‹ Lettres inédites des FeuquièresChapitre 15 sur 50 · II · texte numérisé non relu

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attendre grand' chose de luy que de belles parolles. Venceslas (M. de Luxembourg) n'en est pas de mesme ; et, si la paix se fait, il songe à Adolphe^ pour une enseigne des Gardes du corps, et a desjà pris des mesures pour cela. Rébenac s'est engagé avec le comte de Guiche pour estre son aide de camp, et je crains que, malgré tout ce que je luy ay mandé, il ne se mette trop en équipage. Comme il a perdu la campagne passée, ce n'est pas un grand malheur de ne pas faire bien de la despense et de s'espargner bien du chemin pour voir publier une paix ; je luy ay mandé sur cela tout ce qu'il faut , je ne sçais s'il suivra mes advis. Pour moy, je ne compte plus que sur la paix, et prends mes mesures pour cela, auxquelles je ne crois pas que je sois trompé. J'ay toujours le chevalier de Feuquières avec moy; il s'est raccommodé , mais je crains pour luy l'activité de la cour ; mandez-moy sur cela à quoy il se doit déterminer, et me croyez toujours, je vous supplie, pour vous comme je dois estre.

De Pas Feuquières.

' M. le marquis de Pas se désigne lui-même sous le nom N Adolphe,

DE MADAME L7ABBESSE DE SAINT- AUSONY (nÉE DE GRA- MONT) A M. LE MARQUIS DE FEUQUIÈRES.

A Bagnères, le 8 avril 1673.

Que vous estes heureux , mon cher frère , d'a- Yoir une santé à l'épreuve des voyages, des frimats et de tout le reste ! Car, mon Dieu , que deviendriezvous si yous étiez malade ? Je ressemble à ces filles de la comédie des Visionnaires : si je donnois à ma plume et à mon esprit une entière liberté, je ne parlerois que du bonheur de se bien porter et de la malédiction d'estre tousjours malade. Mais je me repens de cette saillie , et je Yeux bénir Dieu également dans l'un et dans l'autre estât. Je suis encore icy, mon cher frère , et ma soeur, qui embrasse de toutes mains tous les moyens de bien faire, me retient encore pour boire les eaux. Je me sers de ce temps-là pour tascher de me décharger de mon fardeau1. TSe craignez pas que je m1 en repente, mais craignez seulement que je n'en puisse venir à bout par le peu de sûreté qu'on trouve à m1 assurer une pension qui m'est nécessaire pour trouver entrée dans un autre cloistre bien réglé, où je puisse avoir un peu de repos et beaucoup de loisir pour prier Dieu, hors de tous embarras et de tous soins. Que

4 L'abbaye de Saint- Àusonv .

je serois aise de ne me mêler de rien, que personne n'ait plus affaire à moy et que je n'aye plus affaire à personne ! Je fais icy un petit noviciat de cet estat-là : je suis avec ma sœur autant que je le puis; mais dès qu'elle tient son cercle, je me retire seulette dans ma chambre, où Madame de Rébenac vient souvent pourtant. A propos d'elle, vous l'aimerez fort lorsque vous la connoistrez. PimbescJw * aussy, qui est grande et vive comme une biche, me rend quelques visites, et sa causerie m'amuse souvent. En voilà assez pour un ambassadeur qui reçoit sans doute quelques dépesches aussy importantes que celle-cy. Adieu, mon cher frère; nous prions fort Dieu pour vous , je vous en assure.

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