‹ Lettres inédites des Feuquières (volume 2)Chapitre 4 sur 48 · DE M. DE POMPONNE A M. DE FËUQUIERES · texte numérisé non relu

DE M. DE POMPONNE A M. DE FËUQUIERES

A Fontainebleau, le '29 septembre 1679.

« Je donnay ordre , Monsieur, il y a quatre jours , que l'on vous envoyast la copie de la lettre que j'escrivois à M. le comte de Rébenac , par laquelle je l'informois de la grâce que le Roy venoit de luy faire en luy accordant la cbarge de lieutenant de Roy de Béarn , à condition toutefois de donner 40 000 escus à M. le comte de Gramont. S'il est en estât de payer cette somme dans les termes dont l'on pourra convenir, l'on peut dire que son establissement sera très-solide, d'autant plus que cette charge vaut au moins 15 000 livres de rente , et que Sa Majesté luy a accordé un brevet de retenue de 40 000 fr Je suis, Monsieur, tout à vous. »

1 Lu mort de M. le comte de Toulongeon.

8 Antoine-Charles , quatrième du nom , duc de Gramont , pair de France, vice-roi de Navarre, mort en 1 720. Après la mort de son père, M. le maréchal duc de Gramont, il prit le nom de duc de Gramont; il était connu auparavant sous celui tic comté de lourign^

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donnée pendant trente années de suite ' . (l'est un fait (jue je scais d'original* et (jue tout le monde m1 esc ri vil sur 1 heure mesnie. Il a été (juestion ensuite du payement, où mon frère peut avoir tesmoigné quelque brusquerie de tempérament , qui n'est pas une chose, vous voulez bien que je vous le dise, mon cher frère, à estre prise, parmv des personnes si proches , de Fair dont je vois (jue la famille Ta voulu tourner, ce qui me fasche beaucoup par la passion que j'ay eue toujours de voir une grande intelligence dans nos familles. Maintenez-la donc, mon cher frère, en obligeant vos enfants cie ne pas dire bien des choses inutiles, qui sont choquantes pour des gens qui ont eu une bonne intention, et qui n'ont peut-être manqué que dans les manières.

Vostre fille est tousjours la plus contente du monde. Ils font tous, dans la maison où elle est, à qui l'aimera le mieux; je vous envoyé une lettre que je viens de recevoir de sa belle-mère, qui vous fera voir qu'elle en veut faire autant. Vous aurez sans doute du chagrin, mon cher frère, de ce que nous n'avons pu faire ce que vous désiriez, qui est

1 M. le comte de Gramont fut, ainsi que ses frères et son neveu , MM. le maréchal de Gramont , le comte de Toulongeon et le comte de Guiche , un des courtisans les plus assidus de Louis XIV. Les Gramont étaient de toutes les fêtes , de tous les voyages de la cour , et quittaient peu le Roi , en temps de paix , comme en temps de guerre.

de la faire renoncer; mais, quoy que j'aye pu faire , je n ay jamais pu l'obtenir de M. le premier président1, voulant toujours se persuader que c'estoit luy faire un affront que de mettre sa belle-fille hors d1 estât de prétendre rien aux grandes fortunes qu'il croit que la Providence vous prépare, ,1'ay fait, parce que vous le désiriez, tout ce que j'ay pu pour faire mettre au contrat cet article, mais je ne lay pu emporter; et ne croyant pas que cela pust nuire à personne, voyant visiblement qu'il n'en arrivera jamais autre chose que de monstrer à sa parenté les avantages qu'il prétend de votre alliance, je n'ay pas cru qu'il fust sage à moy de rompre pour une chose comme celle-là. Ne vous en faschez pas, je vous en prie, et mettez seulement de votre costé les ordres que vous jugerez nécessaires pour que cela n'aboutisse à rien.

Le marquis2 n'a point voulu signer au contrat, et je le crois présentement bien près de Paris. 11 a esté un peu malade à Bordeaux , pour ne s'estre pas fait saigner d'un fort grand rhume qu'il prit, à la frontière, aussy bien que tous ceux qui y étoient. 11 sera bien affligé du malheur de M de Pomponne. Il a toujours dans l'esprit la survivance de vostre gouvernement , étant persuadé que la chose ne vous

* M. de La Vie , premier président au parlement de Pau , beaupère de la fille de M. de Feuquières.

* M. le marquis de Pas.

Qlliroit en rien. .lav débattu ce sentiment par ceux que je scaYOÎS (jue vous aviez la-dessus; mais vous sçavez qu'il n'est pas facile à vaincre. Il a tesmoigné en ce pays mille soins pour les affaires de son frère , ce qui a fort édifié le public. Jl a de l'esprit autant. . .

DE M. LE MABQUIS DE PAS A M. DE FEl Ql IERES.

A Paris, le H décembre 1679.

Jarrivay icy avant-hier, fort surpris d'y trouver les changements malheureux que vous sçavez à cette heure et dont je ne scais mov-mesme encore rien

il ¥ a

de fort particulier, n'ayant vu personne. Monsieur et Madame de Pomponne sont à la campagne, et je pars dans ce moment pour les aller voir ; ainsv , l'ordinaire prochain que je les auray vus et que j'auray esté à Saint-Germain , je pourray vous mander tout ce que j auray appris. J'ay trouvé ic\ trois de vos lettres des 29 octobre, 1 0 et 1 7 novembre , et une que m'a rendue le sieur Campenfelt, à qui je feray prendre le mousquet un peu de temps et jusqu'à ce qu'il vacque quelque chose dans mon régiment, car Ion ne tue plus personne. M. de Toulongeon est mort , voicy tout ce qu'on peut vous en dire, fort tranquillement du costé de la conscience; il falloil qu'il y eust travaillé longtemps auparavant, car il a esté fort en repos de ce costé-là , et apparemment qu il avoit demandé pardon à Dieu de ses

fautes, avant que de tomber malade , car dans son mal il n a songé qu'à sa guérison.

Il ne faut point songer à des charges dans les maisons royales, il faut de si prodigieuses sommes d'argent pour y entrer, que cela est hors de portée ; et des vacquances, ce sont toujours des accommodements par lesquels il faut de l'argent.

J'attends vostre retour avec beaucoup d'impatience; vous voyez bien présentement que les choses qui auroient esté aisées à faire depuis que vous estes absent, vont devenir des affaires. Je ne puis encore vous rien mander pour mes affaires.

J'espère qu'après cet hiver je me porteray beaucoup mieux que je ne fais à cette heure.

Il n'y aura que deux charges dans la maison de Madame la Dauphine, bienheureux quilesaura; mais elles paroissent destinées au maréchal de Bellefonds1

1 M. le maréchal Gigault de Bellefonds fut en effet attaché à la maison de Madame la Dauphine; ce fut en qualité d'écuyer. Quant a Bernard de La Guiche , comte de Saint-Géran , il ne put obtenir le même avantage , qu'il avait brigué beaucoup , et personne ne fut fâché de son désappointement. « C'est un homme perdu, écrivait Ma- « dame de Sévigné, il est tombé des nues; il ne parle plus, et tout « le inonde est ravi de cette mortification. » Et ailleurs : « N'avez- « vous point remarqué la Gazette de Hollande? elle compte ceux qui « ont des charges chez Madame la Dauphine : M. de Richelieu, che- « valier d'honneur, M. le maréchal de Bellefonds, premier écuyer ; « M. de Saint-Géran, rien. » Quoique celui-ci ne manquât point de capacité et décourage , il était peu considéré , et l'on disait de lui « qu'il aurait eu besoin d'être tué pour être estimé solidement.»

el a ML de Saint-( iéran , l'un par son mérite , l autre par la faveur de M. Colbert, Par le premier ordinaire je vous en dirav da\antage. .le suis lousjours. Monsieur, pour vous comme je dois estre.

DU MÊME AU MÊME

A Paris, le 14 décembre 1879.

Je revins hier de Pomponne, où j'ay trouve M. de Pomponne plus philosophe que Sénèque , hors quand il songe à la quantité d'enfants qu'il a, dont le grand nombrelaUendrit; mais, pour le reste, il le prend avec beaucoup defermetéd esprit. Quant aux dames, elles sont un peu plus touchées; cependant Madame de Pomponne est celle qui est la plus tranquille et qui reçoit ce coup imprévu avec le plus de résignation. Une faut aller chercher aucunes raisons à tout ce changement, sinon que Ton en vouloit à sa charge , la manière dont on le laisse ' estant une marque d'estime que ses ennemis mesmes n'ont pas pu luy desnier. On luy a dit qu'il pourroit voir le Roy dans quelques semaines. Ce coup de faveur pour une maison estonne beaucoup l'autre*. Comme

1 « Le Roi avoit réglé qu'il auroit 700 000 francs , et que la pension « qu'il avoit comme ministre lui seroit continuée : Sa Majesté vou- « loit lui prouver par cet arrangement qu*Elle étoil contente ae sa « fidélité. » Madame m Si \ h, n

2 On a vu que Colbert et Louvois furent soupçonnés d'avoir contrifmc à ruiner M. de Pomponne dans l'esprit du Roi et ;'i lui faire perdre sa charge, qu'ils enviaient, l'un pour son frère Colbert de

je n'ay pas encore esté à Saint-Germain , je ne puis vous en dire davantage. M. de Tourmont vous mande apparemment ce qu'il y a de nouvelles, mais je vas vous en dire une qui vous surprendra encore, c'est que Tallard a chassé sa mère1 de chez luv avec un escu blanc, qu'il n'a pas seulement voulu payer une asnesse qui luy donnoit du lait , que, sans Madame de Courcelles, qui luy a donné retraite pendant quelques jours, elle ne sçavoit où aller coucher, et qu'elle est partie pour Lyon avec vingt pistoles que la mesme Madame de Courcelles luy a données : voilà une estrange ingratitude, car que n a-t-elle pas fait pour ce fils?

Les provisions et le brevet de retenue de mon frère sont enfin signés. Il ne se peut rien adjouster aux obligations qu'il a à M. de Tourmont, qui s'est engagé pour luy jusques par dessus les yeux, et il ne se peut aussy rien adjouster aux manières turques et malhonnestes du comte de (iramont. Je suis, Monsieur , tousjours pour vous comme je dois estre.

Croissv , l'autre pour Courtin , sou ami et sa créature , et que ce fut Colbert qui l'emporta.

1 Catherine de Bonne, comtesse de Tallart , épouse de Roger d'Hostuu, comte de Tallart. (Voir la lettre de cette dame à M. de Feuquières, du 22 mai 1 67;> , t. III , p. 288, et la note. )

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