DE M. LE MARQUIS DE LOUVOIS A M. LE MARQUIS ANTOINE DE FEUQUIÈRES
A Versailles, le 15 mai 1691.
Monsieur, le Roy a appris avec plaisir par la lettre que vous avez pris la peine de m'escrire le 6 de ce mois, ce qui s'est passé dans la vallée de Luzerne , dans laquelle il eust esté seulement à désirer que vous eussiez fait brusler tous les villages où vous avez esté.
Si vous aviez voulu lire les lettres que je vous ay escrittes sur le cartel avec M. de Savoye, vous auriez bien connu que Sa Majesté vous deffendoit de vous fier à la parole de S. A. R. ; ce qui m oblige de vous dire qu'en pareille chose il sera bon que vous vous teniez aux termes de ce qui vous est mandé par ordre du Roy. Je suis, Monsieur, vostre très-humble et très-affectionné serviteur.
DES FEUQUIÉRES. 365
DE M. LE MARQUIS ANTOINE DE FEUQUIERES A M. DE
SAINT-THOMAS
A Pignerol , le 17 mai 1691 .
Monsieur, je responds à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'escrire du 15, et, conformément à ce que vous me mandez, je fais partir les commissaires du Roy pour se rendre à Cumiane, y terminer le compte des rançons et en recevoir le payement.
J'ay eu response de M. de Catinat au sujet des expédiens que vous me proposez pour qu'à l'advenir il ne survienne point de difficulté dans l'exécution du cartel sur les prisonniers de guerre prétendus déserteurs. Il me mande que cela sepourroit faire en convenant de part et d'autre qu'un prisonnier de guerre servant son prince légitime et naturel ne pourra estre traité comme déserteur par celuy des deux partis qui en prendra, lorsqu'il sera pris les armes à la main. Si cet expédient vous convient, ce sera une affaire réglée pour l'advenir et un article qu'on pourra insérer dans le cartel. S'il ne vous convient point, vous me ferez, Monsieur, s'il vous plaist , sçavoir ce que vous y trouverez à redire, persistant d'ailleurs tousjours à réclamer Dubuisson comme prisonnier de guerre.
Il est, Monsieur, de vostre intérest, comme du
nostre, de vous défia ire des voleurs de grand chemin . Quant à moy, ils ne tombent pas impunément entre mes mains. Je ne puis pas bien vous dire si c'est deux pistoles ou deux pistoles et demye qu'avoit cousté le manteau du tambour de dragons. Jay l'honneur d'estre Monsieur, vostre très-humble et très-obéissant serviteur.
DE MM. LE COMTE FECIAET COURAGEUX A M. LE MARQUIS ANTOINE DE FEUQUD2RES.
A Cumiane , le 18 mai 1691, à six heures du matin.
Monsieur, dans le temps que nous voulions partir pour nous en retourner à Turin, n'ayant pu le faire hier au soir qu'il estoit trop tard, nous venons d'apprendre que vos troupes ont enlevé à la petite pointe du jour notre escorte de 20 cavaliers avec l'officier, qui estoient icy avec nous , sous la bonne foy d'un de vos passeports, pour les affaires du cartel. Nous ne pouvons croire que cela se soit exécuté par vostre ordre, et nous attendons de vostre équité , Monsieur, que vous ayez la bonté de nous la renvoyer immédiatement, estant persuadés que nous avons l'honneur d estre très-respectueusement, Monsieur, vos très-humbles et trèsobéissans serviteurs.
DES FEUQUIÉRES. 367
DE M. DE SAINT-THOMAS A M. LE MARQUIS ANTOINE DE FEUQUIERES
A Turin, le 18 mai 1691.
Monsieur, je reçois en ce moment la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'escrire, parle retour des députés de S. A. R. , qui luy ont rendu compte que leur escorte a esté enlevée par un party de Pignerol. S. A. R. croit qu'estant à Cumiane avec lesdits députés sur la foy de vostre passeport, vous l'aurez renvoyée, condamnant le procédé de celuy qui commandoit le party. Mais si cela n'estoit pas , je vous prie de la renvoyer et de réfléchir que vostre parole et vostre passeport doivent estre la plus grande sûreté que vous puissiez donner, et que personne au monde ne vous sçauroit faire plus de tort que vous vous en feriez à vous-mesme , souffrant le grief qu'a reçu ladite escorte contre le droit des gens, toutes les lois et la bonne foy d'un de vos passeports dont je vous envoyé la copie1. Je ne me le puis persuader, ayant l'honneur d'estre, etc.
1 Copie du passeport,
« Le marquis de Feuquières, maréchal des camps et armées du Roy, gouverneur et grand baîllif des ville et citadelle de Verdun et pais Verdunois , commandant les troupes de Sa Majesté à Pignerol.
Laissez passer et repasser sûrement et librement MM. le comte Fecia
P. S. Je vous respondray plus particulièrement sur l'article des déserteurs , et ce trompette donnera les deux pistoles et demye pour le manteau qui a esté dérobé.
DE M. LE MARQUIS ANTOINE DE FEUQUIERES A MM. LE COMTE FÉCIA ET COURAGEUX.
A Pignerol , le 18 mai 1691 .
Je reçois dans le moment la lettre que vous prenez la peine de m'escrire au sujet de 22 cavaliers qui ont esté enlevés ce matin par un de nos partis, que vous dites estre vostre escorte. Nous ne la pouvions juger telle que sur vostre simple témoignage ; car quel moyen de croire que vous soyez restés à Cumiane où vous aviez fait vos affaires à cinq heures du soir, sans prendre de nos commissaires un agrément de demeurer dans ce lieu après les affaires du cartel finies? Comment pouvois-je croire que 22 cavaliers, qui ne doivent estre que 20 par mon passeport , qui sont à un quart de lieue de vous, sans faire aucune garde pour vostre sûreté, soient pourtant ceux qui doivent vous garder, et d'autant plus que , dans Fesloignement où vous pré-
et Courageux, commissaires de S. A. R., venant à Cumiane pour les affaires du Cartel , avec une escorte de 20 maistres , sans qu'il leur soit fait aucun empeschement , mais toute faveur et assistance. « Fait à Pignerol, ce 15e jour de may 1691.
« Signé : Feuquières.
« Par Monseigneur de Ligny. »
tendez les avoir mis de vous, vous ne les avez seulement pas munis de passeport ? Ainsy, Messieurs, ne trouvez point extraordinaire que je vous dise si ces gens-là sont vostre escorte ou si c'est un party embusqué. Je vois bien qu'ils ont esté vostre escorte, puisque le maréchal des logis se trouvoit chargé d'un ordre de M. de Saint-Thomas pour vous escorter; mais cela ne suffit pas ; il devoit avoir mon passeport, ou si vous le gardez, il devoit estre assez près de vous pour qu'on ne pust point s'y mesprendre. J'ay déduit tout le fait à M. de Catinat duquel j'attendray les ordres sur ce quej'auray à faire à cet esgard. Je suis, Messieurs, très-véritablement, etc.