DE LOUIS XIV A M. LE MARQUIS DE FEUQUIERES
A Saint-Germain-en-Laye, le 10 février 1673.
Monsieur le marquis de Feuquières, par la lettre que je vous ay escritte le 6 de ce mois, vous avez pu voir que je n'oublie rien de tout ce que je crois capable d'engager la Suède à exécuter nostre traitté, c est-à-dire , à faire la guerre en Allemagne contre l'Empereur et l'électeur de Brandenbourg, s'ils continuent à assister les Hollandois et à faire la guerre à moy ou à mes alliez. Comme j'ay voulu vous mettre en estât d'aller au devant des difficultés que la Suède pourroit faire sur la ruine totale de la Hollande, je veux aujourd'buy vous communiquer un advis qui me pourroit faire craindre que l'on ne chercbast à Stockolm quelque raison pour s'excuser de prendre les armes. J'ay esté averti que non-seulement on ne s'éloigneroit pas , à Vienne, de recevoir la Suède
pour médiatrice dans les desmeslez qui sont aujourd'huy dans l'Empire, mais que mesme on pourroit l'y inviter, parce qu'estant une fois chargée de la médiation, on espéreroit qu'elle ne pourroit plus se despartir de F indifférence qui est le propre d'un médiateur. Si vous pénétrez que cet avis ayt du fondement, n'oubliez rien pour le descouvrir et pour le combattre. Vous le pourrez avec d'autant plus de raison que,selonl'esprit denostretraitté, la Suède devoit premièrement employer ses offices pour destourner l'Empereur et toute autre puissance de l'Empire de donner secours âmes ennemis, après quoy, si elle n'avoitpas réussi par cette voie, elle devoit agir par celle des armes. La Suède a accomply la première de ces conditions par les diverses offices qu'elle a employés à Vienne et dans l'Empire. Il luy reste présentement de s'acquitter de F autre, et elle Féluderoit si, par une médiation à contre-temps, elle se cléfendoit d'exécuter ce qu'elle m'a promis. Je ne dois pas croire que ce soit son dessein, mais j'ay voulu vous mettre en estât d'aller au devant de ce qui se pourroit proposer en cette affaire sur ce sujet, et faire voir qu'en F estât où sont les choses, et selon tous les cas qui sont préveus dans nostre traitté, il ne reste plus à la Suède qu'à en venir à l'exécution, cependant que j'ay exactement observé de mon costé touttes les obligations qui y sont portées. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ayt, Monsieur le marquis
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de Feuquières, en sa sainte garde. Escrit à Saint- Germain-en-Laye, ce 1 0e jour de febvrier 1 673.