‹ Lettres inédites des FeuquièresChapitre 4 sur 50 · DE M. BERTHELOT A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES, A PARIS · texte numérisé non relu

DE M. BERTHELOT A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES, A PARIS

A Paris , le 6 mai 1665.

J'ay reçu vostre lettre que j'ay accompagnée de mon advis et envoyée au sieur Baranty. J'y ay adjouté seulement qu'il prist les quatre au cent, afïin que, comme vous y estes engagé par vostre marché, il ne vous en coustast rien par la déduction que vous seriez obligé de me faire, si les salpeslriers ne vous les donnoient pas. Vostre lettre est ample et bonne à suivre. Si après cela Baranty ne fait son debvoir, il aura grand tort.

Comme vous avez esté cejourd'huy à Saint-Germain, vous aurez, Monsieur, vu sans doubte Monseigneur le Grand-Maistre, qui vous aura pu dire comme il désire que je fasse mes salpestres de trois cuittes pour composer la poudre a canon. Je ne vous en avois dispensé qu'autant qu'il m'en dispensoit. Ainsy ce sont frais considérables qui vous regardent anssy bien que moy, et à quoy vous donnerez vos ordres aux commis de Lorraine et Trois-Eveschés , où nous conviendrons de la quantité que vous me diminuerez par chaque cent de deux cuittes , qui peut aller de 1 3 à 1 5 livres ô* salpestres pour chaque cent , ce qui est une

grande perte, .le ne vous fais point de compliment là-dessus ; j'y suis plus maltraitté que vous, puisque cela se respand sur le général. Je suis, Monsieur, vostre très-humble et très-obéissant serviteur,

Berthelot.

DE M. GERARD A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIERES

A Verdun , le 11 mai 1665.

J'arrive présentement en cette ville où j'ay trouvé vostre lettre du 4 de ce mois , dans laquelle vous me querellez fort. Mais celle que je vous ay escritte de Metz vous désabusera sur la paresse que vous croyez en moy touchant le Verdunois, où je ne pouvois donner un meilleur ordre que celuy que j'y ay mis avant que de partir, et en suivant ceux contenus au mesmoire de M. Baranty, dont j'ay tiré copie , et mesme de vos lettres qui me marquoient de ne pas donner plus de 12 à \ 3 livres du cent de salpestre d'une cuitte ; j'en ay offert jusques à 1 5 livres, et si les salpestriers n'ont pas voulu travailler. H y en a pourtant qui travaillent , et j'ay vu qu'un peu de fermeté les pourroit mettre à la raison. Cependant puisque vous me donnez tout pouvoir par vostre dernière, ne vous mettez pas en peine; je me règleray donc sur ce que je sçay de vostre mai-

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ché , et dès demain je travailleray d'importance , encore que je n'aye pas perdu un moment de temps depuis la première nouvelle de la signature de vostre marche. J'ay appris que M. Baranty m'avoit attendu icy trois ou quatre jours : il estparty d'hier pour aller à Toul. Je ne sçais pas qui vous aura dit que je m'estois réservé Toul, parce que voilà la première nouvelle que j'en ay apprise , et n'en ay jamais parlé à personne. Je n'ay pas non plus donné les mains aux promenades de M. Baranty, ainsy que je me suis desjà donné l'honneur de vous l'escrire de Metz; et il n'y a que faire de s'excuser sur moy; que chacun fasse ce qu'il est obligé de faire , et j'espère, de mon costé, qu'on n'y trouvera point de manque, s'il plaist à Dieu. Si je ne m'excuse pas sur luy , qu'il ne s'excuse pas sur moy. Cela n'empeschepas que je ne luy fasse sçavoirtouttes choses; il m'a laissé un billet par lequel il me mande de luy faire sçavoir à Toul ce que j'ay fait à Metz, et mardy ou mercredy je le luy apprendray, affin qu'il se règle sur le mesme pied. Si je suis un peu froid en bien des choses, c'est que j'ay peur de manquer et d'avoir des réprimandes de vostre part. Si vous n'aviez pas à fournir du salpestre à Lyon , vostre affaire seroit admirable; mais il v a les voitures. En toutes choses, s'il vous plaist, patience; il ne faut pas se rebutter, on viendra à bout de tout avec le temps. Quant à ce que je vous ay mandé de Metz

touchant les poudriers pour la poudre fine et les marchands , vous croirez que je me suis amusé comme M. Baranty ; mais cette affaire s'est faitte en faisant celle des salpestres. Je recognois qu'il y a deux poudriers: je fais deffense à l'un de cesser, et à l'autre je permets de travailler pour fournir la ville; il s'y oblige et à donner pour cela 25 pistoles pour reste de la présente année, seulement sans remonter la poudre. Si ces Messieurs de la ville de Metz escrrvent autrement , je certifieray le contraire, et que je n'ay nullement empesché le trafic de la poudre fine qu'on fait venir de Strasbourg et autres lieux. M. deLaurgade m'avoit promis merveilles; mais il a saigné du nez et est présentement contre moy ; il a dit aux Messieurs de la ville qu'ils peuvent avoir une batterie à poudre. Le sieur Colleson , présent porteur, vous dira bien des choses, s'il veut, sur ce chapitre; mais surtout souvenez-vous qu'il ne faut qu'une batterie à Metz, et qu'il faut une lettre de cachet à M. de Laurgade pour maintenir les ordres du Roy sur le fait des poudres. Il me semble qu'y ayant à Metz une seule batterie pour la fourniture de la poudre fine, tant de la ville que de la campagne, c'est assez qu'il y ait cinq à six marchands pour la débiter à prix commun. Il me semble aussy qu'après cela il n'y a rien à dire , et les Messieurs de ville ne le peuvent empescher. .le crois que c'est vostre intention et

celle de M. Berthelot , conformément à la commission de Monseigneur le Duc ; car s'il y a tant de poudriers, adieu une partie de nostre salpestre, et il me semble que le Roy n'y trouvera rien à dire, pourvu que ses sujects soyent fournis de poudre et qu'on la donne au prix commun. C'est tout ce que je vous sçaurois dire pour jcette fois.

Gérard.

DE M. BERTHELOT A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES

A Verdun, le 20 mai 1665.

Je vois que le sieur Gérard fait merveilles; j'en suis bien aise. Les preuves sont de me donner en diligence dans Lyon du salpestre de trois cuittes, bon, loyal et marchant sans sel ni graisse. Monseigneur le Grand-Maistre le veut ainsy. C'est pourquoy , affin que nous n'ayons aucune difficulté h la livraison, demeurez d'accord avec moy de le livrer raffiné de trois eaux; sinon je suis obligé de le refuser; et comme il me fàcheroit de vous faire une difficulté qui vous donneroit de la peine, mon debvoir es! de vous en advertir.

Le sieur de Baranty ne fait, dites-vous, pas son debvoir : renvoyez-le, car je ne prétends point estre

garant de ce à quoy il consomme les journées. Je vous ay dit qu'il ne s1 enfuira pas avec vostre argent, je le dis encore; de me rendre caution de ce que vous manderont vos gens et des impressions que cela fera sur vous, ce n'est pas de mon fait.

Pour de l'argent, je n'en ay point refusé. H y a d'ailleurs tout crédit dans Chaalons. Il est dit que l'argent sera employé en salpestre que M. Gérard livrera à M. Geoffroydans Metz : celuy-cy recevra et payera la valeur de ce qui lui sera livré. Je suis, Monsieur, etc.

Berthelot.

DE M. GÉRARD A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES, RUE DES SAINTS-PÈRES, A PARIS.

A Verdun , le 20 mai 1665.

Tout présentement j'arrive de la campagne. Je partis lundy matin pour aller à Billy, à Ville-en- Vouire et à Beaumont, desquels lieux je ne fais que d'arriver. J'y ay trouvé les salpestriers qui avoient cessé de travailler; j'ay remis au travail ceux de Billy et celuy de Ville. Ce dernier faisoit des siennes; mais je suis venu à bout de luy, après qu'il a vu que j'avois donné rendez-vous audit Ville à des archers pour agir contre luy. Ces deux-cy de Billy et

de Ville travaillent donc fort et ferme ; et celuy de Beaumont pourra commencer après les festes; je luy ay donné rendez-vous et à tous les autres pour prendre des départements. Demain je partiray pour aller à la terre de Beaulieu, où il y en a trois ou quatre, en attendant que M. Gargant m'en envoie d' autres. Si nous n'avons pas le Clermontois et les pays conquis, nous n'avons point assez de terrain pour employer quantité d'ouvriers. M. de Manimont ne veut point qu'on travaille aux salpestres dans son gouvernement , ni celuy de Marville, car, à moins que d'avoir un ordre du Roy à tous gouverneurs de la généralité de Metz, ce n'est que de l'embarras. Cet ordre peut porter que le Roy veut que la commission de Monseigneur le Grand-Maistre soit aussy exécutée dans les pays conquis ou généralité de Metz ; si ce mot de généralité y estoit, ce seroit tout dire.

J'ay reçu toutes les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'escrire par Metz , lesquelles M. Hénocq m'a renvoyées icy. Mais il m'est impossible d'y respondre à l'ordinaire, parce que les messagers de cette ville ne donnent pas le temps de faire response. Voilà François qui est arrivé à une heure après midy dans ces jours qui sont longs, et Périse part une heure après; ainsy on n'a pas une demiheure de temps pour escrire. A Metz, le courrier arrive le mardy au soir, et celuy d'icy le mercredy à

midy. Si vous rencontrez M. Boulleau, il n'y a pas de danger de luy en dire un mot.

Puisque vous voulez que Ton n'empesche pas tousles poudriers de travailler, je les laisseray donc faire. Celuy de Dampviiïiers dit qu'il travaillera malgré moy et que Dampviiïiers est des pays conquis. Voilà donc le moyen d1 user quantité de salpeslres ; car, empescher les salpestriers de leur en vendre, cela ne se peut, à moins que d'avoir des gardes qui soient jour et nuit aux environs des maisons des salpestriers : pour moy, je ne sçay point d'autres moyens. Mais il me semble que les ordres du Roy et commissions de M. le Duc doivent estre suivis ; autrement il n'y a guères de plaisir à tousjours prier et à se laisser jouer par le moindre petit ouvrier. Puisqu'il faut fléchir pour Metz, je le feray très-volontiers, et suivray tousjours l'honneur de vos commandements ; mais, quoy que puissent dire M. leDuc et M. Berthelot , il est très-important qu'on n'ait point de voisins que la Lorraine, ni poudriers travaillant dans les villes et villages sans permission. Le poudrier de Dampviiïiers est capable d'user huit ou dix milliers de salpestre, celuy de Sedan autant, Sainte-Ménehould la moitié, Metz et Sedan ensemble huit à dix milliers, et les autres lieux à proportion. Après cela, nous aurons du salpestre; mais ce ne sera pas sans peine, laquelle peine je prendray volontiers et ne m'endormiray pas; et après que

j'auray fait ce que je dois, je seray fasché si les choses ne vont pas bien. Si vous aviez plus de huit livres du salpestre vendu à Lyon, il n'y auroit rien à perdre , à cause qu'en donnant plus de cinq sols aux salpestriers on auroit plus d'ouvriers et plus de salpestres. Ainsy, à Metz, si on veut donner jusques à vingt-quatre livres du cent à Saint-Biaise ou à d'autres, ils s'obligeront à plus grande quantité, et au Verdunois à proportion. Ne vous mettez pas en peine si Saint-Biaise manque à sa fourniture ; je le feray bien fournir, pourvu qu'on me laisse faire.

Voilà ce qu'on me donne le temps de vous escrire ; car le messager veut partir. Je suis, Monsieur, etc.

Gérard.

DE M. RERTHELOT A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIERES

A Paris, le 22 mai 1665.

Je viens, Monsieur, de recevoir une lettre du sieur de Baranty, suivant la lecture de laquelle je reconnais que vous aurez peine à faire la fourniture entière de soixante-dix milliers de salpestre pour l'ordinaire. Cependant, les trente milliers de Lyon me pressent fort, et si je n'en avois moitié vers la fin de juin, je me trouverois embarrassé.

Prenez garde que le bas prix que vous donnez

des salpestres n'empesche l'establissement ; car les pauvres gens ne sont jamais attirés à une manufacture que par Futile qu'on leur fait trouver, particulièrement dans les commencements.

Je vais ce soir à la cour, sans quoy je me serois donné l'honneur de vous voir pour vous dire de bouche les instances que Ton me fait de satisfaire à ma fourniture. Dans tous les magasins, hors ceux dont vous estes chargé, j'y satisferay en mettant le tout pour le tout, ne voulant manquer. Ainsy, je vous prie de faire de mesme de vostre costé, et de me croire, Monsieur, tout à vous,

Berthelot.

DE M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIERES A M

A Harbonières , le 1 3 septembre 1 666 .

Monsieur, vous verrez par la lettre de M. Colbert le sujet de Fenvoy de ce porteur et celuy du voyage que je ferai à Arras, s'il y a quelque chose dans la chambre d'Artois dont la cognoissance puisse servir à dresser ma généalogie, qui est celle de la maison de Pas, et que vous l'ayez agréable, comme je vous en supplie. Je fais passer ce mesme porteur jusques à Aire et possible plus loin vers Messieurs de Rebours et de Rebéque pour le mesme dessin ; il prendra votre response au retour, si vous m'en voulez ho-

norer; et si, Monsieur, dans la suitte vous avez la bonté de me vouloir apprendre de vos nouvelles, il ne faut que les adresser à Harbonières près Péronne. Mais j'espère avoir bien tost l'honneur de vous voir, et vous supplie cependant d'agréer les offres de mes services. Je suis, Monsieur, vostre très-humble et obéissant serviteur,

Feuquieres.

DE M. ARNAULD DE POMPONNE A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES, A VERDUN.

A Stockholm ', le 4 septembre 1667.

L'Abbé " me mande une si jolie action de vos aisnés que je ne puis m'empescher de m'en resjouir avec vous3. L'on doit avoir joye de leurs blessures, puisqu'elles n'ont servy qu'à signaler leur fermeté et leur courage; et c'est quelque chose d'assez beau en vérité de les voir blessés et à leur âge retourner en-

4 Arnauldde Pomponne était alors ambassadeur en Suède. 2 M. l'abbé de Feuquieres.

5 Les deux fils aînés de M. le marquis Isaac de Feuquieres , qui n'avaient pas vingt ans , s'étaient distingués au siège de Lille. Ils s'étaient trouvés aussi à ceux de Douai , de Tournai, de Courtrai et d'Oudenarde, et prirent part à toute cette pompeuse expédition de Flandre que Voltaire compare à un voyage de cour. « Le Roi s'amuse à prendre la Flandre, » écrivait madame de Sévigné à Arnauld de

Pomponne.

core à l'attaque. Ce que j'en estime davantage, c'est que la chose s'est passée aux yeux du Roy, et qu'il leur a rendu le tesmoignage le plus favorable qu'ils en pouvoient attendre. L'estoile changera peutestre à ce nouveau degré, et, s'estant épuisée sur tant d'autres à mal faire, peut-estre respandra-t-elle quelques grâces sur nos enfants. C'est ce dont je me flatte pour les miens, et qu'ils seront plus heureux que je ne l'ay esté jusques à cette heure.

J'apprends de l'Abbé que vous allez vous establir pour quelque temps à Verdun. Si la guerre continue, les gouvernements et les gouverneurs reprendront leur ancienne considération. Adieu; je suis entièrement à vous.

Arnauld de Pomponne.

DE MADAME LA MARQUISE DE SAINT-CHAMOND A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQU1ÈRES, A PARIS.

A Pau, le II mars 1670.

A ce que je vois, mon cher frère, il n'est plus temps de barguigner, puisque vous aurez vu, par la lettre de M. de Saint-Chamond ' , que je vous en-

1 Ce n'est pas du mari de madame de Saint-Chamond qu'il s'agit ici : il mourut en 1665.

voyay par F autre courrier, comme il m'avertit que les quarante mille escus qu'il me doit seront à Paris le 15 de ce mois, J'aurois désiré , et pour bien des raisons, que ce payement n'eust pu estre sitost prest et que j'eusse pu avoir, comme je vous l'ay desjà mandé , cet esté par devers moy pour aller faire un tour au lieu que vous sçavez, voir si je m'en accommoderois , et avoir au moins ce prétexte de me promener et de gagner du temps. Mais si cela ne se peut, il faut voir ce que nous ferons, afin que mon argent ne chôme pas, et que j'en puisse tirer le revenu. Si j'estois à Paris, je sçay bien ce que j'aurois à faire, qui seroit, mon cher frère, de voir, suivant la proposition que vous m'avez faite, quelle seureté vous pouvez me donner, et si, en vous obligeant, j'y trouverois mon compte. Vous me croyez, je pense, assez raisonnable, pour croire que j'agiray en ce rencontre par la droite raison, et non par le caprice des gens, et pour estre ravie de trouver à vous faire plaisir, la chose ne m' estant pas nuisible. Mais il me semble que mon absence rompt le cou à tous nos desseins, et que la procuration que je vous ay laissée vous nuit ; car comment serez-vous juge et partie en ce rencontre? C'est à vous à faire voir la nature de vostre bien, vos debtes les plus anciennes, et enfin tout ce qu'il faut pour l'entière asseurance de mon argent et de mon revenu, afin de maintenir nostre amitié sans trouble et sans chicane,

soit avec vous soit avec vos enfants. A. qui ferezvous voir tout cela, moy n'y estant pas, et personne n'ayant pouvoir d'agir en mes affaires que vous? Ne vous semble-t-il pas, cela estant, qu'il y a une certaine bienséance qui vous oblige de n'estre pas le juge de vos propres intérests, et quelque considération qui m'oblige, en tesmoignant tousjours la confiance entière que j'ay en vostre amitié et probité, de faire connoistre que je veux agir par connoissance de cause? Si j'estois à Paris, mon cher frère, vingt-quatre heures nous osteroient cet embarras; mais, cela n'estant pas, j'advoue que je ne sçay que faire. Si l'on avoit pu, comme je vous l'ay desjà dit, esviter ce payement pour quelque temps, ç'auroit esté une bonne affaire. Si cela ne se peut, je croy que vous devez assembler ma famille comme feroit un autre.

Je ne sçay si la fiebvre que j'ay eue toute la nuit et que j'ay encore, ne me donne pas assez de confusion dans l'esprit pour que ce que je dis ne soit pas inintelligible ; mais il me semble fort que ce que je pense est fort raisonnable et pour l'un et pour l'autre, et que, vous parlant fort sincèrement, je ne le puis faire avec plus de marques d'affection ; voyez donc, avec celle que vous m'avez promise, ce que nous ferons à tout ceja. J'escris à M. de Toulongeon *

1 Henri , comte de Toulongeon , fils d'Antoine II, duc de Gra-

ce que me mande là-dessus M. de Saint-Chamond, et quil raisonne avec yous de. Testât où il me trouve, qui, à vous dire vray, me paroit peu agréable. Encore une fois, quoyquil me soit nécessaire, je ne souhaitte point toucher cet argent présentement, cela dérangeroit le dessein que j^ay de me promener cet esté, ma santé n1 estant point bonne, et d'ailleurs la cour et le monde ne m1 ayant pas assez bien traitée pour que T envie de les revoir Temportast par dessus ce petit plaisir. Songez encore , je vous prie, à faire cesser toute chicane , et que la bonté que vous avez eue pour M. de Saint-Chamond de luy prester mon nom ne me fasse pas une affaire , car absolument je n'en veux pas ; je veux finir mes jours en repos. Travaillez pour cela, je vous en conjure, et me croyez absolument à vous.

DE LA MEME Al) MEME.

Le 28 may 1670.

Je suis bien malade aujourd'huy, mon cher frère; ainsy je ne sçaurois respondre à vostre lettre du 20 ni à celle du 23, que je viens de recevoir ; ce sera

mont, frère de madame de Saint-Chamond, maréchal des camps et armées du Roi, lieutenant général au gouvernement de Béarn et de hasse Navarre, mort en 1699.

lundy, s'il plaist à Dieu. Cependant je vous diray que si M. de Saint-Chamond a son argent prest, ce dont je ne sçaurois m'empescher de douter, et qu'il veuille absolument le donner, il est mal aisé de se dispenser de le recevoir. C'est où vous devez, s'il vous plaist, vous empescher d'estre trompé. Pour laseureté du coffre, il me semble que vous en avez un de fer que vous pourriez me prester et mettre en lieu sûr. Il ne pourroitrestre davantage, vous n'estant pas cbez vous, que dans la chambre de la comtesse de Louvigny, qui ne sort point, ou dans celle de Madame de Raffetot * , et vous en tiendriez la clef; car, pour vostre doyen, ressouvenez-vous qu'il n'y a pas encore un an que l'on coupa la gorge à un chanoine de Saint-Honoré pour le voler. M. Alard est un homme fidelle, en qui vous pouvez vous fier. Je vous dis tout cela, espérant que M. de Saint-Chamond pourra différer à vous donner cet argent. Faites-y ce que vous pourrez, je vous prie.

1 Madame de Raffetot et madame la comtesse de Louvigny étaient delà famille de Gramont et par conséquent parentes de madame la marquise de Saint-Chamond.

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