‹ Lettres inédites des FeuquièresChapitre 26 sur 50 · VELLE, PLENIPOTENTIAIRE DE FRANCE A LA DIETE DE · texte numérisé non relu

VELLE, PLENIPOTENTIAIRE DE FRANCE A LA DIETE DE

A Stockholm, le 8 juillet 1673.

Monsieur, j'ai demandé qu'on fit passer en Allemagne le reste des troupes que le roy de Suède y destine, et que cependant il lui plût de donner ordre à celles qui y sont desjà de joindre M. de Turenne lorsqu'il les demandera, pour s'opposera l'injuste dessein que l'armée de l'Empereur témoigne avoir de recommencer la mesme vie que l'année passée, estant à considérer que les armes du Roy ne séjournent dans l'Empire depuis l'accommodement de M. l'électeur de Brandebourg qu'à cause que l'Empereur continue à refuser les assurances qui lui sont demandées depuis si longtemps de ne point secourir les Hollandois conformément aux traites. Sur cela, Monsieur, on a fait partir le maréchal ïlelmfeld pour commander lesdites troupes, en attendant le Connestable, qui a encore la goutte,

et on m'a assuré que ses instructions sont conformes ànostre traitté.

Le roy de Suède part après-demain pour son grand voyage de trois mois, et je demeure ici bien inutile. La conjoncture sembloit requérir un peu plus de communication, mais il ne veut pas qu'on le suive. Je suis, Monsieur, tout à vous ,

Feuquïères.

DE M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIERES A LOUIS XIV

A Stockholm, le 12 juillet 1673.

Sire, la lettre que V. M. m'a fait l'honneur de m'escrire le 20e de juin ne m'a esté rendue que le 1 0e de ce mois, un peu devant le départ du roy de Suède; et, comme le Grand Chancelier estoit party huit jours auparavant, tout ce que j'ay pu faire, Sire, a esté de demander à ce prince s'il vouloit que je hiy communiquasse sur-le-champ les derniers ordres que j'avois reçus de V. M., ou biensij'aurois l'honneur de le suivre pour cela, ou enfin à qui il vouloit que je m'adressasse en son absence, à quoy il m'a répondu que j'écrivisse au Chancelier.

Je dois remarquer ici, Sire, que, comme je luy parlois du siège de Maastricht et de tout ce que fait V. M. dans l'armée qu'elle commande en personne, sans se destourner des autres soins de son Estât, il me parut fort ému, et me fit un compliment pour

V. M. qui marque assurément et de l'émulation pour la gloire et de l'affection pour les intérests de V. M. autant que sa science en la langue françoise le peut permettre . car il me dit que c'estoit pour luy un grand plaisir que cela, qu'il en estoitbien aise, et qu'il avoit grande envie que V. M. fût toujours heureuse.

J'ay ensuite, Sire , escrit au Grand Chancelier la lettre dont copie est cy-jointe , dans laquelle je n'ay rien relasché de la demande que j'avois faitte pour le secours de M. de Turenne dans le mémoire que V. M. aura vu avant cette lettre , parce , Sire , qu'il m'a semblé que ce secours pouvoit devenir fort nécessaire, et parce aussi que, si j'en obtiens l'ordre, ce sera en quelque sorte une exécution réelle du traitté, laquelle V. M. me commande toujours de demander, et j'espère encore de l'obtenir, puisqu'on m'a desjà assuré que le maréchal Helmfeld avoit de très-bonnes instructions. En tout cas, Sire, j'ay cru qu'une demande n'empeschoit pas l'autre.

Au surplus, Sire, j'entends présentement parler plusieurs sénateurs dans le même sens que le Chancelier, hormis qu'ils ne tesmoignent rien du Danemark. Ils veulent tous la paix d'Hollande , mais, s'il se peut, à l'exclusion des alliés , afhn qu'il leur reste de quoy s'exercer ; et, pour parvenir plus facilement à cela, je crains qu'ils ne se rendent un

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peu pressants et qu'ils n'aient pas assez d'égards aux advantages de V. M. dans les conditions du traitté.

L'opinion que j'avois, Sire, de laquelle M. de Pomponne m'a désabusé par sa dernière lettre, que les ambassadeurs de Suède auroient fait communiquer à V. M. le traitté qu'ils ont fait en Hollande , m'a empesclié de lui en envoyer par l'ordinaire dernier une copie, laquelle ne m'a esté baillée que plus d'un mois après qu'on me l'avoit promise.

Depuis fort peu de jours, Sire, on a proposé icy dans le sénat le projet d'un autre traitté qui a esté rebutté par le motif de la fidélité qui est due à V. M., mais non pas tout d'une voix. Possible qu'on me le communiquera, pour essayer de s'en faire valoir auprès de V. M. Mais cependant , Sire , cela peut avoir augmenté les mauvais bruits qui courent des intentions de la Suède, avec ce qu'elle y contribue d'ailleurs, ce me semble, par le motif que j'ai eu l'honneur de mander à V. M. Je penserois bien aussi que ce n'a esté en tout qu'un artifice pour convier le Danemark à en faire autant.

Signe Feuquières.

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