‹ Lettres inédites des FeuquièresChapitre 5 sur 50 · DE M. ARNAULD DE POMPONNE A M. LE MARQUIS DE FEUQUIÈRES · texte numérisé non relu

DE M. ARNAULD DE POMPONNE A M. LE MARQUIS DE FEUQUIÈRES

A Stockolm, le 31 octobre 1671.

Je reçois aujourd'huy vostre lettre du 2 de ce mois, et je sçay bon gré à M. du Fresne de vous mettre le cœur au ventre pour les emplois au dehors. Je vous y ay vu penser autrefois. Si j'y puis quelque chose à cette heure1, au moins si le Roy veut bien agréer que je luy propose les personnes que je trouverois capables de s'en bien acquitter, vous serez asseurément des premiers. Le mestier n'est pas utile et n'aide pas à remettre des affaires en Testât que sont les vostres; mais il occupe et fait cognoistre le mérite des gens ; c'en est assez sous un aussy bon et aussy juste maistre que le nostre, qui sçait donner le prix et la récompense aux services que l'on luy rend. Si vous prisez donc cette pensée, commencez de bonne heure à vous la mettre dans la teste, parce que c'est desjà faire les choses en

' Arnauld de Pomponne venait d'être choisi par le Roi pour remplacer M. de Lvonne au département des affaires étrangères, et, étant encore à Stockholm, il songeait à se faire donner M. le marquis de Feuquières pour successeur à l'ambassade de Suède, ce qui eut lieu, selon son désir, peu de temps après. Il ne l'eut pas cependant pour successeur immédiat dans cette charge, qui fut donnée à M. Courtin.

quelque sorte que de s attacher fortement à les vouloir faire.

11 faut estre plus proche des affaires que je ne le suis jusques à cette heure pour juger s'il y auroit quelque chose à faire du costé que M. du Fresne le croit ; mais, en ce cas, je serois fort aise que le Roy vous voulût réserver l'honneur d'y travailler, et vous jugez avec quelle joie j'y contribuerois.

Je vous ay desjà mandé mon sentiment sur M. du Fresne, et qu'il n'y a personne sans exception que je croie plus capable des affaires étrangères, et que je souhaitasse plus d'y employer. Ce dont je doutte seulement est que j'aye de quoy l'occuper comme il le mériteroit. C'est ceque nous verrons àmon arrivée.

Je suis dans un chagrin estrange de la voir reculée par la tempeste qui a obligé M. Courtin1 à quitter la mer. Je ne sçay point encore qu'il ait repris le chemin de terre. Ainsy, je ne puis juger encore ni quand il sera icy ni quand j'en pourray sortir.

Je suis très-obligé à M. de Luxembourg des facilités qu'il veut bien m'offrir pour mon voyage; mais je doutte que je prenne la route de Francfort et de Metz, qui seroit beaucoup plus longue.

Je ne vois guères que j'aye occasion de despescher avant moy à la cour; mais quand cela seroit, je

1 Antoine Courtin, néàRiom en 1622, mort en 1685. Il allait remplacer Arnauld de Pomponne à Stockholm.

doutterois que je dusse hasarder le chevalier deFeuquières dans uu si long et si rude voyage, estant principalement aussy délicat qu'il paroist, et haïssant autant la peine ; ce n'est pas que, pour luy faire perdre, s'il est possible, sa paresse et son inapplication naturelle, je ne croie assez bon qu'il en ait; mais je crois qu'il la doit commencer dans la fatigue des trouppes et de l'armée. Dans le nombre d'enfants que vous avez, il s'en trouvera quelqu'un, comme je l'espère, dont vous voudrez bien que je prenne soin, et qui se trouvera plus propre à l'usage que j'en pourrais faire dans les choses de ma partie que le Chevalier. Adieu; je suis entièrement à vous.

ArNAULD DE POMPONNE.

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