‹ Lettres inédites des FeuquièresChapitre 24 sur 50 · L ABBÉ DE GRAVELLE · texte numérisé non relu

L ABBÉ DE GRAVELLE

P. S. M. Des Nos, escuyer de la Grande Escurie, est passé par icy la semaine passée avec une douzaine de chevaux d'Espagne ou barbes qu'il va présenter au roy de Suède de la part de Sa Majesté ; c'est sans doute ce dont vous estes bien informé; aussy n'en parlé-je icy que pour vous marquer son passage par cette ville. 11 luy en est déjà mort un, mais il faut espérer que c'est le seul à qui cela arrivera ' .

1 Voici ce que M. de Pomponne écrivait à ce sujet à M. de Feuquières le 28 avril 1673. « Ce que vous mandez au Roi du goût du roy « de Suède pour leschevaux et de ceux que la reine d'Espagne luy avoit IL 12

DE M. LE MARQUIS ARNAULD DE POMPONNE A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQLIÈRES ! *.

Au camp devant Maëstricht , juin i 673.

Monsieur, dans le désir que vous descouvrez de jour en jour davantage en Suède pour la paix, vous aurez un grand champ de faire valoir avec quelle sincérité Sa Majesté travaille pour celle d'Allemagne lorsque Ton connoist à Stockholm mieux qu'en tout autre lieu les facilités qu'elle apporte pour celle de Hollande. Aussi n'est-il pas besoin de vous dire que, plus vous faites connoistre à cette puissance les bonnes intentions de Sa Majesté pour le repos

« envoyés l'année passée a fait naistre à S. M. la pensée de luy en « faire un présent. Elle en a fait choisir pour ce sujet douze des plus a beaux de la Grande Ecurie, qu'elle doit faire partir dans peu de « jours. L'on fait travailler aux selles et aux housses, qui seront dignes « du roy qui les envoyé et de cehry à qui on les donne. On prépare « de mesine des pistolets pour chacun d'eux et des fusils pour les « accompagner. Ce présent sera, comme je crois, fort agréable au roy « de Suède. Un des escuyers du Roy, qui sera chargé de cette com- « mission, aura ordre de vous remettre toutes choses entre les mains, « afin que vous les présentiez au nom de S. M. au roy de Suède. »

1 Toutes les lettres marquées d'un astérisque ont été copiées aux Archives du Ministère des A/foires étrangères. Les lettres de M. de Pomponne ne s'y trouvent qu'en copies; aussi ne sont-elles pas signées. Quant aux lettres de Madame de Pomponne, bien qu'elles ne soient point signées, elles sont toutes originales et appartiennent à la collection de Madame la duchesse Decazes.

DES FEUOUIÈRES. 179

de F Allemagne, plus vous pouvez luy représenter qu'il importe qu'elle se mette en estât d'exécuter le traitté qu'elle a avec Sa Majesté pour empescher qu'il ne se fasse en Allemagne des liaisons capables d'arrester l'effet de ses bons desseins.

J'ay parlé au Roy des deux mois qui avoient esté diminués de vostre demy-année de l'an dernier, et bien que Sa Majesté témoignast que l'on s'estoit réglé en cela sur la justice, elle a trouvé bon néanmoins de m'ordonner d'en escrire à M. Colbert , afin qu'il prist soin de vous les faire payer. Du reste, je vois avec plaisir qu'à l'embarras près de la subsistance, vous vous trouvez assez bien à Stockbolm , et que vous ne dites pas autant de mal de la Suède que M. Courtin. 11 faut espérer que la bonté du Roy remédiera à ce que vous y trouvez de plus fascheux.

A cette heure que le siège de Maèstricht nous va rapprocher des autres armées, comme il n'y en a point où vous n'ayez quelqu'un de Messieurs vos enfants, je ne désespère pas d'en rencontrer. Au moins dois-je me tenir assuré que l'abbé de Feuquières préférera le plaisir d'un siège à la curiosité d'un traitté de paix, et qu'il pourra bien quitter Cologne pour Maèstricht1.

1 Voir la page 159.

DU MEME AU MEME

Au camp devant Maëstricht , juin 1673.

Monsieur, toutes les nouvelles qui viennent d'Allemagne et auxquelles toutesfois Sa Majesté ne veut adjouster aucune foy, sont que la Suède ne désapprouveroitpas les mesures que l'Empereur pourroit prendre contre la France , que mesme elle auroit contribué au traitté que l'on publie que le Danemark a fait avec la Hollande, et qu'elle favoriseroit indirectement les Estats généraux. Je ne vous donne pas cet avis comme si Sa Majesté y adjoustoit quelque créance, mais parce qu'il est bon que vous sçachiez et que vous observiez toutes choses.

Sa Majesté a vu avec plaisir que le présent qu'elle a destiné pour le roy de Suède doive estre reçu avec satisfaction de ce prince, et elle sera sans doute bien aise qu'il le regarde comme une marque de sa tendre et véritable amitié pour luy.

Vous avez icy M. de Rébenac , qui n'a pu apprendre à Cologne le siège de Maëstricht sans en venir prendre sa part, et qui a préféré le party d'y estre volontaire à celuy d'estre aide de camp dans l'armée de M. de Turenne qu'il a cru moins occupé. Adieu, je suis entièrement à vous.

DE M. LE MARQUIS ISA.AC DE FEUQUIERES A M. LE MAR- QUIS ARNAULD DE POMPONNE*.

A Stockholm, juin 1673.

Monsieur, il meurt icy beaucoup de monde et des principaux, ce qu'on attribue à ce que l'hiver n'a pas esté assez froid. Pour moy, qui en ay esté content, je ne crains de mourir que de faim ou de soif, car je n'aurai pas de quoy payer mes provisions à cause du droit d'entrée, et je ne vois pas qu'on se dispose à m'en quitter. Il est vrai que je n'ai pas voulu en faire d'instances, ayant, ce me semble, des affaires plus importantes.

Il y a ici un nouveau genre de mort dont j'espère aussi que je ne mourrai pas. C'est qu'on voit un homme se promener dans sa cour ou dans son jardin, cependant qu'il dort de bon somme dans son lit, et il se rencontre quelquefois lui-mesme, comme deux Scaramouches; on ne manque pas de mourir six jours après , c'est un coup sur. Il en est mort cette semaine un comte Duglas; véritablement il ne s'est pas rencontré lui-mesme comme plusieurs autres; mais, comme trois domestiques lui dirent unanimement qu'ils l'avoient vu ainsi double trois jours consécutifs, et tous trois en mesme temps , il se condamna tout aussitost , encore qu'il fût en bonne santé, et se mit au lit dont il ne s'est pas re-

levé. Ce bruit-là a couru dès le premier jour de sa maladie , et ses frères ni ses gens ne songeoient seulement pas qu'il pût réchapper. Après cela il ne faut pas douter qu'il n'y ait des sorciers. Aussi il y en a tant, principalement vers la Laponie, qu'on ne sçait plus où se fourrer. Les prestres de ce pays -là ayant sçu qu'un commissaire qui y a voit esté s'en moquoit , ont fait députer ici par les Estats du pays pour remontrer combien il estoit nécessaire d'en faire brusler seulement deux ou trois cents pour l'exemple. Le plus âgé pourtant de tous les témoins qui les accusent n'a que neuf ans ; mais on ne voudroit pas mentir dans un âge si innocent. On ne sçait pas encore ce que le sénat résoudra là-dessus : ils ne sont pas tous si incrédules que le comte de Guiche l'a esté en pareil cas. Cependant, Monsieur, Dieu préserve nos amis durant cette campagne de plus grands dangers que celui du sortilège.

Feuquières.

DE M. LE MARQUIS ARNAULD DE POMPONNE A M. LE MAR- QUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES *.

Au camp de Maëstriclit, le 29 juin 1()7H.

Monsieur, je ne vous dis rien du détail du siège de Maëstriclit, seulement que, selon les apparences, le Roy sera bientost dedans. De cette nuit l'on est

maistre de tous les dehors, et les ennemis sont réduits au corps de la place , qui est très-mauvais. L'Abbé a pris un soin si particulier d'escrire jour par jour ce qui s'est passé à ce siège, qu'on ne peut mieux vous en informer qu'en vous en envoyant une copie. M. de Rébenac se signala, il y a quatre jours, à l'attaque d'une demy-lune, et au milieu de tant de gens qui y furent tués ou blessés, il n'a pas esté peu heureux d'en estre quitte pour une grande contusion qu'il reçut au pied d'un esclat de grenade. Il estoit hier debout et s'en porte bien. J7ay demandé pour luy au Roy le guidon d'un gendarme anglois , le chevalier Jones, qui en estoit enseigne, ayant esté tué à la mesme occasion ; je n'av point eu de response précise de Sa Majesté; mille autres gens le demandent; je ne sçais encore qu'en espérer.

DE M. LE MARQUIS ISAAC DE FETJQUIERES A M. LE MAR- QUIS ARNAULD DE POMPONNE *.

A Stockholm, le 1er juillet 1673.

Voilà deux lundis sans aucunes nouvelles. Si celui d'après-demain se passoit de mesme, je ne sçais plus où j'en serois , Monsieur, à cause des bruits qui courent et qui n'épargnent pas mesme ce ([ue nous avons de plus cher.

M. le Chancelier m'a demandé des nouvelles des

chevaux, dont je n'ai point ouï parler depuis le premier avis que vous m'en avez donné; à propos de quoy il m'a dit que le Roy son maistre vouloit faire un présent au Roy , et qu'il ne voyoit rien de plus galant que du cuivre façonné pour couvrir des bastimens; mais il m'a prié de n'en rien dire encore. Je m'imagine que, si on calculoit bien l'entretien ( des ardoises, on trouverait que ce seroit une espargne à ceux qui auraient moyen de faire l'avance de cette couverture, à laquelle il n'y a jamais quasi rien à refaire, qui conserve parfaitement la charpente, et qui est un fonds qui demeure tousjours.

Je prie M. de Tourmont de faire tenir ma lettre à mon fils et d'avoir la bonté de me mander ce qu'il sçait des trois autres, principalement du petit Chevalier depuis la bataille. Le roy de Suède me parle tousjours du vostre. Adieu, Monsieur, soulagez-moy

par de bonnes nouvelles.

Feuquières.

P. S. Sur les bruits fascheux qui courent ici du succès du combat des armées navales1, M. le Chancelier m'a dit qu'il n'y aurait point de mal que les Anglois eussent trouvé leurs maistres, parce qu'on craint leur insolence , et que le Roy ne manquerait pas de forces maritimes après la paix qui sera faite, qui luy acquerra infailliblement le service des Hollandois.

1 Voir la note 2 de la page 160.

DES FËUQU1ÈRES. 185

DE 31. LE MARQUIS ANTOINE DE PAS A M. LE .MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES

A Villestet, le 2 juillet 1673.

J'ay reçu, Monsieur, par la voye de M. Hasset1, votre lettre du 29 may, et il m'a appris qu'il avoit desjà parlé à M. de Turenne, à qui j'aydit ce que vous me mandiez. Celuy-cy me traite fort bien et je suis à présenta deux lieues de l'armée, commandant dans Villestet avec deux bataillons, 400 hommes détachés et 300 chevaux. Comme je ne suis qu'à une lieue et demie de Farmée ennemie et que ce posle-cy ne vaut lien du tout, j'y suis fort allerte et y fais travailler. M. de Turenne n'a qtiasy de nouvelles des ennemis que par moy, et il me laisse icy le maistre de tout ce qui regarde cette teste sans rapport qu'à luy. M. de Pomponne luy a escrit comme il faut pour moy, et j'espère qu'il continuera à bien faire. Je sçais que ce qui est fait est fait ; mon chagrin n'en a jamais paru, mais cela m'a fort incommodé dans mes affaires, à quoy il s'est joint un vol qu'on m'a fait de choses qu'il faut que je rachète et qui monte à plus de cinq cents escus. Tout cela ne m'accommode pas. Ce seroit la plus jolie chose du monde qu'un esquipage de guerre une fois eslevé,

4 Secrétaire de Turenne.

s'il n'y arrivoit pas de malheur. Mon régiment est des plus forts de Tannée , et presque toutes les compagnies en sont plus que complettes. J'ay un aumônier qui est jacobin et de Ixmnes mœurs, car sans cela je ne le garderois pas. Je croyois desjà Jules i arrivé en France. J'ay parlé a M. Hassetpour son passe-port; on Ta demandé, mais il craint qu'on ne F obtienne pas, parce qu'on en vient de refuser un à l'auditeur général de l'armée des ennemis. Il y a longtemps que je n'ay reçu de lettres de Rébenac ; cela vient de la distance des lieux. Le Sénéchal est de retour en son logis, et en partant il m'a paru bien intentionné. Adolphe 2 cherche les moyens de vivre ; il ne les a pas. Pour bien réglé, il l'est; mais, avec tout cela, il ne peut pas atteindre la moitié de l'année; jugez- en par vous-mesme : il a en tout 22 personnes et 25 chevaux, et ne peut pas en avoir moins. Vous sçavez son revenu ; il espère que de vostre costé vous ferez tout de vostre mieux , mais il voudroit avoir de quoy vivre. M. de Luxembourg est dans Parmée du Roy ; je ne sçais s'il aura pris le baston depuis deux jours qu'il est entré en quartier.

1 Jules, comte de Feuquières, cinquième fils de M. le marquis isaae de Feuquières. Il devint colonel d'un régiment d'infanterie et lieutenant général pour le Roi dans la province de Toul. Il survécut à tous ses frères et mourut en 1741.

2 M. le marquis de Pas se désigne lui-même sous le nom à? Adolphe, comme on l'a déjà vu à la page 130.

Louvigny ' est toujours malade à Paris. Quanta moy je me porte extrêmement bien , et suis pour vous comme je le dois.

De Pas.

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