‹ Lettres inédites des Feuquières (volume 2)Chapitre 29 sur 48 · DE M. BOUCHU1 A M. LE MARQUIS ANT. DE FEUQUIERES · texte numérisé non relu

DE M. BOUCHU1 A M. LE MARQUIS ANT. DE FEUQUIERES

A Couet, devant Montmeillan , le 11 février 1691 .

Que voulez-vous dire, Monsieur, s'il vous plaist, avec vostre oubly? Cestoit vous qui, avant la lettre

« teau de prendre les armes ; de sorte que , l'exécution de l'entreprise « tirant en longueur et M. de Savoie ayant eu le temps d'y arriver « avec un corps considérable sur les quatre heures du soir, il fallut se « retirer , après avoir été maître de la ville pendant sept ou huit heures.

« Je fus même obligé de me servir delà nuit pour passer avec mes « troupes au travers de la ville par le feu du château , et de reprendre « ma marche à Pignerol par la montagne, parce que M. de Savoie « me barroit le retour par la plaine.

« Cet exemple fera connoitre que , dans l'exécution de cette espèce « d'enlèvement de postes qui ne se peut faire que par des troupes qui « partent de différents points et qui ne peuvent se communiquer pen- « dant leur marche ni même dans le temps où elles doivent commenv cer de concert l'attaque du poste qu'on veut enlever, il faut être « exact à ne pas manquer à se rendre au lieu et au moment marqués « pour ceux de l'attaque, sans quoi il est presque sûr que l'entreprise « ne peut avoir un succès heureux. » [Mémoires et maximes militaires de M. le marquis Ant. de Feuquières.)

Telle est l'explication que M. de Feuquières donne de l'insuccès de l'entreprise de Veillane. Le maréchal de Catinat en fournit une autre ; il prétend que cet insuccès n'eut d'autre cause que la précipitation de M. de Feuquières, qui voulut prendre l'avance sur lui, afin de se donner tout le mérite d'une entreprise qu'il avait vivement conseillée, mais pour laquelle le maréchal avouait qu'il avait lui-même peu de goût. (Voir les Mémoires de Catinat.)

1 Voici ce qu'on lit dans Saint-Simon, à la date de 1705 : « Bouchu, conseiller d'État et intendant du Dauphiné, perdu de

du h de ce mois , estiez en arrière à mon égard. Si vous n'avez pas reçu la mienne de Lyon , que jescri-

« goutte, mais toujours homme de plaisir, voulut quitter cette place. « C'étoit un homme qui avoit une figure fort aimable , et dont l'esprit « qui l'étoit encore plus, le demeura toujours. Il en avoit beaucoup, « et facile au travail et fertile en expédiens. Il avoit été intendant de « l'armée de Dauphiné , de Savoie et d'Italie , toute l'autre guerre et « celle-ci. Il s'y étoit cruellement enrichi , et cela avoit été reconnu « trop tard , non du public , mais du ministère ; homme d'ailleurs « fort galant et de très-bonne compagnie. Lui et sa femme, qui étoit « Rouillé , sœur de la dernière duchesse de Richelieu et de la femme <f de Bouillon, se passoient très-bien l'un de l'autre. Elle étoit tou- « jours demeurée à Paris , où il étoit peu touché de la venir rejoin- « dre , et peu flatté d'aller à des bureaux et au conseil , après avoir « passé tant d'années dans un emploi plus brillant et plus amusant. « Néanmoins il n'avoit pu résister à la nécessité d'un retour honnête, « et il avoit mieux aimé le demander que se laisser rappeler. Il partit « pour ce retour le plus tard qu'il lui fut possible , et s'achemina aux « plus petites journées qu'il put. Passant à Pavé , terre des abbés de « Cluny, assez près de cette abbaye, il y séjourna. Pour abréger, il y « demeura deux mois dans l'hôtellerie. Je ne sais quel démon l'y « fixa ; mais il y acheta une place , et , sans sortir du lieu , il s'y « bâtit une maison , s'y accommoda un jardin , s'y établit et n'en « sortit jamais depuis , en sorte qu'il y passa plusieurs années et y « mourut sans qu'il eût été possible à ses amis ni à sa famille de l'en « tirer. Il n'y avoit, ni là, ni dans le voisinage, aucun autre bien que « cette maison qu'il s'y étoit bâtie ; il n'y connoissoit personne, ni « là autour, auparavant. Il y vécut avec les gens du lieu et du pays, « et leur faisoit très-bonne chère comme un simple bourgeois de « Pavé. »

Et, à la date de 1712 : — « Madame Bouchu, veuve du conseiller « d'Etat et mère de la comtesse de Tessé, cachoit un cancer depuis long- « temps, dont une seule femme de chambre avoit la confidence. Avec « le même secret elle mit ordre à ses affaires, soupa en compagnie, se

vis nonobstant 1 accablement d affaires dans lequel jestois, prenez la peine de vous informerde ce qu elle est devenue ; car il pourroit en arriver autant à une autre où je vous parlois de choses de plus grande conséquence. Je vous marquois par celle-là que je conlinuois à estre fort content de vous, et que l affaire de Savillan 1 estoit fort à mon gré.

On commença jeudy à bombarder Montmeillan. Ce ne fut néantmoins, à proprement parler, que 1 essay. On y a fait de son mieux depuis trois jours.

« fit abattre le sein le lendemain matin , et ne le laissa apprendre à sa « famille ni à personne que quelques heures après l'opération ; elle « guérit parfaitement. Après tant de courage et de sagesse, elle fit la « folie , quelques années après , d'épouser le duc de Châtillon , cul- « de-jatte , pour la rage d'être duchesse , et pour ses grands biens , « et longtemps après elle mourut d'une fluxion de poitrine pour avoir « voulu aller jouir de son tabouret à Versailles par le grand froid. »

( Saist-Simon , t. IV et X.) 1 « Au mois de janvier 1691 , le marquis de Feuquières enleva « dans la ville de Savillan les quatre compagnies des gendarmes du « duc de Savoie. Dans la vue de détourner l'attention de l'ennemi, « il avoit fait par de petits partis donner de fausses alarmes aux en- « droits les plus opposés à Savillan. Il connoissoit par lui-même la si- « tuation de cette ville. Un paysan, qui lui servit de guide et d'espion, « étoit venu l'instruire de ce qui s'y passoit , avec tant d'exactitude , « que tout se trouva conforme au rapport qu'il lui en avoit fait. Le « marquis de Feuquières régla sa disposition sur cet avis et sur les « connoissances qu'il avoit de l'état de cette place, qu'il trouva mal « gardée et qu'il abandonna aussitôt , parce qu'elle n'étoit pas à portée « d'être conservée. Il fit en trente heures plus de vingt-huit lieues; il « passa et repassa le Pô et deux autres rivières. »

( Vie de M. le marquis Antoine de Feuquières.)

DES FEUQUIÉRES. 337

Mais, comme M. de Catinat n'estoitpas content cle l'effet de l'unique batterie que nous avons eue jusques icy, on travaille, dans le temps que je vous escris , à une seconde qui sera beaucoup plus près et à laquelle on conduit actuellement la moitié de nostre canon et de nos mortiers, c'est-à-dire 3 de chaque espèce. L'homme à qui nous avons affaire a toutes les manières d'un vray opiniastre : quand on luy met le feu en quelque endroit , il le fait esteindre à la vérité , mais il n'en tire pas un coup de canon de plus ; il en lasche seulement par-cy par-là quelques volées quand il s ennuyé de voir des badauds regarder de trop près l'effet des bombes. Quoy qu'il en soit , cette affaire, avec plus ou moins de succès, finira dimanche prochain 1 8 , où nous aurons au plus tard débité tout ce qui nous reste. Après quoy, je vous feray passer tous nos mortiers, et m'en retourneray faire, si je puis, à Grenoble, une fois seulement pour la santé, ce dont vous vous outrez à Pignerol , au grand scandale de toute une garnison à laquelle vous devez l'exemple, et à la vue de M. le marquis de Chauvenant qui en devroit rendre compte à la cour si , ne faisant que commencer, il sçavoit tous les engagemens de l'inspection.

Je vous envoyé l'ordre nécessaire pour tirer de Pragelas et employer entre Fenestrelle et Beschedauphin le nombre d'ouvriers que vous jugerez v. 22

nécessaire. .1 iray voir incessamment si vous avez bien réuss\ ; mais je ne puis quitter ces quartiers que je n'aye poussé devant moy une bonne quantité de toutes sortes de munitions tant de guerre que de bouche.

J'ay escrit pour les fourrages de M. de Mauroy ; j'attends réponse pour la luy faire, aussy bien que sur ses appointemens ; dites-le luy , je vous prie , et que je suis fort son serviteur. Donnez-moy de vos nouvelles le plus souvent que vous pourrez ; n'est-il pas bien plaisant que je vous aime et que je sois inquiet quand je n'en reçois point ?

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