‹ Lettres inéditesChapitre 7 sur 17 · A LA COMTESSE DE CHELAINCOURT · texte numérisé non relu

A LA COMTESSE DE CHELAINCOURT

alimentées dans votre cœur par tout ce que la tendresse maternelle a de plus absolu et de plus exclusif. Au moment où je finis cette lettre, on m'annonce M. Dupanloup. Je pense bien à vous, chère amie, à ce bonheur que vous auriez en ce moment, bonheur qui vous est donné sous la forme sévère de tous les trésors que nous ont amassés la patience et la soumission. Que ne vous préparez-vous pas de biens pour l'avenir , et pour l'avenir même de cette terre ! Après ce rude apprentissage de la privation et de la souffrance, vous ne marcherez plus que de plain-pied et vos moindres impressions, acceptées avec douceur, vous seront profitables. Je veux du moins en terminant vous donner des nouvelles de sa santé qui est très-bonne. Je m'en réjouis pour vous : on aime particulièrement dans les autres ce qui nous manque et il y a des santés qui deviennent partie intégrante de nous-mêmes.

\U RÉVÉREND PÈRE SCHOIYALOF,

Paris, lundi de Pâques.

Mon cher excellent ami, je m'étais promis de vous écrire mercredi dernier, jour de la Saint-Barnabe dans le calendrier romain, et j'ai été fort contrariée de ne pouvoir prendre ma part de votre grande fête de famille. Mon silence ne vous a pas empêché de me savoir bien occupée de vous et de cette occupation qui remue les plus profonds sentiments de lame. Votre lettre à Mme de Gontaut a été la confirmation pleine et entière de tous les bruits successivement recueillis, mais dont les plus vagues ont porté en moimême une impression de certitude, l'issue de la lutte, au moins comme essai, n'ayant jamais été douteuse à mes yeux. Il fallait bien que votre cœur généreux fût à un jour donné le plus fort : il fallait pour décider une expérience complète que votre âme pût constater non-seulement l'état de vos forces , mais l'emploi que Dieu leur assignait. A présent, mon cher ami, il n'y aura plus d'appel à faire qu'à votre raison et à votre conscience pour les armer toutes les deux contre tout chagrin et tout respect humain, si

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