DE M. DE FEÏJQ [HÈRES A M. COLBERT DE CROISSY
A Halmstadt, le 5 mai 1680.
J'ai reçu , Monsieur, la response qu'il vous a plu me faire à la lettre par laquelle je me remettois entièrement sur vous du parti que je dois prendre ou pour un plus long séjour en Suède, ou pour demander au Roy mon congé , et je me suis , Monsieur, déterminé par vostre conseil avant que d en
avoir entièrement achevé la lecture. Puisque le Roy me fait l'honneur d'agréer mon service en Suède , je n'hésite point à le luy continuer autant qu'il plaira à Sa Majesté ; et ce qui vous paroist , Monsieur, que je me dois remettre à sa bonté pour mes intérests particuliers, me mettra l'esprit en repos du costé de mes affaires , sçachant bien aussi qu'en quelque désordre qu'elles soient, Sa Majesté n'a qu'à vouloir pour les rétablir. Je suis véritablement, Monsieur, un peu pressé et par un extrême besoin et par un âge où , dans peu d'années , quelque vigueur qui me puisse rester, il est mieux séant, ce me semble, de souffrir la mauvaise fortune que de courir après une meilleure. Mais j'espère que la bonté du Roy me fera bientost grâce , et je ne suis pas moins assuré, Monsieur, que vous y contribuerez en représentant ces choses aux occasions à Sa Majesté, puisque je trouve en vous, avec une équité naturelle, toute la bonté et la générosité que je m'en estois promises. Assurez-vous, s'il vousplaist, Monsieur , que vous trouverez toujours en moi , avec tout le respect que je vous dois, toute la reconnoissance d'un homme véritablement touché de 1 honneur que vous me faites et entièrement à vous.
P. S. Agréez , s'il vous plaist, Monsieur, que je vous adresse cette lettre que j'ay l'honneur d'escrire au Roy, pour la rendre , si vous le trouvez à propos.
C'est toujours pour vous tesmoigner que je nie confie plus en vous qu'en moi-mesme, et que je ne me conduirai que par vos sentiments.
DU MEME A LOUIS XIV
A Halmstadt, le 6 mai 1680.
Sire, mon ambition estant toujours de me sacrifier entièrement à vostre service , il me suffit d'avoir appris par une lettre de M. Colbert de Croissy que Vostre Majesté me fait l'honneur d'agréer le zèle que j'y apporte en Suède , pour me faire passer par dessus toutes les difficultés d'un séjour dont on se peut lasser en moins de huit années, et pour me faire oublier les besoins que je pourrois avoir de retourner en France. Et, s'il plaist à Vostre Majesté de remédier à ces derniers , ce me sera , Sire , une grâce surabondante qui me mettra mieux en estât de m'acquitter de mes obligations. Tant s'en faut, Sire^ que je me serve de la liberté quelle me donne de lui demander mon congé , que je lui offrirois de bon cœur le reste de mes jours pour l'employer en tous les lieux du monde, s'il ne lui estoit pas acquis. C'est véritablement, Sire , peu de chose à un sexagénaire , mais je ne sens point encore les infirmités de mon âge, et j'ai cette confiance que Vostre Majesté augmentera mes forces , en se souvenant de moi dans les occasions qu'Elle fait naistre quand il
lui plaist, et desquelles mon esloignement et mon application continuelle à mon devoir nVostent toute connoissance. Je suis, Sire, etc.
DE M. DE TOURMONT A M. DE FEUQUIERES.
A Paris, le 5 mai 1680.
Jay reçu, Monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'escrire le 6 du mois passé ? et je vois que vous estes tousjours persuadé des mauvaises intentions de Gatillon et que son dessein est de rejeter toute sorte d'expédients pour profiter plus longtemps d'un gros intérest. Je croyois vous en avoir pleinement désabusé, mais, pour le (aire entièrement , je dois avoir l'honneur de vous dire qu'il se contente de toute sorte de paiement que je luy puis faire et qu'il a bien voulu mesme accepter un transport que je luy ay fait de tous les appointements de M. de Rébenac pour cette année. Je luy en feray encore un de la donation des estats de Navarre et Béarn, aussitost qu'elle aura esté réglée, et quoique ces sommes ne doivent estre payées de plus d'un an , les intérests néanmoins en cessent à l'esgard de Catillon du jour des transports. Ainsy, Monsieur, jugez par là, s'il vous plaist, si cet homme est aussy exigeant que vous vous Testes imaginé. Mais enfin je vous rappelle encore que sans luy M. de Rébenac n'auroit jamais esté lieu-
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tenant-général de Béarn. Moyennant les deux transports cy-dessus, nous ne devons plus en tout que 14 500 livres de principal et environ 3 000 livres d intérests, et, ce qui est au-dessus de l'imagination, est que nous n'aurons vendu aucune des charges ny touché au brevet de retenue. Voyez donc , Monsieur , si vous aviez grande raison de crier contre nous et de vouloir mettre un homme en justice qui a rendu à M. de Rébenac les plus grandes faveurs qu'il puisse jamais recevoir. Al esgard des intérests, qui sont à 7 pour 1 00 , je vous dis qu ils ne monteront pas à 3 000 livres, et, de bonne foy, y a-t-il à se récrier, quand on considère qu il a fourny d'abord 30 000 escus sans aucune sûreté que ma parolle ? Je m'assure que, lorsque vous aurez bien considéré toutes ces choses, vous verrez peut-estre avec quelque peine de m' avoir escrit en la manière dont vous l'avez fait quelquefois, et peut-estre aussy qu'un autre, moins passionné pour les avantages de vostre famille et de M. de Rébenac en particulier , auroit abandonné cette affaire. Je ne doutte pas que vous ne vous récriiez sur ce transport des appointements pendant toutte l'année; mais il faut une fois sortir d'affaires, et enfin ce sera à Madame de Rébenac à pourvoir à la subsistance de M. son mary, et à luy à mieux mesnager son fait qu il n'a fait les deux dernières années.
Je vois , Monsieur , par vostre lettre que vous
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avez eu une véritable peine de l'audace que j'ay eue de disposer des 6 000 livres de M. l'abbé Bidal. Je l'ay réparée, mais en vérité j'ay esté surpris que vous m'ayez fait un reproche d'avoir eu recours à 2 000 escus de vostre argent pour Monsieur vostre fils, lorsque je me trouvois engagé de payer pour luy 54 000 livres.
Vous avez sçu, Monsieur, par plus d'un endroit que le lendemain que je sortis d'employ chez Monseigneur de Croissy , Monseigneur de Louvois me fit l'honneur de m'appeler à son service l.
Je prends la liberté de me réjouir avec vous du bon estât où sont les affaires de Mgr de Luxembourg,
DU MEME AU MEME
A Paris, le 16 mai 1680.
J'ay reçu, Monsieur, la letlre que vous m'avez fait l'honneur de m'escrire le 19 du mois passé, et j'y vois tousjours avec une extrême surprise que mes lettres puissent continuera recevoir un sens tout autre que celuy que j'ay intention de leur donner. Catillon n'a nullement admis les expédients honnêtes que vous me dittes avoir proposés ; il n'a jamais consenty que j'envoyasse les provisions en Béarn , parce que je ne luy donnois point d'autres sûretés pour son du, et je n'ay pu luy en fournir,
1 Voir la note de la page 131 .
Ti() LETTRES INEDITES
parce .-pie jamais personne dans foule votre famille n'a seulement \ouln venir à mon Secours, mais n'a \onln m'entendre sur ce sujet. .1 avoue que c est ce qui ma paru si estrange, qu'en vérité je ne crois pas qu'il y en ait d'exemple. L'on m'a donc forcé, contre tout ce que je devois attendre, à envoyer, à Tinsçu deCatillon, ces provisions en Béarn , et a m exposer, s'il Teust découvert, a me faire condamner par les consuls à luy payer, en mon propre et privé nom , toute la somme qui luy estoit due. Voilà, Monsieur, Testât oùj ay esté réduit; je vous Tay marqué plus dune fois , et je ne conçois pas comment vous pouvez nie mander présentement que vous estes bien aise que Catillon ait admis les expédients honnestes que vous aviez proposés et qu il avoit rebuttés.
Je crois devoir me donner l'honneur de vous envoyer la lettre que j'escris1, parce qu'elle vous fera voir Testât de ses offres et que d'ailleurs elle vous justifiera la conduite de Catillon , qui ne m'a jamais paru dans tout cecy mériter les attributs que vous luy avez donnés. Je soustiens au contraire que vous luy avez une sensible obligation, puisque sans lu\ jamais M. de Rébenac n auroit eu la charge de lieutenant-général de Béarn, qui fait Testablissement solide de sa fortune. Car enfin où aurois-je trouvé
* Cette lettre est celle qui suit.
DES FEUQUIERES. \hl
un homme qui auroit pu comme luy nous avancer 80 000 escus j en recevoir le remboursement c biquette à chiquette, et enfin se contenter de 2 258 livres d intérests depuis le mois d'octobre jusques au 6 de celui-cy. Contribuez, s'il vous plaist, Monsieur , à faire en sorte que M. de Rébenac mesnage mieux sa despense qu'il n'a fait jusques à cette heure ; les 500 escus par mois que le Roy luy donne luy devi oient suffire présentement. Lorsqu'il aura payé toutes ses dettes, qu'il fasse plus de despense , à la bonne heure, mais à l'heure qu'il est, il faut qu'il songe à sortir d'affaires. Je suis, avec respect, Monsieur , vostre très-humble et très-obéissant serviteur.