X. de Pas
1)K M. LE MARQUIS ANTOINE DE PAS A M. LE MARQUIS ISAAC RE FEUQUIÈRES
A Paris, le 19 avril 1674.
,fay reçu vostre lettre du 1 5 mars et ne comprends pas comme quoy, vous escrivant toutes les semai- II. 27
nés, vous pouvez estre si mal content de mon silence. Il n'y a eu que pendant six semaines que je ne vous ay point escrit régulièrement , ce qui estoit pendant que nous estions dans le Limbourg ; encore l'ay-je fait par la voie de M. Des Carrières quand je l'ay pu. Pour la maladie du chevalier de Feuquières, je ne vous Fay point mandée, parce que, l'ayant laissé, en quittant Utrecht, disposé à partir le lendemain , la première nouvelle que j'en eus moymesme estoit qu'il estoit sans connoissance, à l'extrémité, et que je voulois vous espargner le chagrin de le sçavoir malade, et à moy celuy de vous mander sa mort. Il a tousjours esté à Nimègue jusqu'à cette heure qu'il s'en revient, à ce qu'il me mande. Rébenac doit estre à présent reparti de Pau , et il y laisse sa femme grosse. Le chevalier de Pas est sur le vaisseau de d' Aimeras, où il me mande qu'il est fort bien ; les autres deux sont au collège, où ils ont eu la rougeolle, dont ils sont guéris.
Si vous avez reçu touttes mes lettres, vous devez scavoir Testât de mes affaires et de ma fortune. Vous
jugez bien qu'avec le séjour qu'il faut que je fasse en ces pays-cy, la despense des esquipages et la petitesse de ma recepte, je ne dois pas estre fort à mon aise ; et pour ce qui est de ma fortune, ils disent tousjours qu'ils feront, mais ils ne font rien, et ne me donnent pas mesme de quoy me faire pousser le temps avec l'espaulle. Je vous ay escrit si ample-
ment sur cela par le sieur Barthélémy, qu'il est inutile, pour vous y faire faire réflexion, que je vous le répète; je vous adjousteray seulement que je suis fort bien en esquipage, et que, pour cette campagne, je ne suis pas encore embarrassé , mais que , pour l'hyver prochain, je le seray beaucoup.
Madame de La Chastre a pensé mourir ces jours passés de la rougeolle ; Madame de Pomponne est au lit et n'est point bien , car à son mal de jambe il s'est adjousté un peu de mal de poitrine; l'on n'attend plus qu'après sa bonne santé pour le mariage de Mademoiselle Ladvocat. La comtesse de Gramont est accouchée dune fille depuis cinq ou six jours ; M. de Monaco est icy, qui voit sa femme l en visites sérieuses ; Madame de Rafïelot 2 a voulu se raccommoder avec son mary, et elle l'est ; Madame d'Orthe est icy pour son procès, et Madame de Villeroy pour les affaires de sa fille avec son mari. M. le Prince se porte bien et s'en ira à Chantilly dans fort peu de jours reprendre un peu ses forces, car la goutte l'a fort mal traitté cette fois-cy. M. le maréchal de Gramont l'a eue aussv à sa blessure. Le Roy et la Reine vinrent mardy passé tenir M. de Valois3, lequel a esté nommé Alexandre-Louis. Le Roy
1 Madame la princesse de Monaco était fille de M. le maréchal de Gramont. Le duc de Lauzun en fut fort épris, mais, si l'on en croit Saint-Simon , il eut un rival heureux en Louis XIV.
2 Madame de Raffetot , autre iiile du maréchal de Gramont.
5 Alexandre-Louis d'Orléans , due de Valois , fils de Monsieur,
part jeudy prochain pour Compiègne , où Ton dit qu'il laissera la Reine et les dames , et de là qu'il ira à Péronne. Je partiray avec luy ou bien un jour ou deux après. Voilà tout ce que je sçais de nouvelles. A propos, j'oubliois de vous mander que vous m'aviez dit que ma pension courroit à 3 000 francs dès Tannée 1672 que la guerre a commencé et que vous le manderiez à Aubert ; mais ce matin, par le compte général que j'ay fait avec luy, j'ay trouvé que vous avez oublié de le luy mander; c'est pourquoy, puisque ça esté vostre intention, je vous prie de le faire à luy ou à moy , afin qu'il me tienne compte de ces cinq cens francs. Je suis tousjours pour vous comme je le dois ,
de Pas Feuquières.
DE M. LE CHEVALIER DE TERLON A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES
A Copenhague, le 16 avril 1674.
Je vous fais ces lignes , Monsieur, pour ne pas perdre un seul ordinaire sans vous escrire , et pour vous dire que, n'ayant eu aucun ordre de proposer quelque chose d'agréable à cette cour, mais seulement d'y faire voir que sa médiation seroit agréée,
frère de Louis XIV, et d'Elisabeth-Charlotte de Bavière, né en 1673 mort en 1676.
Ton y avoit fait quelque réflexion, comme je vous escrivis vendredy dernier ; mais, comme Ton croit que c'est une affaire concertée avec la Suède, cela fait que Ton ne l'offre pas et qu'on ne veut pas suivre les sentimens de celle-cy ; et l'on attend pour prendre icy quelque résolution , ou pour la médiation ou pour quelque autre cliose, de voir ce que produira la négociation de M. le baron Youl. J'ay reçu une de ses lettres en response à celle que vous avez eu la bonté de luy faire rendre , me marquant qu'il soubaitteroit de réussir dans sa négociation , et que si vous aviez quelque chose à y proposer ou moy icy, cela l'avanceroit. Sur cela je crains que, si la France n'y entre pas, ces deux couronnes ne prennent quelques mesures pour n'entrer pas sitost en guerre, se laissant l'une a l'autre la liberté d'agir comme bon leur semblera , ce qui pourroit finir par une rupture selon les suittes de la guerre.
L'on sera icy cette année en estât, par mer et par terre, de se faire considérer; il n'aura pas tenu ni à vous ni à moy que ces deux couronnes ne soient unies pour nostre intérest. La Suède ne l'a pas voulu ; ce sera à elle à prendre ses mesures pour ne nous pas rendre le Dannemark contraire. Je suis, Monsieur, entièrement à vous ,
LE CHEVALIER DE TeRLON.
DU MEME AU MEME
A Copenhague, le 20 avril 1 674 ,
Pour répondre à celle que vous m'avez fait l'honneur de m'escrire , je vous diray, Monsieur, que je ne crois pas que le prince de Gottorp ni les dames aillent à Stockholm, le roy de Dannemark allant faire un campement de ses trouppes entre Coldins et Fridérikia, et devant partir pour cela le 8 du mois prochain. Ce prince aura aussi en ce tempslà vingt-quatre vaisseaux de guerre en estât , et son campement sera de vingt-cinq mille hommes.
Touchant la négociation de M. le baron Y oui, je crois qu'il est très-bien intentionné ; mais je ne puis pas me persuader que le Dannemark entre pour rien dans l'intérest que nous souhaitions. M. de Pomponne m'escrit par le dernier ordinaire, sur ce ([lie je luyavois marqué que M. le baron Youl estoit party pour Stockholm, qu'il souhaittoit F union de ces deux couronnes; mais je ne puis m1 imaginer qu'il puisse croire que, l'une ayant un bon subside et l'autre rien , cette liaison puisse estre tout à fait pour nostre advantage si la France n'y entre pas pour quelque chose. Comme nous faisons capital sur la Suède, si elle trouve de son intérest de tenir le Dannemark en repos et qu'il ne soit pas
contre nous, il faut faire quelque chose de plus pour cela, que Ton ne fait pas. L'on attend icy de voir ce que fera la Suède, et si elle ne prend pas de mesures avec le Dannemark , elle agira malaisément par la voye des armes, en cas qu'elle en ait envie , ce que personne ne veut croire. C'est ce que vous pourrez, Monsieur , mieux sçavoir que nous et que ces personnes qui ne disent les choses que par conjecture et font des rapports tout autres qu'on ne les souhaitteroit. Sans doutte vous aurez des ordres pour contribuera cette liaison si on la croit en France utile pour nos intérests; mais il est autrement à craindre que l'on ne précipite cet Estât dans le party de nos ennemis, .l'attends avec impatience de voir ce que vous m'escrirez de la résolution de la Suède , que je crains se tenir toujours dans l'esprit de la médiation, ce qui pourroit retenir le Dannemark à ne rien faire ; mais ce n'est pas de l'estoffe pour nostre argent. Depuis avoir escrit ce que dessus, j'ay vu M. le comte de Griffenfekl , et il m'a tout à fait paru , par ce qu'il m'a dit, qu'il ne tiendra qu'à la France que * le Dannemark laisse agir la Suède et qu'il ne demeure en repos ; mais pour cela il faut , comme j'ay desjà dit, de quoy le mettre en estât de ne pas craindre quelque insulte , ne pouvant pas se fier à la bonne foi des voisins. C'est à vostre cour d'y faire les réflexions qu'elle jugera pour le mieux, et à moy d'estre toujours , Monsieur, entièrement et
kï'\ LETTRES INÉDITES
parfaitement vostre très -humble et très-obéissant serviteur,
LE CHEVALIER DE TeRLON.
DU MEME AU MEME
A Copenhague, le 23 avril 1674.
Jay bien de l'impatience, Monsieur, de sçavoir le succès de vostre négociation avec nos commissaires et quelles seront enfin les résolutions de la Suède. Je ne doutte pas qu'elles ne soient conformes aux obligations de nostre traitté ; je n'en voudrois pourtant jurer. Au moins ne veut-on point se persuader icy que la Suède puisse agir pour nous, tant qu'elle ne sera point assurée du Dannemark. Je vous av. Monsieur, assez dit sur cela mes sentiments pour ne vous les pas réitérer davantage , et je souhaitterois que vous et moy eussions esté crus à la cour.
Le comte de Staremberg passa le Zund vendredy ou samedy matin , sans venir icy, et alla tout droit à Roschild. Vostre première lettre m'apprendra sans doute s'il s'en va satisfait de vostre cour, du moins dit-on qu'il a eu un beau présent de six mille escus.
Je souhaite que la négociation de M. le baron Youl pour l'union de ces deux couronnes ait un
bon succès ; mais si elle rTest cimentée par la France, tout ce que j'ay prédit pourra bien arriver, et la Suède sera toujours bien aise que le Dannernark luy soit un prétexte de ne rien faire, pour toujours garder T esprit de médiation.
L'on continue icv de se mettre en estât d'estre en quelque considération , tant par mer que par terre. Je suis parfaitement, Monsieur, à vous,
LE CHEVALIER DE TERLON
DEM. LE MARQUIS ARNAULD DE POMPONNE A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES. *
A Auxerre, le 25 août 1674.
Monsieur, le Roy s1 avance vers la Franche-Comté , dont il y a tout sujet de se promettre bientost la conqueste. Monseigneur le Duc * investira Besançon le 26 de ce mois , et le Roy arrivera devant la place le second jour de celuy qui vient. Monseigneur de Turenne demeure toujours opposé à Farinée de l'Empereur, et Monseigneur le Prince se prépare à entrer en Flandre dans le commencement du mois qui vient. Enfin tout se dispose à une campagne glorieuse, et la paix de l'Empire et le repos de l'Europe seroient beaucoup avancés si la Suède agis-
! Le duc d'Enghien, fils du grand Condé.
soit selon les obligations de ses traittës et de ses intéresls.
M. le marquis de Pas a pris les devants avec M. le duc de Luxembourg et nous ne le rejoindrons qu'au siège de Besançon.
Vous aurez à cette heure un commerce direct avec M. Févesque de Marseille1 pour les affaires de Pologne. Ses ordres sont de porter pour la couronne M. le duc de Neubourg , mais sur toutes choses de travailler à F exclusion du prince Charles2. Il n'en
1 Toussaint de Forbin Janson , évêque de Marseille , depuis évëque et comte de Beauvais, cardinal et grand aumônier de France. En 1674, il se trouvait en Pologne, comme ambassadeur plénipotentiaire pour l'élection d'un roi.
2 « Quand l'Europe vit la brigue et les chances de Charles de Lor- « raine , tout ce qu'il y avait de princes qui s'ennuyaient de vivre sur « les marches des trônes tournèrent à leur tour des regards ambi- « tieux vers la Pologne. Ils n'auraient pas songé à se porter pour comte pétiteurs du vainqueur de Kotzim (Sobieski). Charles , avec tout « l'éclat de sa jeunesse et de ses succès , leur imposait moins , et des « candidatures, des émissaires, des présents , de l'or, arrivèrent preste qu'à la fois de tous les bouts du monde. C'étaient l'un des fils de « l'électeur de Brandebourg , le prince d'Orange , illustre alors par « l'admirable défense de sa patrie, et plus tard roi d'Angleterre; le « duc d'York , le même qui perdit , sous le nom de Jacques II , ses « trois royaumes ; Georges de Danemark , frère de Christiern V, à « qui la reine mère donnait trois millions de florins pour soutenir « ses prétentions , mais qui , malgré ses offres d'abjuration , trouvait, « comme tous ces princes, un obstacle décisif dans le culte qu'il pro- « fessait. C'étaient encore l'impétueux don Juan d'Autriche, le prince « de Parme , le duc de Mantoue , le jeune Rakoci , Maximilien de « Bavière , le comte de Soissons , les deux Vendôme , d'autres princes
a point pour Monseigneur le Prince, et, quelque bruit qui se répande de F inclination des Polonois pour luy, je ne sçais si Ton doit croire qu'elle soit la même dans M. le Grand Chancelier; au moins jusques à cette heure n'ay-je pas vu que Ton désirast fort en Suède de voir un prince du sang régner en Pologne. Adieu , Monsieur, je suis à vous.
DE M. LE MARQUIS ANTOINE DE PAS A M. LE MARQUIS
A Gray, le 26 août 167 i.
Monsieur, je nay pas eu le temps de vous escrire en partant de Paris , parce que je fus surpris par le jour du départ et par f embarras où me mit ce
« du sang de France. Enfin il n'était pas de familles souveraines qui , « pour tenter la Pologne , ne présentassent à ses suffrages ce qu'elles « avaient de plus brillant en valeur et en renom. La maison de Sa- « voie, la maison d'Esté , celle de Gonzague étaient sur les rangs. Mite cliel Abaffi, prince de Transylvanie, s'y plaçait, apportant pour dot « ses richesses, sa bravoure et une nouvelle barrière contre les Otto- « mans. Le czar Alexis Michaelowitz proposait toujours un de ses (ils, « frère aîné de celui que l'univers a connu sous le nom de Pierre le a Grand ; le vieux due de Neubourg reprenait avec ardeur la brigue « qu'il avait soutenue dans la dernière élection sous les auspices des « cours de Vienne et de Saint-Germain ; et nombre de Polonais , les « gens de guerre surtout, convaincus qu'il fallait à la fois des trésors et a des armées pour lutter contre le prince de Lorraine , pensaient , « comme Sobieski , au grand Condé. »
(De Salva>dy, Hist. de Pologne avant et sous le roi Sobieski . )
k 28 LETTRES INÉDITES
voyage de Franche-Comté auquel je ne m'attendois pas. J' envoyé cette lettre à M. de Tourmont , qui vient avec le Roy ; vous la recevrez quand il plaira à Dieu, car il me semble que vous les recevez à cette heure de loin en loin. Je partis de Paris avec MM. de Luxembourg, de La Vallière et deSeignelay ; et quand nous eûmes joint la cour à Joigny, le Roy détacha M. de Luxembourg pour s'en venir icy avec M. de Louvois, afin de recevoir sa maison. Avant que de vous dire des nouvelles de guerre, vous sçaurez que dans cette marche que nous avons faite seuls avec M. de Louvois, il a dit beaucoup de bien de moy à M. de Luxembourg et qu'il y a lieu d'espérer. Besançon a esté investi ce matin par M. le Duc. Le Roy sera icy le 30, il n'y fera que coucher et sera le 1er devant Besancon. M. de Vaudemont y est apparemment ; il ne s'y sera pas enfermé pour laisser prendre la place sans se deffendre. Il n'y a encore eu personne de tué qu'un frère de Lussan de M. le Prince, qui estoit lieutenant de cavallerie, et un capitaine de dragons de blessé. Je vous escriray régulièrement pendant ces siégescy. Cependant, Monsieur, croyez-moy tousjours pour vous comme je dois estre,
de Pas Feuquières.
DE MADAME LA MARQUISE DE POMPONNE A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES
A Paris, le 29 avriH674.
Je vous escris, Monsieur, après le despart de toute la cour et de M. de Pomponne, et après avoir esté fort malade depuis six semaines, ce qui m'a empesché de vousescrire plus souvent et de vous mander la grande affaire que nous avons faite de marier ma sœur1 à M. le marquis de Vins, qui est un homme de qualité de Provence , seul et unique héritier de sa maison, n'ayant ni père ni mère, et possédant 32 000 livres de rentes , touttes dettes payées. Il a acheté la charge de sous-lieutenant des Mousquetaires Noirs et prétend ne pas rester longtemps dans cette place. C'est un homme d'ambition, de cœur et fort brave. Il n'a esté que six jours avec sa femme et est reparti pour aller en Bourgogne trouver la cour. L'on peut dire que c'est une très-bonne affaire.
Messieurs vos fils sont tous dispersés : M. de Rébenac est avec sa femme, M. le marquis de Pas avec M. de Luxembourg, M. le chevalier de Feuquières en Flandres , et M. le chevalier de Pas sur les vaisseaux.
4 Mademoiselle Ladvocat. Voir la note de la page 304.
Pour ce qui est de vos affaires , je suis occupée à vous faire payer les six mois qui vous sont dus, et M. Colbert nous a fait promettre qu'il donnera un ordre au Trésor royal pour cela. Je feray , lorsqu'on l'aura touché , tout ce qu'il faudra pour vous acquitter envers M. Fromont.
Je vous envoyé une lettre de Madame la comtesse de Feuquières, qui me l'a fort recommandée. Vous sçavez mieux que moy touttes les nouvelles les plus importantes, car on vous les mande , et , de plus , une personne malade depuis six semaines, sans se pouvoir remuer ni parler que depuis peu de jours, ne sçait pas trop les bagatelles que l'on vous pourroit mander.
Adieu , Monsieur, souvenez-vous aussv souvent de toute la famille que nous parlons de vous : il n'y a guère de jours que cela ne soit.
DE M. LE CHEVALIER DE TERLON A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIERES
A Copenhague, le lundi dernier d'avril 1674.
Il y a deux ordinaires, Monsieur, que je n'ay point reçu de vos lettres, .le crois que vous aurez sçu plus tost que moy que j'ay eu ordre de proposer icy une alliance et d'engager cette cour à l'obser-
DES FEUQUIÈRES. Zi31
vation des traittés de Westphalie, que FEmpereur a rompus en envoyant une armée dans l'Empire pour secourir les Hollandois, suivant le traitté qu'il a avec eux; et comme toutes les bonnes intentions que Sa Majesté a eu de faciliter la paix ont esté traversées par F Empereur, les voyes douces et ordinaires estant inutiles pour F obtenir, Sa Majesté souliaitlant la procurer à toute FEurope, et la seule voye des armes pouvant faire cettebonne œuvre, c'est ce qui Fa portée à m' ordonner d'offrir un subside raisonnable pour l'entretien de huit mille hommes, conjointement avec les autres alliés de Sa Majesté ou séparément. L'on a bien prévu à la cour que la différence que l'on faisoit au nombre que la Suède doit donner, pourroit porter quelque difficulté à l'engagement que l'on souhaitteroit du Danemark, et, en cas que je ne pusse pas réussir dans celuy-cy, l'on m'a donné ordre de proposer une neutralité. Je travaille fortement sur le premier point sans rien tesmoigner de l'autre , qui sera apparemment le party que l'on prendra icy. Mais de vous à moy, ainsy que vous le sçavez sans double , le subside que j'ay ordre d'offrir pour cette neutralité est assez médiocre, et la clause encore plus fascheuse, qui est que dans les trois années que j'ay à traitter pour laditte neutralité, le subside finira en mesme temps que la guerre, ce qui sera un obstacle pour faire quelque chose icy très-assurément si je n'ay pas
ordre d'accorder qu'il soit payé pendant le cours des trois années : c'est à vous , Monsieur, de me faire sçavoir vostre sentiment sur cela, comme sur ce que j'auray à faire suivant ce que vous ferez à Stockholm avec le baron Youl. J'ay escrit en France sur mes ordres le mesme raisonnement que je vous fais, Monsieur; et, s'il est du service de Sa Majesté que la Suède agisse, je crois qu'il le sera aussy en cas que je ne puisse pas réussir dans ma première négociation ; et comme je ne vois guères d'apparence, que cette cour entre dans une neutralité véritable et sincère ni mesme que celle-cy soit pour plus de trois années , Cologne et Munster pouvant s'accommoder avec nos ennemis , donneront à penser à la Suède si elle n*est pas assurée du Danemark. J'ay parlé à M. le comte de Griffenfeld généralement des ordres que j'ay, et je pourrois bien avoir une conférence cette sepmaine. Je souhaitterois bien recevoir auparavant de vos lettres pour pouvoir agir avec plus de succès et d'utilité. Je pourray vous escrire vendredy ce que j'auray fait.
Je m'aperçois que les Hollandois négocient icy quelque chose; M. le comte de Griffenfeld traitte aujourd'huy les ministres de Hollande, et je suis dadvis que, s'il y a quelque chose à faire icy, nous le fassions bientost , de crainte que nos ennemis ne nous préviennent. Il y a un an que j'aurois bien mieux fait les affaires du Roy si l'on m'eust donné
des ordres. Comme les Suédois sont inconstans dans ce qu'ils font, vous ne communiquerez de ce que je vous escris que ce que vous jugerez à propos. L'on a nouvelle icy qu'il y a à Amsterdam un envoyé d'Espagne qui vient en Danemark. Je suis tousjours. Monsieur, parfaitement et entièrement à vous.
LE CHEVALIER DE TeRLON.
DE MADEMOISELLE CATHERINE DE PAS A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES
A Pany, le 5 mai 1674.
Ma tante a esté si malade depuis quelque temps que je n'ay pu vous escrire, mon cher père; son mal n'estoit pourtant pas dangereux, mais il estoit fort violent; et, si vous l'aviez vue, elle vous auroit fait pitié : sa douleur estoit sur le costé gauche de la teste. L'on attend icy M. le comte de Toulongeon dans sept ou huit jours. L'on a pris ma mesure pour vous l'envoyer, comme vous l'aviez demandée. On croit que ma sœur est grosse; c'est une grande joye pour JVI. le sénéchal. Nous avons grand' peur de la guerre qu'on croit devoir estre bientost en ce pays, car on dit que les Hollandois et les Espagnols vont prendre Bayonne. Adieu, mon cher père. Marton vous assure de ses très-humbles respects.