D£ M. SIMON DE PAS A M. DE FEUQEIERES
A Cadix, le 20 décembre 168 i.
Je n'ay pas voulu vous escrire plustost, dans la pensée que j arriverois en France avant mes lettres ; mais le commerce nous a retenus icy trois semaines de plus qu'on ne pensoit, et, dans le moment où nous espérions partir , il est arrivé un bastiment envoyé de Brest pour nous porter des ordres d'aller contre les Algériens, qui depuis six semaines ont dé-
1 Le 12 mars 4682 , M. Colbert de Croissy répondit à M. de Feuquières : « Le Roy n'a pas jugé , Monsieur, qu'il y eust rien à respon - « dre à ce que vous luy escrivistes le 17 décembre, touchant la jonc- « tion à vostre gouvernement de Verdun de la province qui est « attachée à celuy de Metz , parce que S. M. ne pouvoit douter qu'on « ne vous eust informé que M. le duc de La Ferté estoit depuis long- « temps pourvu de la survivance du gouvernement de Metz, en la « mesme manière dont le feu maréchal son père en jouissoit. »
* « En 1681 , l'amiral Duquesne poursuivoit des corsaires de Tri- « poli jusque dans le port de Chio, et il les y cribla de canonnades , a sans ménager les habitants de la ville , dont plusieurs furent tués
claré la guerre au Roy. Nous attendons pour cela une flotte chargée de vivres pour trois mois. Si j' a vois prévu que la campagne eust dû estre si longue, je ne me serois point embarqué, j aurois beaucoup mieux fait daller planter le piquet à la porte de M. de Seignelay, pour n'en point sortir sans la commission de capitaine , au lieu que je serav fort heureux s'il a la bonté de me faire lieutenant estant esloigné. Je m en vais passer un cruel hyver; tenir la mer d'un mois de mars à l'autre est quelque chose de plus rude qu'on ne peut se l'imaginer. Il n'y a qu'une chose qui puisse m'en consoler , qui est de vous trouver de retour en arrivant en France, ou du moins d'y trouver un ordre
oc dans les rues et dans les maisons ; plusieurs de ces maisons et des « mosquées furent incendiées , et cette cruelle exécution militaire fut « faite sous les yeux du Capitan-Pacha , qui lui-même étoit entré « dans le port avec trente-six galères. L'année suivante , Duquesne « fut chargé de châtier aussi les corsaires d'Alger : le 20 juillet, il « hrûla deux de leurs vaisseaux dans le port de Chertchell. Il vint « ensuite insulter la ville même d'Alger dans la nuit du 30 août, et « dans celle du 4 septembre il fit avancer des galiotes jusqu'à peu de « distance des murs, et il jeta deux cents bombes qui abattirent une « centaine de maisons et endommagèrent quelques vaisseaux. »
(Sismondi , Hist. des Français. ) On peut consulter aussi , pour plus de détail sur ces deux expéditions, les Lettres de Duquesne, publiées par M. de Monmerqué à la suite des Mémoires du marquis de Villette. Ces lettres sont tirées de la collection des papiers de famille de Madame la duchesse Decazes. ( Voir la note de la page 159, t. III.)
DES FUUOUiEUES. -J77
pour vous aller chercher avec un vaisseau, comme je vous lay mandé; je voudrois fort que cette voiture vous accommodast, et que vous leussiez demandée. Il n'y a rien de nouveau à vous mander de ce pays-cy , sinon que la peste n'y est plus guères.