‹ Lettres inédites des Feuquières (volume 2)Chapitre 6 sur 48 · DE M. DE FEUQUIERES A M. LE VASSEUR · texte numérisé non relu

DE M. DE FEUQUIERES A M. LE VASSEUR

A Stockholm , le 17 février 1680.

Monsieur, autant que vous me trouvez doucereux dans les affaires du maniement d Aubert2, vous m'allez trouver aigre dans celle-cy; mais il faut quelquefois changer de ton. Un des plus sensibles intérests que j'y prenne est à cause de M. de Tourmont, qui s'est engagé généreusement pour le comte de Rébenac à un pirate qui ne veut entendre à aucun expédient pour le dégager. Le fait est, Monsieur , en attendant que M. de Tourmont vous l'explique plus particulièrement, que le Roy a honoré mon fils de la charge de lieutenant-général de Navarre et de Béarn, à condition de payer à M. le comte de Gramont 40 000 escus; et, pour en faciliter les moyens, Sa Majesté a eu agréable de donner un brevet de 40 000 livres de retenue. Les créanciers du comte de Gramont ? représentés par Catillon, ont fait déposer entre les mains de M. de Tourmont les provisions et ledit brevet, et Catillon ne veut pas permettre, quelque expédient qu'on lui propose , qu'on se serve de ces pièces pour jouir des émoluments de la charge et pour emprunter delar-

1 Secrétaire de M. de Feuquières. Il était alors à Paris. * Régisseur des domaines de Feuquières.

sent, qui sont des moyens pour achever de le payer ; car il a déjà reçu 22 000 escus, dont M. de Tourmont a fourni une partie. C'est à quoi donc, Monsieur, il s'agit de forcer Catillon; je vous prie d'y employer tous les moyens de droit, sans lui faire nul quartier, et que la première nouvelle qu'il en aura soit une assignation, je ne dis pas à quel tribunal, car je n'en scais rien et vous en laisse le choix. Je vous autorise, Monsieur, pour toute cette affaire, me faisant fort pour mon fils, à mes périls et fortunes.

La lettre que j écris à M. de Tourmont vous éclaircira un peu, et il achèvera à la première conférence que vous aurez avec lui ; mais ne perdez jamais de vue le but que je vous marque assez bien, ce me semble, et point d'accommodement, s'il vousplaist , qu'à rigueur de droit. Je suis , Monsieur, vostre très-humble serviteur.

Dl MEME A M. DE TOURMONT.

A Stockholm, le 17 février 1680.

J'ai vu, Monsieur, vostre lettre du 26 janvier avec les copies y jointes de deux lettres que ma fille vous a escrites, de la response que vous luy avez faite, d'un projet de brevet qu'elle vous avoit envoyé, et de l'arrest du parlement de Pau. J'ai relu sur cela quelques-unes de vos précédentes et

je n ai rien trouvé en tout dont Catillon eust sujet de se plaindre de M. ni de Madame de Kébenac. Kt pour ee qui est de vous, Monsieur , vous avez fait au delà de ce que ce galant homme pouvoit lionnestement désirer ; je dis au delà, parce qu il lui suffisoit de vostre parole de représenter les pièces dont vous estes dépositaire, ou l'argent. Je n avois pas su aussi jusques à vostre dernière que vous lui eussiez donné vostre escrit, et si absolu; ce n est pas qu à l'égard de la sûreté et du respect que nous lui portons, j'en fasse différence de vostre parole, n'estimant pas moins l'une que 1 autre, mais j'en fais beaucoup des conditions. Je vois encore , Monsieur, dans vostre ditte lettre , qu'il est certain que Catillon ne permettra en façon quelconque que l'on envoie en Béarn ni les provisions ni le brevet de retenue, et que, faute de cela, mon fils court hasard de perdre les gages de sa charge et le présent des estats; j'adjouste à ces inconvénients qu'il ne pourra plus vous satisfaire qu'en se privant des appointements par lesquels il subsiste dans son emploi, si ce n'est peut-estre qu'il se rachetast et vous aussi par une grosse rançon que Catillon prétend exiger par des injures et des mespris qu'il fait de nous. C'est trop nous coyoner. Je suis d'avis, Monsieur, sans plus barguigner, que nous nous adressions à la justice. Nous demanderons que vous soyez deschargé des pièces, en les mettant entre les

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mains d'un homme que vous nommerez , qui les portera en Béarn et qui les représentera ou l'argent, et nous nous soumettrons aux frais du voyage. Vous verrez que Catillon n'aura rien à dire contre cela. Je prie présentement M. Le Vasseur de mettre l'affaire en estât , en commençant par une belle protestation de tous dépends, dommages et intérests tant passés qu'à venir, pour mon fils et pour vous-mesme; car je pense, Monsieur, que vous devez vous joindre au procès , à cause du risque perpétuel où vous estes sur la vie de mon fils. Depuis que nous en parlons, il a eu une maladie, il a pensé se noyer dans le Belt , il peut périr dans le vin avec les Allemands ; tout cela vous doit donner de l'inquiétude et à vostre famille; vous ne ferez que prester vostre nom, avec une indemnité. Je n'en sçais pas, Monsieur, davantage, si ce n'est que Catillon, se rendant à vos exorcismes, et avant que l'affaire soit entamée, se fasse de lui-mesme toute la justice qu'il aura à souffrir par force avec despends. Demeurons-en donc là , s'il vous plaist, et qu^il ne soit jamais parlé de lui faire valoir son argent comme à un marchand, car ce n'est qu'un pirate1, pas seulement de lui payer les intérests or-

1 Le joaillier Catillon , avec une conscience d'une largeur toute judaïque , faisait valoir ordinairement son argent sur le pied de douze pour cent. Il se moquait de ceux qui venaient lui en emprunter au taux légal qui était cinq, et croyait accorder une faveur quand il prétait à sept. C'est ce que mandait M. de Tourmont lui-même à M. de Feuquières.

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dinaires, puisqu'il esl cause de ceux qui ont couru et qui courent, ni de lui faire le moindre présent . sous quel titre que ce soit. Pensez-vous, Monsieur, que je n aie pas les oreilles écorchées de tout ce que dit sans sujet ce malhonneste homme ? Mon fils n'a pas de bien libre, mais il a de F honneur, ses amis en ont , et on pouvoit là-dessus prendre des sûretés qui n auroient embarrassé personne. Je vous avoue que je suis piqué, et j'entreprendrai plustost l'affaire à mes périls et fortunes. Je suis, Monsieur , tout à vous.

P. S. M. Le Vasseur vous communiquera ce que je lui escris, et recevra vos instructions et avis, mais tousjours , s'il vous plaist , sur le pied que dessus dont je ne rabattrai rien.

DE M. JULES DE FEUQmÈRES A M. DE FEUQIIERES.

A Paris, le 22 février 1680.

M. de La Feuillade vous a fait response, il a prétendu m1 avoir donné la lettre ou à mon frère, cependant ni l'un ni l'autre ne lavons vue, elle s'est perdue parmi ses gens ou il ne l'a pas escrite; j'aurois bien voulu la voir pour descouvrir un peu ses sentiments.

Je vous ay escrit une lettre, il y a desjà longtemps, touchant mes affaires; en vérité , je ne suis encore guère avancé et ne vois pas jour pour cela sans un bon secours.

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Je ne vous manderay rien de L'affaire de M. de

Luxembourg1, mon frère vous peut demander plus

de particularités. On brusle aujourdbuy2La Voisin,

fameuse devineresse et empoisonneuse.

•* «Je crois, dit Madame de Sévigné, que le plus grand crime de « M . de Luxembourg est d'avoir aimé la Tingry . On ne parle plus de lui « on ne sait pas même s'il est encore à la Bastille ; on dit qu'il est à «. Vincennes. Rien n'est pire en vérité que d'être en prison , si ce n'est « d'être comme cette diablesse de Voisin, qui est, à l'heure que je « vous parle , brûlée à petit feu à la Grève. » (Lettre du 21 février.)

2 (f Je ne vous parlerai que de La Voisin : ce ne fut point mercredi « (%i février) , comme je vous Pavois mandé , qu'elle fut brûlée , « ce ne fut qu'hier (jeudi 22). Elle savoit son arrêt dès lundi, « chose extraordinaire. Le soir elle dit à ses gardes : « Quoi! nous ne « ferons point médianoche?y> Elle mangea avec eux à minuit par fan- « taisie, car il n'étoit point jour maigre ; elle but beaucoup de vin ; « elle chanla vingt chansons à boire. Le mardi elle eut la question « ordinaire, extraordinaire; elle avoit dîné et dormi huit heures; elle u fut confrontée sur le matelas à Mesdames de Dreux et Le Féron, et à '( plusieurs autres : on ne parle point de ce qu'elle a dit ; on croit « toujours qu'on verra des choses étranges. Elle soupa le soir, et re- « commença , toute brisée qu'elle étoit , à faire la débauche avec « scandale : on lui en fit honte , et on lui dit qu'elle feroit bien « mieux de penser à Dieu , et de chanter un Ave maris Stella , ou un « Salve , que toutes ces chansons ; elle chanta l'un et l'autre en ridi- & cule ; elle dormit ensuite. Le mercredi se passa de même en con- « frontation , et débauches et chansons ; elle ne voulut point voir de « confesseur. Enfin le jeudi, qui étoit hier, on ne voulut lui donner « qu'un bouillon ; elle en gronda, craignant de n'avoir pas la force « déparier à ces Messieurs. Elle vint en carrosse de Vincennes à Paris ; « elle étouffa un peu , et fut embarrassée : on la voulut faire confes- ■ m t, point de nouvelles. À cinq heures on la lia; et avec une torche « à la main , elle parut dans le tombereau , habillée de blanc , c'est h une sorte d'habit pour être brûlée ; elle étoit fort rouge , et l'on

Je reviens de Saint-Germain , et voicy ce que j'y ay appris : l'abbé Colbert1 est coadjuteur de Rouen; l'abbé de La Hoquette2 a l'évesché de Poitiers et son frère une pension de 1 000 escus dessus; 1 abbé de Saint-Esteven3 a l'évesché de Conserons; les abbés deDangeau4et de Montai ont eu chacun une abbaye ; il en reste encore à donner ; si mon frère en pouvoit avoir une, il en a autant besoin qu'aucun, mais on n'en a point demandé. Beaucoup d'of-

« voyoit qu'elle repoussoit le confesseur et le crucifix avec violence. « Nous la vîmes passer, à l'hôtel de Sully [rue Saint-Antoine}, Ma- « dame de Chaumes, Madame de Sully, la comtesse de Fiesque, et « bien d'autres. A Notre-Dame, elle ne voulut jamais prononcer « l'amende honorable , et à la Grève , elle se défendit autant qu'elle « put de sortir du tombereau : on l'en tira de force; on la mit sur le a bûcher assise et liée avec du fer ; on la couvrit de paille ; elle jura « beaucoup; elle repoussa la paille cinq ou six fois; mais enfin le « feu s'augmenta ,.et on la perdit de vue, et ses cendres sont en l'air « présentement. Voilà la mort de Madame Voisin , célèbre par ses « crimes et par son impiété.» (M",c de Sévigne, Lettre du 23 février.)

* Jacques Nicolas, abbé de Colbert , deuxième fils du grand Colbert. Il fut archevêque de Rouen et membre de l'Académie française.

a Hardouin Fortin de la Hoquette , neveu de M. de Péréfixe , archevêque de Paris. IJ passa de l'évêché de Saint-Brieuc à celui de Poitiers où il succéda à l'abbé de Palluau , frère du maréchal de Clérembault.

5 M. l'abbé de Pleinpicd de Saint-Esteven. Il succédait, comme évêque de Comberans , à Messire Bernard de Marmiesse , docteur en Sorbonne.

4 Philippe de Courcillon , abbé de Dangeau , de l'Académie française. On a de lui plus de vingt traités sur des sujets de grammaire , d'histoire et de philologie. Il fut chargé de plusieurs missions diplomatiques.

ficiers aux gardes qui avoient demandé des pensions ont été refusés, et on a retranché à la moitié celles qu'on avoit comme dans les autres corps.

La Leuvretière, gouverneur de Condé, est mort. Lignières , capitaine aux gardes, a acheté le gouvernement de Landrecies 30 000 escus.

On donnera à Mgr. le Dauphin douze gentilshommes à 2 000 escus de pension ; ce seront gens choisis, dequalité, de bonnes mœurs et d'esprit, qui n ayent guère moins de trente ans. On en a desjà nommé sept qui sont : MM. de Chi verni , Dangeau , Sainte-Maure, Florensac, Clermont, Thorigni, Cher de Grignan1. Dieu veuille seconder leurs bonnes intentions, il en reste encore cinq à nommer.

Je crofe que M. l'abbé de Feuquières sera dans peu de retour. Je ne sçais si on vous aura mandé la grossesse de ma sœur.

Le Roy part le 26 et sera vingt et un jours à son voyage. La cour n'ira qu'à Chaalons, mais le Roy et Monseigneur iront jusqu'à Vitry.

DU MEME AU MÊME

A Paris , le 7 mars 1680.

Je ne vous ay pas escrit depuis trois semaines, parce qu'il ne s'est rien passé de nouveau que j aye

1 Le nombre de ces gentilshommes, qu'on nomma Menins d'un mot espagnol, fut réduit à six : MM. de Daugcau, d'Antin , de Sainte- Maure, deChiverni, de Florensac et de Grignan.

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s( u. C esl aujourd lm\ que le mariage de M., le Dauphin doit se consommer à Chaalons, et la cour sera dans dix jours de retour à Saint-Germain. Ceux qui nont pas suivy sont dans une grande impatience devoir Madame la Dauphine, de laquelle on dit tous les biens imaginables1, et on prétend qu'ils sont vrais; il faut le souhaitter. Les gardes nont pas esté du voyage , mais on les menace d un plus grand vers le mois de may ; je l'appréhende beaucoup. S'il n'y en avoit point, j'irois cet été quelque temps à l'académie, ne sçachant pas mes exercices mieux que je ne les ay appris en Suède, c'est-à-dire, pas trop bien. M. et Madame de Pomponne sont à Pomponne et y resteront jusqu'au retour du Hoy. Celle-cy ne ma pas donné encore les 100 pistoles, parce qu'elle n^a point d'argent; je ne sçais guère que faire où je suis. En vérité nous n'avançons guère, personne; il y a du malheur, si ce n'est que nous ne pressions

4 « Madame la Dauphine est l'objet de l'admiration. Le Roi avoit « une impatience extrême de savoir comment elle étoit faite : il en- (i voya Sanguin , qui est un homme vrai et incapable de flatter : t Sire , dit il , sauvez le premier coup d'œil , et vous en serez fort con- « tent. » Cela est dit à merveille , car il y a quelque chose à son nez « et à son front , qui est trop long à proportion du reste et qui fait « d'abord un mauvais effet ; mais on dit qu'elle a si bonne grâce , « de si beaux bras , de si belles mains, une si belle taille, une si « belle gorge, de si belles dents, de si beaux cheveux , et tant d'es- « prit et de bonté , caressante sans être fade, familière avec dignité , « enfin tant de manières propres à charmer, qu'il faut lui pardonner « ce premier coup d'œil. » (M"'c de SÉVIGBTÉ, Lettre du 13 mars.

pas assez en demandant. Je mène icy la vie du monde la plus ennuyeuse, et il vaudroit autant estre chartreux; je voudrois bien en voir la fin, car ma philosophie commence fort à m abandonner là» dessus; pour vous, vous me direz qu'il faut estre tousjours gay et aussy content sans argent qu'avec, parce qu'il se faut mettre au dessus de cela; mais, pour moy, je vous avoueray franchement que je ne trouve pas que ce soit la mesme chose, et ce que jesouhaitte me paroist d'autant plus raisonnable que je ne voudrois avoir d'argent que pour pouvoir me mettre un peu dans le monde, sans l'employer mal à propos. Si vous ne voulez encore rien demander, je ne sçais si vous amenderez vostre marché, en attendant davantage. M. l'abbé de Feuquières doit partir de Bretagne la première semaine ; Mesdames de Balbilly1 et de Villeroy2 sont aujourd'huy arrivées de Picardie; Madame la comtesse de Feuquières3 sera aussy la semaine qui vient icy pour son procès. Le jeune marquis de Valençay est mort4, et aussy le

1 Suzanne de Pas, sœur de M. le marquis Isaac de Feuquières, épouse d'Antoine de Bathilly, seigneur dudit lieu et du Chesnel , maréchal de camp et gouverneur de Neufchasteau en Lorraine.

8 Jeanne de Pas, sœur de M. le marquis Isaac de Feuquières, femme en premières noces de Louis d'Aumale , et en secondes de Jean de Montmorency, seigneur de Villeroy.

5 Diane de Poix de Mazancourt , épouse de Louis de Pas , dit le comte de Feuquières, maréchal des camps et armées du Roi ; elle était belle-sœur de M. le marquis Isaac de Feuquières.

4 M. le marquis de Valençay, neveu de M. de Valençay, grand

jeune marquis du Riveau1; le vieux évesque de Chaalons vit encore , il me semble qu'on vous avoit mandé, quand j estois en Suède, qu il estoit mort.

DE M. DE FEUQUIÈRES A LOUIS XIV

A Stockholm , le 1er mars 4680.

Sire , il y a si longtemps que je n'ai vu mon fils l'abbé , que je ne sçais s'il mérite les grâces de Vostre Majesté. C'est ce qu'Elle sçaura plustost que moi. Mais , s'il n'en est pas indigne , je la supplie très-humblement de lui vouloir donner F abbaye de Bourry, qui est près de chez moi. Ce lui seroit, Sire, un moyen d'assister les pauvres, parmi lesquels on peut assurément compter deux de ses frères, qui m'importunent souvent de leurs besoins , et Vostre Majesté connoist les miens. Je suis , Sire , etc.

prieur de France, était enseigne des gendarmes du Roi. « Le fils de « Madame de Valençay , si malhonnête homme , est mort de maladie, « comme il alloit tous les plaider : il me semble qu'on n'apasaccou- « tumé de mourir quand tant de gens le souhaitent. »

( Mn,e DE SÉVIGNÉ.)

1 Jacques-Louis de Beauveau, marquis du Riveau, enseigne des gendarmes du Roi , fils de Jacques de Beauveau, marquis du Riveau , capitaine des gardes suisses de Gaston de France, duc d'Orléans.

i Félix Vialar, évéque et comte de Châlons depuis 1640, pair de France. Il mourut au mois de juin suivant.

DU MÊME A M. COLBERT DE CROISSY

A Stockholm , le 6 mars 1680.

Vous ne pouviez, Monsieur, donner part de vostre retour 1 à une personne qui en eust plus de joie ni qui soit plus aise de vous voir recueillir en repos les fruits des grands services que vous avez rendus. Vostre seul mérite me donneroit ce sentiment par F amitié que vous me faites l'honneur de me tesmoigner , dont je vous demande instamment, Monsieur, la continuation.

Je suivrai ponctuellement tout ce que vous me prescrivez dans vostre lettre du 9 février, et ne mettrai que dans mes despesches ce qui regardera le service de Sa Majesté. Mais je vous demande la permission , Monsieur , et la consolation de pouvoir quelquefois vous écrire des lettres particulières sur ce qui touchera mes intérests, puisque ce n'est que par vous que j'ai espérance que Sa Majesté connoistra mes services. J'en userai avec retenue , dans la crainte de vous importuner , et serai avec une entière reconnoissance vostre très-humble et trèsobéissant serviteur.

1 M. Colbert de Croissy avait écrit à M. de Feuquières pour lui annoncer son retour de Bavière où il était comme envoyé extraordinaire, et sa prise de possession du portefeuille des Affaires étrangères.

DE M. LE MARQUIS DE PAS A M. DE FEL'QFIÈRES

A Paris, le 8 mars 1680.

Je respons , Monsieur , à vostre lettre du 1 0 février par laquelle vous me parlez du danger qu'il y auroit de nommer à la cour le nom de survivance ; pourmoy, je ne vois pas ce péril,ettoutau contraire, comme je ne vois pas le moyen d'améliorer vos affaires de 50 ou 60 000 escus, comme vous le prétendez faire, je vois au moins que, tant plus nous aurons de revenu, de quelque nature qu'il soit, tant plus vos créanciers seront-ils sûrs d estre pavés , puisque, n'ayant qu'une terre du nom, il faudroit n'avoir rien au monde pour la laisser vendre. Mais, pour revenir à cette amélioration, comment prétendez-vous la pouvoir faire? C'est ce qui me fait le plus souhaiter de vous voir, car assurément vous avez sur tout cela de fausses vues qui vous manqueront icy, où vous trouverez les choses sur un pied si esloigné de celuy auquel vous les avez laissées , que vous ne le cognoissez assurément pas. Je n'attends que la fin de toutes ces sottes affaires et le retour de la cour pour prendre des mesures justes pour vous aller voir. J'en ay déjà parlé à M. Colbert, qui m'a bien respondu, au prodigieux froid près qu'il a pris en entrant dans le ministère, aussy bien que son frère.

Ce que je vous ay mandé de vos affaires de Feuquières n*est que trop vray ; elles ne sont point bien gouvernées et vous vous trouverez court de ce costé-là.

C'est ce soir que Monseigneur espouse, et la cour sera de retour à Saint-Germain de demain en huit.

Je vois l'ambassadeur de Suède i et le verray toujours.

Pour revenir un peu à la Chambre des poisons , dont je ne vous diray pourtant que peu de choses, c'est qu'on leur a envoyé une ampliation de pouvoir pour cognoistre des impiétés, des avortements et de la fausse monnoye ; voilà de quoy la perpétuer. Ils reçurent hyer une lettre de cachet pour que le procès de M. de Luxembourg soit en estât lorsque la cour reviendra , mais pour qu'on ne le juge pas qu'après le retour; vous jugerez aisément ce que cela veut dire2. Pour moy, je vous ay desjà mandé qu'ilyaun arrestprononcéqui ordonnequeje serois confronté à ce coquin de Le Sage qui m' a voit accusé, mais on ne me le signifie pas ; c'est ce qui m'a empesché de faire le voyage. Je ne sçais quand il leur plaira de me le faire signifier; je sçais seulement que je l'attends fort tranquillement. Bonjour, Monsieur; croyez -moy pour vous comme je suis effectivement.

1 M. Bielke.

2 M. le maréchal de Luxembourg resta trois mois en prison. Après son élargissement, il reçut ordre de partir pour ses terres, et ne fut rappelé qu'au mois de juin 1681

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