DES
DE M. L ABBÉ DE FEUQUIÈRES1 A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES
A l'abbaye de Triaucourt, août ibo3.
La levée du siège de Guise2 m'obligera encore plustôt de faire mon voyage à la cour, de crainte de la trouver partie et d'arriver trop tard. J'escor-
• François de Pas, dit l'abbé de Feuquières, abbé de Beaulieu et d'autres abbayes, grand-doyen de Verdun, aumônier du Roi et conseiller d'Etat, mort à Valenciennes en 1692.
" « Les Espagnols , après avoir pris et pillé en passant la petite o ville d'Ancre , furent camper au mont Saint-Quentin , près de Pé- « ronne. Le 16 août, ils en partirent pour s'approcber de Guise à « dessein de l'assiéger; mais le maréchal de Turennejeta dedans du « secours , tellement qu'ils quittèrent cette entreprise... »
{Mémoires de Montglat.) IL 1
teray le Chevalier1 jusques à Chaalons, où nous nous séparerons. M. de Vaubecourt passa hier icy pour aller en Champagne ; sa femme attend la baronne de Mercy qui doit passer à Verdun, vous le devez mieux sçavoir que moy ; je serois bien aise de la voir avant que de partir. Mon voyage seroit assez gay si ce n'estoient les religieux qui me veulent tarabuster. 11 y a tant de temps qu'on m'en menace, que je vois bien que c'est tout de bon. Depuis que je suis icy, le Père prieur ne m'est venu voir et n'y a point envoyé. Seulement le procureur est venu aujourd'huy me quereller, et si ce n'eust été sa soutane, je l'aurois mal traitté, tant y a que j'ay esté plus sage que luy ; et il m'a tesmoigné qu'ils avoient eu trop de déférence pour moy à cause de feu mon père, mais qu'ils me feroient bien voir qu'ils ont part à l'abbaye. Cela n'est pas mal aisé, puisqu'ils en tirent plus que moy, mais bien de vivre avec ces Messieurs-là. Si c'étoient des gens raisonnables et qui eussent des sentimens d'honneur, je pourrois me vanter d'avoir des amis ; car je leur en ay donné assez de subject : leur bien est augmenté, depuis qu'ils m'ont, de la moitié, sans compter tout ce que je leur ay donné; j'ay toujours vescu avec eux comme avec des frères. Ils prétendent n'avoir jamais eu cognoissance de mon arrest , que j'en tire beaucoup d'argent sans leur en donner, et que je
* M. le chevalier d'Harbonnières, frère de M. l'abbé de Feuquières.
n'ay jamais contribué de rien à leur église. 11 m'a advoué qu'il avoit lasché d'empescher la vente dont je vous ay entretenu, et de plus m'a parlé de façon à me prouver qu'ils ne m'aiment et ne me considèrent guères. Je vous advoue que j'en suis tout outré, ne vous en mandant pas la moitié. J'ay suspendu ma colère jusques à demain que nous verrons si le Père prieur en viendra faire des excuses; car je le tiens trop honneste homme pour advouer le procureur. Sans cela je crois que je me porterais à d'autres manières d'agir; et, si vous voulez empescher que je ne fasse quelque bagarre, remédiez-y avec le Père prieur de Saint- Vanne, qui est fort raisonnable, et que j'en ave nouvelles samedy au soir. En un mot, je prétends que ce moine soit chassé d'une façon ou d'une autre; autrement, j'en passeray ma fantaisie , et ces Messieurs verront lequel leur sera plus advantageux de me conserver pour amy ou de m'avoir pour ennemy. Je retarderay plustost mon voyage que je n'en aye satisfaction. Quand vous prendriez avec chaleur le party de vostre frère, vous ne feriez rien contre la raison , l'ayant tout entière de mon costé. Adieu.
l'abbé de Feuquières.
DE M. L'ABBK DE FEUQUIÈRES A M. LE COMTE DE PAS, YTESTRE DE CAMP d'un REGIMENT d' INFANTERIE , A VERDUN.
A Paris, le "29 août 1653.
Jay à vous dire que vous ne vous mettiez pas en peine d'un bon cheval pour vostre personne : j'ay fait rencontre d'un castillan fort beau et adroit, que je vous enverray par la première bonne commodité.
La marquise de Saint-Thierry mourut hier. Cela îVempeschera pas pourtant de rire chez madame d'Amboise, où Ton parle souvent de vous. Faitesbien mes baise-mains à M. de Villeneufve, auquel je ne peux escrire que pour le remercier du soin qu'il a tousjours pris pour nos intérests. Je sçais bien queluy, qui n'a jamais manqué de vigueur pour ses amis, n'en manquera pas pour moy, qui espère sortir bientost d'affaires', car Madame s'y employé fort généreusement. Elle m'envoye quérir tous les
4 François , prince de Lorraine , évèque de Verdun , avait été privé par Richelieu de ses biens et bénéfices, pour avoir suivi le parti de la maison d'Autriche, et l'abbaye de Beaulieu, qui faisait partie de ces bénéfices, avait été donnée, vers la même époque, à l'abbé de Feuquières. Ayant cessé d'être hostile à la France, l'évêque de Verdun demanda et obtint la restitution de ses biens, malgré les instances de M l'abbé de Feuquières.
DES FJEUQUIÈRES. 5
jours, et ce soir elle doit aller chez la Heine1. Je ne doute pas que mon frère l'aisné n'en soit ravy. La dernière lettre qu'il vous escrivoit tesmoigne une grande impatience et envie de me voir sorty d'embarras; j'espère que ce sera bientost. Adieu. Dites à. Hacquebect de m'envoyer mes livres et des
dragées.
l'abbé de Feuquières.
DE M. LE MARQUIS ISAA.C DE FEUQUIÈRES A M. l'aBBÉ DE FEUQUIÈRES, A PARIS.
A Verdun , le 22 octobre 1656.
Je vous envoyé cet exprès pour éviter la perte des lettres. Il a ordre de n'estre qu'une nuit à Paris : expédiez-le promptement; les lettres ne courrent pas tant de risques en venant icy qu'en allant à Paris. Il en porte une à M. Le Tellier sur le sujet de Damvilliers, 2 laquelle vous fermerez et enverrez promptement avec toutes les pièces y jointes, que je vous adresse afin de vous instruire de l'affaire. Je ne doute pas que M. de Villars 3 ne me mette de
4 La reine mère Anne d'Autriche.
* Il existait un conflit d'autorité entre le gouvernement de Verdun et ceux de Damvilliers et de Jametz.
5 Pierre , marquis de Villars , lieutenant général et ambassadeur, mort en 1698. Il fut père du vainqueur de Denain.
l'embarras sur les bras tant qu'il pourra; j'en suis bien fasché, mais le temps fera cognoistre la vérité ; il n'est pas encore arrivé de l'éclaircir; donnonsnous patience. Et cependant si je les réduis à faire la guerre au Roy pour se venger de moy, ce ne sera pas une grande marque de la justice de leur cause. Cela incommode mon gouvernement ; mais, avec tout cela , il n'y a personne qui n'aime autant souffrir la violence quelque temps que d'estre sous la tyrannie de Damvilliers et de Jametz , comme on estoit cy-devant, au préjudice de mon authorité; et il y alloit beaucoup du mien à le souffrir plus longtemps.
J'ay fermé le paquet de M. Le Tellier exprès, afin que , si vous estiez absent, ce que je ne crois pourtant pas , on ne laissât de le rendre ; vous l'ouvrirez bien et le fermerez bien aussy.
Si vous considérez vostre rhume autrement que la plus importante de toutes vos affaires, vous en ferez une mauvaise. Croyez-moy, venez passer vostre hyver ici et y travailler à vostre santé.
Vous ferez part de ceci à M. du Fresne, à qui je n'escris pas pour cette fois. L'évesque * a esté à Saint-Mange voir sa belle ; mais on ne croit pas qu'il vienne ici; M. de Villeneufve rapporte que l'Empereur veut qu'il opte entre la cour de France et l'ad-
* L'évêque de Verdun.
ministration de Saverne; je souhaite qu'il s'attache à la dernière , et promets de lui envoyer encore son revenu tout parfumé. Ne relardez point mes lettres à M. Le Tellier.
Feuquières.
DU MEME Atï MEME.
A Verdun... 1656.
Je trouve vostre mal de dents fort mauvais, et je crains que ce ne soit Y effet d'une altération de toute la masse, causée par le dérèglement de vostre vivre et dormir, car autrement il ne pourroit pas durer si longtemps.
Saint-Paul a demeuré à Beaulieu trois jours davantage que je ne lui avois dit, et, par ce moyen, donné loisir au gendre de Gervaise d'y revenir en sa présence. J'ai fait dire à ce dernier que, s'il n'en sortoit, je lui ferois attacher les oreilles à la porte.
Vous pensiez donc que je ne serois jamais quitte de l'affaire de Damvilliers, à moins de trois coups de corde. Vous voyez bien que Monseigneur le prince de Conti 4 n'en a pas eu la mesme opinion et qu'il a mieux reconnu que vous tout le tort de sa garni-
4 Armand de Bourbon , prince de Conti, frère du grand Condé, né en 1629, mort en 1666. Il était gouverneur de Damvilliers.
son. Je ne devois rien craindre, estant asseuré de mon fait, comme j'estois, et ayant un si bon rapporteur que M. Le Tellier; et il m'est arrivé tout le pis, qui estoit de ne pas juger. Vous sçavez donc comme la décision a esté renvoyée à M. de Fabert ' ; il en fera comme il devra. Je lui ay escrit hier une lettre qui lui donnera lieu d'ordonner du désintéressement des paysans; car je crois que ce n'est que cela qu'on lui a renvoyé, le principal estant une affaire réglée qui n'entre pas en dispute. J'escris aussi à Monseigneur le prince de Conti et à M. Le Tellier des lettres dont je vous envoyé des copies que vous montrerez à M. de Saint-Pé. Ne vous allez pas mettre dans l'esprit que ces lettres contredisent celle que j'escris à M. de Fabert, en ce qu'il semble que je le reconnoisse pour juge d'une cause dont je me remets à Son Altesse ; car il ne jugera qu'entre les paysans et la garnison de Damvilliers, ce qui ne me touche pas directement, et je fais mon compliment de ce qui me touche directement. Si vous voulez en estre vous-mesme le porteur, à la bonne heure; sinon, que ce soit au moins quelqu'un qui observe de ne me faire dire aucune civilité pour M. de Villars; car je n'en ai point de sujet, m'ayant attaqué et traité de haut en bas, comme il a fait dès le com-
4 Abraham Fabert, maréchal de France et gouverneur de Sedan, né en 1609, mort en 4662.
mencement en donnant des ordres dans mon gouvernement et y establissant des salpestriers contre ma défense. Si le Prince se plaint que je ne lui aye pas rendu de respect en ce rencontre, comme en effet je ne voulus pas me présenter devant lui à mon dernier voyage, dites-lui que c'est à cause que j'avois déjà résolu de ne plus souffrir les entreprises de sa garnison, et que je craignois qu'il ne me fit quelque commandement embarrassant, ne voulant pas lui désobéir ni laisser l'autre dans la possession où il se mettoit.
Pour ce qui est de mes amis, quand ils examineront tout ce que j'ai dit et escrit en cette affaire, ils trouveront que je n'ai jamais varié. J'ai escrit à M. de Fabert que j'approuvois le conseil qu'il me donnoit par mon frère, mais qu'auparavant je souhaittois que Monseigneur le prince de Conti fût informé de la vérité par le rapport de M. Le Tellier. S'il a envoyé la copie de mes lettres, on n'y trouvera que cela. M. de Saint-Pé sçait bien quel a tousjours esté mon sentiment, qui ne se rapportoit pas au sien ; car il m'escrit, par sa dernière, qu'il sçait bien que la résolution qu'il a prise avec vous me donnera du chagrin. Mon frère s'excuse aussi d'avoir rien dit à M. de Fabert de ma part, sur ce qu'il jugeoit, par une lettre que j'escrivois à M. de Saint-Pé, que je l'en accusois. Ainsi tout le mal ne vient que de ce que vous avez tous mauvaise opinion de moy, et que
je n'en fais qu'à ma guise; c'est sur quoy nous devons tous prendre nos mesures, à savoir moy sur ce que vous n'approuvez rien de ce que je fais et que vous me voulez faire tourner à vostre mode, et vous sur mon opiniastreté dans des choses qui sont purement de mon fait.
Ma femme a escrit une fois à Madame de Saint- Géran, à ce qu'elle m'a dit, et une très-grande lettre ; si elle ne l'a pas reçue, il faut qu'on l'ait dérobée chez elle ; car Content l'y a portée.
Vous nous mettez bien en peine de la maladie de Mademoiselle de Grammont, et ne dites rien du Mareschal ni des Chevaliers.
Feuquières.
DE M. LE DUC DE SULLY4 A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIERES
A Paris, le 8 juin 1658.
Monsieur, je suis très-honteux d'avoir si longtemps différé à vous remercier fort humblement de l'honneur qu'il vous a plu me faire en m'escrivant sur le subjet de l'alliance que je fais avec M. le comte de Guiche. Celle que vous avez dans cette
1 Maximilien-François de Béthune , duc de Sully, petit-iils du ce-
famille * me fait espérer de pouvoir mériter F honneur de vostre amitié, de laquelle je fais une estime toute particulière. Je vous la demande, Monsieur, avec toute l'instance possible, et que vous me croyiez avec toute la passion imaginable, vostre trèshumble et très-affectionné serviteur,
le duc de Sully.
DE M. LE DUC DE VALENTINOIS 2 A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES
De Monaco , le 17 mai 1659.
Monsieur, j'aurois grande raison de craindre de manquer à mon devoir si, dans l'honneur que je reçois de vostre alliance 3 , je ne me donnois celuy
lèbre ministre de Henri IV, pair de France, lieutenant général au gouvernement de Dauphiné , mort en 1662. Une de ses filles venait d'épouser Armand de Gramont, comte de Guiche , fils d'Antoine de Gramont , pair et maréchal de France. Le comte de Guiche étant mort en 1673 , elle se remaria à Henri de Daillon , duc de Lude , pair et grand maître de l'artillerie.
1 M. le marquis Isaac de Feuquières avait épousé Anne-Louise de Gramont, sœur du maréchal de France de ce nom.
2 Louis Grimaldi , prince de Monaco , duc de Valentinois , pair de France, né en 1642, mort en 1701 étant ambassadeur extraordinaire à Rome.
3 II avait épousé Catherine-Charlotte de Gramont , fille d'Antoine duc de Gramont , pair et maréchal de France.
de vous offrir mes très-humbles services, et de vous asseurer des sentiments de respect que je conserveray tousjours pour votre mérite et pour toutes les choses qui peuvent vous concerner. C'est une obligation précise, Monsieur, dont je ne prétends me destacher de toute ma vie, bien que le lien qui m'y engage soit si fort qu'il rend superflue cette expression; et, pour faire mon advantage accomply, il ne me reste à obtenir que celuy de vos bonnes grâces, que je vous conjure de me vouloir accorder, en vous protestant que je ne m'en honoreray pas moins que de me dire à jamais très-passionnément, Monsieur, vostre très-humble et très-acquis serviteur,
Louis , duc de Valeentinois.
DE M. DE HACQUEBECT A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES
AChâlons, le 3 avril 1665.
Je reçus, il y a aujourd'huy huit jours, vostre lettre sans date, à TouL Je serois venu droit à Chalons , si je n'avois esté obligé d'aller à Verdun pour prendre congé de m'abstenter de l'église les fêtes prochaines. J'arrivay hier icy où je croyois vous trouver; mais puisque je n'ay pas esté assez heureux pour cela, je dois vous dire quej'ay compris vostre lettre autant que besoin estoit. Comme j'ay
tasché de traitter et négocier vostre affaire auprès de Son Altesse de Lorraine, sans que personne en sçacbe rien , afin de n' ombrager personne , j'ay cru qu'il ne me falloit pas descouvrir et qu'il seroit tousjours assez temps d'acheter des salpestres, s'il y en avoit dans la province, lorsque vous en seriez le maistre en suitte du traitté que vous prétendiez faire. Un nommé Salomon avoit escrit à M. de Trézay, qui a esté garde des magasins de Nancy, que M. Berthelot avoit traitté avec vous à huit sols la livre, qu'il luy en donnoit avis, afin de jetter ses mesures sur les salpestres de la Lorraine : ainsy je ne jugeay pas à propos d'éventer la mine; j'ay vu la lettre entre ses mains. 11 y a trois personnes de Nancy qui ont la ferme desdits salpestres en Lorraine et Barrois , qui en rendent près de mille escus de roy, et doivent fournir à Son Altesse une quantité de poudre à un prix dont il est convenu avec eux ; mais ni le Grand-Maistre de l'artillerie1 ni eux ne travaillent point : le premier est tout à fait mal en cour, et vous n'avez aucun fondement à faire sur luy; aussy ne s'y trouve-t-il pas, je n'avois donc garde de luy parlei .
Pour ce qui est de la quantité que vous désirez sçavoir qu'on pourroit tirer de la Lorraine et Bar-
1 Armand-Charles , marquis de La Porte , duc de La Meilleraie, duc de Mazarin par sou mariage avec une des nièces du cardinal de ce nom , grand maître de l'artillerie, né en 1632, mort en 1713.
ÎU LETTRES INÉDITES
rois, on ne sçauroit vous le dire positivement, parce que cela despend de la quantité d'ouvriers que Ton y employera : Messis multa, operarii autem pauci. M. Wathier m'a assuré qu'on pourra tirer plus de salpestre de la Lorraine que de trois provinces comme la Champagne. Les droits de Son Altesse de Lorraine estoient de 200 livres par an sur chaque chaudière ; ceux du Grand-Maistre de l'artillerie 50 livres : vous auriez esté exempt de tous ces droits et de toutes choses quelconques , comme je vous ay escrit. Pour ce qui est de la sûreté , M. de Tilly m'affirma qu'il traitteroit de bonne foy ; il s'y faut fier ou tout rompre; et je ne vois pas comment vous pourrez vous en passer, car, à vous dire le vray, je ne crois pas que vous tiriez grande quantité de salpestres en Champagne, ni que vous puissiez satisfaire à vostre traitté que j'ay vu, si vous n'avez ceux de Lorraine, l'oubliois à vous dire que M. Wathier m'a assuré que le cent de salpestre se vend à Strasbourg 14 escus blancs; ainsy vous voyez que, si vous preniez le marché, vous pourriez faire quelque chose. Mais, pour conclusion , il n'y a pas de temps à perdre , et il est de la dernière nécessité que vous alliez sur les lieux, du moins à Toul, pour la facilité du traitté , que je ne voudrois pas entreprendre pour quoy que ce soit.
M. de Baranty et M. Girard, que j'ay trouvés
icy, ont dès hier commencé à travailler en cette ville suivant vos instructions ; mais je prévois bien de l'embarras en toute vostre affaire. Je les aideray en tout ce que pourray; mais, au nom de Dieu, ne vous persuadez pas empescher les salpestres de Lorraine d'aller en Allemagne et en Franche - Comté , car cela ne se peut pas. Assurez-vous qu'ils ne tournent pas le nez du costé de France. Si vous faites affaire , nous tascherons de vous y servir de nos amis , qui ne sont pas en petit nombre. Toutes ces affaires vous regardent, et c'est à vous à bien jetter vos mesures ; car c'est une affaire qui ne vous est pas d'une petite importance. Ces Messieurs m'ont prié de demeurer avec eux jusques après les festes pour avoir vos responses par la première poste; après quoy M. Gérard et rnoy nous nous en retournerons droit à Verdun. Je suis très -humble serviteur de Madame et de M. l'Abbé, et le vostre.
de Hacquebect, Gérard.
DE M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIERES A M. DEBARANTY
A Paris, le 28 avril 1665.
Depuis que je vous ai vu , je n'ai reçu aucune lettre de vostre part que celle où les sieurs de Hacquebect et Gérard ont signé, à laquelle j'ai fait une
response que vous devez avoir reçue présentement ; et, en arrivant ici, M. Berthelot m'en a montré une que vous lui escrivez. Par tout cela je me trouve un peu estonné du petit progrès de nos affaires, et principalement de ce que vous perdez ce temps à attendre mes ordres, puisque vous avez tout ce qui peut dépendre de moy, à sçavoir toutes mes connoissances , argent et pouvoir, et mesme un pouvoir indépendant. Je vous ai dit véritablement de concerter toutes choses avec le sieur Gérard, afin d'observer un mesme règlement partout; mais je ne prétends pas que les avis de l'un arrestent le cours de la commission de F autre. Vous deviez, s'il m'en souvient, après avoir conféré ensemble à Chaalons et fait ce qui se pouvoit en ce lieu-là, aller en diligence à Nancy avec le sieur de Hacquebect, pour vous assurer des salpestres de Lorraine ; au lieu de quoy j'apprends que vous vous escartez dans la Champagne pour faire publier des ordonnances, ce que vous pouviez bien faire par autruy. À l'avenir, je vous prie de gagner tousjours du temps, faisant ce que vous trouverez plus expédient, parce que je crois que vous avez toujours pour but le service du Roy, la satisfaction de M. Berthelot, que je considère encore plus par sa personne que par nostre marché, et après cela le mesnage, qui est le fondement de cette entreprise. Et comme je serai fort esloigné de vous, et que M. Berthelot a la bonté
de se vouloir entremettre dénies affaires, il suffira, en celles d'importance qui ne seront pas pressées, que vous fassiez ce qu'il vous dira, et que vous me donniez simplement avis de ce que vous aurez fait : c'est le principal sujet de cette lettre.
Feuquières.