DE M. DE POMPONNE A. MM. COURTIN ET BARILLON AMBASSADEURS A COLOGNE
20 février 1 674.
Messieurs, Sa Majesté a en main un traitté signé à Vienne le 14 du mois passé, entre les commissaires de l'Empereur et l'envoyé de l'Electeur palatin, par lequel ce prince entre dans une ligue offensive et deffensive contre la France avec Sa Majesté Impériale. Les points principaux en sont que l'Empereur donne à ce prince deux mille hommes de pied et cinq cents chevaux, qui se joindront à ses troupes et luy presteront un serment particulier; il luy paye outre cela une somme de 50 000 escus, moitié après que l'Électeur aura fait publier les lettres avocatoires dans ses Estats, l'autre aussitost qu'il se sera déclaré publiquement de rompre avec la France et aura donné ordre à ses sujets de joindre leurs armes à celles de l'Empereur contre les sujets de Sa Majesté. L'Électeur s'engage à donner
olU LETTRES INÉDITES
toutte sorte de passage , d'assistance dans ses Estats et de retraite sous ses places aux troupes de l'Empereur, mesme de l'assister d'artillerie pour les sièges qui se devront faire dans son voisinage; mais la condition principale est la promesse qu'il fait à l'Empereur de recevoir garnison impériale dans Germersheim. Cette place est de l'autre costé du Rhin , à une lieue et demie de Philisbourg, trèsfoible jusques à cette heure, mais en estât de pouvoir estre fortifiée. Par l'extresme importance dont elle deviendroit entre les mains de l'Empereur, Sa Majesté a résolu de pourvoir d'une manière ou d'autre à cette affaire ; mais avant que d'employer la force, Elle a jugé à propos d'employer les voies de négociation et de douceur. Pour cela Elle a envoyé M. le marquis de Béthune à Heidelberg, et luy a mis en main toutes les assurances qui peuvent le plus persuader M. l'Électeur de l'amitié de Sa Majesté, mesme quelques offres pour le desdommager des pertes que les passages de l'armée ont causées dans ses Estats. Si M. le marquis de Béthune trouve ce prince disposé à se maintenir dans les bonnes grâces de Sa Majesté et à faire cesser les justes soupçons qu'Elle pourroit avoir des mesures qu'il auroit prises avec ses ennemis, l'atTaire se terminera par cette négociation ; que si au contraire ledit sieur marquis de Béthune trouve ce prince si opposé aux senlimens que Sa Majesté peut en désirer que peut -estre
mesme il ait desjà envoyé à Vienne la ratiffi cation de son traitté qu'il esloit obligé de fournir dans trois sepmaines, Sa Majesté a donné ordre à M. le marquis de Vaubrun ! de s'avancer vers Philisbourg sous le seul prétexte de pourvoir à la sûreté de cette place, et selon les advis qu'il recevra du marquis de Bétliune, il se saisira de Germersheim et préviendra, s'il est possible, l'entrée de la garnison impériale. Si l'affaire s'exécute en cette sorte, on ne doit point douter de l'esclat qu'elle causera dans l'Empire et que l'on n'y fasse un nouveau bruit de cette entreprise dans les terres d'un électeur. M. le marquis de Bétliune a ordre seulement alors de faire voir à M. l'Électeur palatin la copie que le Roy a eue de son traitté et mesme de le rendre public dans l'Empire.
DE MADAME LA MARQUISE ARJNAULD DE POMPONNE A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIERES.
A Versailles, le 23 février 1674.
Vous recevrez celle-cy, Monsieur, par Barthélémy, lequel vous rendra bon compte de tout; car pour moy il m'a fort bien rendu compte de vostre
1 Nicolas Beautru de Nogent, marquis de Vaubrun, lieutenant général des armées du Roi , tué à Altenheim en 1675.
vie. Ce que je vous puis dire, c'est que ceux qui auroient pu mettre fin à tant d'affaires que voilà bien engagées, parce qu'ils l'ont voulu sans autre raison que de le vouloir, croyent avoir fait la plus belle affaire du monde.
Nous voyons qui! Amynthe ' (le Roi) croit que tout est d'elle, et par là Bellérophon (M. de Louvois) seroit à couvert de tout. Diogène s'est surpassé et a suffy à tout ce qu'on lui a demandé. 11 faut sçavoir si cela pourra continuer ; on en doute fort, et voicy des derniers coups qui ne nous mettent pas bien dans nos affaires. 11 s'est passé bien des rencontres où Otkon a fait connoistre à Attila fie Roi) ce qu'il pensoit sur toutes choses, et je vous fais dire que le premier se trouve en estât d'attendre avec patience que l'on connoisse le droit chemin qu'il tient; je sçais qu' 'A mjntlie (le Roi) y a fait réflexion plus d'une fois; je sçais mesme que l'on suit souvent présentement ce que mande et dit Achille (M. de Pomponne); c'est un peu tard , mais il vaut mieux lard que jamais.
Pour vous rendre compte de nos affaires, elles ne sont pas en meilleur estât que lorsque vous estes party. Nous n'avons rien touché depuis quatorze mois, et je ne vois pas de jour que ce soit sitost.
1 Une des lettres suivantes de M. le marquis Antoine de Pas indique que le Roi est ici désigné sous le pseudonyme féminin d'Amjnte et plus bas sous celui d'Attila. Peut-être le nom d'Othon est-il un autre pseudonyme de M. de Pomponne.
J'ay dit à vostre aisnë une chose qui m'inquiète pour vos escoliers, c'est que F homme qui est auprès deux n'est point du tout ce qu'il leur faut. Il les accoutume à boire dans leurs chambres tous les jours, le soir et le matin, des deux et trois bouteilles de vin. Pour estre auprès d'eux, il n'y est point, et mesme je vous apprendray que les régents disent que, par son peu de soin, le petit abbé * , qui a tousjours bien fait depuis trois mois, se néglige fort, ne se maintient pas dans la piété qu'il faisoit paroistre et veut avoir plus de liberté. Ne faites pas semblant que je vous aye mandé tout cela ; mais escrivez comme pour vous informer de ce qu'ils font. M. le marquis de Pas, à qui j'ay fait voir de quelle conséquence cela est , m'a promis de voir, avec M. de Saint-Hilaire, ce qu'il y pourroit faire.
Vous avez auprès de vous un certain contrôleur dont vous ferez très-bien de vous défaire, car c'est un fripon ; vostre aisné vous mande ce qui en est. Je crois vous devoir dire aussy que vostre M. Persode et vostre maistre d'hostel, pour se faire despitl'un à l'autre, augmentent vostre despense en ne ménageant pas des choses qu'ils pourroient très -bien ménager.
Je ne perds point de temps pour demander vos appointemens, et ce que je vous puis dire, c'est
1 Philibert-Charles de Feuquières. Il devint abbé de Cormeilles, doeteur en Sorbonnc et évèque d'Agde.
que, si on les touche dans deux mois, ce ne sera pas mal. Je ne vous en escriray pas davantage, car je sçaisque vostre fils vous instruit de tout; je vous diray seulement que M. de Pomponne et moy sommes tousjours les mesmes pour vous.
Vous me demandez s'il ne se présente rien pomma sœur : jusqu'à cette heure il n'y a rien qui nous soit propre, et je ne puis dire quand , je n'en scais
ripn
rien.
Nous avons dit à Barthélémy de vous acheter à Hambourg un cheval pour mettre à la place d'un qu'il dit ne vous pouvoir servir, ce qui fait que vous allez souvent à quatre chevaux. M. de Pomponne a trouvé cela si vilain qu'il h,y a donné cet ordre et moy aussy : ne vous en prenez donc qu'à nous. Vous revendrez l'autre quelque chose.
DE M. LE MARQUIS ARNAULD DE POMPONNE A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQTJIÈRES. *
A Versailles, le 23 février 1674 .
Bien que je réponde à plusieurs de vos lettres vous n'aurez pas un fort grand discours de mov cet ordinaire. Je suis occupé à dépescher des courriers de tous costés sur l'attentat commis en la personne de M. le prince Guillaume. S'il y a quelque vigueur
et quelque sentiment en Suède, cette action devroit seule autant faire que nos traités et vos remontrances. Il y va de l'honneur de cette couronne de venger le mépris qui est fait de sa médiation, et il est de sa sagesse de prévoir à quels excès l'Empereur portera sa puissance si l'endurcissement de ceux qui ont eu le plus de part à l'abattre la laissent relever en Allemagne.
La dernière dépesche du Roy vous a donné tant de nouveaux pouvoirs et tant de nouveaux moyens pour déterminer la Suède si elle est capable une fois de s'engager à quelque action, que j'ay moins besoin de vous répondre sur tous les entretiens que vous avez eus avec le Grand Chancelier. On ne peut assez s'estonner de la manière dont il continue à éluder nos traittés et à tascher de nous faire croire que nous devons encore estre contens de sa conduite.
Pour l'affaire de Danemark , le Roy a fort approuvé que vous ayez contribué à rapprocher cette couronne de la Suède. Il eust esté à souhaitter qu'elles eussent esté réunies plus tost et que leur incompatibilité ne nous eust point jettes dans la contrainte de ne nous pas servir du Danemark par pure complaisance pour la Suède, lorsqu'elle respond si mal à ce qu'elle nous doit. Peut-estre aurions-nous pu faire un meilleur usage des mesures que nous aurions prises à Copenhague. Cependant nous appre-
nons que le comte de Windisgratz y vient de conclure un traité, et, bien que Ton nous assure qu'il ne contient rien contre la France et qu'il est seulement une extension ou une élucidation de la ligue de Brunswick, il suffit qu'il soit bon pour l'Empereur pour juger qu'il ne sçauroit estre bon pour nous.
Les nouvelles que nous avons d'Angleterre ne nous apprennent pas encore le traitté signé avec la Hollande, mais la chose ne vaut guère mieux. Cela seroit réparé si l'on prenoit à la cour où vous estes le mesme esprit qui a acquis tant de gloire à la Suède et qu'en exécutant nos traittés l'on y pourvust à sa propre sûreté contre la puissance de l'Empereur et à l'exécution de sa parole.
Il faut que le chevalier de Pas prenne encore patience pour cette année : selon les apparences , le changement de l'Angleterre le mettra peu en estât de voir de grandes actions à la mer cette campagne . Cependant, je puis vous assurer que l'on a icy une satisfaction fort véritable de vos services. Adieu.
DE M. LE MARQUIS ANTOINE DE PIS A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES
A Paris, le 24 février 1674.
La sûreté de cette lettre, qui vous sera rendue par le sieur Barthélémy, m'espargne la peine du chiffre et
me donne le moyen de vous rendre un grand compte de Testât de nos affaires à tous ; et, pour le faire dans le mesme ordre que vous nous le demandez, je vais commencer par moy et vous diray que je poursuis tousjours la mesme chose et que , depuis nostre retour, je n'ay songé qu'à celte affaire. Elle paroît en bon chemin et Ton ne peut pas mieux faire que font mes deux amis, qui, pour cela, se sont vus et ont concerté les movens dont il se falloit servir. M. de Pomponne a donc parlé au Roy, et en suitte d'un grand discours sur vous, il luy a dit que vous luy mandiez de faire ressouvenir le Roy que vous aviez quatre fils dans son service, que vous en auriez bientost cinq et après six, et que vous les lui recommandiez. Sur cela, le Roy, après luy avoir dit du bien de moy en particulier, luy dit qu'il estoit embarrassé sur mon sujet, parce qu'il vouloit faire pour moy et que pourtant la pluspart des employs de la guerre ne donnoient pas un grand revenu, a quoy M. de Pomponne respondit ce qu'il y avoit à respondre, et la conversation finit par dire qu'il verroit à faire dans peu quelque chose pour moy. Comme d'un autre costé, le Roy tesmoigna à M. de Louvois qu'il n' estoit pas content de Saint- Germain, qui est enseigne dans sa compagnie, et luy dit de chercher quelqu'un pour remplir cette place et de le luy proposer, cela met le premier en droit de parler pour moy , il doit demain, en luy rendant
compte d'autres choses, me proposer ; et puis, après cela, quand mesme on ne se détermineront pas encore, au moins verrons-nous bien à quoy nous en tenir. Voilà où en sont mes affaires de ce costé-là. Pour ce qui est du costé des finances, je vous supplie, Monsieur, de considérer qu'il est absolument impossible que je vive de ce que vous me donnez, et qu'un effort que vous ferez à l'heure qu'il est pour moy me servira beaucoup plus qu'un bien plus grand dans la suitle ; je suis dans un tel âge et, sans faire le fanfaron , tourné de manière qu'il y a assez de gens qui m'estiment un peu ; c'est me noyer que de ne me pas secourir, et, si vous avez quelque bonté pour moy, je suis sûr que vous considérerez ce que je vous dis. Ne m'abandonnez pas, je vous en supplie; un peu d'argent me manque, et voilà tout. Un effort pour moy ne sera pas perdu et je ne crois pas que vous entendiez dire que vous ayiez tort de m'ayder; songez, je vous prie, à mon âge; songez qu'on ne me reproche que ma grande gueuserie, et vous devez vous assurer que, dès le moment qu'on me verra, par vostre secours, un peu mieux , le reste se fera, car tout y est disposé. Voilà ce que jepuis vous dire sur mon chapitre ; vostre amitié pour moy vous dira le reste.
Kébenac est chez luy depuis le commencement du courant, et il me mande que l'oncle a fait son devoir et a enfin assuré ce qu'il s'esloit réservé.
11 reviendra pour la campagne, où, pour ce qui le regarde, il fera la guerre à l'oeil.
Le chevalier de Feuquières est encore à Nimègue. Je ne vous avois pas mandé que , quand on abandonna Utreclit, on l'y avoit laissé sans espérance et abandonné des médecins, parce que, comme je l'ay cru mort un temps, je laissois à un autre à vous en informer. Je reçus hier une de ses lettres, par laquelle il me mande qu'il veut estre capitaine de chevau-légers , de quoy je ne le juge pas capable et je veux qu'il soit cornette quelque temps auparavant , afïiri que, par ignorance, il ne nous fasse pas quelque chose de travers; mais il me mande qu'il n'en veut rien faire. Il dit que le maréchal d'Humières luy offre de le faire son aide de camp : à la bonne heure; mais, franchement, c'est un esprit qui, quoyqu'il ait des choses qui seroient bonnes pour d'autres et qu'il se tourne bien pour qui n'auroit autre chose à faire qu'à ne songer à rien , luy fera de la peine lorsqu'il mûrira et nous en fait desjà à cette heure.
Le chevalier de Pas est plus appliqué ; il est reparty il y a huit ou dix jours pour s'en retourner sur mer. Ils l'ont encore laissé enseigne, sans autre raison que parce qu'il est trop jeune ; mais cela ne le retarde guères , car je crois quil sera capitaine Tannée qui vient.
Le collège est un grand article et que je mettray
ZSU LETTRES INÉDITES
pourtant tout en un. J'ay appris que Bâclez1 ne s'estoit nullement corrigé de boire, et que, bien loin de là, presque tous les soirs il se faisoit de grandes débauches de vin dans la chambre de mes frères. Cela est d'un très-pernicieux exemple pour eux, et je luy ay mandé de me venir trouver demain matin , affin de luy en parler. D'ailleurs, il s'est fait faire vicaire de l'abbaye par le petit abbé ; il y a esté, et l'on m'a dit que cela ne s'estoit pas trop bien passé ; il y a fait des eschanges et m'a, il y a quelques jours, apporté un mémoire pour que j'en demandasse l'amortissement; mais, avant que de le faire, je m'informeray si cela est advantageux pour mon frère, qui, d'ailleurs, depuis trois mois, s'est un peu relasché, ce qui ne vaut rien, parce que dans quatre le temps de faire ses actes de philosophie sera arrivé. J'ay parlé de tout cela à M. de Saint-Hilaire, qui m'a promis de faire, sur tout ce qui regarde l'éducation et les estu des du petit abbé, tout ce que vous voudrez et ce que je désireray de luy C'est ponrquoy je crois qu'il seroit absolument nécessaire que , sans perdre de temps , vous escrivîssiez une grande lettre au petit abbé, par laquelle vous luy diriez que vous avez prié M. de Saint-Hilaire de s'approcher de luy, et qu'il faut qu'il le regarde, ncn pas comme un précep-
1 Précepteur des plus jeunes fils de M. le marquis Isaac de Feuquières.
teur, mais comme un homme qui, par rattachement qu'il a pour vous, veut bien prendre soin de ses estudes de théologie, parce qu'il faut qu'il le prenne sur un pied d'une grande considération ; car M. de Saint-Hilaire lui ayant de luy-mesme offert ses services, il y a quelque temps, par une lettre qu'il luy escrivoit, il ne luy sembla pas que la response fust telle qu'elle devoit estre , et j'ay sçu qu'elle estoit du style de Bâclez. Il faut aussy que vous en escriviez une à M. de Saint-Hilaire, pleine d'honnesteté et de confiance en ce qu'il voudra bien avoir soin de l'abbé, et je vous prie qu'elle soit en ces termes, tant pour M. de Saint-Hilaire luy-mesme, qui, comme vous sçavez, aime ce style, que pour que l'abbé le considère en voyant le cas que vous en faittes. Il faut encore que vous m'escriviez une grande lettre pour l'exécution de tout cecy, vous en remettant entièrement à moy, affin que, si l'abbé ne faisoit pas bien à cause de vostre esloignement , l'autorité qu'il luy paroistra que vous me donnerez le pût redresser; et tout cecy sera à propos, car le précepteur des enfans de M. de Pomponne a dit à Madame de Pomponne qu'il y avoit à craindre qu'il ne s'émancipât un peu trop. Pour Morcourt1, il a la rougeolle, et d'ailleurs il est
1 Morcourt et Mazancourt , frères cadets de M. le marquis de Pas. Ils portaient des noms de terres faisant partie du domaine de Feuquières.
fort libertin , cela luy vient de Mazancourt , qui s'applique à toute autre chose qu'à estudier, et le tout de Bâclez, qui s'est fort gasté et qui n'est point propre du tout à estre avec des jeunes gens. Voilà ce qui nous regarde tous , car, pour ma sœur * , comme elle est tousjours avec Madame de Saint- Chamond, je ne la connois pas. M. l'abbé de Feuquières est en Bretagne, M. le comte de Pas2 à à Paris, d'où il partira dans sept ou huit jours pour aller à Toul ; Madame la comtesse de Feuquières s en Picardie, d'où elle reviendra bientost ; mes tantes de Metz A se portent bien ; Madame de Boisgibaud tousjours malheureuse par la folie de son mari; Madame de Bathilly 5 marie sa fille aisnée. Du costé des Gramont, Louvigny s'en va en Béarn se faire recevoir; le comte de Toulongeon et celuy de Gramont sont tousjours de mesme.
L'on ne peut pas estre plus obligé à une personne que vous et nous ne le sommes à Madame de
> Mademoiselle Catherine de Pas , élevée par madame de Saint- Chamond, et vivant près d'elle dans le Béarn.
* M. l'abbé de Feuquières et M. le comte de Pas, frères de M. le marquis Isaac de Feuquières. M. le comte de Pas était gouverneur de Toul.
3 Diane de Poix, veuve de Louis , comte de Feuquières, maréchal Je camp , mort en 1670.
4 Madame la baronne d'Orthe et madame la marquise de Villeroy.
• Suzanne de Feuquières, épouse d'Antoine de Bathilly, maréchal de camp et gouverneur de Neufchâtel en Lorraine.
Pomponne : toutes nos affaires sont les siennes, et il suffit que quelque chose nous regarde pour qu'elle fasse tout ce qui se peut faire; je suis logé chez eux à Versailles , et la maisonnée tout entière m'aime fort; quand je serois F enfant de la maison, on n'auroit pas un plus grand soin de mes affaires qu'on ne l'a ; enfin dans toute cette famille l'on y pleure de joye quand j'arrive et de tristesse quand je pars. Il en est de même chez M. de Luxembourg. Voilà comme sont les choses à présent; j'auray soin de vous instruire de la suitte de mes affaires. Conservez-moi tousjours, je vous prie, vostre amitié.
de Pas Feuqï hères.
P. S. J'oubliois à vous donner un advis qu'on m'a donné par amitié, et c'est par un homme de la maison de Cassandre : c'est que Michel a des relations avec luy et qu'il luy escrit tous les ordinaires ; Ton m'a mesme adverti qu'il luy avoit mandé des choses fort particulières et du dedans de vostre maison. Cela ne vaut rien, et, si vous m'en croyez, il ne la fera pas longue avec vous. 11 y a aussy un peu de mésintelligence entre M. Persode et vostre maistre d'hostel, et tout cela se fait à vos despens.
DU MÊME AU MEME
A Versailles, le 1er mars 1674.
Mon affaire est enfin manquée * ; mais quoy qu'elle le soit , elle n'est pourtant pas désespérée pour tousjours ; et ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est qu'il n'y a que mon malheur qui en soit cause. Tout sembloit estre en fort bon estât, et mesme tout y estoit comme je vous l'ay mandé; et avant-hier Amynthe (le Roy) 2 parlant à Roxane (M. de Luxembourg), et luy demandant sur qui il avoit jeté les yeux, après luy avoir désigné quelques gens, celuy-cy luy nomma Adolphe (le marquis de Pas). Corjrdon (le Roy) trouva dans tous ceux qu'il désigna et dans ceux que Roxane (M. de Luxembourg) avoit nommés quelque chose a redire , hors à Adolphe (au marquis de Pas), duquel il dit mille biens, dont la moitié seroit capable seule de faire une bonne af-
* M. le marquis de Pas demeura aide de camp de M. de Luxembourg jusqu'à la fin de la campagne de 1674 ; alors il fut créé colonel du régiment Royal de Marine.
8 Dans presque tous les originaux les noms véritables sont rejDroduits au-dessus de ceux de convention. On voit que quelques-uns de ceux-ci étaient employés pour désigner la même personne. On voit aussi que les mêmes noms servaient à désigner tantôt un individu, tantôt un autre : ainsi dans cette lettre Attila désigne M. de Pomponne et Achille le Roi, tandis que dans la lettre de madame de Pomponne, du 23 février, c'est le contraire qui a lieu.
DES FEUQUIÉRES. 389
faire, mesme jusques à dire qu'il l'estimoit et qu'il savoit qu'il estoit brave, sage, entendu, et capable des choses auxquelles on le mettroit , mais que Roxane (M. de Luxembourg) vouloit une personne d'une expérience plus consommée. Cependant il paroit résolu à faire pour luy, mais rien ne l'accommode que ce qui luy manque à cette heure. Cependant Fenceslas (M. de Luxembourg) et Attila (M. de Pomponne), qui sont tousjours de ses amis, sont convenus d'une conduitte à l'esgard à! Achille (du Roy), pour qu'une pareille charge, qui sera vacante dans peu, luy puisse tomber; et pour cela , aussytost quA/naranthe (M. le marquis de Feuquiè res) aura reçu ma lettre, il faut qu'il escrive à Darius (M. de Pomponne) , et qu'il luy mande qu'il n'a rien tant à cœur que de savoir Adolphe (le marquis de Pas) où il avoit envie d'aller, et qu'il ne luy recommande d'avoir d'autre but que celuy-là, afin que Darius (M. de Pomponne) puisse faire voir la lettre à Corydtm (au Roi). Voilà Testât de cette affaire. Pour ce qui est de moy, je vous diray que je seray tousjours aide de camp de M. Luxembourg jusqu'à ce qu'on me place. Je voudrois bien que la poste allast plus viste et avoir bientost response de vous. Je vous ay escrit parle sieur Barthélémy une grande lettre sur touttes choses, et suis tousjours pour vous comme je dois estre,
de Pas Feuquières.
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DE M. LE MARÉCHAL DUC DE GR AMONT A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES
A Versailles , le 2 mars 1674.
Je iie doute point ; Monsieur, que vous n'ayez pris grande part à mon extresme affliction * et que vous ne soyez fort sensible à mon malheur. Trouvez bon que je ne m'estende pas davantage sur un subject qui me serre le cœur par tant d'endroits, et que je vous dise seulement que je n'eusse pas manqué de vous escrire par vostre courrier s'il se fust voulu donner la peine de prendre ma lettre, dont je l'avois prié. Comme nous sçavons vous et moy à quoy nous en tenir sur le chapitre de nostre amitié, je crois que les complimens sont peu nécessaires; aussy ne vous en feray-je point d'autre que celuy de vous assurer que vous estes une des personnes du monde pour qui j'ay le plus d'estime et de confiance.
DUC DE Gr AMONT.
4 Cette lettre est une réponse de M. le maréchal de Gramont à la Jettre de condoléance que M. le marquis de Feuquières lui avait adressée sur la mort du comte de Guiche. Mais il y avait longtemps déjà que la douleur qu'avait causée cette mort était effacée , même dans sa famille : le 25 décembre de l'année précédente, madame de Sévigné eu écrivait ainsi à sa fille, qui ne croyait pas sans doute le défunt si loin des souvenirs : « ha ! fort , fort bien ! Nous voici dans les lamentations a du comte de Guiche : Hélas ! ma pauvre enfant , nous n'y pensons « plus ici, pas mèmele maréchal qui a repris le soin de faire sa cour. »
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