DE AI. LE BOURGEOIS1 A M. DE EEUQUIÈRES
A Verdun, le 18 janvier 1682.
Monseigneur, la crainte que j'ay eue d'estre importun à Vostre Excellence a fait que je ne luy ay pas rendu mes respects aussi souvent que je l'ay souhaité , que je ne lay pas informée des règlements intervenus entre les corps de cette ville , et tesmoigné la joie que j'ay eue de la place dont le Roy l'a honorée dans son Conseil ordinaire. Je me suis contenté, Monseigneur, de rendre ce devoir à M. le Marquis. Depuis que j'ay appris que les grandes occupations de Vostre Excellence luy permettent de se souvenir du particulier, je prends la liberté de luy tesmoigner la juste impatience que j'ay de la voir remplir cette place si importante à toute la France, à cette ville particulièrement , et à nostre compagnie , en luy souhaitant , à ce renouvellement d'année , toutes sortes de prospérité , santé et prompt retour, et l'assurant que je suis, avec un profond respect, Monseigneur, etc.
1 Lieutenant-général au bailliage de Verdun
DE M. DE FEUQÏÏIÈRES A M. COLBEKT DE CROISSY.*
A Stockholm , le 15 avril 4682.
L'espérance , Monsieur, de mon prochain congé, et les quatre mille escus qu il a plu au Roy d y ajouter1, sont deux grâces que je dois à vos bons offices ; et ce que je puis dire pour vous en remercier , est que ma reconnoissance est proportionnée à l'obligation que je vous en ai, laquelle est d'autant plus grande, que j'avois grand besoin de lune et de l'autre. Je n'en ai pas moins , Monsieur, de la continuation de l'honneur de vostre amitié, et je vous supplie , avec beaucoup de confiance , de me la conserver comme à celui qui est véritablement vostre très-humble et très-obéissant serviteur.
DÏJ MÊME A LOUIS XIV
A Stockholm , le 22 juillet 1682.
Sire, M. Bazin est arrivé samedi, et j'ai reçu dimanche la lettre du 2 de ce mois , de laquelle il a plu ii Vostre Majesté de m'honorer; je la lui ai
1 Le Roi avait écrit à M. de Feuquières le 26 mars : « J'ay nommé « le sieur Bazin, maistre des requestes ordinaire , pour mon am- « bassadeur en Suède, et je le feray partir le plus diligemment qu'il a se pourra pour vous aller relever. Et j'ay bien voulu vous accorder « une gratification de A 000 escus pour les frais extraordinaires de « vostre retour. »
communiquée, avec toutes celles qui sont de dates postérieures à ses instructions.
Vostre Majesté nous confirme à tous les deux la défense que j'avois déjà, en mon particulier, de faire aucune avance et de rien dire en cette cour dont on puisse se prévaloir pour donner de l'ombrage à vos alliés , en attendant que, sur le compte que j'aurai l'honneur de rendre en personne à Vostre Majesté , Elle envoyé de nouveaux ordres à M. Bazin. J'ai, Sire, toujours observé cette conduite aussi régulièrement que Vostre Majesté a vu dans mes précédentes , quoi qu'en puissent dire ailleurs les ministres de Suède , et je l'ai fait plus que jamais cette semaine, en quatre différentes occasions, ayant vu autant de fois assez amplement le roy de Suède et M. Oxenstiern ensemble , sans leur parler que de choses indifférentes, si ce n'est qu'aux deux dernières fois, depuis avoir vu M. Bazin, je me suis étendu, comme je devois et pour la vérité et pour le bien de vostre service sur son mérite personnel , et que j'ai obtenu pour lui la liberté de voir ce prince avant son audience de cérémonie. Je continuerai, Sire, de mesme jusqu'à mon départ, duquel le temps est encore incertain par une difficulté qui est née depuis quelques jouis touchant le cérémonial.
C'est, Sire, qu'on a fait un règlement duquel je 11 avois jamais entendu parler , et que j'ai desclaré
280 LETTRES [NÉD1TKS
que je ne m'y accommoderais pas, a cause qu il diminue l'honneur qu'on a accoustumé de rendre aux amhassadeurs de Voslre Majesté. Je sçavois bien , Sire , qu'avant mon temps on leur avoit retranché le cortège et le traitement de trois jours à lentrée et à la sortie de l'ambassade, et ne m'en estois point formalisé à mon arrivée, ne doutant nullement que Vostre Majesté ne l'eust approuvé. Mais, au lieu qu'à ma première audience deux sénateurs me vinrent prendre en mon logis dans le carrosse du rov et me laissèrent seul dans le fond, l'introducteur est venu dire ce malin que j'aurais mon audience samedi prochain, pourvu que je me résolusse à n'avoir qu'un sénateur. Il a dit pour raison que le rov son maistrene croit pas que Vostre Majesté trouve mauvais qu'il fasse des règlements dans son royaume ; qu'un sénateur, qui est la première dignité, se peut bien accompareràunprince, non du sang, qui accompagne en France en semblable occasion les ambassadeurs des testes couronnées, et enfin que la pratique en a esté establie Tannée passée en la personne de l'ambassadeur de Danemark. J'ai respondu , Sire, que cet exemple, quand il m'auroit esté connu et notifié , ne me touche point, et qu'estant une nouveauté à mon esgard , il faut nécessairement que j en reçoive vos ordres ; c'est , Sire , où j'en suis. Mais peut-estçe qu'il \ aura du changement , parce que M. Oxenstiern
DES FEUQUiÈRES. 281
prend en cela le bon parti , alléguant en ma laveur , pour exception au règlement, que je mérite bien un passe-droit par les assistances que le roy de Suède a reçues de Vostre Majesté durant mon ambassade et par la qualité d'extraordinaire , qui ne tire pas présentement à conséquence. M. Bazin , en mesme temps, desclare qu'il n'agira pas avant que je sois congédié. Nous verrons ce qu'un peu de temps pourra produire. Je pourrai toujours prendre le parti de m'en aller sans audience de cérémonie, en quoi au moins le caractère dont Vostre Majesté m'a honoré ne sera point intéressé , et M. Bazin aura la faculté d'agir incognito, en attendant vos ordres pour ce qui touchera le sien.
Il est arrivé une autre affaire qui pouvoit devenir considérable, si M. Oxensliern n'avoit fait entendre raison au roy de Suède. C'est, Sire, que les bourguemestres avoient fait citer dans ma maison un homme qui y est réfugié, prenant leur temps que j'estois dehors et la plupart de mes gens. Sur la plainte que j'en ai faite, un bourguemestre et deux conseillers de ville me sont venus demander pardon de la part du corps, par ordre exprès du roy; de quoi j'ai cru me devoir satisfaire.
La cérémonie du baptesme du prince de Suède l
• Charles XT l , roi de Suède, né le 27 juin 1G82, et non le 7 juin iGHIi, comme le dit Lagerbring dans son Histoire de Suède, au passage cité à la page 150. Tué en 1718 au siège de Frédérischall.
se fera aujouriTliuy. Le prince George de Danemark et le duc de liolslein seront les parrains avec lévesque d Estin. Et comme il s'est trouvé difficulté pour le rang des deux premiers entre 1 envoyé de Danemark et le sieur du Cros , envoyé de Holstein , qui dévoient estre leurs représentans, on a résolu de les faire représenter tous trois par un seul sénateur. La reine mère représentera seule aussi la reine Christine, la jeune reine de Danemark, madame Gustraw et une autre sœur de la reine mère, qui sont marraines. Je suis , Sire , etc.
DU MÊME AU MÊME
A Stockholm, le 27 juillet 1682.
Sire, j'omis dernièrement de joindre à ma dépesche le discours1 que javois résolu de faire en
1 Voici le texte de ce discours qui ne fut point prononcé , mais qui fut communiqué au roi Charles XI : *
« Sire , le Roy Très-Chrétien mon maistre m'ayant accordé la perce mission de retourner auprès de lui, S. M., de qui les sentimens ne « sont pas moins justes que généreux, et jugeant à bon droit de « V. M. par soi-mesme , a voulu que j'eusse l'honneur d'achever ma « charge en assurant en son nom V. M. de la continuation de son « amitié , et de la persuader qu'Elle a de la vostre , l'une et l'autre, « estant trop empreintes dans vos cœurs pour en pouvoir estre ef- « facées par l'expiration du traité d'alliance , de mesme , Sire , que « la véritable estime ne doit pas estre effacée par quelque événement v( que la fortune produise. Et je viens, Sire , pour m'acquitter de ce « devoir et pour recevoir, s'il plaist à V. M., l'honneur de vos com- « mandements, auxquels j'obéirai avec la mesme exactitude qu'on a « vue Cy-devant qn<j je ne faisois pas de différence de son service h
prenant l'audience de congé , parce que je croyois l'envoyer plus à propos lorsque j'aurois l'honneur de rendre compte à Vostre Majesté de cette ac-
« du vostre. Car, Sire, j'ai cette consolation (laquelle je m'assure « que vos réflexions ne me dénient point et m'accorderont toujours u davantage à l'avenir), que, durant le cours de mon emploi, je « n'ai rien entrepris ni proposé de considérable , soit par ordre exprès « du Roy mon maistre , soit par mon choix aux occasions imprévues, « qui n'ait esté conforme à vos intérests et que le Roy mon maistre « n'ait approuvé, tant il est véritable aussi que S. M. égaloit ou préce féroit toujours vos intérests aux siens.
a Mais , Sire , ce tesmoignage de ma conscience , quelque agréable « qu'il me soit , ne m'exempte pas d'esprouver qu'il n'y a point de « parfait contentement dans la vie, puisqu'ayant trouvé en Suède plus « que je ne me proposois en y venant , encore que je me proposasse « de grandes choses , cela mesme cause aujourd'huy le regret que « j'ai d'en partir. Je me proposois , Sire , l'exécution d'un traité im- « portant et une paix finale après une guerre glorieuse au Roy mon « maistre et à son allié , et j'en ai vu , grâce à Dieu , l'heureux accom- « plissement. J'ai trouvé de plus en Suède un grand roy, dès l'âge de « seize ans , de qui la vertu m'a tellement accoustumé à l'admirer, « que le retour, au bout de dix ans , en ma patrie m'est en cela une « espèce de violence.
« Vostre Majesté m'a honoré de ses grâces. V. M. a supporté mes « défauts avec une extresme bonté. Tout cela, Sire, me donne des « sentimens que je n'entreprends pas d'exprimer , parce que je crain- « drois d'ennuyer V- M. en parlant trop longtemps de ma personne.
« C'est pourquoi , Sire , je retranche mon discours à supplier trèsce humblement V. M d'oublier, s'il se peut, mes manquemens et à « lui rendre très-humbles grâces de toutes ses bontés , desquelles je « conserverai toute ma vie la reconnoissance. Et je ne mettrai point, « Sire , pour cela en ligne de compte le tesmoignage que je rendrai « de vos grandes actions , de vostre sage conduite et enfin des béer roïqnes qualités de vostre personne, Hfl pouvant rien faire de plus
tion, qui pouvoit encore réussir , M. Oxenstiern prenant à cœur, ainsi qu'il m'en fesoit assurer, de lever les difficultés. 11 m'en avoit mesme demandé copie afin de se préparer à y respondre, et je la lui avois donnée. Je l'ai donnée aussi à l'envoyé de Danemark pour une raison que je dirai cy-après.
Le jour suivant ma dernière, je vis, Sire, le roy de Suède. Je le remerciai d'un présent de cent schipons de cuivre (qui est par parenthèse le plus petit qui ait été fait de mémoire d'homme en Suède a aucun ambassadeur) et je dis à ce prince que je le croyois trop équitable pour trouver mauvais que je ne me conformasse pas au règlement qu'il a fait touchant les entrées et les sorties des ambassadeurs. Il garda toujours une mine plus triste ou interdite que sérieuse, et ne respondit rien du tout à ces deux complimens que j'estendis pourtant assez. Je passai après cela à d'autres discours assez indifférens, et il les continua de lui-mesme trois quarts d'heure avec gayeté. M. Oxenstiern estoit l'interprète.
Avant-hier, Sire, j'envoyai dire à M. Oxenstiern, par mon secrétaire, que je prenois la résolution
« agréable au Roy mon maistre , et m'estant à moi-mesme honorable « d'en pouvoir parler ; mais assurément , Sire ( et je demande pour « comble de grâces à V. M. de s'en vouloir persuader), je me ferai « toujours un devoir indispensable de tesmoigner en homme de bien « la vénération , ie profond respect et la passion, etc. <
DES FJKUQUIÈRFS. 285
de partir sans cérémonie. Il me donna rendezvous au chasteau pour parler de cette affaire 3 et, nous y estant rencontrés chez le roy, nous nous mîsmes à part où il me parla, ce me semble, aussi raisonnablement qu'il est possible; car il entra dans toutes mes raisons, paraissant irrité contre les auteurs du règlement, et affligé de l'attachement que le roy son maistre y a. 11 me donna seulement deux raisons qu'il avoit, disoit-il, nouvellement apprises du roy son maistre , qui ne croit pas que Vostre Majesté les désapprouve. L'une est qu'on n'a commencé à envoyer deux sénateurs aux ambassadeurs que durant sa minorité , et qu'il a entrepris d'abolir genérallement tout ce que ses tuteurs ont fait à son préjudice ; l'autre est que son règlement, qu'il appelle réforme, a déjà esté observé à lesgard du baron Youl, qui estoit aussi ambassadeur extraordinaire, et que ce seroit offenser le roy de Danemark d'v faire une différence. M. Oxenstiern trouvoit bien ces raisons-là valables, supposé la vérité des faits qui n'estoient pas bien avérés ; mais il ne laissoit pas de blasmer la surprise dont on avoit usé envers moi en ne m'avertissant qu'à l'extrémité.
Pour ce qui est de la vérité des faits, d'un costé M. Oxenstiern et les officiers des cérémonies m'ont avoué qu'ils ne les ont pas sens ou les ont oubliés, et de l'autre , le résident de Hollande m'a dit que
le baron Youl, avant son audience de congé, a conféré plusieurs fois avec lui sur ce sujet, et a enfin pris la résolution de n'estre accompagné que par. un sénateur. Pour concilier ces différences, il faudroit que le règlement eust esté fait du temps de Guldenstiern , avant que M. Oxensliern fust en charge, et que les officiers des cérémonies n'en eussent rien sçu et n eussent pas pris garde à ce qui s'est passé à l'audience du baron Voul. Il est vrai aussi, sur ce dernier point, que le chef de ces officiers ayant soutenu en plein sénat que ce baron Youl avoit esté accompagné par deux sénateurs , et les ayant nommés, l'un diceux la désavoué tout net. Je ne voudrois pas, Sire, révoquer en doute les parolles du roy de Suède, encore qu'il ne paroisse rien d'escrit et que les officiers n'en sçachent rien , mais c'est ainsi que ce prince est servi. Et je suis, ce me semble, bien excusable de n'avoir pas esté informé assez à temps de son règlement pour ne pouvoir recevoir vos ordres.
Dans cette mesme conférence, Sire, M. Oxenstiern me donna heure à aujourd'hui pour faire la révérence en particulier au roy de Suède, supposant que lui ne pouvoit pas s'y trouver plus tost , à cause de certains empeschemens qu'il avoit. Et hier au matin, Sire, comme je commençois à m ennuyer un peu du retardement , je l'envoyai prier que ce fust, s'il le pouvoit, le mesme joui". Il res-
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pondit qu'il y feroit son possible; et, quelques heures après , il m'envoya dire par l'introducteur que ce seroit vers les trois heures après midi , et qu'il n'y auroit personne. Je priai aussi, Sire ? le mesme introducteur de s'en absenter, ne voulant pas qu'il y eust la moindre apparence de cérémonie. En effet, Sire, il s'en absenta, et je ne trouvai personne du tout dans l'appartement du roy. M. Oxenstiern m'introduisit un peu après, et je trouvai ce prince seul , qui vint au-devant de moi plus de la moitié de la chambre. Je demandai d'abord s'il ne vouloit rien changer à sa résolution ; ce que M. Oxenstiern ayant expliqué, et moi ayant pris le silence pour une négative , je repris en disant que, dans un rencontre aussi surprenant pour moi qui n'avois plus nulle affaire en Suède, je ne croyois pas pouvoir prendre un meilleur parti que de me retirer sans cérémonie , que M. Oxenstiern sçavoit ce que j'aurois pu dire en une audience publique pour assurer le roy de Suède de la continuation de vostre amitié. Je fus, Sire , bien surpris quand M. Oxenstiern, au lieu d'expliquer ce quej'avois dit, commença à me parler suédois1. Je l'interrompis en disant que c'estoit donc au roy qu'il parloit. 11 respondit que c'estoit à moi. Je haussai les épaules en souriant, et le laissai dire.
' On a vu précédemment que M. de Feuquières ne comprenait point le suédois. M. Oxenstiern n'ignorait pas qu'il en était ainsi.
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Après qu'il eust fini , le roy lui commanda de me faire des questions sur mon voyage, auxquelles je satisfis. La conversation dura quelque temps, et se passa en assurances de l'amitié que ce prince conserve pour Vostre Majesté, la Reine, Monseigneur et Madame la Dauphine. Et tout cela se passa sans que M. Oxenstiern me donnast aucune explication de ce qu'il m'avoit dit en suédois; en quoi , Sire , il me semble que j'avois autant de sujet de me louer du maistre que de me plaindre du ministre, ce que je fis aussi en sortant.
J'ai, Sire, parlé dans une de mes précédentes d'un différend entre les catholiques et les calvinistes. 11 estoit comme assoupi entre eux; mais le fiscal les poursuivoit rudement les uns et les autres, et ils avoient deffense daller aux chapelles des ministres , sous peine premièrement d'amende, et puis de punition corporelle , avec injonction de faire instruire leurs enfans dans la religion luthérienne; de sorte, Sire, que le dimanche ensuivant ma chapelle se trouva presque vuide. Or, Sire, comme en celte conférence que j'eus avec M. Oxenstiern , il exasréroit la bonne volonté du rov son maistre, et les distinctions qu il voudroit faire en ma faveur, je lui dis franchement que je n'y voyois guères d'apparence, et que surtout je me trouvois grandement mortiffié de laisser les catholiques dans la persécution. 11 respondit qu aussi il avoit ordre
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de me satisfaire là-dessus , en me disant que le roy son maistre n'avoit pas pu éviter, pour contenter son clergé , de laisser renouveller les anciennes ordonnances, mais qu'il en avoit deffendu expressément l'exécution , et qu'il me demandoit seulement de recommander la discrétion aux catholiques bourgeois, ce qui ne touche que cinq ou six familles.
.l'ai, Sire, retardé ma sortie, tandis que j'ai estimé que le retardement ne pouvoit estre nuisible qu'à moi seul, et j'ai enfin pris la résolution delà faire sans cérémonie , afin de laisser à Vostre Majesté le choix plus entier d'approuver ou non mon impatience, ou de n'avoir nul égard à ce qui s'est passé.
J'ai donné copie de mon discours à l'envoyé de Danemark, non-seulement pour entretenir une correspondance bienséante entre les alliés, qui ne déplaira pas au roy de Danemark , mais aussi pour avoir occasion de prévenir le mauvais office qu'on me pourroit rendre en disant durement que j'ai rejette la comparaison qu'on m'a voulu faire de vos ambassadeurs aux siens. Il est vrai, Sire, que je ne l'ai pas admise; mais j'ai traitté l'affaire générallement, en disant seulement que chacun agit comme il l'entend. Je suis, Sire, etc.
DU MÊME AU MEME
A Elseneur, le 8 août 1(582.
Sire, je suis parti de Stockholm le 30 juillet, jour suivant la dernière lettre que j'ai eu l'honneur d'écrire à Vostre Majesté. Ayant séjourné deux fois vingt-quatre heures depuis avoir vu le roy de Suède, M. Oxenstiern ne m'a point donné d'explication de ce qu'il m'avoit dit en suédois , et je n'ai point esté lui dire adieu ni à personne qu'aux reines. Et certainement , Sire , il ne se peut rien de plus honneste que ce que ces princesses m'ont dit à l'esgard de Vostre Majesté, de la Reine, de Monseigneur et de Madame la Dauphine. Plusieurs de mes amis me sont venus voir, et j'ai laissé ordre pour faire mes complimens aux autres et à toutes les personnes de considération, excepté trois.
La manière , Sire , dont j'ai parlé de ce qui s est passé dans les trois derniers jours , a esté que je ne prétendois pas empescher le roy de Suède de faire tel règlement qu'il lui plaist dans son royaume, mais que seulement je ne pouvois pas consentir à ceux qui diminuent l'honneur du caractère dont Vostre Majesté m'a honoré ; que, pour ce qui estoit de l'idiosme, j'avois esté surpris que, dans une occasion où il n'y avoit rien de cérémoniel, M. Oxen-
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stiern se fust servi du suédois contre son ordinaire ; que je partois sans aller dire adieu à ce ministre , parce que je ne trouvois pas à propos de passer pour solliciteur dune explication que c'estoit à lui de me donner s'il vouloit que je sçusse ce qu'il m'avoit dit , et que je n'allois dire adieu à personne , pas mesme à mes meilleurs amis, parce que je ne voulois pas que le roy de Suède pust penser que j'allasse par les maisons pour me plaindre de lui. Plusieurs personnes, et entre autres M. le maréchal de Konigsmark qui le tient du roy de Suède, mont dit que la résolution avoit esté prise de me respondre en françois si je ne parlois que de moi-même , et en suédois si je parlois de Vostre Majesté. Quand j'en aurois esté averti , je ne pense pas , Sire , que j'eusse du ni pu m'empescher de parler de Vostre Majesté en cette occasion. Le maréchal de Ronigsmark m'a rapporté de plus que ce prince lui a dit qu'ayant remarqué ma surprise et esté averti de ce que j'avois dit en sortant d'auprès de lui , il avoit commandé à M. Oxenstiern de me venir voir le jour mesme, et s'estonnoit de ce qu'il ne F avoit pas fait.
En passant à Halmstadt, je n'ai 1 esté salué que de quatre coups de canon à l'entrée et autant à la sortie, ce qui est conforme à un règlement qu'on a fait
1 II est à remarquer que M. de Feuquières ne suivait pas généralement la coutume du temps pour l'orthographe de la plupart des mots terminés alors par un r, et qu'il employait 1'/ ordinaire.
pour espargner la poudre. Ou a pourtant redoublé ce nombre à Elsimbourg. Le roy de Suède est devenu si mcsnager , qu'il n'a pas voulu qu'on tirast en tout son royaume pour la naissance de son iils. Je suis, Sire, vostre très-humble et très-obéissant serviteur1.