‹ Lettres inédites des FeuquièresChapitre 27 sur 50 · DE M. LE MARQUIS ISAAC DE EEUQU1ERES A M. LE CHAN- CELIER DE SUÈDE · texte numérisé non relu

DE M. LE MARQUIS ISAAC DE EEUQU1ERES A M. LE CHAN- CELIER DE SUÈDE

A Stockholm , le 12 juillet 1673.

Monsieur, les plaintes des ennemis du Roy mon maistre n'ont en pour prétexte jusques icy que le séjour de S. M. en Allemagne, comme si on pouvoit ignorer le subjet légitime que iuy en donne la conduitte de l'Empereur, qui refuse tous les expédiens qu'on luy propose. Mais désormais, Monsieur, ils n'auront plus rien à dire, et malgré eux aussi il n'y aura plus rien qui puisse troubler la tranquillité de l'Empire, puisqu'elle ne despendra plus du consentement de l'Empereur, et qu'il suffira pour un si grand bien de la seule parolle du Roy votre maistre. Je m'en rapporte, Monsieur, à l'escrit que le Roy mon maistre m'a commandé de rendre à Vostre Excellence, en luy renouvellant les assurances de son estime, de son amitié et de sa confiance. Je m'assure qu'elle y verra avec grand plaisir deux choses, et combien S. M. est ingénieuse lorsqu'il s'agit de procurer le bien public , et comme quoy elle recherche en touttes occasions l'augmentation de la gloire du Roy vostre maistre, qui se trouvera à la teste de tant de princes , et ce pour le plus juste et le plus louable dessein que des chrétiens puissent

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avoir; je ne dis point à Vostre Excellence que ce sera tout ensemble la garantie des traittés deWestphalie , à laquelle Sa Majesté est obligée, et l'exécution de celuy de Stockholm , que nous attendons avec confiance parfaite de sa fidélité.

Cependant , Monsieur, comme une marche précipitée de F Empereur pourroit prévenir l'effet de cet expédient , je continue à supplier Vostre Excellence de faire donner aux trouppes d'Allemagne l'ordre que j'ay demandé pour secourir M. de ïurenne , cet ordre ne cessant point d'estre nécessaire jusqu'à ce qu'il se soit entièrement retiré d'Allemagne, sur la parolle que le Roy vostre maistre et les Princes auront donnée de s'opposer à l'Empereur , en cas qu'il fasse advancer son armée pour attaquer le Roy mon maistre ou ses alliés , ou secourir ses ennemis.

Le Roy mon maistre me commande aussi, Monsieur , d'assurer Vostre Excellence , qu'encore qu'à Vienne, à Ralisbonne, à Dantzick et généralement par toute l'Allemagne et en Hollande, on ne parle que des mauvaises intentions de la Suède pour la Erance , cela ne fait aucune impression sur l'esprit de Sa Majesté , dont la confiance et la fidélité envers ses amis sont également inébranlables. Mais Vostre Excellence ne laissera pas de juger qu'il est bien nécessaire de faire cesser ces bruits au plus tost par des démonstrations contraires. Je continueray,

Monsieur , à me donner l'honneur de luy escrire avec la mesme franchise que requiert F union estroitte et Famine qui sont entre Leurs Majestés . et que son honnesteté particulière exige de moy qui suis, Monsieur, de Vostre Excellence , le très-humble et très-affectionné serviteur,

Signé Feuquières.

DE M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIERES A M. LE MAR- QUIS ARNAULD DE POMPONNE. *

A Stockholm, le 12 juillet 1673.

.le vous supplie, Monsieur, de faire rendre ma lettre à Monsieur par Rébenac ou quelqu' autre. C'est sur la naissance de son fils.

Les grands coups se vont ruer désormais à Cologne , et je serai assez satisfait si vous daignez contenter ma curiosité de nouvelles , car d'ailleurs je vais estre assez inutile ici en l'absence de la cour. Je ne laisserai pourtant pas de vous escrire régulièrement prq forma ou pour me descharger de mes rêveries que vous avez vues à grand' planté* .

On dit ici que les Suisses sont meschants garçons, cela est-il vrai?

Je voudrois bien sçavoir s'il est vrai aussi qu'en votre absence M. de Formont recevoit vos appointemens et qu'il avoit soin de vous les faire tenir ou à

1 Ancienne expression qui signifie en abondance.

vostre ordre sans que vous eussiez aucun soin des sollicitations; si cela est, et qu'il s'en soit bien acquitté, ce seroit autant de peine espargnée pour moy et pour mes amis ; car, pour la sienne , il ne la faut pas extresmement compter, ces Messieurslà ne haïssant pas à manier l'argent.

On m'a dit que Trêves a traité avec l'Empereur dès Tannée passée ; cela seroit-il bien possible ? Je crains que Mayence ne nous fasse faux-bon : ses députés sont longtemps à Vienne ; il y en a un qui escrit à un des miens que la marche de M. de Turenne fera desclarer l'Empereur. Si cela arrivoit , ne pourroit-on pas , cependant qu'il avanceroit vers les Pays-Bas , en laissant M. de Turenne derrière lui, lui donner une revirade dans la Bohesme; le Connestable de Suède en sçait bien encore le chemin .

L'envoyé de Brandebourg a pris congé et reçu un présent de mille escus , outre douze cents ducats qu'il a gagnés. 11 m'a dit que son maistre avoit envoyé trois de ses régiments en Prusse à cause de la guerre des Turcs, et qu'il ne licencieroit point ses troupes ; mais vous en sçaurez plus de nouvelles d'ailleurs. Ce prince ne sçauroit empescher les médisances.

Feuquuîres.

DE M. DE LA VJC A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈIIES

A Pau, le 14 juillet 1673.

Monsieur, quoyque je n'aye pu jusqu'à présent me résoudre à penser que mes lettres fussent de prix à les faire passer d'un bout du monde à l'autre , et que par ce principe j'aye étouffé tous les sentiments de ma reconnoissance pour les grâces que vous me fistes en partant de Paris, et de ma douleur, qui augmente tous les jours, du peu de courage et du malheur qu'eust mon fils1 de ne vous suivre pas, je croy, nonobstant ce principe , debvoir changer'de méthode et vous aller trouver , par quelque voye que ce puisse estre, pour prendre part à la joye que vous auront donnée les relations du siège et de la prise de Maastricht et vous tesmoigner celle que nous en avons receue. La qualité de ministre vous y fera regarder particulièrement la gloire de nostre grand monarque et l'avantage de ses affaires ; mais pour nous, qui sommes dans notre petite condition privée , nous vous y regardons particulièrement comme père et vous souhaitons la conservation de M. le comte de Kébenac vostre fils et de la gloire

' G.abriel-Ignace de la Vie. 11 épousa Louise-Catherine de Feuquieres et devint maître des requêtes.

qu'il y a acquise. Il a remporté du péril le mesuie honneur que ceux qui sont morts à l'entour de luy, et une petite blessure Fa rendu aussy illustre et plus heureux que tous ceux qui y ont perdu la vie, sans estre allés plus avant que luy. Vous voulez bien, Monsieur, que nous prenions nostre part dans ces advantages de vostre famille, lesquels Dieu augmentera , s'il luy plaist , tous les jours ; et pendant que Messieurs vos enfants se rendent si recommandables et sur mer et sur terre, et que vostre employ vous acquiert tant de mérite auprès de Sa Majesté, nous tascherons , par nos vœux pour vostre santé et pour vostre retour dans le sein de vostre glorieuse famille, d'y estre comptés pour quelque chose et d'y tenir de ma part au moins le rang, Monsieur, de vostre très-humble et très-obéissant serviteur,

La Vie.

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