‹ Lettres inédites des FeuquièresChapitre 14 sur 50 · DE MADAME ARNAULD * DE POMPONNE A M. LE MARQUÏS ISAAC DE FEUQUD2RES · texte numérisé non relu

DE MADAME ARNAULD * DE POMPONNE A M. LE MARQUÏS ISAAC DE FEUQUD2RES

A Paris, le mars 1673.

J'ay reçu, Monsieur, la lettre que vous m'avez escrite le 1 1 février. Pour les nouvelles que vous me demandez de mes enfants, je vous diray que j'ay retiré du collège les deux qui y estoient , parce que je n'y ay pas trouvé tout ce que je demandois et qu'ils y perdoient du temps. Quant aux autres, ils sont comme vous les avez laissés.

Je prends des mesures pour toucher vostre demyannée , s'il se peut, dans un mois ou six semaines.

1 Madame la marquise Arnauld de Pomponne étai^lle de M. Ladvocat , maître des comptes. Après la mort de son mari, Louis XIV lui accorda une pension de 12 000 livres. Elle mourut en 171 1 . « J'ai « donné, dit l'abbé Arnauld dans ses Mémoires, presque tout mon « bien à mon frère pour le marier. M. Fouquet, procureur général « et surintendant, dont il étoit l'ami, avoit bien proposé son mariage « à M. Ladvocat, maître des comptes , lui témoignant même qu'il le « souhaitoit. Mais ce n'étoit pas assez pour un homme qui pouvoit « raisonnablement aspirer à de meilleurs partis pour Mademoiselle sa « fille , si je n'eusse assuré à mon frère ce qu'on ne lui voyoit encore « qu'en espérance. Je ne me repens point de ce que j'ai fait; mais je « ne le conseillerai jamais à personne. C'est un grand hasard de trouce ver une femme comme la sienne, qui ait d'aussi bonnes qualités et « qui entre avec autant d'amitié dans les intérêts de la famille de son « mari. Ce mariage se fit au mois de mai de l'année 1660. »

Je vous prie toujours, comme votre intendante, de retrancher les gens inutiles. On m'a dit que Charmont est libertin ; il le faut bien faire fouetter, et je luy feray bien escrire par sa mère.

11 me vient souvent des marchands avec de vos billets-, mais je les renvoyé tous, faute de fonds. Adieu, Monsieur, je vais partir pour Versailles , et j'ay peur que la poste ne parte. Je ne vous dis rien de tous vos enfants, ils font leur devoir. M. de Rébenac s'est engagé avec le comte de Guiche1.

« M. le comte de Guiche, fils aîné de M. le maréchal de Gramont, mourut le 29 novembre suivant à Creutznach, dans le palatinat du Rhin. «Au commencement delà campagne de Hollande, le Roi, « étant touché de l'action brillante et inouïe du comte de Guiche, « qui passa le Rhin à la nage à Tholus, en sa présence, à la tête de « toute la cavalerie qui le suivit, et qui battit les ennemis qui étoient « en bataille de l'autre côté de ce fleuve rapide, l'embrassa publique- « ment et lui dit qu'il oublioit sa conduite passée, dont il n'avoit pas « lieu d'être content, et qu'il lui redonnoit toute son ancienne ami- « tié... Ces paroles charmantes furent accompagnées de tout ce que le « Roi savoit dire quand il vouloit enchanter quelqu'un. Le comte de « Guiche acheva la campagne, et s'en revint à la cour, comblé d'hon- « neurs, de gloire et de distinctions de la part de son maître; et tout « lui auroit réussi , si pendant l'hiver il eût su profiter de la bonne c volonté du Roi et de l'affection que Sa Majesté avoit pour lui; et, « s'il eût été docile et courtisan comme il convenoit de l'être, il est « certain qu'il se fût trouvé bientôt après à la tête des affaires et un « des premiers hommes de l'État; car l'on peut dire sans flatterie que « personne n'avoit de plus grandes qualités, et que, du surplus de « l'excellent qui étoit en lui, on eût composé deux sujets parfaits.

DE M. L'ABBÉ DE GRAVELLE A M. LE MARQUIS 1SAAC DE FEUQUIÈRES

A Mayence, le 1" marfc 1673.

Le courrier que j'avais dépesché au Roy retourna icy lundy dernier, et me rapporta des lettres de Sa Majesté au nouveau prince, avec des ordres de luy faire les compliments de conjouissance sur son avènement à FÉlectorat, lesquels luy seroient bientost confirmés par M. le marquis de Dangeau * , que Sa Majesté m'ordonnoit de luy dire qu'elle envoyeroit icy extraordinairement pour ce sujet. Il doit passer de là à Coblentz, vers M. l'électeur de Trêves, qui a pris, ou du moins qui veut prendre, à ce qu'on dit, une estrange résolution.

« Mais il avoit trouvé le secret de gâter tout cela par une présomption « qui n'étoit ni permise ni dans sa place ; car il vouloit maîtriser tou- « jours et décider souverainement de tout , lorsqu'il convenoit uni- « quement d'écouter et d'être souple, ce qui lui attira une envie gé- « nérale et enfin une sorte d'éloignement de la part du Roi , qui lui « tourna la tête et ensuite lui donna la mort, car il ne put tenir à « nombre de dégoûts réitérés. Il mourut à Creutznach , près de « Mayence, entre nos bras, la campagne suivante, 1673. »

( Mémoires du maréchal de Gramont.) * Philippe de Courcillon, marquis de Dangeau, né en 1638, mort en 1720. Militaire , diplomate, académicien, il dut à son esprit naturel et à sa prodigieuse habileté au jeu la longue faveur que lui accorda Louis XIV.

DES FEUQTJ1ÈRÉS. 413

On attend icy, aujourd'huy, le cœur de feu M. l'Electeur, que M. le grand tin ésorier de ce chapitre, son neveu, y apporte de Wurtzbourg, pour estre inhumé en la grande église de cette ville.

On vient de me dire qu'il arriva hier, à l'entrée de la nuit, soixante chevaux françois à Weissenau, village a un quart de lieue au-dessus de cette ville, où aboutissoit le pont du Rhin des Impériaux, ce qui surprendra un peu cette cour. Je le suis aussy un peu de ce que celluy qui les commande ne me fait rien sçavoir. J'ay envoyé un de mes gens pour voir ce que c'est. Leur ordre pourra estre de faire abbattre les travaux que les armées y ont fait faire pendant le séjour qu'elles y ont fait , et dont j'avois demandé plusieurs fois la démolition au feu Électeur , par ordre de Monseigneur le Prince , mais inutilement; si cela est, cet ordre aura esté donné du vivant du défunct. J'apprendray sans doute ce que c'est, avant le départ de la poste, et je l'adjousteray icy-bas.

La nouvelle se confirme du passage des 3 000 Impériaux au deçà de la Lhane, et qu'ils restablissent leurs quartiers d'hyver dans la Wettéravie. Leurs principaux quartiers sont Obéreschbach, Nidércsehbach ; ils descendent jusques vers Fridberg.

Je ne doubte pas, Monsieur, que vous n'ayez appris d'ailleurs la révolte de la Franche-Comté ; le marquis de Listenay, à la teste de la principalle no- • n 8

blesse, a desjà défait et taillé en pièces deux cents chevaux de don Hieronimo Quignonetz , qui les avoit envoyés pour luy amener ledit marquis vif ou mort. Les habitants de Dole ont aussy chassé leur garnison. Mon opinion est que l'appuy ou l'abandon de cette révolte dépendra beaucoup de la satisfaction que la Reyne1 donnera sur l'affaire de Charleroy.

Je viens d'apprendre que ce party de cavallerie est venu là pour visiter les susdits travaux. Monsieur l'Electeur a faict assurer l'officier qui les commandoit, qu'il les feroit abattre dès que la terre seroit dégelée. Je ne doubtepas que celuy-cy ne tienne mieux sa parolle que n'a fait son prédécesseur. Je suis , Monsieur, avec tout le zèle possible , tout à vous,

l'abbé de Gravelle.

DU MEME AU MEME

A Mayence, le 17 mars 1673.

Je pense que M. le marquis de Dangeau vous escrit luy-mesme, et qu'il vous marquera les circonstances des bonnes dispositions où il a trouvé M. l'électeur de Trêves, dont je ne vous diray rien. Il retourna icy de Coblentz lundy au soir, 1 3 du courant,

' Marie- Anne d'Autriche, veuve de Philippe IV, régente d'Espagne pendant la minorité de son fils Charles II,

le mesme jour que se fit la cérémonie de l'intronisation de M. l'Electeur.

Le principal de cette cérémonie a consisté à mettre ce prince sur l'autel du chœur de la grande église, où Messieurs les prélats, et les dombhers ou chanoines de qualité luy sont allés baiser la main, et luy ont fait chacun leur compliment, pendant quoy on a chanté le Te Deurn en musique, interrompu de temps en temps par les fanfares des trompettes et timballes, et au bruit de plusieurs salves de mousquetterie et de trois descharges de toute F artillerie de la ville. On luy mit, en le descendant de l'autel, la mitre sur la teste et la crosse à la main, et on le conduisit à sa place ordinaire dans le chœur, où il déposa ses ornements pontificaux. Après la messe, tout le chapitre le mena au chasteau électoral en son carosse, précédé par un grand nombre de gentilshommes à pied, un dombher et le mareschal de la cour à cheval, le premier en surplis et le bonnet quatre en teste, portant la croix archiépiscopalle, et l'autre, Fespée de prince séculier. Estant arrivé près dudit chasteau , les paysans de la province du Rheingau, qui s'en estoient saisis la veille, suivant une ancienne coustume, luy en fermèrent la porte, qu'ils ne rouvrirent qu'après qu'un dombher et un gentilhomme séculier eurent promis, au nom du prince, qu'ils seroient continués et maintenus en leurs privilèges. Son entrée dans le chasteau fut suivie d'une autre

salve de mousquetterie et d'une quatriesme descharge de toute l'artillerie. On se mit après cela à table, où je vous assure qu'il fut bien bu du vin. Le jour suivant, mardy, les conseillers d' Estât, les officiers de la chancellerie et autres gens de robbe, prestèrent le serment accoustumé, le mercredy la bourgeoisie, le jeudy au matin la soldatesque, et après midy M. l'Électeur partit pour le Rheingau, où il va, suivant l'usage, recevoir l'hommage de cette province. Il descendra, pour le mesme sujet, à Lonstein, dernier bailliage de son archevesché sur le Rhin, à une lieue au-dessus de Coblentz. L'électeur de Trêves doit l'y venir voir, pour s'abboucher avec luy au sujet des affaires présentes, de sorte que nous ne le verrons icy que dans huit jours

au plus tost.

Mondit sieur Y Électeur a envoyé , avant que de partir, un exprès à son grand bailly de la province d'Eyxfelt, vers où l'on dit que les trouppes impérialles s'advancent, avec des ordres d'aller au-devant des troupes, s'il paroît qu'elles ayent véritablement le dessein d'entrer dans laditte province, de prier le général qui les commandera de ne le pas faire, de luy représenter les dommages que les mesmes trouppes ont desjà fait souffrir à l'archevesché, et enfin, s'ils n'ont aucun égard à ses remonstrances , de protester que M. l'Électeur prendra cette action pour une violence dont il cherchera la réparation

par toutes les voyes que les loix et les constitutions de l1 Empire lui pourront permettre. Cette déclaration, jointe à celle que les deux cercles de Saxe ont faite à l'Empereur mesme de ne plus souffrir ni quartiers ni passages dans l'estendue de leurs ressorts, ni par conséquent dans l'évesché d'Hildesheim , ne peut que furieusement embarrasser les trouppes impérialles, qui ne sçavent plus où donner de la teste, si elles ne prennent la résolution de regagner au plus visle la Bohême, pour y prendre leurs quartiers d'esté.

M. de ïurenne me mande par la dernière lettre que jeu ay reçue, qu'il a mis du monde dansHochstet, qu'il a restably le pont sur le Weser que les trouppes allemandes avoient rompu derrière eiies, et qu'il est en estât d'aller où le service du Roy rappellera.

Je pense que la connoissance que les membres desdits cercles de Saxe ont eue de Testât où se trouve M. de ïurenne n'a pas peu aidé à leur faire prendre cette vigoureuse résolution.

Nous apprismes hier que les chanoines du grand chapitre de Wurtzbourg élurent, lundy passé , 1 3 du courant, pour leur évesque, à la place de feu M. l'Électeur, leur grand doyen, nommé M. de Rosembach. il n'est guères plus jeune qu'es toit son prédécesseur lorsqu'il est mort, et on dit mesme qu :i se trouve indisposé depuis le moment de son élec-

tion. Je baise très-humblement les mains à Vostre Excellence, et suis avec tout le zèle et toute l'estime possible, son très-humble et très-obéissant serviteur,

l'abbé de Gbavelle.

DE M. PERSODE DE MAIZERY , RESIDENT FRANÇAIS A FRANCFORT, A M. LE MARQLIS ISAAC DE FEUQUIERES.

A Francfort, le 18 mars 1673.

Monseigneur, à l'arrivée de M. le marquis de Dangeau, qui fut hier dans vostre logis d'icy et dans vostre chambre bleue, je luy délivray la petite lettre que Vostre Excellence m'a envoyée sous une enveloppe blanche, et j'expédieray l'autre pour M. de Verjus, demain, à Cologne. J'espère que le marquis de Dangeau y rendra sa response ce jourd'huy, et qu'il vous dira, Monseigneur, l'heureux succès qu'il a eu auprès des Électeurs du Rhin, aussy bien que M. de Vitry, qui nous assure avoir réussy à Munich, et M. de Chassan en Saxe; d'ailleurs je suis assuré que MM. de Verjus et Bidal informent exactement Vostre Excellence de tous les mouvements des armées qui sont en Westphalie, où M. de Turenne est maistre de tout le terrain entre le Rhin et le Weser, ayant mis deux mille hommes en garnison à Hochstet, qu'il a fait fortifier, et s'estant rendu maistre du

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passage du fleuve et de pouvoir incommoder M. de Brandenbourg et soutenir l'évesché de Hildesheim, si l'envie prenoit à nos ennemis de le molester. J'espère n'estre pas importun à Vostre Excellence de luy dire les mesmes choses dont ces Messieurs ont l'honneur de l'entretenir ; mais je me réserveray tousjours pour ce qui mérite de luy estre escrit; et, comme il ne se passe rien d'extraordinaire icy à présent, non plus que dans le voisinage, et qu'il semble que les affaires d'Estat aussy bien que celles de guerre soient dans des crises qui donneront la paix ou la guerre à l'Europe, il faut attendre avec patience la volonté du Créateur dans le temps présent. Pour moy, je dois vous supplier, Monseigneur, de me continuer l'honneur de vostre bienveillance et de vostre protection de mesme qu'à ma petite famille, qui ne cessera jamais ses vœux et ses prières pour la conservation de vostre chère personne et la prospérité de vostre illustre famille, me disant pour jamais, Monseigneur, vostre'très-humble, très-obéissant et plus obligé sefviteur,

Persode de Maizery.

DE M. LE CHEVALIER DE TERLON, AMBASSADEUR EXTRA- ORDINAIRE EN DANEMARK, A M. LE MARQUIS ISAAC DE EEUQUIÈRES.

A Copenhague, le 20 mars 1673.

Je vous escris ce mot , Monsieur, pour profiter dune occasion , n'ayant rien d'important à vous faire sçavoir. Nous verrons dans peu si nous aurons la paix ; je crois que nos ennemis la doivent bien souhaitter; elle leur coustera cher et sera glorieuse et advantageuse à Sa Majesté. M. de Pomponne m'a mandé par sa dernière que le Roy altendoit la résolution du roy d'Angleterre pour le lieu des conférences. L'envoyé de cette couronne eut vendredy dernier ses audiences du roy et de la reyne de Danemark et du prince George. Pour montrer d'autant plus l'union étroite de nos mais- Ires, je me rendis à la cour et ensuite je fus disner chez luy; c'est un parfaitement honneste homme. Conservez-moy, Monsieur, l'honneur de vos bonnes grâces, et croyez-moy parfaitement à vous,

LE CHEVALIER DE TeRLON.

P. S. M. de Verjus m'escrit de faire que le Danemark envoyé des trouppes suivant sa position dans les cercles où il a des terres. Mais je crois qu'il est bon de ne rien demander, de peur que l'on ne fist davantage. Escrivez-m'en, Monsieur, s'il vous plaist, vostre sentiment.

DU MEME AU MEME

A Copenhague, le 26 mars 1673.

Ne doutant pas, Monsieur, que vous n'ayez reçu du Roy la mesme despesclieque moy pour faire voir à la cour de Suède, comme j'ay eu ordre de faire à cellecy en ce qui regarde Monseigneur Y Electeur Palatin , que Ton n'a pu rien contredire à la conduitte du Roy dans cette rencontre , ayant eu des raisons très-pressantes qui Y ont oblige de prendre le poste de Guermensthein pour la seule seuretè de la place de Philisbourg et pour les intérests qu'il a dans cette guerre , et n'ayant aucun dessein de s'en prévaloir, non plus que d'aucun autre poste qu'il ait occuppè pendant cette guerre dans l'Empire , je ne vous diray rien sur cela, Monsieur, que vous ne sachiez bien mieux que moy.

Pour vous rendre compte de ce que j'ay reçu de la cour cet ordinaire du 9 de ce mois , je vous diray, Monsieur, que l'on continue à m'escrire de me régler à l'esgard de cette cour sur ce que vous în'escrirez, ce que j'ay fait jusques icy ; et, comme vous m'aviez marqué que je pouvois insinuer la médiation , j'ay fait voir sans affectation que M. de Pomponne me tesmoignoit , sur ce que je luy en avois escrit, que Sa Majesté recevroit avec plaisir

celle du roy de Dannemarck , quand elle luy seroit offerte. J'ay reconnu que M. le baron Ywl ne prenoit son prétexte, pour ne partir pas, que sur F espérance et la croyance qu'il avoit que je recevrois, comme Monsieur le Grand Chancellier le luy avoit dit, des ordres pour proposer icy quelque chose qui pût mieux unir les deux couronnes dans le mesme party, et j'ay compris suffisamment ce que M. le baron Ywl m'a formellement hier dit, que le Dannemarck n'avoit aucun engagement qui pût l'empescher d'entrer dans les mesmes intérests que la Suède; c'est donc à vous, Monsieur, à voir avec M. le Grand Chancellier s'il sera plus avantageux pour la Suède , agissant dans cette guerre , que le Dannemarck soit dans le mesme intérest , ou qu'il prenne le party de nos ennemis , ou que les deux couronnes prennent un party différent sans rupture, comme M. le baron Ywl m'a dit que M. le Grand Chancellier le luy avoit fait comprendre. Je trouve cette intelligence peu assurée , chacune des deux couronnes prenant un différent party. Et sur cela , quand M. le baron Ywl sera à Stockholm, vous y ferez les réflexions que vous jugerez à propos, suivant les propositions qu'il fera à ses commissaires pour l'union des deux couronnes. Comme il retardoit son voyage sur les ordres que je pourrois avoir, je luy ay dit , pour l'obliger de partir, comme il pourra , Monsieur,

vous dire, que M. de Pomponne m'escrivoit qu'il attendoit de vos nouvelles et qu'il me les feroit savoir, luy faisant comprendre comme à M. le comte de Griffenfeldt , que ce qu'il y aura à faire ira à vous, et qu'ainsy il verra, Monsieur, les ordres que vous aurez sur cela , ayant assuré icy que Sa Majesté auroit bien de la joye de voir l'union de ces deux couronnes , qui peut estre utile pour l'une et pour l'autre , comme aussy pour pouvoir agir, quand il seroit temps , pour la paix que Sa Majesté désire pour le repos de la chrestienté. J'ay communiqué à M. le résident de Suède ce que j'ay eu de la cour et ce que j'ay dit icy suivant cela , et ce que je vous escris. Je crois qu'il escrira que ma conduitte est fort conforme à nostre alliance et à lintérest de nos maistres. Je vous prie, Monsieur, de croire que je suis entièrement à vous ,

LE CHEVALIER DE TeRLON.

7J. S. Je vous assure, Monsieur, que je voudrois bien estre en France ou en Italie. J'espère aller, si Dieu me donne vie , au jubilé à Rome.

124 LETTRES IlNEDITES

DE M. DE LA GARDIE, GRAND CHANCELIER DE SUEDE ', A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIERES.

... Le 28 mars 1G73.

Monsieur, Voslre Excellence m'excusera, s'il luy plaist, de ce que je me suis assez mal expliqué hier, puisqu'elle croit que je luy ay parlé de quelque concert touchant l'employ des armes durant cette campagne. Je crois luy avoir dit que le Roy mon maistre trouvoit nécessaire un puissant armement de sa part, et que c'estoit pour le bien de la paix seulement , de laquelle Sa Majesté devoit bien espérer, voyant que du costé de MM. les Estais l'on y témoiguoit plus de facilité , et qu'il ne tenoit qu'aux dernières résolutions de Sa Majesté Très-Chrestienne que l'armistice fust conclu ; c'est aussi pourquoy je puis asseurer Vostre Excellence que le Roy mon maistre ne trouve encore nulle nécessité de songer à aucune action de guerre, voyant les affaires disposées , comme elles le sont , à la paix. Au

1 Magnus Gabriel, comte de La Gardie, grand chancelier et grand sénéchal de Suède, né en 1621, mort en 168G. Il avait été honoré par Christine d'une très-haute faveur , jusque-là , dit-on , que cette reine l'eût épousé si elle n'en eût été détournée par le chancelier Oxenstiern. 11 conserva son crédit jusqu'à la majorité de Charles XI; étant tombé alors dans la disgrâce, il perdit toutes ses richesses, dont il avait toujours usé d'une manière noble, libérale et utile aux arts et aux lettres.

contraire, Sa Majesté jugeroit estre à l'avantage de ceux qui désirent nuire à l'alliance des deux couronnes, de trouver lieu pour donner des soupçons à T Empire, comme si la France et la Suède estoient de concert d'une guerre hors d'une nécessité inévitable. V. E. me fera, par cette raison , justice de croire que je luy ay bien asseuré les puissants et considérables préparatifs que Sa Majesté désire de faire pour se meslre en bon estât , mais que je ne pouvois pas déclarer qu'il estoit temps de concerter l'employ des armes durant cette campagne ; c'est ce que je suis obligé de luy témoigner, en response du billet qu'elle m'a envoyé par son secrétaire, et que je suis très-véritablement , Monsieur, de Vostre Excellence, le très-humble et très-affectionné serviteur,

De la. Gardie.

DE M» L'ABBÉ DE GBAVELLE, BÉSIDENT DE FBANCE A MAYENCE, A M. LE MARQ1 TS ISAAC DE FETT- QUlÈRES.

A Maycnce, le 31 mars 1673.

Je vous rends, Monsieur, mes très-humbles remercimens de la dépesche qu'il vous a plu m'escrire du 11 du courant. Je suis bien aise d'y voir

que la couronne de Suède continue dans ses bonnes dispositions pour nos intérests ; c'est à quoi l'on ne doit point craindre de changement aussy longtemps que les affaires y seront entre vos mains.

Vous avez vu par mes précédentes le train qu'ont pris celles de cette cour depuis la mort de feu M. l'Électeur. Ce prince-cy continue, ce semble, à en bien user pour les affaires publiques. Il veut s'appliquer tout de bon à la paix, sur ce que M. le marquis de Dangeau et moy l'avons assuré que les roys alliés demeureroient fermes à ne vouloir point mesler les affaires de l'Empire avec celles de Hollande dans le traitté qu'ils avoient consenty que l'on fit à Cologne. S. A. E. désireroit que Francfort fût choisy pour lesdites affaires de l'Empire , comme un lieu qui est assez à la bienséance tant des parties intéressées que des médiateurs.

Il a escrit cette semaine en fort bons termes à l'Empereur et aux Électeurs et Princes qui doivent avoir part à cette médiation, affin de presser l'assemblée des ministres qu'ils destinent à cette négociation.

Le bruit se confirme qu'une bonne partie des trouppes confédérées tirent vers la Franconie ; mais quelques-uns croy en t qu'elles pourroient bien changer de dessein, sur la résolution qu'on dit que ce cercle a pris de ne les pas recevoir, et que pour se trouver en estât de le faire plus efficacement, il

assemble ses trouppes afin de disputer aux autres Fentrée en cette province.

J'ay vu une lettre de Francfort, que je ne voudrois toutefois pas donner pour authentique, qui porte que F électeur de Brandebourg a licencié ses Lorrains, lesquels doivent prendre la route de la Franche-Comté pour le service des Espagnols. On appuyé peut-estre ce bruit sur la connoissance qu'on a eue que le Prince de Vaudemont s'y est desjà rendu par ordre du comte de Monterey.

On escrit que M. de Groot a fait sa paix avec le Prince d'Orange , et qu'il sera un des plénipotentiaires qui doivent aller à Cologne de la part des Estats généraux.

Il se passe peu de jours que nous ne voyions icy des envoyés de divers princes d'Allemagne, qui viennent complimenter M. l'Électeur de son advènement à l'électorat. 11 est sur le point de dépescher à Vienne M. le baron de Metternich, son frère, avec un autre de ses ministres, pour faire ses compliments à l'Empereur sur le mesme suject. Ces Messieurs seront bientost suivis d'un des prélats de ce chapitre, qui doibt y aller pour demander et recevoir l'investiture des Estats de l'archevesché.

Vous aurez vu par mes précédentes que M. le baron de Schenborn est de retour de son voyage

d'Angleterre. 11 est maintenant icy, où je luy ay fait seavoir que nous nous sommes occupés de luy. Je suis , Monsieur, avec tout le zèle possible, tout à vous,

l'abbé de Gravelle.

DE M. DE CHASSAN, RESIDENT DE FRANCE A DRESDE, A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQU IERES .

A Dresde, le 7 avril 1673.

Monseigneur, je ne difïéreray pas de donner advis a Vostre Excellence de l'arrivée des armées confédérées dans ce pays-cy. M. rélecteur de Brandebourg a desjà logé la pluspart de ses troupes dans l'arcbevesché de Magdebourg, malgré M. le duc Auguste de Saxe , lequel en est le légitime possesseur et administrateur sa vie durant , selon qu'il est porté parle traitté de Munster. Ce prince, estant sur le point d'estre ruiné par lesdites troupes, n'a pas pu faire moins que d'avoir recours au Roy nostre maistre et au roy de Suède, desquels il est allié. Je prieray Vostre Excellence de me vouloir informer de la résolution qu'on prendra de delà sur ce sujet. Les Impériaux sont entrés dans le comté de Mansfeld , et font leur possible pour faire condescendre M. l'électeur de Saxe à leur accorder des

quartiers dans ses Estats ; mais jusques icy ils n'ont pu en rien obtenir; il est à craindre toutefois qu'ils n'en prennent de force comme ceux de Brandebourg ont fait. Je suis avec respect , Monseigneur, de Vostre Excellence , le très-humble et très-obéissant serviteur,

Ghassan.

DE M. LE MARQUIS ANTOINE DE PAS A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES

A Utrecht, le 4 avril 1673.

N'imputez point à ma paresse le manque de mes lettres, mais bien plustost au manque d'avoir rien à vous escrire; car pour les grandes nouvelles, vous les sçavez mieux et plus tost que nous, et je ne suis pas dans le pays aux petites. Vous sçavez, il y a longtemps, que je suis réformé et que je suis revenu auprès de M. de Luxembourg. L'on a donné presque tous les régiments qui sont vaquants, et, quoyqu'on m'ait donné de bonnes parolies, je pense pourtant que la paix en retardera les effets, outre qu' s Achille ■ (M. de Pomponne) est si réservé avec Cassandre (M. de Louvois) qu'il ne faut pas

1 Nom de convention ainsi que ceux qui suivent, entre M. le marquis de Feuquièrcs et son fils ; les véritables noms se trouvent reproduits au-dessus dans les originaux.

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