‹ Lettres, instructions et mâemoires de Colbert, publiâes d'apráes les ordres de l'empereur, sur la proposition de Son Excellence M. Magne, ministre secrâetaire d'etat des financesChapitre 119 sur 246 · A COLBERT DE CROISSY · texte numérisé non relu

A COLBERT DE CROISSY

AMBASSADEUR A LOJNDRES.

( Minute antographe.)

Versailles, 5 aoust 1670.

Pour r^pondre a vostre lettre du ao du mois pass^, je vous diray que M. Tambassadeur d'Angleterre a fait la mesrae plainte au Roy que celie qui a est^ faite h Londres, sur le sujet de Tordonnance du lO juin dernier portant defense i tons vaisseaux estrangers d'aborder, faire commerce ni naviguer aux environs des isles de I'Am^rique occupies par les Francois, h peine de confiscation. Sur quoy Sa Majesty m'a ordonn^ de vous faire sfavoir qu'elle a e.st^ obligee d'exp^dier cette ordonnance pour chasser de nos isles les HoUandois, qui ont une telle habitude h y faire tout le commerce (i quoy mesme ils sont favorisfe par tons les habitans des isles), que, .sans une rigueur extraordinaire, il est impossible de les en chasser; et, pour le mesme effet, Sa Majesty est obligee d'y entretenir une escadre de vaisseaux. Gonmie la mesme raisou ne milite pas contre les Anglois, qui se sont toujours content^s, comme nous, de faire le commerce de leurs isles, si Sa Majesty avoit pu, elle les auroit excepl^s de I'ex^cution de ladite ordonnance; mais elle a est6 obligf^e de la faire g^n^rale contre tons les estrangers , h cause des trait^s qu'elle a avec les HoUandois ; et en mesme temps qu'elle a donn^ ordre au sieur de Baas, lieutenant g^n^ral de ses armies, commandant h present dans les isles de I'Am^rique, de la faire ex^cuter k la rigueur contre les HoUandois, elle luy a ordonn^ aussy de ne pas la faire ex^cuter de mesme contre les Anglois, par la raison que je vous viens de dire, qui est que jamais ils n'ont fait ce comjnerce, ni ne se sont mis en devoir de le faire, en sorte que vous pouvez

assurer le roy d'Ang^eterre et ses ministres qu'il ne se passera rien, sur rex^cution de cette ordonnance, contraire h la bonne intelligence que le Roy veut maintenir et par luy-mesme et par tous ses sujets avec Sa Majest^ Britannique et avec les siens, et mesme que les vaisseaux anglois recevront dans toutes les mers , isles et lieux qui sont sous Tob^issance de Sa Majesty 9 tous les bons traitemens et toutes les assistances qu'ils re^oivent des Anglois, k condition qu'ils ne feront aucun commerce dans nos isles, comme ils ne pr^tendent point le faire, et de la mesme mani^re que le roy d'Angleterre I'a fait observer dans les isles qui sont sous son ob^issance.

Je Yous diray mesme que , dans tous les lieux oi!l les Francois naviguent h present, ils re^oivent un traitement si favorable des Anglois, que, quand il n'y auroit d'autres raisons, Sa Majesty seroit port^e h ordonner h tous ses sujets de rench^rir sur leur civility.

Outre les ordres qui ont est^ desj^ donnas h M. de Baas sur ce mesme sujet, Sa Majesty m'a ordonn^ de luy ^crire si clairement, qu'assur^ment le roy d*Angleterre n'en recevra aucune plainte^. Je vous dois dire n&nmoins que la mesme bonne correspondance et le mesme bon traitement que les Francois re^oivent partout des Anglois, et que les Francois rendent r^ ciproquement aux Anglois , ne s'observent pas de mesme par ces derniers dans les isles de TAm^rique, d'oik le Roy re^oit souvent des plaintes du peu d'assistance et mesme de beaucoup de mauvais traitemens que les Francois re(oivent d'eux; et Sa Majesty desire que, sur ce point, vous demandiez au roy d'Angleterre de r^it^rer ses ordres h ceux qui commandent pour luy dans les isles de Jamaique, Barbade, Antigue et autres isles et terre ferme de TAm^rique , que , sans prejudice des ordres et des defenses g^n^rales, ils ayent k donner aux Francois en tous rencontres toutes les assistances qui d^pendront d eux , et surtout qu'ils tiennent une bonne correspondance avec ceux qui commandent pour le Roy dans les isles et terre ferme qui sont sous son ob^issance ; qu'ils terminent ensemble k I'amiable tous les petits diff^rends qui pourroient naistre entre les deux nations; et, en cas qu'ils n'en puissent convenir, qu'ils en renvoyent le jugement aux

' Voici ce que le Roi ^crivait sur ce sujet k seauz de part et d^autre fussent oblig^ de re-

M. de Baas, le is octobre 1670 : lascher dans nos isles r^ciproques, & quoy je

«t Je d^re que vous conveniez, s^il est pes- d^ire que vous consenliez , ils ne sou£frent pes

sible, avec les gouverneurs des isles angloises, la confiscation, en prenant toutefois vos pre-

des moyens que les sujets, de part et d*autre, cautions pour empescher que sous ce pretexte

ne fassent aucun commerce contraire k raes le commerce anglois ne s^inlroduise dans nos

defenses et k celies de Sa Majesty Britannique, isles. . . n (Ordret du roi, fol. 1 10.) et que , en cas que par quelqne accident les vais-

deux rois pour ies terminer, sans en venir k aucune voye de fait, ei, au surplus , qu ils s'entre-assistent mutueilement en tous rencontres . . .

A regard de ia navigation du d^troit d*Hudson, i\ est vray que Van Heemskerk, qui est HoUandois, s'est mis au service du Roy et a propose k Sa Majesty d'aller d^couvrir, sous son autorit^ , des mers et des pays qui n'ont jamais est^ et ne sont point habits par aucune nation de I'Europe, entre Ies 5 a* et SA* degr^s de latitude septentrionale , sous diverses graces et conditions considerables qui luy ont est^ accord^es. U n'y a rien en cela qui puisse blesser ie roy d'Angleterre ni ses sujets ; mais si , dans I'ex^cution de cette proposition, le pays pr^tendu par ledit Van Heemskerk se trouve oecup^ par Ies Anglois, en ce cas le Roy ne le souffrira point et en fera faire raison au roy d'Angleterre, sans difficult^. Vous voyez bien clairement par ce discours qu'il ne pent arriver aucune contestation ni difficulte sur cette affaire.

(Arch, de la Mar. DSpSchet eoncemant le commerce, 1670. — Depping, Corre^ondanee admifditratioe ious Lome XIV, HI, A 9 8.)

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