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DES MEMES At) MEME.
A Cologne, le 20 janvier 1674.
La négociation que M. de Lisola avoit commencée à Liège, pour engager les Estats de ce pays à se départir de la neutralité, est entièrement échouée; il ne songe plus qu'à revenir icy ; mais, pour adoucir son chagrin et haster son retour, les magistrats de Liège Iuy doivent faire un présent de quatreoudesix mille escus; ainsy on ne pourra pas dire que son voyage ait esté entièrement inutile.
Les ambassadeurs d'Angleterre ont offert d'entrer en matière avec les ambassadeurs des Estats et ont demandé que quelques points touchant le commerce des Indes fussent présentement arrestés, conformément aux propositions qu'ils en ont faites dès le mois de septembre; les ambassadeurs des Estats ne paroissent pas disposés à en convenir, parce que ces points sont entièrement contraires aux intérests de la Compagnie des Indes d'Amsterdam, qui ne peut souffrir, soubs quelques prétextes que ce soit, qu'aucune autre nation ait le commerce libre dans les Indes.
M. de Luxembourg a pris le chemin de Charleroy ; il y devoit arriver le 1 5. Les lettres de Bruxelles portent qu'il esloit le 14 à Nivelles; ainsy, il y a
beaucoup d'apparence que Monsieur le Prince, qui estoit party de Paris le onze de ce mois , y sera retourné et que toutes les troupes se seront mises dans des quartiers.
On assure que M. de Monterey et M. le prince d'Orange se sont séparés fort mal satisfaits l'un de l'autre et que leurs troupes se sont beaucoup ruinées dans la dernière expédition qu'ils ont faite.
Il est arrivé icy ce que nous avions préveu et que nous vous avions mandé il y a huit jours, que le traité entre l'Angleterre et la Hollande recevroit de grandes difficultés sur le subjet du commerce. L'affaire est en estât de ne se pas conclure de longtemps s'il n'arrive quelque contre-temps en Angleterre , qu'on ne peut prévoir et qu'on doit tousjours craindre.
Les ambassadeurs de Suède ont eu en tout cela une conduite dont nous ne pouvons assez nous louer.
Nous avons receu vostre billet du 23 décembre et la copie de la lettre que vous escrivez à M. de Pomponne. Nous n'avons point eu de vos lettres depuis celles du 6 décembre jusques à celles du 23. Cependant, il est fort important que nous sçachions icy ce qui se passe en Suède. Nous souhaitons que tout ce que vous mandez à la cour et vous a esté dit par Monsieur le Chancelier, se trouve véritable dans toutes les circonstances et produise en son temps l'effet que nous en devons attendre. Surtout,
nous doutons que le traité avec M. rélecteur de Brandebourg soit aussi formel pour la paix qu'on nous le veut faire croire et qu'il soit autant à nostre advantage. Nous serions fort aises destre trompés dans F opinion que nous avons que ce traité ne contient qu'une alliance défensive ; on nous en parle icy dans ces termes. Nous sommes, Monsieur, beaucoup plus à vous que nous ne vous le pouvons dire ,
COURTIN, BaRRILLON.
DE M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIERES A LOUIS XIV
De Stockholm , le 20 janvier 1674.
Sire, pour continuer à insinuer l'appréhension d'un retranchement de subside en cas d'inaction , ainsy que Vostre Majesté m'a fait l'honneur de me le commander, j'ay dit au comte Nils Brahé que, bien loin d'une augmentation dont il m'a parlé deux fois, je concevois dans mon esprit le dessein de rabattre ce qui a esté payé sur l'extraordinaire en l'appliquant sur l'ordinaire , et que je leur jouerois infailliblement le tour s'ils ne prenoient pas une bonne résolution tout aussitost que la response de l'Empereur à la déclaration qu'ils ont donnée à son envoyé, seroit arrivée, ou seulement si cette response
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tardoit trop à venir, n'estant pas juste que le silence de l'Empereur ou sa négligence prévalussent sur toutes les bonnes œuvres de Vostre Majesté. Je luy ay dit aussy, Sire, que je voulois bien qu'ils sçussent que j'avois fait retarder le payement du mois de janvier tout exprès pour me venger de ce qu'ils s'estoient mocqués de moy en me monstrant des troupes toutes prestes à passer la mer. Je ne doute point, Sire, que ce discours ne soit fidèlement rapporté , parce que ce comte n'a point approuvé la conduite qu'on a tenue; au contraire il l'a blasmée en plein sénat et devant le Roy en particulier, disant que le manquement aux traités faisoit perdre les amis et attirait le mépris des ennemis. Et j'ay sçu aussy qu'il avoit pris contre son sentiment la commission de me parler d'augmenter le subside. Cependant, Sire, je n'ay aucune nouvelle du payement, qu'on attend icy avec impatience. Il y auroit danger, ce me semble, que ma prétendue vengeance, estant poussée trop avant, ne Hst un mauvais effect à la venue de la response de l'Empereur, où je presseray ces gens-cy de prendre des résolutions vigoureuses, parce qu'ils pourroient bien attribuer le retardement à l'impuissance de payer, qui seroit une cbose bien plus fasclieuse, y ayant desjà icy de méchantes relations sur lesquelles on dit que l'opiniastrelé des ennemis est fondée. Et je ne sçay d'où vient le bruit qui court que l'évesque de Munster n'est pas bien payé ; mais on m'en parle
de tous les costés comme si on en vouloit tirer des conséquences.
Le sieur Wanghelin , Sire , est retourné avec la ratification du traité de Brandebourg, et le baron Youl avec le projet de celuy de Danemarck. Présentement , il s'agit de faire celui de Hanovre, dont je vais rendre compte à Vostre Majesté.
La lettre, Sire, que j'écrivis au duc de Hanovre, après la première visite de son envoyé, dans laquelle je connus qu'il manquoit de pouvoir et d'instruction pour le principal, qui est l'exécution des traités avec Vostre Majesté, n'a pas eu grand effect, sa response n'ayant esté proprement qu'un galimatias pompeux auquel Podwils adjoustoit franchement que l'envoyé n'avoit point eu d'autre ordre sur ce subjet sinon d escouter. Mais, Sire, ce prince a fait davantage de réflexion sur l'extrait d'une lettre de Vostre Majesté, que je donnay à son envoyé à sa deuxième visite, car, sur iceluy, il luy a commandé de me parler; de sorte, Sire, que me trouvant plus en droit et en pouvoir que je n'estois auparavant de presser le Chancelier sur cette affaire, j'ay commencé par luy escrire, ne pouvant pas le voir, à cause qu'il s'est retiré pour pleurer la mort de sa mère. Et auparavant , Sire , que de l'envoyer, je l'ay communiquée à l'envoyé de Hanovre , qui l'a approuvée, et au comte IN ils, que j'ay voulu engager, par cette confidence, à prendre l'affirmative auprès
du Roy, à qui il a desjà parlé de cette affaire à ma prière.
Le Chancelier, Sire, a dit au sieur de la Piquetière, qui en estoit le porteur, qu'il estoit bien aise de la bonne disposition du duc de Hanovre, mais que, néantmoins, il falloit bien se ménager dans la conduite de cette affaire, à cause que ce prince est fort décrié en Allemagne par la partialité qu'il tesmoigne pour la France, louant fort ensuite la prudence de la Suède, que ledit sieur de la Piquetière luy répliqua avoir esté un peu excessive; Vostre Majesté remarquera, s'il luy plaist, que jusques icy le Chancelier avoit tousjours voulu accuser Hanovre de froideur dans les intérests de Vostre Majesté. Il dit encore que de tous les costéson parloit du voyage de cet envoyé, qui devoit pourtant estre secret. Tout cela, Sire, ne me présage pas plus de facilité dans cette affaire que je n'en ay eue dans celle de Danemarck, de laquelle le Chancelier prist occasion de dire que la Suède y avoit fait un grand sacrifice à Vostre Majesté.
Le sieur de la Piquetière luy dit aussi , Sire, que Vostre Majesté avoit déclaré aux ambassadeurs quelle ne donnoit aux ennemis que le mois de janvier pour accepter la trêve. A quoy il respondit qu'il ne douttoit point que les Hollandois ne l'acceptassent, puisqu ils avoient déclaré qu ils feroient en cela comme l'Empereur et que l'Empereur avoit tes-
Zlxk LETTRES INÉDITES
moigné à Puffendorff de très-bonnes dispositions , qu'ainsi il ne resteroit plus que les Espagnols qui ne voudroient pas demeurer tout seuls en guerre.
Sur un mot, Sire, qui estoit dans ma lettre, par lequel je tesmoignois appréhender que l'Empereur ne prétendist contraindre la Suède à ne rien relascher des conditions qu'elle a demandées à Yostre Majesté, le Chancelier a dit que l'Empereur n'avoit rien à voir à cela et que toutes ces conditions avoient desjà esté offertes ou accordées par Vostre Majesté, excepté celle de Lorraine, à laquelle on ne s'attachera pas, ce que Vostre Majesté a desjà déclaré sur icelle estant assez équitable et honneste. Cela est venu, Sire, de ce que le jour auparavant le Chancelier m'avoit fait demander si je trouvois à propos qu'il communiquast à Sternberg la déclaration qui m'a esté faitte, de laquelle il le pressoit fort, et je luy avois fait respondre que, puisqu'il estoit douteux là-dessus, je le devois estre davantage, et je luy demandois la nuict pour y penser. La difficulté qu'il y trouvoit estoit qu'à cause de l'alliance de Vostre Majesté, qui n'est point avec l'Empereur, il doutoit s'il devoit communiquer réciproquement les déclarations. Il dit donc, Sire , au sieur de la Piquetière qu'il permettroit seulement qu'un secrétaire la communiquast comme par inadvertance. C'est une formalité de petite importance. Néantmoins, je n'ay pas esté fasché qu'on marquast cette différence en
faveur de Vostre Majesté, n'y ayant eu que trop d'égalité jusquesicy.
J'ay fait, Sire, le compliment de Vostre Majesté au roy et à la reyne de Suède sur la convalescence de ce prince. On m'assure que dans le sénat il prend tousjours le party de Vostre Majesté et ferme la bouche à ceux qui y sont contraires.
On attend icy l'ambassadeur de Hollande; j'espère qu'il arrivera après coup. L'ambassadeur que le roy de Suède a envoyé en Moscovie est arrivé à Moscou où il a esté reçu avec des civilités extraordinaires. Cette cour se va séparer pour quelques sepmaines. Je suis, sire, etc.