DE M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIERES A M. DE POMPONNE
De Stockholm , le 20 janvier 1674.
Vostre lettre, Monsieur, du 29 décembre m'apprend l'avis qu'on a donné à nos plénipotentiaires de la difficulté que le sénat de Suède faisoit d'exécuter noslre traité à cause de l'armement du Danemarck. Je n'en avois pas de connoissance précise, mais je m'en doutois bien, et c'est ce qui ma fait si fortement appuyer la négociation du baron y oui.
J'ay pensé bien ou mal , Monsieur, qu'il falloit
oster à la Suède une excuse vraysemblable, et que le pis qui pouvoit arriver de cette tentative pouvoit tousjours arriver et arriveroit infailliblement aussitost que la Suède se seroit déclarée pour nous. Et je n'ay jamais eu assez mauvaise opinion de F esprit et du cœur du roy de Danemarck pour croire qu'il en voulût abuser. Yoicy comme j'ay raisonné. Le Danemarck est obligé d' estre armé pour sa propre sûreté; si c'est à ses despens, il se ruine, et il ne peut estre aidé que par F un des deux partys; la Suède lui ferme la porte du costé du Roy, et de Fautre costé nos ennemis se réservent visiblement pour le pis aller, en cas que la Suède rompe avec eux ; c'est là une posture bien désagréable que le Danemarck ne sçauroit changer qu'en s' accommodant premièrement avec la Suède, et puib après avec le Roy, de qui il n'a reçu tout au pis que des refus honnestes ; car, pour ce qui est de s'accommoder avec nos ennemis, quand ils le voudroient présentement, il courroit trop de hasard d' estre abandonné teste à teste à la Suède et il doit avoir sur le cœur le mépris qu'on y a fait de luy. Tout cela, Monsieur, m'a fait croire que les offres de ce prince procèdent de bonne foy, et que, par son accommodement avec la Suède, le Roy auroit plus de moyen de s'assurer de luy, et mesme de s'en servir, sans que la Suède le puisse trouver mauvais. Dieu veuille que jaye bien rencontré! La balle va présentement à M. de
Terlon et me pourra revenir dans quelques semaines, pendant quoy je me divertiray de celle de Hanovre que je joueray avec plus d'assurance, y connoissant mieux l'intention de Sa Majesté.
J'apprends présentement, par des lettres de Hambourg, que M. Fromont a ordre pour payer le subside et qu'il a desjà commencé. Cette nouvelle estant sçue ici, on ne croira pas que je lave retardé. Je ne sçay , Monsieur , s'il ne seroit pas à propos une autre fois que j'eusse le premier connoissance de ce qui se passe à cet esgard, afin de le pouvoir avancer ou reculer selon qu'il est à propos pour le service du Roy. Je remarque que ces gens-cy sont bien plus accessibles quand ils ont besoin des autres que quand ils s'en peuvent passer.
Feuquières.
DE MADAME LA MARQUISE ARNAÏiLD DE POMPONNE A 31. LE MARQUÏS rSAAC DE FEUQTJIERES.
A Saint-Germain-en-Laye , le 25 janvier 1674.
Je ne vous diray pas grandes nouvelles, Monsieur, car il n'y en a point que celle que M. de Luxembourg est arrivé en bonne santé, et Messieurs vos enfants aussy; le chevalier de Pomponne, qui a
esté un peu malade s'est trouvé retardé; autrement il seroit présentement icy où il sera dans peu.
L'on a donné la charge de colonel des Suisses à M. le comte du Maine ' , et Ton donne à Madame la Comtesse 2 400 mille livres de dédommagement.
Je vous prie d'escrire dans vos premières dépeschesun mot de vosappointemens tant à M. Colbert qu'au Roy, car il est temps de les demander pour les toucher trois ou quatre mois après. En attendant ce que vous escrirez , je fais faire les pas nécessaires pour en presser le payement : le temps va devenir plus difficile qu'il n'a esté par le passé. J'ay parlé à M. Fromont et luy ay promis de luy donner tout hors ce qu'il faut à M. Courtin, qu'il faut achever de payer sur cette demy-année.
L'on donne icy force bals 3 et des comédies en
1 Louis - Auguste de Bourbon , duc du Maine , fils naturel de Louis XIV et de madame de Montespan , né en 1670 , mort en 1736. Il était alors âgé de trois ans. Le Roi avait donné peu de jours auparavant cette charge de colonel général des Suisses, à un autre de ses fils naturels, au comte du Vexin ; il la lui retira et lui donna en échange l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés.
8 Madame la comtesse de Soissons, veuve d'Eugène-Maurice de Savoie, comte de Soissons, mort en 1673 colonel général des Suisses.
5 « Ces bals sont pleins de petits enfants, écrivait madame de Sé- « vigne à madame de Grignan ; madame de Montespan y est négli- « gée, mais placée en perfection ; elle dit que mademoiselle de llou- « vroy (mariée en 1675 au comte de Saint-Vallier ) , est déjà trop « vieille pour danser au bal ; Mademoiselle, mademoiselle de Blois ,
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quantité ; (Tailleurs Ton mène une vie assez ennuyeuse; Ton va à Versailles le lendemain des Cendres. Adieu , Monsieur , souvenez- vous tousjours un peu de tous vos amis.
DE M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIERES A M. LE MAR- QUIS ARNAULD DE POMPONNE. *
A Stockholm, le 27 janvier 1G74.
Tay bien de l'impatience , Monsieur, de sçavoir si j^ay bien ou mal fait dans les affaires de Danemarck et Hanovre, dans lesquelles je n'agis pas encore avec une entière certitude des volontés du Roy. M. de Terlon nT escrit que les médiateurs ont fait grand bruit à Cologne de ce que le roy d1 Angle-
« (lille du Roi et de mademoiselle de La Vallière), les petites de Pien-
« ries ; mademoiselle de Roquelaure, un peu trop vieille, elle a quinze
« ans ; mademoiselle de Rlois est un chef-d'œuvre ; le Roi et tout le
« monde en est ravi ; elle vint dire au milieu du bal à madame de
« Richelieu : Madame , ne sauriez-vous me dire si le Roi est content
de moi ? Elle passe près de madame de Montespan, et lui dit : Mada-
iK , vous ne regardez pas aujourd'hui vos amies ; enfin , avec de
c< rtaines chosettes sorties de sa belle bouche , elle enchante par son
« esprit, sans qu'on croie qu'on puisse en avoir davantage. Je faisré-
a paratiou à la grande Mademoiselle, elle ne danse plus , Dieu merci !
« ( elle avait 47 ans ). On ne voit point encore les autres enfants ; on
« voit un peu madame Scarron. »
( Lettre de madame de Sévigné du 19 janvier 1674. )
terre vouloit persuader le Roy d'admettre le Danemarck dans la médiation. J'en ay parlé au Chancelier selon Tordre du Roy ; je ne sçais pas quel usage il en a fait, mais je crois que cela n'a pas esté inutile pour le disposer à ce que Sa Majesté vouloit de luy à l'esgard du Danemarck.
Le chevalier de Pas est tout désolé de ce que M. de Seignelay1 Fa trouvé trop jeune pour estre lieutenant2. La honne volonté qu'il a de servir fait que je compatis à sa douleur, qui nempeschera pourtant pas que je n'aye esté bien aise de voir M. de Seignelay secrétaire d'Estat à dix-huit ans. Je suis? Monsieur, tout à vous assurément.
FEUQUlfeRES.
DE MM. COURTXN ET DE RARRILLON A M. LE MARQUIS ISA.AC DE FEUQUIERES
A Cologne , le 27 janvier 1674.
Monsieur , les articles concernant le commerce dans les Indes et sur les costes d'Afrique ont esté proposés aux médiateurs par les ambassadeurs d'An-
1 Jean-Baptiste Colbert, marquis de Seignelay, fils aîné du grand Colbert ; né en 16ol, mort en 1690. Son père avait obtenu pour lui la survivance de sa charge de secrétaire d'État de la marine.
2 Lieutenant de vaisseau.
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gleterre. Les ambassadeurs des Estais ne paroissent pas disposés à en convenir, et il n'y a pas d'apparence que cette affaire aille aussy viste icy qu'on se l'estoit imaginé. Ce que demandent les Anglois pour la sûreté et la liberté du commerce semble plein de justice ; mais les intérests de la Compagnie des Indes Orientales d'Amsterdam y sont entièrement opposés.
On attend icy tous les jours M. de Lisola; il n'espéroit plus de pouvoir rien obtenir à Liège de ce qui l'avoit obligé d'y aller.
Les dernières lettres que nous avons eues de la cour nous marquent qu'on attendoit avec impatience le courrier que vous deviez despescber, afin de pouvoir estre éclaircy de ce que vous avoit dit M. le Cbancelier. Nous croyons que vous n'aurez pas manqué d'envoyer des duplicata par le courrier ordinaire; car vous sçavez que, l'Allemagne estant remplie de trouppes , il peut arriver des accidens aux courriers particuliers. Il nous paroist icy que la conduite de la Suède servira de règle à ceux qui veulent contribuer à la paix de l'Empire. Vous connoissez assez sans cela de quelle importance il est qu'on prenne des résolutions où vous estes, qui soient exécutées dans la suite et qui soient conformes aux engagemens qu'on a pris et aux traillés si ponctuellement exécutés de nostre part. Pourvu qu'elle entre en action , nous croirons qu'une aug-
mentation de subsides ne seroit pas mal employée; mais pour cela, comme nous vous le disons, il faudrait la voir agir, car le moyen de se fier doresnavant à des parolles ? Nous voyons par la lettre de M. Bidal, que nous recevons dans ce moment avec la vostre du 29 décembre, que vostre courrier a esté vingt et un jours à venir de Stockholm à Hambourg ; cependant les ordres que nous devons recevoir dépendent de son arrivée à Saint-Germain ; nous espérons que le duplicata aura suppléé au défaut de la diligence.
Nous sommes , Monsieur, avec toute sorte de passion et de vérité, entièrement à vous.
CoiJRTIN ET BaRRILLON.
DES MEMES AU MEME
A Cologne , le 3 février 1674.
Monsieur, la négociation commencée entre les ambassadeurs d'Angleterre et ceux des Estais ne s'avance pas. Les difficultés qui se rencontrent sur le point du commerce sont d'une telle importance pour Tune et l'autre nation, qu'il n'y a pas d'apparence qu'elles puissent estre aisément terminées. On escrit mesme de La Haye qu'on commence à ne plus espérer que le roy de la Grande-Bretagne fasse un traité séparé sans ses alliés, et les dernières let-
très de Londres portent que les principaux membres du Parlement jugent qu'il seroit esgalement honteux et nuisible aux intérests de l'Angleterre de faire une paix particulière. Nous espérons que les mesures que le roy de la Grande-Bretagne prend pour satisfaire son Parlement sur le sujet de la religion pourront engager le mesme Parlement à luy accorder un prompt secours pour soustenir la guerre et parvenir à une paix sûre, glorieuse et générale. C'est de quoy nous serons éclairés dans peu de jours.
Nous reçusmes hier vostre lettre du 1 3 janvier et les déclarations latines qui y estoient jointes. Nous souhaitons , Monsieur, que vous puissiez lever tous les prétextes qui pourroient retarder l'exécution des parolles qu'on vous donne. Nous trouvons qu'il y en a un qui est fort hors de l'affaire, c'est celuy des passeports pour les députés de M. de Lorraine. Nous ne scaurions estre bien éclaircis de la vérité des assurances qu'on nous a si souvent réitérées que quand nous en verrons l'effet, et cela ne se peut bien voir qu'au printemps. Les ambassadeurs de Suède font tout ce qui dépend d'eux pour nous persuader que les intentions de la Suède sont aussi bonnes pour nous que nous le pouvons désirer et que toutes les mesures qu'elle prend et les nx'nagemens qu'elle fait paroistre n'ont pour but II. 23
que de pouvoir à la fin se déclarer pour la France avec plus d'apparence de succès.
Nous sommes, Monsieur, avec beaucoup d'estime et de passion, entièrement à vous,
COURTIN , BaRRILLQN.
DES MEMES AU MEME
A Cologne, le 10 février 1674.
Monsieur, les nouvelles les plus importantes viennent présentement de Londres. M. de Ruvigny nous escrit du 30 janvier et nous mande que milord Arlington se peut dire hors d'intrigue , et qu'on ne poursuivra pas l'accusation intentée contre luy dans la Chambre des Communes. Il semble aussi qu'il y ait des dispositions favorables dans le Parlement pour accorder au roy d'Angleterre un secours capable de fournir aux frais de l'armement qui se doit faire nécessairement au printemps, si on veut soutenir la guerre ou la faire finir advantageusement.
Au surplus , les choses sont tousjours icy dans le mesme estât. Par nos dernières lettres de la cour qui sont du 30 janvier, nous sçavons que vostre courrier n'estoit pas encore arrivé.
[,e point du commerce empesche tousjours que la négociation ne s'avance entre les ambassadeurs d'Angleterre et ceux des Estats; il n'y a pas d'ap-
parence qu'on convienne aisément sur une matière si importante , et sur laquelle les intérests des deux nations sont si opposés. Les ambassadeurs de Suède lia vaillent toujours à former le tiers-party et à le fortiffier. Nous sommes persuadés qu'ils donneront le mouvement à tous les princes qui le composeront, et que la conduitte de la Suède leur servira de règle, si nous en jugeons par ses véritables intérests. Nous avons tout subjet d'espérer qu'elle voudra procurer au Roy une paix dont Sa Majesté se puisse raisonnablement contenter. Nous voyons néantmoins qu'elle s'est expliquée sur la Lorraine et sur les villes d'Alsace d'une manière qui plaira fort à nos ennemis. Pourvu que les intentions soient bonnes dans le fonds et qu'on voie une bonne armée de Suédois en Allemagne, l'action pourra aisément réparer les discordes et les écritures.
Nous sommes, Monsieur, avec toute sorte d'estime et de passion, entièrement à vous,
Courtin, Barbillon.
P. S. Il nous importe extresmement, Monsieur, pour régler nostre conduitte, d'estre informés de ce qui se passe au lieu où vous estes, et surtout des pensées qu'on y peut avoir sur les conditions de la paix. Si la Suède fait passer de bonne heure des trouppes en Allemagne et qu'on l'y voie tout de bon en estai d'agir , elle fera la paix ; mais si elle se
contente d'escrire et d'employer ses offices, elle ne fera point la paix et pourra perdre sa réputation et ses amis; c'est le jugement qu'on en fait ici. Nous ne croyons plus, vous et nous, aux paroles et nous attendrons les effets.
Nous perdons aujourd'huy M. Sparre et nous en sommes très-fâchés, car nous vivions dans une trèsgrande amitié avec lui. Il fera peu de séjour à La Haye et passera le plus tost qu'il pourra à Londres.
DE M. L'ABBÉ DE FEUQUIÈRES A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQLIÈRES
A Rennes , le 3 février 1674.
Monsieur, nos Estats ont duré sept semaines tout entières. D'abord ils ont esté très-fâcheux et trèsdifficiles; mais à la fin cela s'est bien tourné, et la cour en a esté très-contente, aussi bien que la province , quoyqu'il luy en couste 2 200 000 livres pour le don gratuit.
M. le duc de Chaulnes s'est acquis la bienveillance de toute la noblesse et a fait voir son adresse à bien ménager les esprits de part et d'autre. Je vous ay mandé comme quoy ma taxe1 avoit monté à
1 La taxe levée au bénéfice de l'abbaye de Relec en Bretagne , c'est-à-dire presque en totalité au bénéfice de l'abbé.
1 4 000 livres payables en deux ans. Je remettray les 12 000 livres qui m'en reviendront entre les mains de Madame de Pomponne, pour traiter avec mes créanciers, lesquels se mettront à la raison, puisque j'ay obtenu un arrest de surséance pour 5 ans , tellement que j'espère estre en repos dans trois mois, s'il plaît à Dieu; après cela je pourray dire : Nunc dimilth servum taum, Domine.
Je me suis fort attaché à ces Estats-cv, et il m'a paru qu'on estoit fort satisfait de moy. Je le suis tout à fait de M. le duc de Cbaulnes, qui en a usé trèsobligeamment.
Je suis venu icy pour y régler tous mes comptes avec mes receveurs et mes moines, et d'icy je crois m'en retourner à Cologne , où nous aurons plus souvent de vos nouvelles. Enfin , pendant que vous estes si esloigné et si occupé, il ne faut pas que je demeure inutile sur la fin de mes jours.
Vos enfans vous mandent de leurs nouvelles de Paris. J'attends icy le chevalier de Pas, qui s'en retourne sur mer , où il prend goust et réussira pourvu que Dieu le conserve.
Enfin vous aurez contentement de vos enfans, et pour ce qui est de la fortune, il ne s'en faut plus tant mettre en peine : vous avez de bons amis en cour. Adieu.
l'abbé de Feiqlùres.
DE M. LE CHEVALIER DE PAS A M. LE MARQl IS ISAAC DE FEUQUIERES.
A Paris, le 13 février 1674.
Monsieur, je ne vous avois pas escrit depuis que je suis icy, attendant que j'eusse de bonnes nouvelles à vous mander touchant ma condition présente, qui est la mesme que Tannée passée , avec cette différence pourtant que Fan passé il y avoit apparence de guerre et que celle-cy il y en a de paix. Si elle se fait, il n'y a point de bon party pour moy à la mer, et je ne pourray espérer de longtemps d'estre capitaine; car il se fera apparemment une grande réforme, et je crois que ce que je pourrois faire de mieux seroit de m'en aller à Malte.
Je n'ay pas manqué d'amis pour solliciter pour moy celte année , M. le mareschal de Gramont m' ayant luy-mesme mené chez MM. Colbert et de Seignelay, auxquels il m' avoit recommandé avec de très-grandes instances et beaucoup d'amitié, M. de Pomponne ayant de son costé fait tout son pouvoir, ainsy que M. le comte d'Estrées, qui me dit avoir fort pressé M. de Seignelay de me donner une lieutenance,voyant qu'il ne me vouloitpas faire capitaine; mais M. de Seignelay seul s'est obstiné à ne le vouloir pas, me disant que j'estois trop jeune et que je ne
pouvois pas avoir encore asssez d'expérience. On ne m'a pas conseillé d'en parler an Roy, attendu que cela me feroit une affaire avec M. de Seignelay, et qu'il me seroit aussi désavantageux d'estre lieutenant de cette manière-là que de ne l'estre pas, puisqu'il veut estre le dispensateur des grâces.
J'ay vu une lettre que vous escriviez à Madame de Saint-Auzony, à qui vous mandiez avoir dessein d'envoyer le chevalier d'Harbonnières à la mer; c'est un assez bon parti pour les cadets quand on est une fois parvenu à estre capitaine. Vous le pourriez aisément faire embarquer à Stockholm dans quelque vaisseau qui viendroit à La Rochelle , et si vous pouviez avoir une enseigne dès la première année , ce ne luy seroit pas une petite avance.
Je dois partir dans deux jours pour m'en aller à Rennes voir M. l'abbé de Feuquières : il me demande avec de grandes impatiences ; de là je m'en iray à Rochefort où je m'embarqueray pour servir dans le More, commandé par le chevalier de Fiacour, qui est un honneste homme et dont je suis amy.
J'ay envoyé vostre lettre à M. le comte d'Estrées, ne la luy ayant pas osé rendre moi-mesme , parce qu'il y a plus d'un mois que j'ay reçu des ordres pour m'en aller et que tout le monde me croit parti.
Puisque vous vous plaignez de ne recevoir point
de mes lettres, il faut que je vous dise que ce n'est
pas nia faute; car de toutes celles que j'ay escrites
pendant la campagne, on n'en a pas reçu une seule,
et je vous prie de croire que celuy de vos enfans
qui a le plus d'envie de recevoir de vos nouvelles
est
LE CHEVALIER DE PAS
DE M. LE MARQUIS ANTOINE DE PAS A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES
A Versailles, le 16 février 1674.
Le départ de l'ordinaire qui me presse m'empescbe de vous la faire bien longue ; je vous diray seulement que j'ay deux bons amis en Achille (M. de Pomponne) et Venceslas (M. de Luxembourg), et que tous deux travaillent à ce que je vous ay mandé il y a longtemps. Les cboses sont en bon train , et je crois qu'entre dix et quinze jours cela sera fait ou rompu. Rébenac est cbez luy. Lecbevalier de Feuquières, que j'avois laissé malade en Hollande, n'est pas encore revenu, et je suis embarrassé de ce que nous en ferons. Son cadet part ces jours-cy pour s'en aller à Rocbefort, et les autres sont dans leur collège. Je n'ay à adjouster à cette lettre que vous dire qu'on ne peut pas plus estre des amis des gens que l'on est des miens cbez M. de
Pomponne, où Madame de Pomponne s'intéresse à ce qui nous touche comme aux choses qui la regardent elle-mesme. Continuez-moy , je vous prie , F honneur de vos bonnes grâces.
de Pas Feuquières.
DE MADAME LA MARQUISE ARNAULD DE POMPONNE A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES.
A Versailles, le 16 février 1674.
J'ay reçu, Monsieur, vos deux lettres, Tune du mois de décembre et l'autre du 13 janvier, après que Barthélémy fut arrivé. Je vois par Tune et l'autre que vous faites beaucoup plus de despense qu'il ne faut ; il est permis à une intendante de parler comme je fais, et je vois , par ce que l'on m'a dit, ou que vous avez des gens qui vous volent, ou, avec vostre permission , que vous faites quelque chose pour despenser que je ne puis comprendre et que l'on ne voit pas. Si c'étoit de M. Courtin que j'eusse soin des affaires , je devinerois très-bien où l'argent iroit ; mais de vous je ne le veux pas penser. Cependant il est bon de vous advertir qu'il est très-difficile de tirer de l'argent, et que c'est une chose par laquelle l'on se trouve distingué que d'estre payé de ses appointements. Depuis deux mois je suis à demander vostre demy-année, et Ton ne la
touchera de plus de deux d'icy. Voyez ce que vous ferez avec M. du Flon, et tirez tout le moins que vous pourrez sur luy, car je vois qu'il se lasse, et M. Fromont aussy, d'avancer de si grandes sommes sans voir où les reprendre. Je crois entrevoir que vous avez des gens qui ne vous sont point propres ; je vous en manderay plus de destails par Barthélémy.
Pour ce que vous souhaitez savoir, je vous dis encore qu'il n'y a rien de si vray que l'on est très-content de la manière dont vous avez servi et que l'on est très-fort persuadé que vous ne pouvez faire plus que ce que vous avez fait. Ce qui vous est fort commode est que ceux qui ont esté là avant vous connoissent les gens à qui vous avez affaire et par là font bien connoistre, en lisant vos despesches, que l'on ne peut faire plus.
Nous n'avons plus que le marquis de Pas; car tous les autres sont à leurs devoirs. J'espère que ce que l'on fait pourra réussir et que vous le verrez dans un employ cette année. L'on ne peut mieux estre qu'il n'est avec M. de Roxane (M. de Luxembourg), et il fait tout ce qui despend de luy pour le servir. Adieu, Monsieur, je suis pressée de finir ma lettre.
DE MADAME LA MARQUISE DE SAINT-CHAMOND A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIERES.
A Pau, le 17 février 1674.
Je souhaite plus que jamais, mon cher frère, la liberté d'aller faire un tour à Paris, sans quoy je suis à la veille de perdre tout ce que j'y ay laissé, ce qui seroit ma ruine totalle. Je vous diray franchement que je ne suis point satisfaite de la manière dont Achille (M. de Pomponne) m'a servie : il a perdu une occasion qui ne se trouvera plus pour moy. Le bon Dieu veuille y remédier pour sa plus grande gloire ! Il sçait mieux que nous ce qui nous est nécessaire.
Nous attendons M. de Louvigny, qui vient prendre possession de son gouvernement, et mon frère de Toulongeon au mois de may pour tenir les Estats de Navarre et de Béarn. Je suis en traitté de la charge de sénéchal de Bigorre, et j'espère que nous en viendrons à bout. Adieu.
DE MADEMOISELLE CATHERINE DE PAS A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQITIÈRES
A Pau, le 17 février 1674.
J'ay reçu hier une de vos lettres avec bien de la joye, mon cher père, car il y avoit deux mois que je n'avois eu de vos nouvelles. Mon frère * arriva il y a huit ou neuf jours à sept heures du soir; vous pouvez vous imaginer la joye que ma sœur eut en le voyant; j'en eus aussy beaucoup. Je n'ay point encore vu M. le sénéchal pour luy dire ce que vous m'avez mandé. Il a mené mon frère à Rébenac2. M. de La Vie a présenté les lettres de M. le comte de Louvigny au Parlement; on dit qu'il a fort bien parlé. Je suis bien aise que mon frère Jules ait bien appris à monter à cheval. J'apprends à chiffrer. Adieu, mon cher père.