II
de maladie dans la force de son âge. Dieu veuille préserver nos amis qui seront à ce siège , lequel sera grand assurément , car il y a deux ans que les Hollandois et les Espagnols s'y préparent. Tous les dehors sont minés. L'on ne croit pas qu'il y ait 6 000 hommes de guerre dans la place, sans les bourgeois dont la pluspart sont catholiques et qui voudroient estre au Roy. On fera trois attaques, tellement que cela ira bien viste. Adieu.
l'abbé de Feequières.
DE M. L'ABBÉ DE GRAVELLE A M. LE MARQUIS ISAAC DF FEUQUIÈRES
A Mayence , le 16 juin 1673.
J'ay reçu, Monsieur, la lettre que Vostre Excellence m'a fait l'honneur de m'escrire du 20 du passé. Quoyque je sçache bien qu'il n'y ait pas grande foy à adjo uster à tous les bruits que les envieux de la gloire de Sa Majesté font courir de l'inconstance des Suédois, et qu'ils veulent abandonner le party de leurs bons, anciens et puissants amys, pour s'en faire de nouveaux, je suis bien aise néantmoins de voir par vostre dépesche que les affaires de vos quartiers sont tousjours dans le mesme bon chemin où vous les avez mises.
Depuis l'advis que je vous ay donné de la sortie
DES FEUQTJIÈRES. 163
de la meilleure partie des trouppes impériales qui estoient dans Fridberg pour entrer au service de Félecteur de Trêves , il ne s1 est rien passé qui ait valu la peine d'estre escrit; c'est ce qui a fait aussy que je n'ay pas voulu importuner Vostre Excellence par une correspondance régulière mais inutile, sçachant bien que vous ne désirez pas des lettres pleines de riens.
Le reste de 1' infanterie impériale qui estoit dans Fridberg et qui consistoit en une seule compagnie, en est aussy sorty avant-hier pour aller joindre les autres dans l'archevesché de Trêves. Il est à croire que cette résolution aura esté prise sur le bruit de la marche dune partie de l'armée de M. de Turenne vers la Wettéravie, en suite de ce que j'ay dit, il y a quelque temps à M. l'Électeur, conformément à une de ses dépesches, qu'on auroit de la peine à souffrir que des trouppes , qui ont esté en campagne contre le Roy ou en faveur de ses ennemys, prissent poste dans un lieu comme Fridberg ; ils ont donc remis, à ce qu'on assure, cette garnison sur le vieux pied, et n'y ont laissé que celle qui y a tousjours esté par cy-devant.
On attend icy avec impatience le retour des envoyés à Vienne, parce qu'on est persuadé que le rapport qu'ils feront donnera lieu de juger à fonds de la résolution de la cour de Vienne, d'où dépend aujourd'huy le rétablissement du repos dans l'Em-
pire ou la continuation de la guerre. Ils doivent revenir par la cour de Bavière.
Je ne sçaurois plus que vous dire de M. de Schenborn. Je luy ay fait voir encore vostre dernière lettre, et l'ay fait souvenir du project qu'il m'avoit dit qu'il méditoit de vous escrire, dès il y a desjà longtemps. Il dit qu'il est tellement embarrassé à vous marquer Testât où il se trouve , qu'il ne sçait que vous en mander. Je le crois néanmoins tousjours fort votre serviteur, et il m'a paru très-touché de l'honneur qu'il vous plaît de luy faire.
La compagnie va augmenter dans nostre voisinage. Il est arrivé sur la Lahne, le 1 1 du courant, trois mille chevaux, outre les brigades de MM. de Beauvezé et de Konigsmarck , qui y estoient desjà, et on y en attendoit le lendemain quatre mille autres qui dévoient estre suivys, à ce qu'on me mande, de l'infanterie et de l'artillerie. Si c'estoit pour le siège de Fridberg, comme il y en a assez d'apparence, cette sortie du reste des trouppes impériales pourra peut-estre en faire changer la résolution. J'en ay aussytost donné advis au sieur de Beauvezé, aussy bien qu'à M. de Turenne, par la voye d'un courrier de M. le mareschal de Gramont, qui est passé par icy pour aller trouver de sa part M. de Louvigny à l'armée. Je suis, Monsieur, avec tout le zèle possible, entièrement à vous.
l'abbé de Gravelle.
DES FEUQUIERES.
DE M. DE CHASSAN A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEU- QUIERES
A Dresde, le 23 juin 1673.
Je ne me suis pas donné l'honneur cTescrire à Vostre Excellence il y a desjà quelque temps, faute de matière ; je n'en ay guères davantage aujourd'huy que pour luy donner part du bruit qui s'est répandu en ces quartiers que la couronne de Suède estoit sur le point de donner un secours de dix mille hommes aux Hollandois, ce que je ne sçaurois comprendre, après les engagements que le Roy de Suède a pris avec Sa Majesté.
L'on a eu quelque allarme icy touchant la nouvelle marche de M. de Turenne; mais à présent que le Roy se contente de la garantie des Estats de l'Empire au sujet de la déclaration que Sa Majesté a prétendue de l'Empereur, j'espère non-seulement que la crainte cessera, mais aussy que les affaires se feront accommoder; je ne manqueray pas d'en informer Yostre Excellence. M. l'électeur de Saxe, qui souhaitte fort la paix, a dépesché un de ses ministres vers M. l'électeur de Bavière pour sçavoir ses sentimens sur cette affaire, afin de pouvoir mieux prendre ses mesures.
L'on a icy des avis de Berlin qui confirment que
M. rélecteur de Brandebourg est toujours mal satisfait des Impériaux et qu'il ne prétend plus rien avoir à faire avec eux * ; cependant il ne licencie point ses troupes, elles sont encore dans leurs mesmes quartiers et les trois régiments qui estoient dans rarchevesché de Magdebourg n'en sont point encore deslogés. Je suis avec respect, Monseigneur, de V. E. le très-humble et très-obéissant serviteur,
Chassan.
DE M. PERSODE DE MAIZERY A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES
A Francfort, le 24 juin 1673.
L'on tient icy Maëstricht aux abois, et le Roy emportera cette forteresse en moins de quinze jours de tranchée. La victoire navale2 que les Hollan-
1 L'électeur de Brandebourg venait de signer avec la France à Vossem, le 7 juin, un traité de neutralité. Il était mécontent de la cour de Vienne, qui laissait peser sur lui le fardeau d'une guerre inégale, où il eût trouvé sa ruine.
2 «Les 7, 14 et 21 juin 1673, le vice-amiral d'Estrées et son lieute- « nant Martel firent honneur à l'industrie militaire de la nation fran- « çaise, dans trois batailles navales consécutives , entre la flotte bol- « landaise et celle de France et d'Angleterre. L'amiral Ruyter fut plus « admiré que jamais dans ces trois actions. D'Estrées écrivit à Colbert : « Je voudrais avoir payé de ma vie la gloire que Ruyter vient d'acte quérir.» « D'Estrées méritait que Ruyter eût ainsi parlé de luy. La
dois ont fait escrire par toute la terre, ne se trouve qu'en peinture, de mesme que la prétendue prise de Cbarleroy. M. de Turenne a son quartier-général à Forbacb, petite ville capitale du comté deWaldeck, à six lieues de Cassel. L'un de ses marescbaux de camp, M. le marquis de Beauvezé, est à Herborn, commandant six à sept mille chevaux de la cavalerie légère de M. de Turenne, qui sont en quartiers dans les comtés de Nassau-Haclamar, Weilbourg, Hussingen et Siégen, et dans les comtés de Braunsfeldts et Greiffenstein. Il y a des commissaires de l'ar-
ec valeur et la conduite furent si égales de tous côtés que la victo ic « resta indécise.
« Louis ayant fait des hommes de mer de ses Français par « les soins de Colbert, perfectionna encore l'art de la guerre sur terre « par l'industrie de Vauban. Il vint en personne assiéger Maastricht « dans le mime temps que ces trois batailles navales se donnaient. « Maëstricht était pour lui une clef des Pays-Bas et des Provinces- « Unies ; c'était une place forte défendue par un gouverneur intré- « pide, nommé Fariaux , né Français, qui avait passé au service « d'Espagne, et depuis à celui de Hollande. La garnison était de cinq « mille hommes. Vauban , qui conduisit ce siège , se servit , pour la « première fois, des parallèles inventées par des ingénieurs italiens au « service des Turcs devant Candie. Il y ajouta les places d'armes que « L'on fait dans les tranchées pour y mettre les troupes en bataille, ci « pour les mieux rallier en cas de sorties. Louis se montra dans ce « siège plus exact et plus laborieux qu'il ne l'avait été encore. Il ac- (c coutumait, par son exemple, à la patience dans le travail sa nation ( accusée jusqu'alors de n'avoir qu'un courage bouillant que la fatigue « épuise bientôt. »
( Voltaire , Siècle de Louis XIV .)
mée qui font cuire le pain de munition à Wetzlar, qu'on donne à la cavalerie tous les deux jours avec leur paye, et l'hoste ne leur fournit que l'herbe. Il est certain que, s'il prend envie à l'Empereur d'assister les Hollandois et de faire faire la moindre démarche versleMayn et le Rhin à ses trouppes, M. de Turenne les ira rencontrer au haut de la Franconie; mais il y a bien de l'apparence que cela n'arrivera pas, voyant la conjoncture des affaires. Cependant Messieurs les plénipotentiaires sont tous arrivés à Cologne et commenceront bientost leurs séances. Cette ville, aussy bien que Hanau, a pris de grands ombrages de l'approche des trouppes de France soubs M. de Beauvezé. Elles ont redoublé leurs garnisons, mené le canon sous leurs remparts, et font fortifier les lieux foibles du costé de la rivière; mais ce n'a esté que pour complaire à l'Empereur, et elles ne craignent rien du costé de la France. Cependant, ce n'est pas sans fatiguer leurs bourgeois qu'elles font monter en gardes la troisième nuit, comme si l'ennemi estoit à leurs portes. 11 faut avoir pitié de leur foiblesse. Tout ce qu'il y a de fâcheux, Monseigneur, c'est que le commerce se ruine dans touttes les provinces de l'Allemagne, que les meilleures et plus anciennes familles ont une peine estrange de conserver leur honneur, n'y ayant plus aucun crédit ni confiance entre les négociants , et que les plus fameuses familles succombent plus depuis la guerre
de Hollande, en France et Allemagne, qu'elles n'ont fait pendant les trente-trois années de la dernière guerre d'Allemagne, ce qui fait souhaitter à touttes les nations la paix au plus tost. Pour moy, je n'ay pas manqué d'avoir de la peine de me conserver dans mon ancienne réputation, par les jallousies des créatures hollandoises qui sont en cette ville et qui ont vu l'establissement de ma charge d'agent avec peine; mais j'espère que Dieu me préservera de leurs pièges et qu'il me conservera l'honneur et aux miens jusques à mon dernier soupir pour y servir en toutte fidélité Vostre Excellence , puisque je me diray sans fin avec profond respect, Monseigneur, vostre plus humble, plus obéissant, et très-obligé serviteur,
Persode de Maizery.
P. S. Il y a àBruswick une grande assemblée d'envoyés et ambassadeurs de la haute et basse Saxe et de leurs cercles et où les Danois se doibvent aussy trouver ; l'Empereur y a envoyé le comte de Windischgraff, et l'électeur de Saxe M. de Gerschdorf que l'Empereur a fait baron pour qu'il soit de son party. Vostre Excellence le sçaura à l'arrivée de M. Avers à Stockholm et leurs desseins pour cette assemblée.
DE M. LE- COMTE d'aVAUX * , AMBASSADEUR EXTRAORDI- NAIRE A VENISE, A M. LE MARQUIS DE FEUQUIERES.
A Venise, le 24 juin 1673.
Monsieur, je suis dans un pays siesloigné de celuy où est Votre Excellence, et il y a si peu de nouvelles considérables à vous mander de ces quartiers-cy , que je ne sçay si je me serois donné F honneur de vous escrire si tost, si je n'avois trouvé celte occasion dune lettre que M. le commandeur de Grémonville m'a prié de vous faire tenir. C'est une occasion , Monsieur, que je nay pas voulu laisser passer sans vous assurer de mes respects et sans vous supplier de vouloir bien estre persuadé que personne n'est avec plus de passion et de vérité que moy, Monsieur, vostre très-humble et très-obéissant serviteur,