‹ Lettres inédites des Feuquières (volume 2)Chapitre 3 sur 48 · DE LOUIS XIV A M. LE COMTE DE RÉBENAC · texte numérisé non relu

DE LOUIS XIV A M. LE COMTE DE RÉBENAC

A Saint-Germain-en-Làye , le 7 décembre 1679.

Monsieur le comte de Rébenac, je ne puis pas me persuader que le duc de Zell ait encore intention de retarder la restitution du duché de Bresme aux Suédois , sous prétexte des subsides que je luy ay promis, ainsi que les Suédois tesmoignent le craindre. Mais, s'il s'en est déclaré, je désire que vous luy en écriviez fortement en mon nom, et que vous luy fassiez connoistre que son procédé m'a paru trop honneste jusqu'à présent, pour croire qu'il en veuille user de cette sorte. Pressez-le d exécuter promptement et de bonne foy celte restitution.

Sur ce, je prie Dieu qu'il Vous ait, Monsieur lé comte, en sa sainte garde.

DE M. LE COMTE DE REBENAC A M. DE FEUQLIERES

Le 8 décembre 1679.

Je pars demain sans faute pour Copenhague, c'est-à-dire, pour vous voir. On envoyé M. de Martangis en poste, et on me donne des ordres dont l'explication dépend de moy. C'est donc à dire que je vous verray. Le Vasseur vient avec moy; je seray à Lunden peut-estre le lendemain de cette lettre.

îfi LETTRES INÉDITES

fay ordre d'aller à Berlin1 et autres endroits; il faut tout remettre à nostre entrevue.

1 Extrait de ï instruction de Monsieur le comte de Rébenac pour Berlin.

«. L'exécution entière et parfaite de la paix avec la Suède doit estre le sujet delà principale application du sieur comte de Rébenac-Feuquières. Sa Majesté ne peut pas douter que cette couronne n'ait envoyé sa ratification pure et simple du traitté de paix fait par Sa Majesté entre elle et l'électeur de Brandebourg, puisqu'elle a fait passer le comte de Konigsmark avec des troupes en Poméranie pour prendre possession des places que l'Electeur doit évacuer. Sur quoy l'Electeur s'est déclaré qu'il retiendroit Stettin pour l'évacuer, en mesme temps que Wesel le seroit. Et l'ambassadeur de Suède s'est plaint que l'Electeur avoit demandé à cette mesme province deux mois de contributions , et 30 000 escus par mois , après l'eschange des ratifications.

« Sa Majesté veut donc que le comte de Rébenac fasse connoistre audit Electeur qu'aux termes du traitté il doit évacuer Stettin sans aucun délay, et que Wesel ne doit estre évacué qu'après que Stettin sera en la possession des Suédois ; et Sa Majesté veut qu'il le presse en son nom de l'exécution ponctuelle et précise de cet article.

« Il doit faire la mesme chose sur la prétention des mois de contributions que ledit Electeur ne peut demander sans contrevenir directement audit traitté. Tl le pressera de la part de Sa Majesté, et luy fera de vives et pressantes instances en son nom de terminer toutes ce9 difficultés , et d'exécuter de bonne foy le traitté qu'EUe a fait avec Luy, et de ne penser plus qu'à estreindre plus estroittement les liaisons d'amitié et de parfaite correspondance qu'il a prises avec Sa Majesté.

« Comme Elle a fort à cœur l'exécution entière de ce traitté et le restablissement de la Suède en tout ce qui luv appartient en vertu dudit traitté , Sa Majesté veut que ledit comte de Rébenac s'attache à l'exécution de ce point comme au principal de toute sa négociation , et qu'il luy donne avis de tout ce qui s'y passera.

a 11 tesmoignera audit Electeur que Sa Majesté a d'autant plu» d'impatience que cette restitution de la Suède soit entièrement ache-

DE MADAME l'aBBESSE DE SAINT-AUSONY ' A M. DE

A Séméac, le 9 décembre 1679.

Que Dieu sçait bien renverser tous nos projets quand il lui plaist , mon cher frère, et qu'il est bon destre tousjours attentif sur soy-mesme, poum'estre pas surpris par les événements de la vie ! Je ne songeois qu'à vous escrire une lettre de joye, à vous parler de ma sœur et du bonheur que jay de la voir et d'estre auprès d'elle ; je me préparois à vous dire bien des nouvelles de voslre fille et de son mary, de vostre belle- fille et de ses enfants, trouvant en tout cela mille sujets de plaisirs et de divertissement pour vous, en attendant que vous pussiez venir eslre témoin vous-mesme de tout ce que je pensois vous dire. Au lieu de cela, mon cher frère, on ne

vée, qu'Elle est bien aise d'évacuer promptement la place de Wesel , pour la remettre entre ses mains.

« En cas qu'il persiste à vouloir tirer ces deux mois de contributions, ce que Sa Majesté ne peut croire, vu qu'il n'a aucune raison de le faire , il luv fera entendre que Sa Majesté seroit faschée d'avoir recours à de nouvelles levées dans ses Estats , ou à diminuer ces sommes sur les subsides qu'Elle doit luy faire payer; pour le dédommagement de la Suède, et qu'il évitera tout ce qui pourroit altérer l'amitié qui est parfaitement restablie entre Sa Majesté et luy. »

1 Charlotte-Catherine de Gramont , abbesse de Saint-Ausony d'Angoulême, puis de Ronceray a Angers, belle-soeur de M. le marquis Tsaac deFeuquières.

is il mus INÉDITES

peut s'empescher de se récrie! ^\\\ La vanité des choses du monde, el de vous dire que la disgr.H <■ de M. de Pomponne nous désole a un tel point, que uous ne pouvons en revenir. Outre ce qu'on doit à son mérite et à son affection , vos intérests entrent ftSSUfément fort dans la douleur qu on a dun 66up si imprévu. On ne sçait ce que cela produira pour nous, mon cher frère, si vostre retour en sera ou advancé ou reculé. Il en est de mesme de mon neveu de Rébenac, à qui il est survenu un autre sujet d'affliction aussy très-sensible : c est la mort de son fils, qui estoit le plus joly enfant du monde. Ma sœur1 l'aimoit si fort qu'il a fallu prendre des mesures pour luy dire sa mort, dont elle a esté fort touchée. Nous irons hientost à Pau consoler la mère ; mais je crois que ma sœur enverra chercher M. de La Vie , et qu'elle nous viendra Voir auparavant. J'ay manqué mon neveu de Feuquières à Bordeaux , dont j'ay esté bien faschée. A Dieu , mon cher frère ; je le prie de tout mon cœur de vous faire entrer bien solidement dans tous ses desseins; ils ne peuvent qu'estre très-saints et très-adorables dans ces derniers événements. Bénissons-le donc dans le temps pour l'aimer dans l'éternité.

P. S. Nostre pauvre comtesse de Feuquières sera aussy bien affligée de l'esloignement de M. de Pomponne. Elle m'a escrit et fait escrire par nostre petit

1 Madame la marquise de Saint-Chamond .

DES FËUQUIÈRES. 19

abbé. Je soubaitte bien voir M. de Rébenae dans l'exercice de sa cbarge1, avant de partir d'icy, je vous prie de le croire ; car il est vray que mon frère2 est fort aise de le voir dans ce poste , qu'il y a plus contribué que personne, et qu'il ne s'en est pas repenty : je le sçais assurément.

DE MADAME DE SAINT-CHAMOND A M. DE FEUQUIERES

A Séméac, le 9 décembre 1679.

J'ay à vous entretenir sur tant de cboses différentes, que je ne sçais par où commencer. La personne qui me sert de secrétaire est sure; c'est pourquoy vous ne trouverez point estrange que je vous dise par elle tout ce que je vous dirois par ma main. Je commencera y par l'affliction où je suis de la disgrâce de M. de Pomponne; je la regarde comme une vraie douleur pour vous , et je ne doute point , mon cber frère , que vous n'en ayez une bien sensible de la mort de ce pauvre petit enfant de M. de Rébenae, qui estoit le plus agréable du monde, et qui se faisoit aimer d'un ebacun. Je le Irouvav à mon retour de la frontière avec la rou-

1 La charge de lieutenant général au gouvernement <\c J><ain el b*ese \a\;in<

* Philibert, comte de (îramont , frère de Madame de Saint-Cliamond , mort en 17U7. ( \oir la note 2 du l. 111, p. 279.)

geôle, quj est un mal dont on fait si peu de cas en cepavs, qu'on n en choyé pas davantage les enfants quand ils en sont malades; cependant I on sçait en France que cette maladie est fort traislresse, et quelle a ordinairement des suites, quand on ne purge pas ceux qui Font. Ce pauvre enfant , qui , je crois, ne la pas esté, a eu une érvsipèle à la teste, depuis mon départ de Pau, et, pour conclusion , Ton n a pu le sauver, dont je vous demande de vous consoler, mon cher frère, dans la vue du bonheur dont il jouit, qui ne peut estre interrompu. Sa mère en est fort affligée, et jaurois esté la trouver si mille affaires ne m'avoient retenue icv , où j'ay ma sœur Tabbesse depuis cinq ou six jours , avec la fille aisriée du comte de Gramont. \u nom de Dieu , mon cher frère , que tout ce qu on vous a mandé contre luy * n'aliène pas l'union et 1 amitié qui ont

' M. le comte de Gramont avait la survivance de la charge de lieutenant-général au gouvernement Ht* Béarn et basse Navarre, laissée vacante par la mort de son frère M. le comte de Toulongeon. Il céda cette charge a M. le comte de Rébenac , moyennant une somme de 10 000 écus , dont le payement parut à M. de Feuquières exigé par M. de Gramont dans un trop bref délai. Madame de Sévigné, qui tenait sa fille au courant de toutes les nouvelles du jour, lui mandait, en même temps que la mort de M. rie Toulongeon, la transmission de sa charge à M. le comte de Rébenac : « Toulongeon est mort, lui « écrit-elle, le comte de Gramont a sa lieutenance de Roi, à eondi- « tion de la rendre dans quelque temps au second fils de M. de « Feuquières. » La lettre de Madame de Saint-Chamond explique la raison pour laquelle M- le comte de Gramont transmit cette charge à

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tousjours esté et qui doivent estre entre nous. Il est sûr qu'il a souhaité, ne voulant pas cette charge, qu'elle fust sur la teste de M. de Rébenac, que mon courrier fust chargé par luy , quand il eut sçu la nouvelle de nostre perte \ d'aller trouver de sa part M. le duc de Gramont 2, pour luy dire qu'il seroit fort aise que ce fust mon neveu , et qu'il la demanda au Roy pour luy , ne pouvant se résoudre de quitter Sa Majesté, après ne l'avoir point aban-

M. de Rébenac aussitôt après la mort de M. de Toulongeon, et la lettre suivante de M. de Pomponne prouve que le cessionnaire fut obligé de paver 20 000 francs de plus que ne le dit l'illustre marquise :

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