‹ Lettres inédites des FeuquièresChapitre 6 sur 50 · DE MADAME DE SAINT-CHAMOND A M. LE MARQUIS DE FEUQIUÈRES · texte numérisé non relu

DE MADAME DE SAINT-CHAMOND A M. LE MARQUIS DE FEUQIUÈRES

A Pau, le 20 février 1672.

Après avoir essuyé toute cette semaine les délicatesses de M. de Rebenac1 et les bizarreries de M. le Président 2, lesquelles ont été à un point qu'il seroit

Arnauld de La Barthe, vicomte de Rebenac. N'avant point d'enhmts , il institua son héritière Jeanne d'Esquille, sa petite-nièce, fille de Jean d'Esquille et de Louise Dibos de La Garde et de Laubavac. Jeanne d'Esquille épousa François de Pjls„ chevalier d'Harbonnières, second fils de M. le marquis Tsaac de Feuijuières, qui prit le nom de Rebenac.

2 Jean d'Esquille, baron de Sombarraut, président à mortier, con-

mal aisé de vous représenter et dont j'ose vous dire que toute autre que moy se seroit rebutée, je suis enfin venue à bout, par la grâce de Dieu, et de F un et de l'autre, etj'espère que demain nous irons, mon frère et moy, visiter et l'un et l'autre en forme, pour leur demander cette fille. Je ne vous diray point, mon cher frère, tout ce qui s'est passé et ce qu'il a fallu combattre, parce qu'il me fan droit plus de temps que je n'en ay et beaucoup plus de force : toutes les paroles qu'il m'a fallu dire depuis six jours m'ont si fort épuisée, que je n'en puis plus. Enfin je croy tout fait, Dieu mercy, par la parolle que M. d'Esquille m'a envoyé donner il y a deux heures, qu'il acquiesçoit , à ma considération , à toutes les volontés de M. de Rebenac, et qu'il ne vouloit plus avoir que la mienne ; ce que je manday dès l'heure mesme à M. de Rebenac, quim'avoit paru ce matin outré et résolu de ne plus penser à Mademoiselle d'Esquille, mais continuer dans son mesme dessein pour mon neveu , voulant mesme envoyer chercher un notaire , si je l'avois voulu , pour en passer le contract. Il l'attend avec impatience aussi bien que moy, et je vous advoue que je voudrois qu'il eust vu de quelle manière il a fallu conduire

seiller d'État, mort en 1679. Il eut sept enfants de son mariage avec Louise Dibos. La famille d'Esquille était fort ancienne, et originaire de Pampelune. Elle posséda autrefois des biens et des charges considérables dans la haute Navarre.

cette affaire; il auroit véritablement connu ma tendresse pour luy, et qu'en vérité, quand on veut faire réussir une affaire, il y faut de la vigilance, du soin, et faire plustost cent choses inutiles que de manquer à en faire une qui ne le soit pas, et surtout, mon cher frère, offrir tout à Dieu, qui est le grand maistre. Je le supplie de vouloir donner au reste de la famille ce qui lu y est nécessaire.

P. S. Je n'ay reçu qu'une de vos lettres, et de quatre lignes seulement, datée du 7 de ce mois, depuis celle du 20 janvier : voilà un long intervalle de l'une à l'autre , ce qui me fait craindre qu'il n'y en ait une du dernier janvier de perdue , puisque, si vous ne m'aviez pas escrit ce jour-là , vous m'auriez sans doute mandé par cette dernière, qui est du 7, ce qui vous en auroit empesché. Pour moy, depuis quelque temps je vous ay escrit quasy deux fois...

DE LA MÊME ATT MÊME

42 mars 1672.

Vous auriez pu, mon cher frère, m' épargner bien du chagrin, s'il vous eût plu de m' envoyer mon neveu ' dans le temps que je vous Tay demandé ; car,

* François de Pas, chevalier d'Harbonnières. Le mariage que désirait madame de Saint-Chamond eut lieu au mois d'août suivant.

comme vous m'aviez escrit il y a quelque temps, et mesme dans un où les choses n'estoient pas en Testât où elles sont présentement, qu'il estoit près de partir, et, par un autre ordinaire, qu'il seroit aussitost auprès de moy que vostre lettre , j' a vois cru que je n'avois qu'à vous mander de luy faire prendre la poste, et sur cela j'avois marqué le jour de son arrivée, ce qui devoit donner tant de joye à M. de Rebenac, et tant d'impatience à tout le monde, que je ne me console pas , je vous l'advoue, d'avoir vu leur attente déçue. Voilà une estrange longueur, mon cher frère , et pour un homme qui doit vouloir faire une campagne, et pour moy qui avois mis toutes les choses en estât d'une réception admirable. Je suis dans l'impatience de voir une entière conclusion à mes petits soins. Je ne m'estois point flattée quand je vous ay dit que c' estoit la meilleure affaire qu'on pust jamais procurer à M. d'Harbonnière; et celuy qui dit que M. de Rebenac n'a pas quarante mille escus de biens, devroitestre mis, à communs frais, aux Petites-Maisons, puisqu'il est de notoriété publique que c'est la maison de toute la province la plus aisée et dont le bien est le plus beau : vous ne trouverez jamais un seul Béarnois qui ne vous dise la mesme chose , à moins que d'estre fou , la malice ne pouvant faire tenir un langage siesloigné delà vérité; et M. de Donal pourroit estre accusé, quoy que vous en disiez, de n'aller pas

bien droit dans cette affaire , s'il vous a laissé dans T erreur dune substitution , puisque je vous respond qu'il n'y en a point. Son procédé ne me plaist point en ce rencontre ; car ayant voulu sçavoir s il appuyoitvos raisons auprès de M. de Rebenac touchant les dix mille escus, comme vous dites qu'il vous F avoit promis , j'ay trouvé qu'il se contenue td'estre seulement fidelle historien, mais qu'il n'employoit nulle rhétorique à persuader : ce n'est pas comme cela qu'on fait réussir les choses , et il faut bien d'autres manières. Sa lettre avoit mesme donné quelque chagrin que la vostre, que j'envoyay à M. de Rebenac dès que je Feus reçue , a adoucy, l'ayant mise en main d'un de mes amis bien intentionnés, qui luy fit valoir vostre franchise et vostre procédé, qui le remit absolument. Cette mesme personne luy dit, comme nous en estions convenus , qu'il y avoit des gens à Paris qui taschoient de diminuer auprès de vous la bonté du party de sa nièce , ce qui ne vous faisoit nul effect , et que jestois surprise que, ne m1 ayant jamais parlé de ces dix mille escus , M. de Douai persistât à vous les demander, que vous m'en parliez avec estonnement. 11 s'advisa dans ce moment de dire qu'il le désir oit. Mais ressouvenez-vous, mon cher frère, que j'espère trouver des biais à applanir cette difficulté, j'en ay bien surmonté d'autres; et encore une fois, si mon neveu estoit arrivé dans le temps

1x2 LETTRES INÉDITES

que je l'attendois, les choses seroient terminées, et asseurément à vostre contentement. Cependant vous laissez refroidir la chaleur de l'affection que tesmoignoit M. de Rebenac pour ce fils adoptif par le retardement de son arrivée, ce qui dérange toutes mes escabelles. Eh ! bon Dieu ! ne sçavez-vous pas qu'avec de certaines gens ce n'est point la solidité et la bonté des choses qui les font réussir, mais bien de certains riens et manières qu'on ne sçauroit expliquer? En vérité, mon frère, je suis tout à fait chagrine devoir que vous ne m'ayez point crue, ce qui me fait craindre que vous n'ayez soupçonné mon zèle de manque de prudence. Seroit-il possible que vous m'en crussiez assez peu pour vouloir commettre mon neveu, me commettre moy-mesme et toute la maison , en le faisant venir hors de propos ? Il n'y a point d'affaire, pour advancée qu'elle soit, qui ne se puisse rompre , Dieu renversant souvent les desseins des hommes ; mais celle-cy est dans un tel estât qu'à moins qu'on gaste absolument ce que je fais , elle ne sçauroit manquer, et ma grande peine n'est plus qu'au temps de la nopce, qu'on voudroit différer. Enfin si vostre fils n'arrive pas demain , je suis à la mort , et vous aurez le plus

grand tort du monde.

P. S. J'ay cru qu'il n'estoit pas nécessaire que je vous mandasse la réception de vostre procura-

tion , puisque vous me l'avez envoyée par du Lurent. Je vous ay escrit règlement -, depuis toutcecy, deux fois la semaine par Bordeaux et par Toulouse, dont vous ne me faites nulle mention; vous devez recevoir mes lettres le dimanche matin et le jeudy. Vous verrez, par le mémoire que M. de Rebenac m'a envoyé, le destail de son revenu dans la dernière rigueur, et sans comparaison aussy vray que l'Esvangile. Je responds que le tout sera pour vostre fils, puisqu'il ne songe qu'à la grandeur de sa maison. Il luy assure présentement dix mille livres de rente et sa charge ; il luy donne 4 000 francs par an , payables comme chez un changeur : c'est un bon et bonnes te homme qui adorera vostre fils et qui ne songera qu'à luy. Mais, comme vous ne me l'envoyez pas, je ne sçais plus que dire.

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