‹ Lettres inédites des FeuquièresChapitre 10 sur 50 · LOUIS · texte numérisé non relu

LOUIS

Arnauld.

DE M. DE SAINT-ROMAIN * A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES

A Soleure, le 9 février 1673.

Je crois, Monsieur, que vous êtes maintenant arrivé à Stockholm, et que vous avez commencé à y faire dignement vostre personnage de roy ; je vous en fais mon premier compliment, et souhaite de bon cœur que tout vous réussisse à la gloire du Roy et à vostre avantage et élévation. Après cela, Monsieur, il ne me reste guères rien à vous dire , si ce n'est que j'ay affaire à des gens difficiles et fort aliénés de nous, tant par plusieurs mescontentements que par de nouveaux intérests de religion et d'état, dont il n'est pas aisé de les guérir ni destourner. Nous sommes, Monsieur, aux deux extrémités du théâtre ; la scène se passe sur le terrain qui est entre nous , et nous ne pouvons nous rien escrire à propos l'un à l'autre que ce qui se passe devant chacun dans son poste; et c'est si

1 M. de Saint-Romain, résident fiançais en Suisse.

peu de chose, au moins de mon costé, qu'il n'y a pas de quoy faire une lettre de correspondance tous les mois ; c'est à quoy je me fixe pour entretenir l'amitié, sans vous importuner ou destourner mal à propos. J'espère la continuation de vostre bienveillance et vous assure, Monsieur, que j'auray tousjours un respect très-particulier pour vous.

Saint-Romain.

P. S. Je vous supplie, Monsieur, de vouloir faire un grand compliment pour moy à M. le Chancelier.

DE M. L'ABBÉ DE GRAVELLE A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES

A Wurtzbourg, le 13 février 1673»

Ce mot n'est que pour vous advertir que M. l'électeur de Mayence mourut hier entre six et sept heures du soir, d'une espèce d'apoplexie ou catharre suffocatif qui lui tomba hier au matin sur la poitrine, et qui augmenta de telle sorte, que, sur le midy, on désespéra entièrement qu'il en pût revenir. Cela apportera sans doute du changement aux affaires. C'est tout ce que je puis vous dire maintenant par la voye du courrier que je dépesche au Roy pour luy en porter la nouvelle, et qui laissera ce billet, en

passant, à Francfort.

l'abbé de Gravelle. .

DU MEME AU MEME

A Mayence, le 24 février 1673.

Depuis le départ du courrier que j'ay dépesché au Roy pour porter à Sa Majesté la nouvelle de la mort de feu M. l'électeur de Mayence, j'ay cru qu'il estoit du bien de son service de me rendre auprès du nouveau prince pour le saluer, quoyque comme de moy-mesme seulement, et tascher, en attendant les ordres du Roy, de prévenir ceux qui pourroient luy faire prendre d'abord des impressions contraires aux intérests de Sa Majesté. Je croyois le trouver en cette ville, mais, ne l'y ayant point rencontré, j'ay passé jusqu'à Spire. Il m'a reçu avec bien de l'honnesteté, et m'a assuré, en termes généraux, que, n'ayant pas encore grande connoissance des affaires, il ne pouvoit me dire autre chose, si ce n'est que , dès qu'il seroit à Mayence, il travailleroit de tout son pouvoir au restablissement de la paix dans l'Empire, qu'il se joindroit à ceux qui auroient la mesme volonté, et que, comme je luy avois souvent dit par cy-devant, que le Roy souhaittoit sincèrement la continuation de la paix en Allemagne, il supplioit Sa Majesté d'en donner des preuves en ce rencontre-cy, et d'y apporter de sa part toutes les dispositions qu'on avoit lieu de se

\ imversffa»

promettre d'un Roy Très-Chrestien, me remettant à son arrivée à Mayence et au retour de mon courrier, à entrer avec moy dans un plus grand destail.

Je vis M. le chancellier Mertz, qui pourroit bien avoir beaucoup de part en sa confiance. Je n'en ay tiré de mesme que des termes généraux, et des asseurances que son maistre et luy n'auroient d'autre but, dans le maniement des affaires dont ils alloient prendre le soin , que le bien public et celuy de la religion catholique, sans aucune passion ni attachement pour l'un ou pour l'autre party.

S'ils exécutent exactement cette promesse, le Roy aura sujet d'en être satisfait, puisque Sa Majesté ne désire effectivement que la continuation de la paix en Allemagne.

Je suis retourné icy hier matin, et M. l'Électeur hier sur le soir. L'on s'estoit mis en debvoir de le recevoir au bruit de toute l'artillerie de la ville, qu'on avoit mise sur le rempart et chargée à boulets, et de la mousqueterie de la soldatesque, de la bourgeoisie et de la milice du pays, qui y estoit toute sous les armes. Mais en approchant de la ville, il envoya deffendre de tirer seulement un coup de mousquet ; de sorte qu'il entra sans bruit. 11 alla descendre en son logement ordinaire. Il ne prendra possession du chasteau qu'après la cérémonie de son intronisation, dont le jour n'est pas encore déterminé. S'il se passe en cette action quelque chose qui vaille la

peine de vous estre mandé , je ne manqueray pas de vous en faire part. J'ay vu ces jours-cy une lettre qui porte que trois mille chevaux des trouppes impérialles sont repassés en deçà de la Lbane, et qu'ils tirent vers la petite principauté d'Hombourg, où ils semblent vouloir prendre des quartiers d'hyver. Jay sçu aussy, en passant à Francfort, qu'on y faisoit quantité de biscuits , et qu'on doit commencer dans peu de temps à y cuire du pain de munition, ce qui donne lieu à ceux qui en ont connoissance de craindre que lesdittes trouppes impérialles et leurs alliés ne veuillent repasser de deçà.

Je me resjouis, Monsieur, du meilleur de mon cœur de vostre heureuse arrivée à Stockholm. Je vous souhaitte toute sorte de bons succès en vostre négociation , et une parfaite santé pour y travailler, et vous supplie de croire que je suis tousjours, avec tout le zèle et toute l'estime possible, tout à vous.

l'abbé de Gravelle.

DE MADEMOISELLE CATHERINE DE PAS1 A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIERES

A Pau , le 19 janvier 1 673.

Je n'ay pas voulu manquer de vous escrire, mon cher papa, pour m1 informer de Testât de vostre

1 Louise-Catherine de Pas , fille de M. le marquis Isaac de l'eu-

santé et comment vous vous portez dans ces pays estrangers ; jay beaucoup d'impatience de recevoir de vos nouvelles, mon cher papa. Ma tante se porte assez bien, Dieu mercy, et ma tante de Saint-Auzony ' aussy. Mon frère2 s'en ira bientost à Paris; ma sœur en est fort faschée. Adieu, mon cher papa, souvenez-vous tousjours de moy.

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