X. de Pas
P. S. Je ne scais si vous avez reçu ma mesure, car je vous l'ay envoyée par la dernière lettre que je vous ay escritte.
Les femmes de ma tante vous sont bien obligées de l'honneur de vostre souvenir. Elles vous assurent de leur très-humble respect.
DE MADAME LA MARQUISE DE SAINT-CHAMOND A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES.
A Séméac , le 25 juin 1673.
Vostre dernière lettre est du 29 d'avril ; voilà une grande longueur , mon cher frère , pour des gens qui souhailtent, comme nous le faisons, le plaisir d'avoir souvent de vos nouvelles ; il faut louer Dieu de ce que vous nous les donnez bonnes et que cet horrible froid de la Suède ne nuit point à vostre santé. La mienne est tousjours assez languissante, quoyque je fasse mon possible pour ne la point altérer par aucune inquiétude. Tout est
entre les mains de Dieu , mon cher frère , et il ne faut point douter que la Providence ne gouverne les choses pour le mieux de ses créatures. Elle a interrompu jusques à cette heure le dessein de ma sœur de se défaire de son abbaye; le Roy a réservé son agrément à M. de Navailles pour sa fille ; il me semble vous l'avoir mandé, et que je n'en estois point trop faschée. Elle est partie depuis quatre jours, pour y retourner, avec une très-bonne santé.
L'on vient de m'oster d'une grande inquiétude en m' assurant que pas un de mes neveux n'estoit au siège de Maëstricht : le bon Dieu les veuille conserver.
■Pavois fait un petit voyage à Pau, croyant que mon frère y devoit arriver pour les Estats de Béarn. Une fièvre tierce a différé son voyage, et M. le Sénéchal ' a voulu garder sa nièce le temps que je suis venu dire adieu à ma sœur et préparer son départ. Elle m'escrit qu'elle s' ennuyé un peu sans nous , mais qu'elle dorlotte fort le bonhomme, qui luy fait de très-grandes caresses. Yostre fille devient si grande qu'elle nous estonne tous, et, si elle aimoit un peu plus à lire et apprendre quelque chose, j'en serois fort satisfaite. Je ne veux pas finir sans vous dire que je suis depuis quelques jours dans la
1 M. le vicomte de Rébenac.
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poudre jusques aux oreilles, avec des maçons , faisant des réparations admirables dans l'appartement de M. de Toulongeon. Gela m'occupe, mon cher frère , mais me donne peu de plaisir. Il est mal aisé d'en avoir dans un estât ambulant, et, pour vous parler sincèrement , je ne puis estre satisfaite que je ne me voye dans une retraite fixe, que je ne puis prendre chez autruy. Mais pour cela, mon cher frère , il faudroit avoir une meilleure destinée que la mienne. Dieu soit loué et vous conserve.
DE M. L'ABBÉ DE GRAVELLE A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQTJIÈBES
A Mayence, le 30 juin 1673.
La dernière lettre de Vostre Excellence du 1 0 du courant est venue , ce me semble , un peu plus viste que les autres, dont j'ay de la joye. Vous avez vu par mes précédentes que la garnison de Fridberg a esté mise, à ce que m'a dit au moins M. l'électeur de Trêves, dans la ville de Trêves, dans Boppart et dans quelques autres chasteaux et non dans Coblenlz. Ce prince mesme a fait assurer le Roy que celte garnison n'apporteroit aucun préjudice aux affaires de Sa Majesté , ni aucun obsta-
cle au passage de ses troupes par eau et par terre vers le bas de la Moselle et du Rhin. Je crois bien que ces trouppes-là n'entreprendront rien contre nous aussy longtemps que les choses demeureront dans Testât où elles sont; mais si elles se brouillent davantage avec la cour de Vienne, Coblentz et Hermenstein sont des lieux dont Y Empereur aura sans doute, à disposer et qui nous incommoderont fort.
Comme j'ay supposé, Monsieur, que M. de Schenborn vous escrivoit , j'ay cru qu'il respondroit à tous les articles de vostre lettre qui le regardoient et que je lui avois montrés; je ne sçais s'il ne F aura pas fait depuis. Il est maintenant à Wurtzbourg, où il est allé avec M. le chevalier de Schenborn, son frère , qui est revenu de Malte depuis peu de temps, et qui va prendre possession de la commanderie de ce lieu-là, qu'il a obtenue de grâce pendant qu'il faisoit ses caravanes ' .
Ledit sieur de Schenborn, selon toute apparence, ne sera point de la dépulation pour la paix. On dit qu'il est de trop grands frais dans ses ambassades, et que son génie ne s'accorde pas avec l'esprit d'économie qu'il faut avoir en cette nouvelle cour,
1 On nommait ainsi les campagnes que les chevaliers de Malte étaient obligés de faire contre les mahométans et sans lesquelles ils ne pouvaient parvenir aux commanderies. On a déjà vu cette expression à la page 63,
et d'autres raisons de cette force. Je vous ay mandé il y a longtemps que M. le baron de Mette rnich , frère de Son Altesse Électorale, et le sieur Jodoy étoient nommés pour les traittés de paix. Comme ils restoient à Vienne plus longtemps qu'on n'avoit cru qu'ils feroient, on a délibéré longtemps qui on envoyeroit pour assister à cette assemblée , en attendant l'arrivée dudit sieur baron, qui doit estre le chef de cette députation. On vouloit y faire passer le sieur Bertram ; mais cela ne s'est pas encore fait jusqu'icy, à quoy je crois avoir un peu contribué par des raisons que vous jugerez aisément. Je crois présentement que personne ne prendra les devants, puisque ces deux Messieurs sont partis de Vienne pour revenir en deçà. Ils ont ordre de repasser par Munich.
M. l'Electeur partit mardy passé d'icy pour le voyage que j'ay marqué en mes précédentes qu'il devoit faire à Darmstadt et dans la Berg-Strasse. Il en doit estre de retour aujourdhuy ou demain.
Celuy qu'on vouloit entreprendre en Thuringe et dans le pays d'Eysfeld est différé jusques à l'automne à cause de la disposition où se trouvent maintenant les affaires. On a envoyé un gentilhomme à Dresde pour en advertir M. l'électeur de Saxe, qui pressoit ce voyage dans la pensée où il estoit de s'aboucher avec celuy-cy.
On ne doute pas de deçà du passage des Suédois
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en Allemagne ; on sçait qu'ils y travaillent sérieusement. La question n'est plus, comme vous dites , Monsieur, que de l'employ de leurs trouppes, que nos envieux voudroient bien persuader ne devoir pas être en nostre faveur. Pour moy j'en ay une tout autre opinion.
Je ne vous diray rien icy du siège de M aëstiïcht ni des batailles navales, ni de Fesloignement du Rhin de l'armée de M. de Turenne pour entrer plus avant en Allemagne; ce sont des choses dont vous estes sans doute informé directement. J'adjousteray donc seulement à cecy que je suis tousjours avec tout le zèle imaginable le très-humble et très-obéissant serviteur de Vostre Excellence,