DE M. DE POMPONNE A M. DE FEUQUIÈRES
A Paris, le 9 mars 1680.
Je vous escris plustost pour entretenir commerce que pour avoir rien à vous dire qui en mérite la peine : mon inutilité me met hors de toutes affaires et mesme presque hors des nouvelles. Je sçais seulement que la cour s'en va lundy à Fontainebleau et qu'elle ira au mois de juillet en Flandres. Pour moy, mes campagnes se bornent à Pomponne, où je fais estât de passer une grande partie de Testé. (Test un nouveau genre de vie auquel il faut tascher de s'accoutumer.
Vous avez icy un nouveau correspondant en l'abbé lf qui y est arrivé depuis peu de jours. Il y a trouvé l'affaire de M. de Luxembourg en bon estât; le fripon qui l'avoit accusé s'est avoué luy-mesme faux accusateur et faussaire. Ainsy toute cette affaire s'esvanouit et sera apparemment bientost terminée à son entière satisfaction. Par-là vous devez estre tiré d'inquiétude pour vostre amy et pour M. vostre fils. Il faut rendre honneur àceluy-cy : il a agy avec beaucoup d'esprit, d'activité, de fermeté dans toute cette affaire, et a bien remply tout ce qu'il devoit à l'amitié de M. de Luxembourg.
' M. l'abbé de Feuquières, arrivé récemment à Paris de son abbaye du Relec en Bretagne.
Madame de Pomponne, pour ne pas multiplier les lettres sans nécessité , me charge de vous dire que les trois derniers mois de l'année passée de Vos appointements ont été reçus. Elle en a fait acquitter une lettre de change de 1 000 escus, remis 1 000 livres au chevalier et 300 à la comtesse de Feuquières, qui est dans un très-grand besoin. On attend la signature de vostre ordonnance de 3 000 escus pour gratification ; si tost quelle aura eu lieu, on acquittera une lettre de change de 2 000 escus que vous avez tirée.
Je n'apprends de vos nouvelles que par les gazettes. Quand vous voudrez, vous pourrez m1 en mander de plus particulières, sans toutefois vous demander le secret de l'Estat , auquel je renonce volontiers pour toujours. Adieu , je suis tout à vous.