suis, Monsieur, vostre très-humble et très-obéissant serviteur.

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Di: M. DE FEUQUIERES A M. DE TOURMONT.

A Cibu , le jeudi saint 1680.

Je vois, Monsieur, avec surprise et regret, dans vostre lettre du 23 mars9 que vous estes fâché de celle que j'ai écritte à M. Le Vasseur. Je lai pourtant fait pour vous sortir de peine. Si vous pouviez revoir de sang-froid vos dernières et toutes les miennes , je suis assuré que vous y reconnoistriez partout cette mesrne intention et que vous n'y verriez rien de moy contre Catillon qui ne soit fondé sur les vostres. C'est à quoi , sans vous importuner de redittes, je remets ma justification, laquelle je vois présentement sur ma table. Cependant je suis bien aise que Catillon admette à cette heure les expédients honnestes qu'il avoit rebutés, pour soulager mon fils. Qu'il prenne avec cela toutes ses sûretés, qu il fasse valoir son argent à tel denier qu'il voudra, tout cela est dans l'ordre.

Je fais ce que je puis pour sortir d'embarras ; mais faudra-t-il que ma pauvreté et mon malheur me tiennent lieu de vices reprochables auprès de mes amis? Je les crois trop équitables, et je m'assure mesme qu'ils ne trouveront pas mauvais que j'emploie ma soumission à la volonté de Dieu pour soulager mon mal , sans l'augmenter par des lamentations inutiles. Voilà, Monsieur, ce que je dis, et je pense que c'est tout ce qui se peut dire.

DE M. COLBERT DE CROISSY A M. DE FEUQUIERES. * A Saint-Germain-en-Laye , le 5 avril 1 680 .

Puisque vous souhaitez , Monsieur, connoistre mes sentiments sur l'incertitude que vous me marquez des partis que vous avez à prendre , ou par un plus long séjour en Suède, ou pour demander au Roy vostre congé , je puis vous dire que je juge que la satisfaction que le Roy tesmoigne de vos services vous doit déterminer à les continuer. Il me paroist que vous devez vous remettre à sa bonté pour vos intérests particuliers, et je vous prie destre persuadé que je trouveray toujours bien de la joye à pouvoir contribuer à vostre satisfaction. Si néantmoins ce que vous me marquez de la nécessité où vous estes de donner vostre application aux affaires de vostre famille , dont vous estes esloigné depuis tant d'années, estoit telle quelle vous obligeast absolument à souhaiter vostre congé, je ne doute pas qu'en ce cas, et lorsque vous le demanderez à SaMajesté, Elle ne vous Taccordast. Ainsy, Monsieur, vous ayant expliqué les dispositions qui me paroissent icy à vostre égard , vous voyez que vous estes dans une pleine liberté du choix que vous aurez à faire pour vous déterminer sur l'un ou l'autre party. Je vous prie cependant de me croire, Monsieur, entièrement à vous.

DE M. LE MARQUIS DE PAS A M. DE FEUQUIÈRES

A Paris, le 19 avril 1680.

J'ay fait voir à M. de Pomponne la lettre que vous adressez à l'Abbé pour Sa Majesté; on y a trouvé quelques termes à changer et on vous en renvoyé un extrait pour cela, d'autant plus aisément que, quoyque la rage de La Reynie ' soit extresme contre moy, sans que j'en sache d'autres raisons que celle qu'il est luy-mesme enragé de ne point trouver de criminels dans tout le vacarme qu'il a fait , il aura bien de la peine à faire prendre des résolutions à la Chambre qui me soient contraires. Il a encore, depuis peu de jours , fait tout son possible pour faire décréter contre moy; mais il n'a pu en venir à bout. Je vous ay mandé, l'ordinaire passé, que M. de Luxembourg se promenoit sur la terrasse de la Bastille ; on nous fait toujours espérer que Ton travaillera à son affaire incontinent après Pasques.

La sortie des commis2 vous aura sans doute sur-

1 L'un des principaux commissaires de la Chambre de l'Arsenal, dans l'affaire des poisons.

* C'étaient MM. Pachau. de Tourmont et Parère, principaux commis de M. de Pomponne au ministère des Affaires étrangères. M. Colbert de Croissy, les trouvant sans doute trop attachés à son prédécesseur, jugea à propos de les renvoyer. M. Pachau, fut remplacé par M. Bergeret, avocat général au parlement de Metz. M. Mignon, qui avait été attaché au service de M. Colbert de Croissy pendant dix huit

pris, et (elle de M. de Tourmont doit vous chagriner par lattache qu'il avoit pour les interests de la maison. Mademoiselle de Seignelay1 est morte; son père en profile de plus de 400 000 livres.' M. de Lou vois part le 9 de may pour aller par Lyon en Catalogne et de là revenir à Barèges, oùjiray aussy dès que ces sottes affaires seront finies , parce que ma santé est si mauvaise et mes incommodités si grandes, qu'il faut de nécessité, avant toutes choses, que je songe à me restablir. Je vous ay mandé desjà que ces affaires-cy m avoient ruiné ; si vous pouvez, Monsieur, me soulager, c est une œuvre de charité en ce point où je suis.

ans , succéda à M. de Tourmont. — «. Vous sçavez sans doute que « M. de Tourmont a esté choisy par M. de Louvois , pour servir le u Roy sous luy, et qu'il a esté secrétaire des trois ambassades de M. de « Pomponne. M. Parère, qui a servy sous MM. de Brienne et de « Lyonne , aussy bien que scus ce dernier ministre , vient de pren- « dre possession d'une charge de secrétaire du Roy, dans laquelle il « a été reçu avec beaucoup de distinction. »

[Mercure galant, mai 1680.) ' Marie-.leanne Colbert , marquise d'Aligre, fille de M. le marquis de Seignelay et de Marie -Marguerite d'Aligre. Elle mourut en bas âge , deux ans après sa mère , et le marquisat d'Aligre échut à Emmanuel d'Aligre , frère cadet du père de Madame de Seignelay.

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DE M. LE COMTE DE RÉBENAC A M. DE FEUQUIERES

A Berlin, le 26 avril 1680.

Je viens de recevoir vostre lettre du 6 de ce mois, et je vois avec peine ce que vous me mandez sur les équivoques dont on ne veut point donner l'éclaircissement. 11 m'en arrive très-souvent de mesme ; mais je m'en embarrasse moins que vous, parce que je ne me crois pas si responsable des fautes. J'ay soin de temps en temps de communiquer mes vues et mes pensées sur les affaires ; il faut ou qu'on les condamne ou qu on les approuve ; le silence passe pour approbation , si bien que , dans l'exécution , je suis mon projet, et jette la communication que j'en ay donnée comme une autorité suffisante. Je suis persuadé que nous trouverons moins de douceurs dans nos emplois, mais peut-être aussi plus de solide et d'avantage au bout du compte1. Quand nous ferons de notre mieux, s'ils croyent que d autres feroient davantage, qu ils s'en servent.

* Il y a lieu de s'étonner que M. de Rébenac établisse une telle comparaison entre M. Colbert de Croissy et M. de Pomponne , sous le ministère de qui il avait trouvé, outre les douceurs dont il parle , les avantages les plus solides , ainsi qu'on l'a vu précédemment. La véritable expression de ses sentiments paraît se trouver plutôt dans sa lettre du 28 novembre 1679 (p. 10).

Je vous dis cela, parce que je me suis résolu à tous les événements. Je ne me (latte point du tout de l'avenir, et pourvu que le passé subsiste, j'aurav tousjours un bon pis-aller ; ce qui fait que je ne m'impatiente pas fort.

Tourmont et mon frère1 me mandent que mes affaires vont assez bien. Ils sont si accoustumés à me dire le mauvais, et je suis si aise d'en apprendre quelque chose de bon, que je n'en demande pas d'éclaircissement et crois que tout va à souhait.

Vous aurez sçu que les provisions sontenregistrées, et , comme cela, nous sommes hors d'intrigue pour les donations2; car on m'assure fort qu'il n'y a rien à craindre pour moy dans ce pays-là où j'ay beaucoup d'amis. Ceux mesmes qui s'y estoient opposés commencent à parler un autre langage.

Je ne sçais rien du ménage de ma sœur3, si ce n'est qu'elle est grosse et fort contente.

Mon frère aura, je crois, recours à vous pour quelque petit secours. Il a raison de dire qu'il a esté obligé à bien des despenses. Si je suis assez heureux pour le pouvoir aider, il sçaitbien qu'il en sera le maistre absolu.

1 M. le marquis de Pas.

2 Les donations faites par les états de Béarn et auxquelles M, le comte de Rébenac prétendait comme lieutenant-général au gouvernement de cette province.

* Madame de La Vie.

Je tasche de profiter des bons advis que vous me donnez sur le retranchement de ma despense. Je n'ay qu'à vous dire , pour vous en faire paroistre un échantillon . qu'estant obligé de quitter la maison où je suis, j'offre 100 escus par mois dune maison meublée , c'est-à-dire de tables et de lits : il est vray qu'on refuse. J'en ay arresté une autre à 600 escus par an ; mais je suis obligé de la meubler presque tout entière. Messieurs mes collègues mettent une telle cherté icy, qu'on n'y peut plus fournir, et je vous jure que je despense, ou icy ou à Paris, ports de lettres et autres frais, plus de 16 000 escus. Je ne joue en façon du monde, et voicy mon train : un gentilhomme , un aumônier , un secrétaire, un maistre d'hostel, un cuisinier, un sommelier, un second cuisinier, un chasseur, qui sert de pourvoyeur, un sous-écuyer qui gouverne l'écurie > un valet de chambre, deux servantes, six laquais, trois palefreniers, un reste d'attelage de quatre chevaux de carrosse, sept chevaux de selle. J'attends un attelage de huit beaux chevaux que M. le duc de Zell me donne, et, jusqu'à ce que les neufs soient en service > je garderay mes quatre vieux. J'attends aussy un page dont je ne puis me passer du tout en ce pays-cy. Tout cela fait avec moy vingt-deux personnes et onze chevaux. Quand tout sera arrivé , j'auray dix-neuf chevaux et vingtcinq personnes-, je ne compte pas quelques mai-

mitons. Il ne me paroist pas que j en puisse avoir moins.

Ma table est ouverte sur le pied du bon ordinaire. C'est un grand plat, quatre petits et deux assiettes, relevés de roslis et entremets, tout d'un temps, et puis le fruit, qui monte haut. On ne boit point avec excès; mais le vin est excessivement cher, c'est-à-dire que la pinte de Paris revient à vingtdeux sous et demy. La viande et le pain sont assez bon marché; tout le reste hors de prix. Je pourrois, à la vérité , retrancher sur l'ordinaire ; mais la bienséance m'engageroit, si cela estoit, à tant d'extraordinaire, que j'y perdrois beaucoup, et il m'arrive peu aussy dadjouter à l'ordinaire. Jay fait quelques repas d'éclat; je n'en feray que fort rarement. Enfin, je nesçais comment il arrive que je nay jamais quinze jours devant moy et que j'en ay tousjours deux ou trois. Ce que je viens de vous dire, avec ports de lettres, habits pour moy, mais fort simples , pour livrées , louage de maison , payement de gages , gratifications , petites charités et enfin tout ce que je fais, ne va pas à moins de 1 6 000 escus. J'en suis estonné, en gros, et en détail je n'y trouve rien à redire ; je crois mesme que vous ne trouverez rien à retrancher qu'un cheval de selle ou deux, et Monsieur le chasseur, qui est pourtant celui qui me sert le plus. Il me manque un carrosse et des harnois ; je voudrois bien les avoir ;

cela me dépare tout le reste; mais fay affaire à Paris à gens bien durs au déboursé.

J'apprends dans ce moment la disgrâce du pauvre Tourmont. Tous les commis de M. de Pomponne sont congédiés. Pacliau a 4 000 livres de pension, Parère 3, et Tourmont 21. Je reçus de celuy-cy , il y a deux jours, une lettre pleine de la faveur où il estoit et de la confiance qu'on avoit en luy. Il est bon de se fier aux caresses en ce pays-là ! On dit que Mignon y entre et on ne sçait pas les autres. Je les trouve encore bien beureux de ce que, scachant tout ce qu'ils sçavent, on ne les arreste pas !

Je voudrois bien pouvoir communiquer avec vous comme à l'ordinaire; mais il n'y a pas un mot qui ne doive estre chiffré.

J'ay beaucoup d'impatience que vous retourniez à Paris. La seule chose que j'en appréhende est l'honneur de vous relever, qui ne me flatte point.

Le changement de Tourmont marque bien le peu d'amour qu'on se sent pour les créatures du pré-

* On a vu par la lettre de M . de Tourmont (p .127) le chiffre ex act de ces pensions, savoir 3 000 livres à M. Pacliau, 2 000 à M. de Tourmont, et 1 000 à M, Parère. Si M. de Pomponne avait prévu sa disgrâce , on peut croire qu'il aurait fait pour ses commis ce que font aujourd'hui , pour leurs secrétaires intimes, nos ministres, lorsqu'ils sentent leurs portefeuilles leur glisser des mains : il eut donné à chacun d'eux quelque bonne sinécure, comme fiche de consolation , et ne les aurait pas abandonnés à la chance, qui heureusement ne se réalisa pas, d'être arrêtés pour l'avoir bien servi.

décesseur. Pourvu encore qu'on en use honnesk nient avec nous et qu'on ne nous accuse pas «lavoir mangé le lard !

DTJ MÊME AU MÊME

A Berlin, le 29 avril 1680.

Je vous escrivis hier si amplement1, que ce billet n'est que pour vous envoyer la response de Tourmont à une lettre que je luy avois escrite sur son procédé et le style dont il se servoit quelquefois avec vous, luy représentant que, dans la conjoncture des affaires , rien n'estoit plus aisé que de croire qu'il vouloit se brouiller avec de vieux amis dont il ne pouvoit plus espérer que de l'incommodité, sans service ni faveur. Vous verrez par sa lettre combien le fond de son cœur estoit bon. J'en ay reçu une autre du lendemain de sa disgrâce : il paroissoit assez satisfait ou du moins peu troublé. Je luy sçais un gré particulier de ce que, le mesme jour, il a fait beaucoup de pas et pris beaucoup de peine pour moy. Enfin il me fait un compte par lequel je suis en tout redevable sur ma charge de 46962 livres. Je n'ay jamais sçu qu'aujourd'huy

1 La lettre de M. de Rébenac du 28 avril manque dans la collection: celle de M. de Tourmont dont il est question est sans doute la lettre du 12 avril, par laquelle il serepent d'avoir écrit en termes trop vifs à M. de Feuquières sur l'affaire du joaillier-usurier Catillon.

que l'abbé Bidal n'eustpas esté remboursé , comme je le croyois; et je vous prie de croire que cela n'est nullement de mon invention. On luy doit encore 2 062 livres, et Tourmont me mande qu'il en doit ces jours-cy toucher 4500, dont une partie sera employée £ son payement entier. Mettez-vous en repos sur cela, je vous en supplie. Je compte donc qu'avec les trois premiers mois de cette année , je ne devray que 42562 livres. Le reste de mes appointements est de 1 8 500 ; la donation de Béarn 14000; pour les appointements du Boy, 1800; pour ceux de Toul, 1 800; ceux de sénéchal, 750 ; cela fait en tout 31 850, qui, retirés de la somme totale , la réduisent à 1 1 712, pour le payement desquels j'ay le revenu des biens de Béarn et tout le brevet de retenue, qui est réglé et sur lequel on trouvera l'argent, quand on le voudra. Nous n'eussions jamais esté assez fous pour entreprendre le payement des 40 000 escus en un an , si on nous eust assurés que nous ne vendrions ni charge ni brevet de retenue, et que M. de Pomponne seroit disgracié. Voicy donc l'encloueure . c'est qu'il est question de vivre jusques à la fin de Tannée; les quatre premiers mois sont passés , il en reste encore huit. J'ay esté si bien aidé du bon Dieu, que, grâce à luy, je ne dois encore rien; mais j'ay fait flèche de tout bois, et ne prévois pas quej'ayeun fonds d'un quart d'heure. J'avois toujours cru à un présent d'où

vous seriez, je n'y crois plus et h y compte point. Madame de Rébenac m'enverra bien assurément; mais les choses de ce pays-là sont si longtemps en chemin, que, pour conclusion, et pour rne guérir 1 imagination et la peur de la faim, je voudrois fort en vérité que vous vissiez vos affaires, et aussy si vous pouvez me laisser le maistre de 5 ou 6000 livres à Paris. Mes conditions sont qu assurément et sur ma parole je ne vous les devray pas trois mois , et que le premier argent de Béarn les remplacera ; la seconde que peut-estre je n'en auray pas affaire; car, s'il m'en vient de Béarn ou d'ailleurs, je ne m'en serviray pas. Faittes-moy, je vous supplie, la grâce de voir si cela se peut et de m'en rendre response le plus tost que vous le pourrez.

Tourmont, depuis sa disgrâce, me mande que je suis un fou à lier si je songe à sortir de Femploy , parce qu'assurément j'y suis sur un très-bon pied.

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