‹ Lettres inédites des FeuquièresChapitre 20 sur 50 · X. De Pas · texte numérisé non relu

X. De Pas

1 M. le comte de Toulongeon.

DE 31. l'aRRÉ DE FEUQUIÈRES A M. LE MARQUIS ISAAC

A Cologne, le 7 juin 1673.

Il y a deux jours que nous sommes arrivés icy, ayant arresté quelques jours à Brùlil1, en attendant que tous les logements fussent préparés dans Cologne2, où MM. les Suédois ni les Hollandois n'avoient guère envie de venir, s1 aimant mieux à Aixla-Chapelle où ils s'estoient déjà establis. Nous avons descendu la Meuse depuis Charleville jusqu'à Wiset, et de là nous avons pris la traverse pour venir à Brùhl. Yostre fils de Rébenac a fait tout le voyage avec nous et nous a quittés avant-hier pour s'en aller avec le comte de Saint-Géran, qui alloit avec le régiment d'Anjou à Maastricht, que Ton croit assiégé présentement. Quand nous en aurons des nouvelles certaines, je m'y en iray faire un tour.

Monseigneur le Prince a esté incommodé de sa

1 Château situé à quatre lieues de Cologne.

" « Les Suédois avoient proposé une suspension d'armes pendant (f l'hiver, à laquelle les Français et les Hollandais se refusoient tour « à tour : ils obtinrent du moins qu'un congrès fût assemblé à Colo- « gne. Il s'y réunit des ambassadeurs de France, d'Angleterre, des « Provinces-Unies, et des puissances médiatrices. »

( SrswoîimT , Hit t. âes Francai/A

goutte, ce qui l'empeschera de se pouvoir mettre si tost en campagne. 11 est à Utrecht1.

La despense de Messieurs nos ambassadeurs est fort grande : MM. de Courtin et de Barillon sont logés ensemble, ayant percé deux maisons proches, et ils tiennent deux grandes tables à la fois. D'ordinaire toute nostre cour va dîner chez eux et soupper chez M. le duc2, où tout le monde se rassemble ; il y a douze pages, vingt-quatre vallets de pied, douze gentilshommes, Madame la duchesse, Mademoiselle de Murinais et Mademoiselle d'Offoy de Picardie. Les autres ambassadeurs ont chacun quatre pages et huit vallets de pied. Il y a plus de cinquante volontaires et force belle jeunesse. Pour le clergé, M. l'abbé de Suze et moy ? l'abbé de FEs-

' « Louis XIV, enorgueilli des conquêtes de l'année précédente ,

« vouloit continuer la guerre avec éclat ; cependant il ressentoit Tin-

« convénient d'avoir porté ses armées à de trop grandes distances. Il

« fît partir, au mois d'avril, le prince de Condé pour commander en

« Hollande ; il chargea Turenne de tenir tête en Allemagne aux Impé-

« riaux. Toutes ses meilleures troupes étoient sous les ordres de l'un

« ou de l'autre de ces généraux ; il n'avoit réservé pour lui-même, à

« ce qu'il assure, que des nouvelles levées, dont il forma, entre Cour-

« trai et Denain , une armée de vingt mille hommes de pied et douze

« mille chevaux , avec laquelle il se proposoit d'assiéger Maés-

<c tricht , pour assurer la communication entre l'armée de Hollande et

« la France.»

(Sismondi. )

2 M. le duc de Chaulnes. Les plénipotentiaires français à Cologne étaient MM. le duc de Chaulnes, de Courtin et de Barillon.

trade, qui va et vient à Vezel. Enfin notre cour est fort brillante.

Messieurs les ambassadeurs de Suède et de Hollande seront icy dans trois jours. L'on n'a pas encore de nouvelles de Messieurs d'Angleterre, ce qui fait fort pester Messieurs les médiateurs1; du reste vous en sçavez plus que moy ; nos Messieurs vous en manderont davantage.

Le 10 juin.

Nous venons de recevoir des nouvelles du siège de Maéstricht par le Roy, ce qui ma fait changer la résolution que j'avois prise d'aller trouver M. le Prince à Utrecht, qui est eucore indisposé de sa goutte, et je crois que jiray du costé de la cour, ou de mon chef ou envoyé de Messieurs nos ambassadeurs, lesquels me veulent faire faire de petits voyages. Vous serez estonné de voir mourir M. le comte2

1 « Les ambassadeurs se rendirent au congrès, mais fort lentement ; « enfin il se tint quelques conférences sur les préliminaires. Gomme « de part et d'autre on ne vouloit point la paix aux conditions aux- « quelles on la proposoit et on la demandoit, les affaires traînèrent en <r longueur. Le temps se passa en divertissements, jusqu'à ce que l'as- « semblée se séparât au commencement de l'année suivante ; de ma- « nière que ce congrès , qu'on avoit formé avec tant de peine, rendit « la guerre plus longue et plus violente, au lieu de rétablir la paix. » ( Dr. la Martixtère, Hist. de Louis XIV. )

* M. le comte de Guiche , fils de M. le maréchal de Gramont. Il mourut au mois de novembre suivant,

Page 1