‹ Lettres inédites des FeuquièresChapitre 19 sur 50 · DE MADAME ARNAULD DE POMPONNE A M . LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES · texte numérisé non relu

DE MADAME ARNAULD DE POMPONNE A M . LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES

A Paris, le 18 mai 1673.

Je suis icy, Monsieur, où je suis venue comme je vous Pavois mandé, pour payer vos dettes. Dès que j'ay eu les 1 5 000 livres que j'ay reçues , j'en ay donné 6 000 à M. Fromont, 700 à vos enfants; j'attendsl'homme aux ports de lettres pour le payer; j'ay repris les 316 livres que j'avois avancées à M. Bidal ; j'ay aussy donné à M. Courtin, sur ce que vous luy devez , 1 000 livres ; il me les avoit fait demander. Ainsy, Monsieur, vous pouvez tirer sur moy une lettre de change de 6 000 livres, que je payeray dès le moment où elle viendra. Les ambassadeurs n'ont point esté payés ; il n'y a eu que ceux qui ont eu un ordre particulier de M. Colbert, qui sont Messieurs d'Estrées, de Villars et de Grémonville. Si je n'avois pas envoyé à M. Colbert le mémoire dont je vous ay parlé, je suis assurée que vous n'auriez rien touché de plus de trois mois d'icy. Pour ce qui est de vostre procuration , je ne la puis donner à M. Fromont ; elle ne luy serviroit de rien, parce qu'elle est remplie du nom de M. de Tourmont ; mais si vous voulez en envoyer une autre à M. Fromont pour le premier argent qu'il y aura à recevoir, vous en aurez tout le temps. Pour ce qui

est de se charger à ses risque et fortune de vous fournir de l'argent , je sçais ce qu'il m'en a dit à moy-mesme , et je vous responds qu'il ne le fera pas , et vous ne pouvez prendre de bonnes sûretés avec ces Messieurs les banquiers qu'en leur donnant à mesure que vous prenez sur eux : je vous dis ce que M. de Pomponne a toujours pratiqué, et ce que je fais encore pour luy faire tenir de l'argent; après cela vous pouvez faire ce que vous jugerez le mieux pour vos affaires.

M. de Pomponne ne m'a point mandé ce qu'il avoit fait pour M. de Rébenac; vous ne me dites pas s'il luy a esté accordé ce qu'il désiroit. J'ay vu vos cadets ces jours-cy ; ils font bien leurs devoirs, à ce que m'a dit leur précepteur, et se portent bien.

Vous avez vu le changement des départemens ; cela s'est bien passé pour nous , mais je ne vous en puis mander le détail. Adieu, Monsieur, je vous souhaite de l'occupation et point d'ennuy. Les Suédois sont en Allemagne, mais icy l'on doute pour qui.

DE MADEMOISELLE CATHERINE DE PAS DE FEUQUIERES A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES.

A Paris, le 27 mai 1G73.

Vous ne me ferez plus de reproches, mon cher papa, de ce que je ne vous escris pas assez souvent;

car je l'ay fait deux ou trois fois en fort peu de temps ; ce n'est pas que je le ferois plus souvent si ma tante le faisoit elle-même; mais vous voyez bien que je ne le puis pas. Elle est arrivée icy depuis quatre jours, croyant que Monsieur le comte1 viendroit pour tenir les Estats, mais son voyage a esté retardé à cause de sa maladie : il a eu six accès de fièvre tierce fort petits. Il mande à ma tante qu'il croit estre en estât de partir le quinzième du mois qui vient. Voilà toutes les nouvelles que je sçay; ma tante Saint-Ausony est allée à Bagnières pour se faire donner la douche; elle a pris les eaux, et croit que cela lui fera du bien, quoy qu'elle ait esté malade durant qu'elle les prenoit. Adieu mon cher papa, revenez bien tost, je vous en prie; car j'ay grande envie de vous voir. Nous parlons fort souvent de vous, ma sœur et moy, qui vous aimons fort. J'ay oublié de vous dire que ma tante m'a fait communier le jour de la Pentecôte ; j'ai bien prié Dieu pour vous.

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