IX. — A TOURVILLE
Versailles, 9 aousl 1690.
J'ay appris avec grand plaisir la jonction des galores k I'arm^e navale; je vois que vous convenez a pr^ent que vous estes beaucoup plus fort que vous n'estiez quand vous avez attaqu^ les ennemis et que vous vous ferez un point d'honneur et de n^cessit^ d'entreprendre quelque chose qui convienne k la puissance formidable de Tarm^ que vous commandez.
Je n*ay rien k ajouter k ce que je vous ^crivis hier par ordre du Roy sur les diifi^rens projets de descente dont vous m*aviez ecrit Je dois seulement vous dire que Sa Majesty ayant pris la resolution de ne rien tenter au dela du Pasde-Calais et de renfermer dans la Manche toutes les entreprises qui se peuvent faire par son arm^e navale, son attente ne pourra estre remplie que par Tentreprise de Plymouth et que ce seroit un malheur si, par des raisons queje ne puis pr^voir, vous cherchiez k ^viter Tex^cution d'une telle entreprise.
Vous s^vez qu'elle pent estre regard^e par deux endroits diiferens, ainsy queje vous Fay desja expliqu^, s^avoir : d^attaquer les vaisseaux de guerre dans le port de Hamoaze^, ou d'entrer dans le Catwater pour y attaquer et bnisler les vaisseaux marchands. La premiere partie de cette expedition est beaucoup plus difficile que Tautre, et je conviens avec vous quil faudroit, par le moyen des galores, se rendre maistre des batteries qui d^fendent Tentr^e, et que la possi-
* Dans cetle letlre ^ M. de Bonrepos , Sei- pable de me faire perdre Tesperance de lout
giielay se plaignait encore de Tourville el ajou> succ^ . . .y*
tail : (rJe vous avoue que le personnage queje * Bien que la copie porle Araos, il s^agit de
suis oblig^ de faire k son egard esl le person- la partie ouest du port de Plymouth , ou so ro-
nagp du monde le plus lassanl et le plus ca- tiraient les vaissoaux de guerre.
LE MARQUIS DE SEIGNELAY. liii
bilit^ ou la difficult^ de Tentreprise doit estre par vous examinee sur les lieux , pourm que vous y apportiez une veritable envie de faire quelque chose d'exlraordinaire et que vostre esprit soit un peu moiils fertile en raisons lorsqu'il s'agit de trouver des difficult^. Mais, pour la seconde partie du projet, tout le monde convient, et le roy d'Angleterre comme les autres, que rien n'est plus ays^ quedebrusler tons les vaisseaux dans le Catwater, et je vous declare que vous ne persuaderez point au Roy que rien puisse vous en empescher que le peu d'envie que vous avez eu d*ex^cuter une entreprise que Sa Majeste regarde comme la seule glorieuse qui puisse estre faile le long de la coste d'Angleterre. Cest dans les occasions d'un aussy grand ^lat qu il faut bien prendre ses mesures pour le succ^; mais quand elles sont une fois prises, vous pouvei vous assurer que Sa Majeste ne vous s^ura point mauvais gr^ d'avoir hasard^ quelques-uns de ses vaisseaux.
Vous pouvez juger avec quelle impatience j'attendray de vos nouvelles, et quelle crainte j'auray en les attendant que vous n*ayez pris le party de vous contenter d'une simple descente et de n^gliger Tentreprise de Plymouth.
(Arcb.de la Mar. D^hei de la mmr. d» Potumt, 16^0, Col. 17&.)