‹ Lettres inédites des FeuquièresChapitre 16 sur 50 · X. de Gr amont · texte numérisé non relu

X. de Gr amont

DE M. DE CHASSAN A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES

A Dresde, le 21 avril 1673.

Monseigneur , j'ay reçu celle dont il a plu à Vostre Excellence de m'honorer du 25 du passé. Je ne puis que la remercier très- humblement des bons sentiments qu'elle a eu la bonté de me tesmoigner, et l'assurer que je feray mon possible pour

1 Sobriquet donné à la jeune Catherine de Pas.

mériter quelque part dans ses bonnes grâces. M. l'électeur de Saxe a reçu avec plaisir le compliment que je luy ai fait de la part de Vostre Excellence , m1 ayant fait connoistre qu'il conservoit beaucoup d'estime pour elle et pour la mémoire de Monseigneur de Feuquières vostre père, Son Altesse Électorale demeurant tousjours, à l'esgard des intérests du Roy, dans les termes de la déclaration que j'en ay tirée

Les Impériaux ont enfin marché vers Erfùrth , d'où l'on croit qu'ils seront obligés de repasser en Bohême, quoyque M. l'électeur de Brandebourg leur eût promis des quartiers pour trois mois dans l'Empire, comme s'il en estoit l'arbitre souverain. Les troupes de Brandebourg sont encore partie dans l'évesché d'Halberstadt et le reste dans i'archevesché de Magdebourg; peut-estre que M. l'électeur de Saxe en obtiendra le deslogement, dans l'abouchement qu'il doit avoir dans quelques jours avec M. l'électeur de Brandebourg, auquel j'espère d'assister.

Les gazettes allemandes commencent de faire mention que les Suédois auroient dessein d'attaquer la ville de Brème. Je suis avec respect, Monseigneur, de Vostre Excellence, le très -humble et très-obéissant serviteur,

Chassan.

13Zi LETTRES INEDITES

DE M. LE CHEVALIER DE TERLON, AMBASSADEUR EN DANE- MARK, A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIERES.

A Copenhague, le 22 avril 1673.

Pour respondre , Monsieur, à celle que vous m'avez fait Fhonneur de m'escrire le 1 5 du courant , je vous diray que le sieur Bemont , après avoir trailté les commissaires , et l'avoir esté ensuite de quelques-uns, part lundy avec quelque résolution ; je ne puis pas croire que cette résolution puisse estre directement contre nous , estant pourtant à craindre que, si les Hollandois ont dequoy payer ce qu'ils promettent, Ton ne le prenne icy pour mettre la flotte en estât, afin de rendre le commerce libre et assurer par ce subside celuy des Hollandois. C'est sur ce fondement sans doute que M. le baron Ywl partit hier pour aller à Stockholm et pour proposer à la Suède quelque plus estroitte union pour l'intérest et la seureté de leur commun commerce, qui est entièrement ruiné depuis cette guerre. L'on m'assure pourtant tousjours icy qu'il n'y a rien de fait; mais comme l'on ne fait rien pour cet Estât, et que l'on le rebutte mesme de la médiation , il est à craindre qu'à la fin l'on ne prenne icy quelque résolution qui soit plus avantageuse pour les Hollandois que pour nous , en cas que la guerre con-

tinue et que l'Espagne vienne à rompre, ce qui seroit très-incommode pour les Anglois, qui ont tout leur grand commerce avec les Espagnols. Il faut attendre quelque temps pour voir l'effet de la négociation de la Suède, et, après, ce qu'elle fera en cas que la paix ne se fasse pas , estant certain que M. d'Arin a assure icy et en Hollande que la Suède ne feroitrien qu'en médiatrice, et qu'elle n'agiroit pas par les armes , ce que je ne crois pas pourtant , ne doubtant pas qu'elle ne tienne exactement son traitté , à moins qu'elle ne vît que les propositions de la paix que l'on voudroit donner aux Hollandois fussent entièrement à leur ruine et particulièrement que les Anglois voulussent quelque port de mer : en ce cas , il y en a qui croyent que la Suède trouveroit un juste prétexte de ne rien faire par la voye des armes. L'on dit bien que la France a raison de demander , parce qu'elle a beaucoup pris, mais que, pour l'Angleterre, qui a commencé la guerre , n'ayant eu aucun advantage, elle ne peut rien prétendre avec justice ; qu'il seroit très-fascheux que cela fust ainsi, Sa Majesté ne faisant jamais la paix que le roy d'Angleterre n'y ait son compte et sa satisfaction. Ainsi la paix n'est pas trop assurée, comme vous jugerez mieux que moy. Voilà comme quoy l'on parle dans le monde, ce qui est cause que je vous fais cet ennuyeux raisonnement. Le résident de Brandebourg, qui agis-

soit icy tout autrement à l'esgard des Hollandois depuis que F électeur son maistre sembloit se retirer de leurs intérests , a repris depuis peu sa liaison avec les ministres d'Hollande; ainsi il y a très-peu de sûreté dans Finclination de ce prince , qu'on dit avoir reçu des Hollandois le subside qui luy estoit dû.

Le sieur Habeus, ministre de Danemarck, qui réside à Hambourg , a esté vers les princes de Lunébourg. L'on dit que M. le duc de Zell sera pour les Hollandois , en cas que l'Espagne vienne à rompre et que la guerre se rende universelle ; et, en ce cas, le Danemarck, voyant que de noslre costé il n'a rien à attendre après la conduite peu obligeante qu'il a tenue, pourroit suivre ce train. Peu de chose pourtant l'eût satisfait et l'eût mis dans nos intérests. Je l'ay escrit en France; mais comme l'on v sçait les desseins que l'on a et ce qui est du véritable intérest, l'on fait suivant cela sa réflexion, à ce que j'en puis croire. Je fais toujours mon devoir, mais je crois que la ruine des Hollandois estoit plus certaine, ayant les deux couronnes du Nord que n'en ayant qu'une, qui pourroit peut-estre devenir assez utile si elle vouloit bien agir comme il faut.

J'ay bien de la joye, Monsieur, de vous envoyer les lettres qui viennent dans mon paquet; il en vient si peu que c'est une bagatelle.

J'aurois bien du déplaisir si j'estois encore icy quand vous quitterez Stockholm, en casque vouspas-

DES FEUQMÈRES. 137

siez aussivîtequeM. Rousseau, qui sera assez à temps en France pour estre secrétaire de l'ambassade pour la paix, ce que je luy souhaitte, croyant que cela le fera payer de ce qui luy est dû et luy pourra d1 ailleurs estre plus utille qu'une résidence.

M. le baron Ywl m'a tesmoigné qu'il seroit bien aise que je vous escrivisse qu'il auroit l'honneur de vous voir; il est fort connu de M. de Pomponne; c'est un homme qui fait fort le fin et qui se croit fort habille; il est intime ami de M. Stembiolk. Je ne crois pas qu'il duppe les Suédois, mais il les connoist aussv et leurs destours; l'on m'a assuré que son envoy n'avoit aucun motif qui pût fascher la France , ne regardant que l'intérest de ces deux couronnes , et je crois que vous trouverez que M. le Prince de Soulzbach est de cette intrigue, ayant parlé sur ce sujet à M. de Guldenleu , estant à Hambourg. Le Grand Chancelier l'ayant fait ensuitte à M. Lindenau, vous verrez, Monsieur, ce qui en est; et moy, quoy qu'il arrive de la paix ou de la guerre, je suis tout à vous,

LE CHEVALIER DE ÏERLOJN

DE M. L'ABBÉ DE GRAVELLE A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES

AMayence, avril 1673.

J'ay reçu , Monsieur , la lettre dont il a plu à Vostre Excellence m'bonorer, du 25 du passé. Vous aurez vu en mes précédentes que M. l'Electeur tient une conduite fort honneste et qui semble n'avoir pour but que le bien public et le repos particulier de l'Empire, sans tesmoigner de partialité pour aucun des partis. C'est ce qui se reconnoistra mieux dans la suite et surtout dans la négociation de la paix, à laquelle on se dispose de toutes parts. 11 n'a pas encore nommé les députés qu'il y veut envoyer. Je croyois que M. Jodoy en seroit un; mais il part demain avec M. le baron de Metternich pour Vienne, où ils vont faire à l'Empereur les compliments de M. l'Électeur et régler plusieurs affaires de l'arcbi-cbancellerie, de laquelle ils prendront aussy possession. Si le voyage de ces Messieurs dure quelque temps , ainsy qu'il y en a assez d'apparence , et que les affaires de la paix s' advancent, MM. de Scbenborn et Bertram pourront bien estre nommés pour les plénipotentiaires, n'eu voyant icy guère d'autres à qui on puisse confier un pareil employ.

Je suis bien aise, Monsieur, d'apprendre la bonne disposition où sont les affaires au pays où vous estes, pour le restablissement de la paix dans l'Empire. Le jeune Roy1 pourroit avoir bientost matière de satisfaire son inclination guerrière, s'il veut prendre la protection de ses allies de la maison de Saxe, qu'on mange, comme on a fait par cy-devant tant d'autres princes de l'Empire.

M. le marquis de Dangeau est repassé, il y a trois jours, dans ce voisinage, au retour du second voyage qu'il a fait à Coblentz. Il n'a pu obtenir de Trêves qu'il luy donnast par escrit ce qu'il luy promettoit de bouche; il a dit pourtant qu'il prendroit là-dessus conseil de Mayence, après quoy il donneroit au sieur Heisse, qui est allé vers M. le duc de Neubourg et qui repassera par chez luy, sa dernière résolution. L'envoyé de Trêves a esté icy ; on luy a donné de bons conseils sur ce que j'avois insinué à cette cour avant son arrivée ; il faudra voir si Trêves les suivra. Je suis, Monsieur, autant que vous le sçauriez croire, tout à vous,

l'abbé de Gbavelle.

1 Charles XI, roi de Suède ; mort en 1697.

UO LETTRES INEDITES

DU MÊME ATJ MEME

A Mayence, le 24 avril 1673.

Je me donne l'honneur d'escrire aujourd'huy à Vostre Excellence pour luy donner advis du départ de M. l'Électeur pour AschafFembourg. 11 y va recevoir en personne les hommages de cette province, comme il a fait dans celle du Rheingau; il pourra y séjourner jusques aux festes de Pentecoste, si d'autres affaires ne le rappellent icy avant ce tempslà. Je fais estât de partir d'icy demain ou aprèsdemain , pour l'y aller joindre. J'apprends que M. de Mayersberg l'y attendoit , y estant arrivé de Wurtzbourg quelques jours auparavant.

Je croyois qu'on nommeroit, avant que de partir, le député qui sera envoyé aux traitlés, en attendant le retour de MM. de Metternich et Jodoy, qui y sont destinés; mais M. le chancellier Mertz m'a dit, en s'en allant, que M. l'Electeur n'avoit pas encore pris sa résolution là-dessus.

On vient de me montrer une lettre qui porte que le corps de Lorrains, quia suivy jusqu'icy l'armée impérialle , a passé la forest de Thuringe, et qu'il estoit desjà arrivé à un bourg nommé Schleusing, qui est au pied de cette forest du costé de la Franconie. Cette lettre porte encore qu'on attend au

DES FEUQUIÈRES. l/il

mesme bourg trois mille Impériaux clans peu de jours, pour lesquels il y a des commissaires qui y ont fait cuire du pain, et qu'il y a aussy des commissaires d'artillerie qui y cherchent du fourrage pour leurs chevaux. Je ne vous donne pas encore cette nouvelle pour bien assurée, parce que c'est la première et la seule lettre que j'aye veue qui en fasse mention. Il court un bruit sourd que lesdits Lorrains pourroient bien passer de Franconie en Souabe, et de là vers le Rhin, pour gagner la Bourgogne; j'en seray mieux informé par le premier ordinaire. Je suis tousjours, Monsieur, avec tout le zèle possible, vostre très-humble et très-obéissant serviteur,

l'abbé de Gravelle.

DE MADEMOISELLE CATHERINE DE FEUQUIERES A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIERES.

A Pau, le 3 avril 1673.

Il y a si longtemps que je n'ay reçu de vos nouvelles, mon cher papa, que j'ay bien peur que vous ne m'ayez tout à fait oubliée ; vous pouvez croire comme j'en serois faschée. Ma tante de Saint-Chamond ne se porte pas trop bien. Adieu, mon cher papa, je vous prie de me conserver voslre amitié.

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