DE LA MEME A M. DE FEIQUIERES
A Séméac, le 21 juillet 1680.
Je reçois présentement la nouvelle de la couche de nostre fille, qui me surprend el m'inquiète beaucoup; elle nestoit que dans son septiesme par tous les calculs qu'on a pu raisonnablement faire , et se portoit très-bien , sans qu'elle ait eu ni chute ni accident; il est vray qu'un petit voyage qu'elle fit en chaise à Rébenac, pourroit bien avoir esbranlé son enfant ; enfin elle a fait une fille cette nuit à une heure, et Ton me F est venu dire ce matin à mon lever; son mary qui estoit venu icy dire adieu à la comtesse, et y accompagner le marquis de Feuquières1, s'en alla, la nuit de devant, sur lavis de quelque mal de reins et d'un peu de fièvre qu'avoit eus sa femme , et par-là il luy a donné la consolation de se trouver à ses couches. Le pauvre premier président pleuroit comme un enfant, ne Fayant jamais quittée d un moment. Jay encore plus connu que je ne faisois ma tendresse pour cette
1 M. le marquis Antoine de Pas, appelé quelquefois marquis de Feuquières.
DES FEUQUIERES. 173
pauvre petile femme, dans la lecture de ce que Ion m'en mande, et, si j'en avois eu la force, je serois partie dès ce soir pour l'aller trouver. Une espèce de choléra-morbus que j'ay eu depuis quatre jours en suite d'un crachement de sang, qui commence, par parenthèse , à venir fréquemment, me met dans une assez grande foiblesse pour' n'estre pas en estât d'entreprendre de faire six grandes lieues , dans un temps de canicule où nous avons de si grandes chaleurs , que j'ay peine à souffrir que mon neveu aille à Baresge, où , bien que ce soit un pays de neige , il ne laisse pas , quand il fait chaud , d'y en faire un très-grand. 11 se porte très-bien , et j'ay eu beaucoup de satisfaction de l'entendre parler de toutes ses affaires et de celles de M. de Luxembourg; il a bien servy celuy-cy , et a donné en cette rencontre bien des marques de son esprit , de son cœur et de sa générosité. Je ne me souhaiterais à Paris, mon cher frère, que parce qu'il me semble que personne n'agirait comme je ferais dans cette affaire qui est sur le tapis , qui le regarde. Ce n'est point tant l'habileté et l'esprit qui font réussir les choses, qu'un certain soin, affection et chaleur, qui font qu'on ne perd pas un moment du temps si nécessaire à faire réussir un dessein; il faut le tout remettre entre les mains de Dieu, mon cher frère, qui sçait mieux que nous ce qui nous est nécessaire.
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la comtesse de Gramont vient de partir tout à 1 heure pour s1 eu retournera la cour; il nie semble vous avoir desjà dit que j en estois très-contente. J'espère qu'il y aura à ladvenir une très-bonne union parmy vostre fils et eux ; ils sont les uns et les autres, ce me semble, sur ce pied-la, et je suis fort persuadée que vous les y maintiendrez , et que vous conserverez au comte de Gramont l'amitié quia esté tousjouis entre vous deux. Vous me demandiez, par vostre dernière lettre, des nouvelles de madame Fabbesse1; eile s1 en retourna, comme je vous l'ay dit, quinze jours après l'arrivée icy de mon frère et de ma belle-sœur ; mais ce qui vous surprendra est que nous nous sommes séparées assez mal pour croire qu'il n'y peut plus avoir que le christianisme et la bienséance qui nous obligent à maintenir seulement un commerce; je ne puis vous en dire d'autre cause qu'une bizarrerie d'humeur que j'ay essuyée dans tous les temps sans vouloir me rebuter; elle a voulu colorer ses ridicules manières d'une tendresse particulière pour M. le comte de Gramont ; mais je crois qu'ils ont esté assez clairvoyants, (au moins je respons de la comtesse), pour connoistre que ça esté plus le tempérament qui la fait agir que l'amitié ; enfin elle auroit bien voulu que je me fusse despouillée, ou pour le
1 Madame l'abbesse de Saiat-Ausony, sœur de Madame de Saiut- Cliamond.
moins assez liée pour n'estre plus maistresse de ce qui est si véritablement à moy ; mais je me suis dispensée de cet estât si désagréable , ce quelle a trouvé assez mauvais pour faire cent choses si pauvres à dire, que je ne sçaurois vous en entretenir.
La petke fille a eu baptesme et l'on croit mesme quelle vivra.
P. S. de M. le marquis de Pas. Je suis icy, Monsieur, depuis quelques jours , et je compte , en cas que ma sœur se porte bien , m'en aller demain à Baresges, où je se&ay tout le plus longtemps que je pourray. S'il arrive quelque chose icy de nouveau, je vous le manderay. En attendant croyezmoy toujours pour vous comme je dois estre.
DE M. DE FEUQUIÈRES A LOUIS XIV
A Stockholm, le 31 juillet 1680.
Sire , les affaires de la Chambre de Y Arsenal font depuis six mois un bruit en Suède duquel j'avoue que la considération de mon fils quelle persécutait m'a empesché de parler avant qu'il se fust justifié, de peur qu'il ne semblast que je voulusse l'aider en une occasion où il lui suffisoit de son innocence. Mais j esprouve bien, Sire, combien il est desgoustant , lorsqu'on est touché de la gloire de la patrie,
17fi LETTRES INÉDITES
de la \oir décrier par un vilain sujet. La plus favorable interprestation qu'on donne à celui-cy est de le comparer aux sorciers de Suède l. Il y a cinq ans qu'en Suède, pour deux ou trois criminels qui avoient esté autrefois convaincus, chacun eroyoit que la pluspart des gens alloient au sabbat ; et encores qu'il n'y eust aucune réalité dans la multitude des accusations, c'estoit pourtant un moyen pour satisfaire des passions particulières , et une semence de divisions, qui n'ont pas peu contribué aux malheurs qui sont arrivés depuis. On s imagine, Sire, qu'il en est de mesme en France; on en tire le mesme augure, et il se rencontre que, par négligence ou par malice, les gazettes qui ont publié le mal avec exagération, parlent foiblement de la guérison. Vostre Majesté jugera, s'il lui plaist , ce qui peut en cela toucher son service. Pour moi, Sire, si la suspension de quelque estime , dont il me sembloit que Vostre Majesté pouvoit honorer mon fils , mavoit cruellement affligé , je suis présentement consolé sur la témérité que Vostre Majesté a reconnue dans les délations; et je me flatte que la souffrance de mon fils en cette occasion , ne faisant pas moins de pitié à Vostre Majesté que celle de ses blessures2, puisqu'elle est injuste et plus grande,
! Voir la lettre de M. de Feuquières au Roi, du 26 avril 1676, t. III, p. 474.
2 Après la bataille de Saint-Denis, où il avait été grièvement blessé,
DES FEUQUIÈIIES. 177
tout cela ensemble, joint à une fidélité inviolable et héréditaire d'un nombre un peu extraordinaire de générations , pourra enfin lui tenir lieu de quelque mérite qui esclairera le public. Vostre Majesté distribue la gloire à qui il lui plaist par les marques qu'Elle donne de son estime, etlhonneste ambition ne consiste plus qu'à la mériter. Si mon fils en avoit quelque autre moyen que ceux qu'il a employés jusques icy, il ne les espargneroitpasdavantagequ'il a fait. C'est, Sire, tout ce que j'aurai l'honneur de dire à Vostre Majesté sur son sujet, espérant qu'Elle aura la bonté d'excuser la tendresse d'un père en une occasion si délicate. Je suis, Sire, etc.
DE LOUIS XIV A M. DE FEUQUIÈRES
A Valenciennes , le 7 août 1680.
Monsieur le marquis de Feuquières, j'ay reçu vostre lettre du 17 juillet, avec le mémoire que vous y avez joint touchant le commerce des métaux de Suède, et du sel et vin de mon royaume.
Quoique le sieur Bielke se soit rendu auprès de moy, il n'a rien dit jusques à présent qui marque plus d'empressement de conclure une alliance qu'il n'en a témoigné du vivant de Guldenstiern l, et, comme
M. le marquis de Pas fut obligé de prendre le repos et les soins nécessaires à sa guérison , qui fut lente et difiicile.
1 J. Guldenstiern, principal ministre de Suède, était moit quelques semaines auparavant.
178 ii: in; i s iM.Diii s
il y a bien de 1 apparence que le roy de Suède n a pas révoqué jusqu à présent Tordre que cet ambassadeur a cy-de\anl eu d'agir de concert avec celuy de Danemark , il seroit inutile de luy faire aucune proposition ni ouverture jusques à ce que tous deux ensemble fassent connoislre qu'ils veulent traitter sincèrement, et qu'ils s'expliquent plus clairement qu'ils n'ont fait , des conditions que les rois leurs maistres désirent.
Il y a lieu de croire que les nouveaux ministres de Suède reconnoistront mieux que le précédent de quelle importance il est au roy leur maislre de renouveller avec moy une alliance dont la Suède s est toujours bien trouvée *, et, jusqu'à ce qu'ils en soient persuadés , vous ne devez témoigner ni trop de chaleur à les rechercher ni trop d'indifférence sur les avances qu'ils vous pourroient faire, mais bien autant d'estime de ma part pour l'alliance de cette couronne qu'elle me témoignera de sincérité à préférer la mienne a toute autre.
Puisque le roy de Suède a toujours tant détachement à la vie solitaire et qu'il aime mieux vous aller voir que de vous permettre de vous rendre auprès de luy, vous pouvez vous conformer a son humeur et traitter les affaires dont vous estes chargé en la manière qu'il désire.
1 Voir l'Introduction du t. IV, p, xxxj, et la note.
La foiblesse du roy d'Angleterre augmente tous les jours. Les efforts éclatants qu'il a faits pour empescber dans Londres l'élection de deux échevins déclarés depuis longtemps contre le gouvernement, n'ont servy cju à faire concourir tous les suffrages en leur faveur et à faire mépriser l'autorité royale par tout le peuple avec tant de fureur, qu'à peine le maire et les échevins qui ont voulu agir en faveur de cette cour, ont-ils pu éviter le ressentiment des plus emportés. Vous pouvez vous servir de cet avis, sans affectation , auprès de ceux qui s'imaginent que cette couronne me puisse donner quelque embarras1. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait, Monsieur le marquis de Feuquières, en sa sainte garde.
DE M. LE MARQUIS DE PAS A M. DE FEUQUIÈRES
A Pau , le 25 août 1680.
Je respons , Monsieur , à vostre lettre du 1 7 juillet, et , pour le faire par article, je vous diray que j'ay toujours estimé le mariage une fort bonne ebose, pourvu qu'elle le fust par les advantages qu'on en retire , et il faut qu'ils soient grands pour en équivaloir les embarras et les chagrins ; sur ce pied-là vous pouvez compter que je ne négligeray pas une bonne affaire, lorsque je la trouveray, mais aussy
1 Un traité de ligue offensive et défensive avait été conclu, le 20 juillet précédent, entre l'Angleterre et l'Espagne , inquiétées par l'ambition de Louis XIV.
que je ne me hasteray pas d'en faire une médiocre.
Madame de Pomponne m'a suffisamment aidé pour mon voyage, dont je vous suis très-obligé; j'en ay aussy un grand besoin par les raisons que je vous ay mandées qui m'avoient mis mal dans mes affaires.
Vous m'obligez beaucoup de me marquer vostre sensibilité au regard de l'affaire qui m'a esté faite; je sçais fort bien que le manque de fermeté et la foiblesse auroient nuy à mon amy, à qui seul dans le fond on en vouloit ; car Ton ne m'a embarrassé que pour aggraver son affaire par ce qui pouvoit venir de moy, mais on n'a pas trouvé ce qu'on désiroit et je nay pris aucun des partis qu'on eust bien voulu que je prisse, .l'ay mis en détail ma véritable histoire à l'égard de la Vigoureux et de Le Sage ; mon interrogatoire est conclu par un petit raisonnement sur les deux accusations qui m ont esté faites, par lequel je fais voir non-seulement la fausseté de ces accusations, mais mesme comme quoy elles ont esté mendiées par les commissaires , et leur affectation à me faire une affaire sans fondement. Mais, comme cet escrit n'a esté vu de personne, que je ne l'ay fait que pour m'en servir en temps et lieu , et qu'outre cela il est assez long, voyez si vous voulez que je basarde de vous l'envoyer (pour cela, il faudroit qu'il passast sous quelque enveloppe de marchand , afin qu'il courust moins le risque d'estre
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intercepté ) ou si je le garderay pour le temps où j'iray vous voir, auquel temps quelqu'un des autres accusés aura sans doute aussy fait quelque escritsur son affaire. Ordonnez sur cela. Ce que je sçais bien est que je donnerois beaucoup d'argent pour que vous pussiez avoir tout cecy sûrement.
11 est vray que le comte de Gramont , malgré tout ce que ma tante a pu luy dire, n'a pas esté plus tost de retour à Paris , que, sans doute par l'instigation de Fabbesse , qui baist un peu plus que le diable tout ce qui s'appelle Feuquières, et cela sans qu'on ensacbe d'autre raison que la peur qui luy a pris que ma tante ne nous donnast quelque cbose, il a, à ce que me mande M. l'Abbé, commencé à se décbaisner contre moy avec les manières du monde les plus fortes et en disant qu'il avoit fait au Roy un portrait au naturel de moy, où il luy faisoit cognoistre toutes mes mauvaises qualités. Vous jugez bien quel temps favorable c'est prendre ; je n'ay pourtant rien respondu à cela, sinon qu'il m'avoit fait plaisir et que je le remerciois si le portrait avoit esté au naturel. Je cognoisle personnage et ne puis me scandaliser de tout ce qu'il fera, y ayant plus de dix ans que personne ne s'en doit scandaliser que comme on fait des enfermés des Petites-Maisons.
Je conviens que c'est une cbance malavisée, mais aussy faut-il que vous conveniez d'une cbose, quoique vous ne la voyiez pas de près, que tout est si
cruellement changé, qu'on n'y comprend plus rien ; cela augmente la nécessité qu'il y a que nous hous voyions, et dès que je seray de retour à Paris, ce qui sera pour la Toussaint, je prendray mes mesures pour pouvoir faire ce voyage. Vous serez sûrement surpris et aurez peine à me croire quand je vous feray cognoistre le monde comme il est.
Le duc de Gramont tient les estats de Navarre et sera icy dans huit jours pour ouvrir ceux de Ëéarn.
Ma sœur est tout à fait guérie; elle n'est point du tout marquée; au contraire, il se trouve que là petite vérole luy a diminué le nez ; je crois qu'elle vous escrit aujourdhuy. Vostre belle-fille me charge de vous assurer de ses respects. Je vous souhaitte , Monsieur, autant de santé qu'à moy, à cela près que je seray, je crois , tousjours incommodé aux chan gements de temps, mais au moins je crois estre bientost en estât de monter à cheval.
DE LOUIS XIV A M. DE FEUQLIERES
A Dammartin , le 30 août 1680.
Monsieur le marquis de Feuquières, vostre lettre du 1er de ce mois m'informe des raisons que vous avez de demeurer à Stockholm , et celle qui me paroist la plus forte est l'assurance qu'on vous donne que le roy de Suède y establira dans peu son se-
jour; car, s'il estoit toujours esloigné de deux journées de sa ville capitale, j'aurois peine à croire qu'en vous y arrestant vous pussiez insinuer à ce prince tout ce qui seroit du bien de mon service, et réussir dans les négociations dont vous seriez chargé auprès de luy.
Je vous ay déjà éclaircy par mes précédentes dépesches sur le consentement que j'avois donné à ce qu'il fust remis de ma part quelque projet de traitté entre les mains des ambassadeurs de Suède et de Danemark. Et comme la cause du retardement que j'y ay apporté subsiste toujours , qui est le peu d'empressement que l'un et l'autre tesmoignent pour ce traitté d'alliance , il faut que les rois leurs maistres leur envoyent ordre de commencer la négociation , s'ils désirent que de ma part on fasse les mesmes diligences. Vous pouvez tesmoigner néantmoins à ceux qui vous en parleront que le sieur Hœughe1 a toujours demeuré à Paris, et que, encore que le sieur Bielke m'ait suivy une partie de mon voyage, néantmoins il n'a parlé d'aucune affaire. Je veux bien néantmoins que vous assuriez ledit roy et ses ministres que, quand il recherchera mon alliance, j'y répondray aussy par des marques effectives de l'estime particulière que je fais de la sienne.
Je suis satisfait du compte que vous me rendez de tous les changements que le roy de Suède fait dans
1 Ambassadeur de Danemark en France.
18Zi LETTRES INÉDITES
son conseil , et je m'assure que ceux qui le composent sont mieux intentionnés que Guldensliern n'a tesmoigné l'estre.
Je seray bien aise que vous m1 informiez par vos premières dépesches des desseins que vous me tesmoignez que ces ministres pourroient avoir et des circonstances dont voslre lettre fait men tion . Comme il ne se passe rien présentement qui me doive faire envisager une guerre prochaine, vous ne devez pas songer à demander que mon ambassadeur ait voix dans le conseil de guerre, d'autant plus que l'alliance que vous proposez a pour principal objet le maintien de la paix.
Je vous envoie un escrit1 qui a esté depuis peu répandu dans Londres au sujet de l'alliance nouvellement faite entre l'Espagne et l'Angleterre, qui peut encore beaucoup servir à faire voir au lieu où vous estes qu'on n'en doit attendre que la ruine des affaires du roy d'Angleterre , aussy bien que celle du party d'Espagne en Angleterre. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait, Monsieur le marquis de Feuquières, en sa sainte garde.
* Cet écrit ne se trouve ni aux Affaires étrangères , ni dans la collection de Madame la duchesse Decazes.
DES FEUQUIÉRES. 185
DU MEME AU MEME
A Versailles, le 6 septembre 1680.
Monsieur le marquis de Feuquières, jay reçu vostre lettre du 4 aoust par laquelle vous m'informez des raisonnements qu'on fait à la cour où vous estes sur les desseins que je puis avoir tant en Angleterre que dans l'Empire, et des conséquences qu'on en lire d'une guerre prochaine.
Ce que je crois devoir estre de plus réel dans ce que contient vostre dépesche est la protestation que vous m'escrivez avoir esté faitte par Bent-Oxenstiern contre le retardement d'une alliance avec moy; et les assurances que vous me donnez des bonnes intentions de ce ministre me donnent tout lieu de croire qu'il aura envoyé des ordres au sieur Bielke de tesmoigner plus d'empressement qu'il n'a fait jusques à présent pour l'avancement du traitté.
Cet ambassadeur et celuy de Danemark firent mesme hier des instances à ce qu'il leur en fust donné un projet de ma part, dont ils s'expliquèrent que le fondement de voit estre une eslroitte union entre ma couronne et celles de Suède et de Danemark , et une obligation réciproque de s'entr'aider envers et contre tous ceux qui les voudroient troubler dans la possession des pays et droits dont elles jouissent à présent. Et quoyque la
froideur avec laquelle ils ont négocié par le passé me donne un juste sujet d'attendre qu'ils dressent euxmesmes les articles et conditions qu'ils désirent, de la part de leur maistre ? néantmoins , si je vois qu'ils continuent à vouloir traitter sérieusement, je pourray bien prendre la résolution de leur en faciliter les moyens par le projet qu'ils demandent , et vous en serez aussytost informé. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait, Monsieur le marquis de Feuquières, en sa sainte garde.
DE M. SIMON DE PAS A M. DE FEUQUIÈRES
A Toulon, ce 10 septembre 1680.
J'ay reçu hier vostre lettre du 17 juillet qui m'a donné beaucoup de joye d'apprendre que vous vous portez bien ; mais je ne sçaurois me consoler de voir que vous n'estes pas si tost prest à revenir. Ma douleur n'est pas si intéressée que vous le croyez ; je sçais fort bien que vous pouvez agir pour moy de loin comme de près , et je ne suis fasché de vostre absence que parce qu'elle m'oste le plaisir de vous voir, qui m'est très-sensible , et qu'on ne peut jamais estre sûr de vostre santé par le long temps qu'on est à recevoir de vos nouvelles.
Je suis fort embarrassé à vous donner les instructions pour me faire capitaine. A vous parler franchement, par les voies ordinaires, mon temps n'est pas encore venu ; par mon mérite , je n'y dois
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point prétendre, n'en ayant encore donné aucunes marques particulières; il n'y a au monde qu'une grande faveur, vos sollicitations auprès du Roy, qui puissent me faire réussir; en un mot, je ne le pourray que par un coup de fortune. Pour ce qui est de la lieutenance, il seroit honteux que vous vous employassiez pour cela , on ne scauroit me la refuser , à moins de vouloir me chasser de la marine ; et je l'eusse obtenue dès l'année passée si quelqu'un en eust ouvert la bouche à M. de Seignelay ; mais malheureusement M. l'abbé de Feuquières n'estoit pas pour lors à la cour, et qui que ce soit ne parla pour moy.
Je ne sçais pourquoy vous désespérez de la pension; je ne la demande point comme officier de vaisseau, c'est comme cadet d'une bonne maison, mais peu aisée et qui a toujours bien servy. Ce sont là les raisons sur lesquelles je me fonde et que je dis au Roy l'année passée; il me respondit de manière que j'espéray beaucoup , et tous ceux qui avoient entendu sa response croyoient mon affaire faite; pour moy, je vous avoue que c'est un bon endroit , et celuy qui me paroist le plus solide.
J'aurois bien eu mon congé plus tosl , comme vous me mandez, mais, outre que la cour n'aime pas trop qu'on s'absente des ports l'esté et qu'on paroisse ne s'attacher point au service, c'est que je n'avois point d'argent pour vivre à Paris.
Pour ce qui est de mes supérieurs dont vous voulez sçavoir les noms , je vous diray que ce qu'il y a de capitaines et subalternes des plus honnestes gens et des plus apparents, c'est-à-dire la haute volée, est assurément tout de mes amis ; à l'égard des officiers généraux, ceux qui servent dans ces mers , sont M. Duquesne , avec qui je suis fort bien , il ma mesme souvent offert son appuy , je perds beaucoup qu'ilnaitpointdecrédit1; lesautres?sontlechevalier de Tourville et le marquis d'Amfreville, qui tous deux me tesmoignent beaucoup d'amitiés et d honnestetés ; voilà tout ce que je vous en peux dire ; du reste, je ne sçaurois vous respondre; M. le comte d'Estrées, je le cognois très-peu, ayant toujours servy en Levant et luy en Ponant ; je ne l'ay jamais vu qu'il y a deux ans à Saint-Germain où il m'a toujours fait beaucoup d'honnestetés , me donnant mesme des conseils pour ma conduite auprès de M. de Seignelay. Je pars demain en poste pour aller en Béarn , jusques vers la Toussaint que j iray m'establir à Sain t-G er main-en -La ve .
1 « Duquesne fut mal récompensé , parce qu'il était protestant. « Louis XIV le lui fit sentir un jour. « Sire , lui répondit Duquesne , « quand j'ai combattu pour Votre Majesté , je n'ai pas songé si elle et était d'une autre religion que moi. » Son fils, forcé de s'expatrier a après la révocation de l'édit de Nantes, se retira en Suisse, où il a acheta la terre d'Eaubonne. Il y porta le corps de son père, qu'il « avait été obligé de faire enterrer en secret. On lit sur son tombeau : « La Hollande a fait ériger un mausolée à Ruyter, et la France a refusé u un peu de terre à son vainqueur. » (Voltaire.)
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DE MADAME DE SAINT-CHAMOND A M. DE FEUQUIERES
De Pau , ce 47 septembre 1680.
Je commence cette lettre par vous dire , mon cher frère, n'en avoir jamais vu pour le sujet une si belle , si raisonnable , ni si fière que la vostre à légard de cette Chambre de l'Arsenal. Vous y dites tout ce qui s'y peut dire , et elle ma donné un plaisir à lire que je ne sçaurois vous exprimer ; j'avoue avoir grande envie de voir l'effet qu'elle aura, et que vous puissiez nous venir rendre une petite visite en ce pays ; l'air en est très-bon au marquis, qui veut encore, après la fin des estats, s'aller baigner quelques jours à Bagnères, où je pourray bien aller aussy ; car, bien que générallementl'on défende les eaux minérales à ceux qui craignent le mal de poitrine , je suis persuadée que le mien vient plustostde chaleur d'entrailles que de cet endroit-là; je serois morte il y a longtemps, si cela estoit; jaurois une fièvre lente et d'autres accidents que je n'ay pas, et je crois que, si je pou vois trouver quelque chose qui me rafraîchist bien , sans gaster l'estomac, ma santé reviendroit très-bonne. La pauvre Pimbesche* est encore un peu maigre, mais sa pe-
1 Sobriquet donné par Madame de Saint-Chamond à Mademoiselle Catherine de Pas dans son enfance, et qui lui était resté, dans sa famille, après son mariage.
tite vérole ne luv a fait aucun mal , et elle a le teint comme si elle i^avoit point eu cette maladie.
Mes 1 0 000 escus sont, je crois, comptés présentement aux gens de M. le premier président, ce qui au roi t esté fait dès le commencement d'aoust si on les eust voulu recevoir à Lyon. Vous advouerez qu'il faut que M. de La Blache soit un honneste homme et bien régulier, puisque, après avoir perdu la mesme somme , il n'y a que deux mois, pour lavoir envoyée à Paris par un homme a qui il se confîoit , il n'a pas laissé d'en chercher une autre et de nous la donner aussy ponctuellement qu'il fait. Je ne doute point que vous n'ayez du chagrin de nestre pas en estât de donner promptement ce que vous avez promis, comme je ne doute point aussy que M. deTourmont n'employé le vert et le sec pour se tirer d'affaires sur ce qu'il a avancé ou fait avancer pour M. de Rébenac ; je l'ay connu bien aspre, sans rime ni raison , sur tout cela , et si j'en avois le temps et la force , ayant un rhume effroyable depuis quelques jours , je vous compterois comme il n'auroit pas tenu à luv de nous brouiller tous, mais vous sçavez que là où je puis avoir intérest l'on ne se brouille jamais; je vous ay mandé comme la comtesse de Gramont s'en estoit retournée, et que j'en estois contente, l'ayant trouvée et plus raisonnable et plus solide qu'elle n estoit.
Nos estats finiront, s'il plaist à Dieu, bientost,
et je m'en retourneray , je vous assure, avec joye à ma maison, où je prétends mener vostre fille avec moy pour quelque temps, pourvu que M. le premier président , qui est fort aise de lavoir auprès de luy , le veuille bien , voulant quelle préfère tousjours son devoir à toutes choses. Adieu , mon cher frère , donnez-moy de vos nouvelles le plus souvent que vous le pourrez.
DE M. LE MARQUIS DE PAS A M. DE FEUQUIERES
A Pau, ce 17 septembre 1680.
Je respons, Monsieur, à vostre lettre du 31 juillet qui m a esté envoyéepar mon frèreFabbé avec une copie de ce que vous avez escrit au Pioy sur mon sujet, en quoy je ne suis point du sentiment de Rébenac , la trouvant fort bien. Jay fait un petit mémoire louchant mon affaire, dans lequel je fais d'abord ma véritable histoire de la cognoissance que j'ay eue du Sage et de la Vigoureux; après je fais le récit de mon interrogatoire , et puis je finis par quelques petites réflexions; quoique cela soit escrit en petit caractère, il ne laisseroit pas d'y avoir plus d'une main de papier ; voyez si vous voulez que je vous V envoyé ; mais , si vous le voulez , donnez-moy, je vous prie, une enveloppe autre que la vostre, pour que ce paquet vous soit rendu sûrement; envoyez-moy cette adresse du vieux chiffre, et, comme cela, j'y
adjousteray encore quelque chose de plus qui vous donnera une entière cognoissance de toutes les affaires ; mais prenez bien vos mesures pour la sûreté du paquet, car je serois un homme perdu s'il venoit à la cognoissance de certaines gens.
Je fais mon compte de vous aller voir à la fin de l'hiver, n'osant pas entreprendre auparavant un si grand voyage. Il est difficile de vous adverlir du temps de demander des grâces, vous estes si loin, qu'il est passe quand vos lettres arrivent, et que souvent mesme les affaires sont changées de face. Lorsqu'on prendra mon oncle l'abbé pourhomme de bonne volonté , on aura raison , mais , dès qu'on luy donnera une affaire à gouverner, il la gastera toujours. Toute la famille d'icy est à cette heure en bonne santé, et moy, Monsieur, pour vous comme je dois eslre.
M. DE COLRERT DE CROISSY A M. DE FEEQUIERES.
A Versailles, ce 27 septembre 1680.
La fiebvre prit à Monseigneur lundy dernier1 et elle ne Fa point quitté jusqu'à présent; mais elle est beaucoup moins violente, et, quoyque la ma-
' « Monseigneur tomba malade dans le temps que Madame la Dau- « phi ne éludioit un ballet ; il fut à l'extrémité. La Reine étoit quasi « tous les jours dans sa chambre , où il n'entroit personne : en l'état « où il étoit, tout le monde l'incommodoît. » [Mémoires de Mademoi- « selle de Motvtpknsier . ) — « Monseigneur a été guéri, écrivait le
Jadie dune personne si précieuse à lEstat donne toujours de grandes inquiétudes , néantmoins il y a lieu d'espérer qu'il en sera bientost quitte et que je pourray vous apprendre sa guérison par le premier ordinaire. Je suis, Monsieur, entièrement à vous.
DE M. LE MARQUIS DE PAS A M. DE FEUQUIÈRES
A Pau, ce 28 septembre 1680.
.T'ai reçu, Monsieur, vostre lettre du 28 aoust, et, pour y respondre, je vous diray qui! ne paroist plus du tout que ma sœur ait eu la petite vérole. Pour ce qui est de ses 1 0 000 escus, son mary a envoyé sa quittance à Madame de Pomponne pour en toucher la rente; il attendra bien encore un an sans peine , pendant lequel temps vous pourrez prendre vos mesures , et en attendant, si vous estes en estât d'en donner une partie, cela seroit admirable et feroit voir au premier président que vous ne le négligez pas.
Quant à vostre retraite j'en prévois présentement le temps esloigné. Je m en retourne à Bagnères dès que les eslats seront finis , il n'y a que cela qui
7 octobre, Madame de Sévigné, par le remède de Philippe; que deviendra la Faculté ? » Le remède du sieur Philippe était alors fort à la mode ; il parait que le quinquina, découvert depuis un petit nombre d'années, entrait pour la plus grande partie dans sa composition ; on le nommait aussi le remède anglais.
m LETTRES INÉDITES
me tienne icy, estant» ce me semble, bon de mettre les donations sur le bon pied pour mon frère, ce que je ne crois pourtant pas devoir souffrir la moindre difficulté. Je me baigneray donc encore quinze jours, et puis, après rn'estre un peu remis et reposé, car ces bains-là fatiguent beaucoup, je reprendray le cbemin de Paris où je compte estre entre la Toussaint et la Saint-Martin ; après quoy je prenclray mes mesures pour vous aller voir , ce que je ne pourray pourtant pas faire plus tost qu'au mois de mars, supposé que le Roy commence dans ce temps-là le grand voyage qu'on prétend qu'il fera Tannée prochaine; je verray aussy si je pourrois ménager que le voyage ne me coustât rien.
Je n'ay pas vu Madame de Saint-Ausony en venant, elle s'en retournoit par un costé chez elle pendant que je venois de l'autre; c'est elle qui fait la diablessse contre tout ce qui s'appelle Feuquières, pour lequelnom elle a une horreur sigrande, qu'elle ne sçauroit l'entendre prononcer sans la faire paroistre. Je ne sçais cela que de mes sœurs et de ma tante rnesme; ces deux sœurs s'escrivent présentement, mais il ne faut pas compter qu'elles se voient jamais ; elles ne peuvent compatir ensemble. Je ne me destourneray pas aussy pour la voir, car sa haine pour moy a esté jusques à l'éclat.
Ce qui me paroist de bon pour mon frère en ce pays-cy, c'est qu'on le souhaite, en présence mesme
du gouverneur , dont on n'est point du tout content. Aussy a-t-on un peu de raison : il n'est pas propre à ces manéges-cy, et a fait deux autres pas de clerc qui luy feront du tort dans les suites. Il vit fort bien avec moy et avec mes sœurs ; nous n'avons en nostre particulier qu'à nous en louer. Je suis toujours pour vous, Monsieur, comme je dois estre. Mes sœurs me chargent de vous assurer de leurs respects.
DE M. SIMON DE PAS A M. DE FEUQUlèRES.
A Séméac, ce 6 octobre 1680.
Selon ce que je vous manday il y a quelque temps, vous croyez peut-estre que je suis arrivé depuis longtemps, il n'y a pourtant que quatre jours. Je ne suis party de Toulon que dix ou douze jours après vous avoir escrit ; de plus je croyois n'estre que trois jours en chemin en prenant la poste, et je n'en ay point trouvé; ainsy , j'ay esté onze jours, encore avec beaucoup d'incommodités; j'ay toujours esté sur de fort mauvais chevaux de louage , exposé à la chaleur du soleil , qui a esté si cruelle dans ces pays-cy , que j'estois obligé de descendre de cheval à tous les arbres que je trouvois , pour m'y rafraîchir un moment à l'ombre; enfin je suis arrivé en fort bonne santé, il y a cinq jours, tout à propos pour voir le duc de Gramont, qui achevoit de
tenir les estais; ils finirent avant-hier par un bel endroit, en faisant à Rébenac la mesme donation qu'ils faisoient à M. le comte de Toulongeon. Le duc de Gramont est party le mesme jour, et Madame de Saint-Chamond le lendemain , qui estoit hier, pour venir icy où elle a voulu que je raccompagnasse. Je 1 honorois beaucoup avant de la connoislre, mais depuis que je 1 ay vue, c est tout autre chose; je nay jamais vu une si aimable femme , et pour nous autres surtout, car elle aime tout ce qui s appelle Feuquières dune tendresse extraordinaire. Toute nostre famille béarnoise est , je vous assure , aussy fort aimable ; Madame de Rébenac est la meilleure femme que Dieu ait créée ; je l'ay laissée à Pau avec mon frère aisné; ils seront, je crois, icy demain, pour de là aller prendre les eaux àBagnères, qui n'est qu'à trois lieues. M. de La Vie le fils est aussy un fort honneste homme , bien tourné et qui a de l'esprit beaucoup ; sa femme l'aime tout ce qui se peut; enfin , tout est fort bon, et jen'ay rien vu dont vous ne fussiez très-content. Ma sœur vient icy dans peu de jours, pour y rester jusqu'à ce que son mary soit revenu d'un petit voyage qu'il va faire à Bordeaux ; elle a bien de la peine à se remettre de sa maladie qui a esté fort grande. Voilà tout ce que je vous puis dire du Béarn, qui me paroist fort sauvage et habité par des gens féroces et fort mal aisés à vivre. Je crois que ma
sœur en a tiré tout ce qu'il y avoit de bon pour homme, et Rébenac ce qu'il y avoit de bon pour femme.
Je ne sçais quand je partiray pour m'en aller à Paris, ou pour mieux dire à Saint-Germain , car de séjour à Paris , je crois que je n'y en feray guère , cela dépendra du temps que mon frère restera aux eaux ; nous nous en irons ensemble ; je crois que cela ne passera point la fin du mois. Je vous ay écrit ce que je croyois de mon avancement, j'attends vostre résolution là-dessus. Si vous croyez n'avoir pas assez de ce que je vous ay mandé estre nécessaire pour le saut que je voudrois faire ', gardez-vous bien d'écrire pour la lieutenance , il seroit honteux que vous employassiez vostre crédit pour si peu de chose , le mien suffit; on vous feroit valoir pour grâce une chose qu'on ne sçauroit me refuser, et que jedevrois avoir dès l'année passée , et cela sans grâce. Quoy que vous en disiez , je ne sçaurois m'empescher de souhaiter vostre retour avec ardeur.
DE M. DE FEUQUIERES A LOUIS XIV
A Stockholm , le mercrecîy 23 octobre 1 680 .
Sire, ma response à la lettre du 7 de ce mois dont il a plu à Vostre Majesté de m' honorer, se
1 Voir la lettre de M. Simon de Pas du 10 septembre, p. 186.
trouvera meslée dans le compte cy-dessous de toute la semaine, parce qu'avant de l'avoir reçue, j'avois commencé à traitter les mesmes affaires.
Ma dernière, Sire, marquoit qu'il avoit esté fait mention très-honorable de Votre Majesté dans l'ouverture de la Diette. J'en fis, le lendemain , compliment au roy de Suède et il commanda à M. Bent- Oxenstiern de me donner des extraits de la harangue et de la proposition1. Les voicy, Sire, en original avec la traduction ; M. l'ambassadeur pourra dire si elle est fidèle. Cependant, Sire, j'assurerai
1 Extrait de la harangue de M, le comte Bent- Oxenstiern à l'assemblée des estats, le 5 octobre 1680.
a L'amitié du Roi Très-Chrestien et l'assistance qu'il a donnée, en vertu de l'alliance, ont aussy esté d'un très-bon effet , tant dans le cours de la guerre que dans la négociation de la paix ; c'est pourquoi Sa Majesté ne se contente pas d'en conserver le souvenir avec reconnoissance, mais Elle veut encore en faire mention dans cette assemblée générale des estats de son royaume , affin qu'ils en fassent aussy le cas et l'estime qu'ils doivent. »
Extrait de la proposition de Sa Majesté aux estats du royaume.
« Sa Majesté , en faisant mention de tout cecy et du bon succès qu'ont eu les traittés de paix qu'on a conclus l'un après l'autre, ne peut s'empescher de témoigner l'estime que mérite la constance avec laquelle le Roy Très-Chrestien a soutenu ses intérests, l'ayant aidé autant qu'il estoit possible et comme un fidèle allié, à surmonter les difficultés qui s'opposoient à une paix honneste et raisonnable , et n'ayant point voulu mettre les armes bas que Sa Majesté n'ait aussy esté en estât de le faire avec sa satisfaction. »
Vostxe Majesté que le sens qui y paroist est le sentiment général que les Suédois tesmoignent avoir, et que je ne crois pas pouvoir rien faire de plus agréable à tous ceux qui Font sçu, que de le remarquer, et d'en donner connoissance à Vostre Majesté , n'y ayant aucun qui ne juge très-important à la nation que Vostre Majesté se la croye éternellement obligée, à l'exception peut-estre de quelques personnes dont on me donne du soupçon.
Vostre Majesté aura vu aussi dans ma mesme lettre que j'avois pris la droitte sur l'ambassadeur de Danemark , qui estoit arrivé le premier à la tribune. Cela, Sire, fut remarqué avec estonnement par tous les assistants, qui pensoient qu'au moins l'ambassadeur ne le pouvant éviter, se retireroit. Et j'ay dit seulement à ceux qui m'en ont parlé que je m'estonnois de leur estonnement, vu qu'il n'y a jamais eu que le seul Guldenstiern qui fust capable de s'imaginer que les ambassadeurs de Danemark eussent de la répugnance à céder ouvertement aux vostres.
J'ai , Sire , remarqué en cette occasion que quelque conséquence qu'on en puisse tirer contre les ambassadeurs de Suède en faveur des vostres, à cause que la Suède se déclare esgale au Danemark, et quelque alliance qu'il y ait entre ces deux couronnes, néantmoins on n'a pas esté fasché de voir l'ambassadeur mortifié. Et en effet quantité de
dames qui se trouvèrent sur mon chemin et en Ja place où elles jugèrent que je voulois eslre, firent avec empressement tout leur possible pour m'aidei (parce que la presse estoit grande en cet endroit ), entre lesquelles les comtesses Konigsmark et Oxenstiern se signalèrent, et me prièrent sur le champ de les nommer à Yostre Majesté, ce que j'avois omis dans ma précédente; ce qui ne rnempeschera pourtant pas, Sire, de mettre le mari de cette dernière de ces deux dames, à la teste de l'exception dont jay parlé cy-dessus , puisqu'il rebat dans le sénat les mesmes raisons avec lesquelles on conlrarioit autrefois vostre alliance. Véritablement, Sire, la compagnie s'y oppose fortement et unanimement; le comte Jean Stenbok a fait un escrit contre lui de six feuilles de papier, qui est généralement approuvé. 11 ne me revient pas non plus que, ni dans le sénat ni ailleurs, il y ait personne qui parle comme Bent-Oxenstiern , ni approchant, si ce n'est quelquefois les Wachtmeister , Ruider-Crantz et peut-estre Ornestedt, qui m'est un peu suspect ; ainsi , Sire, je ne crains nullement qu'il change l'esprit du roy ni du sénat ni des estats ; mais il est à la teste des affaires , et Vostre Majesté a vu comme quoi le seul Guidenstiern , estant dans ce poste , sans se déclarer trop ouvertement contre la France, n'a pas laissé, au préjudice de la bonne intention générale , de gaster beaucoup de choses.
Je ne voudrois pas, Sire, faire un jugement téméraire de celui-cy, mais on remarque qu'estant entièrement ruiné il entretient sa maison avec splendeur et fait bastir sans emprunter; cela joint aux discours qu'il tient dans le sénat, ce n'est pas, ce me semble, sans sujet que Vostre Majesté s'en méfie et que je dois l'observer de près.
Dans ce temps de Diette où il s'agit de questions délicates pour l'authorité royale1, je m'abstiens de
1 « L'abus que faisoit la noblesse de ses privilèges, l'excès de l'au- « toritéque s'airogeoit le sénat, et les différents moyens dont s'étoient « servis les seigneurs pour s'emparer peu à peu de tous les domaines « de la couronne, avoient excité la jalousie des ordres de l'Etat. On « prétend que le baron J. Guldenstiern en prit occasion de suggérer « au roi Charles XI l'idée de profiter de la disposition des esprits « pour augmenter le pouvoir royal et pour abaisser celui du sénat <t et de la noblesse. Guidé par ses conseils, le roi convoqua , en 1680, « les estats du royaume à Stockholm. Une accusation fut portée à la « diète contre les ministres qui avaient géré les affaires pendant la « minorité du roi. On leur attribua les malheurs et les pertes de l'Etat « et on les en rendit responsables. Le sénat fut aussi inculpé ; on lui « reprocha des abus d'autorité, et l'on proposa à l'examen des états « la question si l'autorité que le sénat prétendoit avoir étoit conforme « aux lois du royaume. Les estats déclarèrent, le 10 décembre 1680, « que le roi n'étoit tenu à d'autre forme de gouvernement qu'à celle ce que lui prescrivoient les constitutions du royaume, que le sénat ne « présentoit ni un cinquième ordre ni un pouvoir intermédiaire « entre le roi et les états , qu'il ne devoit former que le simple court seil du roi et n'avoir qu'une voix consultative.
« Un collège de réunion fut établi dans cette même diète , à l'effet « de rechercher tous les domaines donnés , vendus , hypothéqués ou « échangés par les précédents rois , soit en Suède soit en Livonie ,
voir fréquemment mes meilleurs amis, de peur de les commettre et moi aussi d'un costé ou d'autre, mais je leur détache les sieurs de la Piquetière et Le Vasseur en qui ils ont confiance et ne suis pas mal averti de toutes choses.
Les instructions de Gabriel Oxenstiern ne sont pas encore résolues. J'en ai, Sire, parlé en termes généraux au roy de Suède , et , selon la réponse qu'il m'a faitte , j'ai lieu de croire qu'elles seront raisonnables; mais, Sire, le danger ne seroit pas tant en ce qu'elles contiendroient à la lettre qu'aux additions verbales et secrettes de son oncle.
Celles de Snolsky sont expédiées , et il dit qu'elles sont bonnes. C'est un bon homme. Jl est pauvre, et cette dernière raison , jointe à sa persuasion en faveur de vostre alliance, le pourroit peut-estre aisément attacher aux sentiments de M. de Verjus avec un peu de gratification secrette. L'occasion de laDiette, où chacun s'applique, retarde tous ces ence avec ordre , de la part de la couronne , de rembourser aux proprié- « taires les sommes qu'ils en avoient originairement payées. Cette opé- « ration augmenta considérablement les revenus du roi. Une diète « subséquente, celle de 1683, renchérit encore sur celle de 1680. « Elle statua que , s'il avoit été enjoint au roi de gouverner le royaume « suivant les lois , cela ne lui ôtoit pas le pouvoir de changer ces né» « mes lois. Enfin la diète de 1693 déclara que le roi étoit maître ab- « solu et seul dépositaire du pouvoir suprême , sans estre responsable « de ses actions à qui que ce soit sur la terre , et qu'il avoit la faculté « de gouverner le royaume selon son bon plaisir. » (Kocu, Tableau des révolutions de V Europe, période vu. )
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vois, et, sans cela aussi, ils tiennent beaucoup à l'argent.
L'ambassadeur de Danemark m'a baillé copie des projets que Yostre Majesté a fait donner aux ambassadeurs des deux couronnes. Quant à lui, il espère que le contre-projet du roy son maistre finira bientost l'affaire.
J'ai mis, Sire, le roy de Suède sur ce discours, pour lui faire connoistre qu'il ne tient pas à Vostre Majesté que le traitté ne se fasse, et que les ambassadeurs avoient desjà laissé passer quinze jours sans rien répondre. 11 n'a pas tesmoigné estre surpris de ce retardement, disant seulement qu'il envoie présentement un fondé de pouvoir à son ambassadeur pour conclure. Je ne suis pas, Sire , entré dans le détail des conditions, parce que je feignois les ignorer et qu'il ne m'en spécifioit aucune.
Ce prince me parla de lui-mesme de la conclusion apparemment prochaine des affaires de Monsieur de Gottorp, comme d'une obligation qu'il aura à Vostre Majesté. La reine sa mère m'en a parlé dans les mesmes termes : et en effet, Sire, on ne doute point que ce ne soit un augure certain du dessein que le roy de Danemark a d'entrer sincèrement dans vostre alliance, qui solideia celle qu'il a avec la Suède , sans quoi il ne se soucieroit guères de Monsieur de Gottorp.
Dans la mesme conversation , Sire , le roy de
Suède parla avec regret du retour de Monsieur de Béthune. Cela vient des rapports avantageux que Lillieuck fait , du crédit de Monsieur de Béthune en Pologne et des bons offices qu'il a rendus à la Suède, lesquels Guldenstiern avoit la pluspart dissimulés.
Une me paroist pas, Sire, qu'on fasse grande réflexion sur les pratiques du prince d'Orange en Allemagne, niqueWarwick, envoyé d'Angleterre, ait fait des propositions qui y aient du rapport; mais pourtant, Sire, comme je crois l'affaire plus délicate que je ne le dis aux Suédois , se pouvant faire un commencement de plus grande ligue contre vostre service, je ne négligerai rien pour estre averti, et il sera difficile qu'il se produise quelque chose au delà de cet envoyé et de Bent-Oxenstiern sans que je le sache bientost après.
Vostre Majesté ne doutera pas, s'il luy plaist, que je n'avertisse soigneusement tous ses ministres de ce qui peut toucher leurs commissions , ainsi qu'ils me font la grâce de m'avertir de ce qui touche la mienne.
Le marquis del Monte , envoyé de la reine Christine, prétend qu'il est dû à cette princesse plus d'un million d'escus. On propose de lui donner la jouissance du duché de Brème , en payant préalablement les garnisons et les charges ordinaires; et la principale difficulté est en la valeur du revenu ,
qu'on doute qui soit assez grand. Leroy de Suède y auroit de l'avantage par les contributions extraordinaires qu'on dit qu'il pourroit tirer des domaines qui luy reviendroient.
Les principaux points de la proposition que le roy de Suède a failte aux estats sont des despenses qu'il convient faire pour le restablissement du royaume , lesquels excèdent 3 000 000 d'escus, Les estats tesmoignent là-dessus , sinon tout le pouvoir présent, du moins la bonne volonté possible, mais ils sont choqués de plusieurs innovations qui leur sont suspectes.
Ce prince pensoit qu'en demandant une grosse somme, les estats proposeroient d'eux-mesmes la réduction avec tous les excès dont il a esté parlé , qui seroient capables de ruiner entièrement tout ce qu'il y a de grand dans le royaume, sans exception d'aucuns des héritiers de ces hommes si signalés par leurs services, si ce n'est peut-estre les Konigsmarks , qui ne perdroient qu'environ la moitié de leur bien. Mais il y a tant d'autres gens au-dessous de ceux là, intéressés dans cette affaire, que jusques icy les estats n'y paroissent nullement disposés , et tesmoignent bien plus d'envie de demander par récrimination la punition de tous les désordres passés dont ils accusent principalement les Guldenstiern et les secrétaires.
Les innovations qui sont suspectes aux estats
sont que le roy a nommé cTauthorilé leurs commissaires, au nombre de soixante, des trois premiers corps également, les paysans n'ayant pas accoustumé d'en donner, lesquels commissaires doivent traitter directement avec luy , au lieu qu'autrefois les estats les nommoient et qu'ils traittoient par l'entremise du sénat.
Les estats admettent pourtant les commissaires avec un tempérament par lequel il paroist qu'ils les ont nommés par complaisance, mais sans conséquence, et avec cette condition qu'ils ne traitteront avec le roy que des affaires estrangères , qui doivent estre secrettes , et nullement des affaires du dedans du royaume , pour lesquelles ils n'auront aucun pouvoir de conclure. Le sénat de son costé ne dit rien la-dessus , mais il ne faut pas douter qu'il n agisse sous main dans les estats.
On a admis dans la convocation des estats ceux de Schone et de Bléking, en vertu de la séparation que Guldenstiern avoit faitte de son gouvernement du corps du royaume.
On rase Elsimbourg et Christianstadt , sans F avis des estats, qui est une autre innovation qui les choque quant à la forme, encore que l'effet ne leur en déplaise pas. Mais une innovation qui les choque beaucoup, c'est le régiment des gardes de 2000 hommes , au lieu qu'il ne souloit estre en temps de paix que de 400, et 200 trabans qu'on n'avoit jamais
vus en temps de paix, qui coustent beaucoup au pays par les exactions.
Et ce prince qui pourrait faire passer ces innovations par adresse et en se faisant aimer , puisque sa force n'est pas suffisante, se rend inaccessible, enfermé ordinairement seul ou en mauvaise compagnie dans sa cbambre; ce qui fait dire à tout le monde qu'il suit les pratiques de Guldenstiern et les fausses manières qu'il lui insinuoit pour les faire réussir, ce que lui-mesme n'aurait pas voulu, n'ayant eu autre dessein que de faire révolter le royaume pour ses fins particulières. 11 n'y a pourtant aucune apparence jusques icy à une révolte, mais c'est autant par le peu de cas que les estais font de ces innovations et de ces projets qu'ils prétendent anéantir quand ils voudront, que par reste d'amour et appréhension de violence. Je suis, Sire, etc.
DE LOUIS XIV A M. DE FEUQUIERES
A Saint-Germain-en-Laye , le 5 décembre 1680.
Monsieur le marquis de Feuquières , continuez à minformer exactement de tout ce qui se passera dans la Dielte, et de toutes les résolutions qui y seront prises. Taschez aussy de sçavoir le nom de tous les François de la religion prétendue réformée qui se sont retirés à Stockholm, et mesme de leurs
qualités, arts et mestiers, et envoyez-m'en un estât.
Je seray bien aise aussy d'apprendre quelle fin pourroient avoir les difficultés que fait à présent le résident d'Hollande , de faire l'eschange des ratifications du traitté de commerce avec la Hollande.
Je reçois encore dans ce moment vostre lettre du 1 3 novembre par laquelle vous m'informez des raisonnements dont se servent Bent-Oxenstiern et d'autres ministres pour faire voir qu il seroit plus avantageux au roy de Suède de se joindre à la ligue opposée à mes intérests, ou de demeurer neutre, que de renouveller l'alliance avec moy. Cependant il est certain que , si je n'estois retenu parles esgards et l'affection que j'ay tousjours eus pour cette couronne, jaurois desjà inséparablement détaché de ses intérests tous ceux qui peuvent profiter de la ruine de la Suède, et qu'en leur laissant suivre leur propre mouvement, il ne me seroit pas difficile de mettre cette couronne en estât de ne se pouvoir jamais opposer à mes desseins. Enfin si le roy de Suède veut ouvrir les veux, il reconnoistra facilement que ses ennemis ne désirent rien plus passionnément que de rompre la bonne intelligence qu'il y a tousjours eu entre ma couronne et celle de Suède, et que du moment qu ils luy auront fait perdre mon appuy, rien ne les empeschera plus de reprendre sur elle tout ce qu'ils prétendent leur appartenir.
La rétention de Wismar en est une preuve assez convainquante. Et si le roy de Suède y fait de justes réflexions, il jugera bien que, s'il eusl tesmoigné plus de chaleur et d'empressement à conclure l'alliance avec moy , le roy de Danemark ne luy auroit pas donné ce desplaisir.
Continuez de m'informer de toutes les difficultés qui se forment à la diette , et des suites qu'elles pourront avoir. Sur ce, je prie Dieu, etc.
DE M. JULES DE PAS A M. DE FEUQUIÈRES
A Paris , le 20 décembre 1680.
Je ne vous ay rien mandé, ce me semble, qui dust vous donner de l'inquiétude pour le chevalier de Pas1 qui, je crois, doit à cette heure estre arrivé à Constantinople, au moins les dernières nouvelles qu'on a eues estoient de Céphalonie, qui n'est pas loin de là; les vaisseaux qui ont péry estoient sur T Océan.
Je ne suis pas si modéré que vous croyez , mais, ma foy, c'est que je n'y vois point de lieu; ils se sont mis en teste mille magnificences pour le régiment qui cousteront beaucoup, et dont l'argent se prendra sur la vente des charges. Ainsy je ne m'en
1 Simon de Pas. On distingue plus sûrement les différents membres de la famille des Feuquières par les prénoms que par les titres , dont ils changeaient fréquemment.
trouvera)' pas mieux et vous assure que je doutte fort que jaye lieu destre content destre icy. Il y a beaucoup de bénéfices vaquants; je voudrois bien tascher de trouver lieu d'obtenir une pension sur quelqu'un, mais du tout je n'espère guère à rien, n'ayant personne icy qui m'aide ni mesme qui puisse me conseiller les moyens de rien faire.
Post-scriptum de M. V abbé de Pas. — M. Le Vasseur vous aura dit mes sentimens sur l'évesché d'Amiens; si Monsieur l'évesque venoit plus souvent à Paris , je pourrois le ménager plus aisément; mais comme il n'y a encore rien qui presse , nous prendrons des mesures plus justes à vostre retour. En attendant, je tascheray de l'avoir pour président de ma première thèse, que je feray à peu près dans le temps où nous espérons que vous viendrez. Le fils de Rébenac est mort, je crois qu'il en sera fort affligé. Jay esté taxé cette année à près de 1 600 fr. de décimes ; j'espère pourtant trouver des moyens pour les faire diminuer, car je monstre plus clair que le jour que je n'en devrois payer que 6 ou 700 tout au plus ; la peine sera de me faire escouter ; jay un exemple d'un homme qui en est venu à bout hautement, et je pense mesme qu'il se fit restituer le passé. M. Bâclez est encore en Bourgogne où il travaille à cela et à d'autres affaires.
DE M. DE FEUQUIÈRES A LOUIS XIV
A Stockholm, le 15 janvier 1681.
Sire, la reine Christine n'est pas contente de ce qu'on ne la rembourse point de ses revenus qu'on a pris durant la guerre, et son envoyé se plaint fort , ce qui fait de la peine au roy de Suède. Ce prince veut retirer d'elle l'isle d'GEland, qui vaut 20 000 escus de rente, et Wachmeister1 fait estât d'y establir pour ce prix 2 000 matelots; mais on doute qu'il s'en trouve autant qui veuillent pour 1 0 escus changer de demeure , sans estre assurés d'estre employés toute l'année à leur mestier. Le malheur de la flotte de Suède est , Sire, à ce qu'on dit , qu'il n'y a pas assez de commerce en temps de paix pour entretenir suffisamment de matelots , car du reste on n'y manque point de soldats , mais de matériaux pour faire des vaisseaux.
J'ai vu , Sire, une invention qui me paroist belle et importante. Y. M. en aura le mémoire2, dont j'ai
1 Amiral de Suède.