‹ Lettres, instructions et mâemoires de Colbert, publiâes d'apráes les ordres de l'empereur, sur la proposition de Son Excellence M. Magne, ministre secrâetaire d'etat des financesChapitre 13 sur 246 · X. — TOURVILLE A SEIGNELAY · texte numérisé non relu

X. — TOURVILLE A SEIGNELAY

A la rade de Torbay, ce 5 aoust 1690.

Apr^s avoir demeur^ quelque temps a la rade de Torbay sans pouvoir rien entreprendre avec les galores, par la contrariety des venls qui nous ont toujours este contraires sur les vues que j'avois eues , je n ay pas voulu perdre un moment de temps pour tascher d'entreprendre quelque chose. Je m'embarquay bier dans mon canotpour visiter moy-mesme la coste; j'estois accompagn^ par le brigantin de M. le chevalier de Noailles. Je n'ay point trouv^ d'endroit plus propre ni qui convinst mieux aux galores pour faire un d^barquement que Tingmouth^ dans la vue que j'avois de faire brusler douze vaisseaux qui y estoient. J'en apportay un petit plan aux officiers g^n^raux, et je donnay les ordres pour ex^cuter ce dessein le lendemain k la pointe du jour. J'avois donn^ ce commandement k M. de Villetle; mais M. le comte d'Estr^es me la demande. Je donnay ordre aux galores d'estre a la pointe du jour devant Tingmouth.

"Tons les d^tachemens ont est^ faits selon les projets que je vous avois envoy^; les troupes d^barqu^rent le plus heureuseraent du monde sans qu elles ayent ^prouv^ aucune resistance, et elles se sont remi)arquees de la mesme maniire, apr^ avoir brusie les na vires qui estoient dans la riviere. Ladeneaua este command^ avec son canot pour ex^cuter ce dessein : il y a r^ussy parfaite-

• Tinginoulh , viile el port du Devonshire , a I'embouchure de la TiiiR.

uv IMRODUCTION (ANNEXES).

ment ei a eu toute la bonne conduite que vous pouvez souhaiter. J'avois vu de la cavalerie dans le temps que je fus sonder cette rade; j'avois ordonn^^M. le comte d'Estrees de ne point 6*y engager s'il trouvoit de la resistance. Le major g^n^ral estant sur la galore de M. de Mailly avec luy, Ton a propost^ de le lais^ ser descendre avecles grenadiers, et que, en cas qu'il trouvast unegrande r^ sistance, il n'engageroit pas davantage de troupes pour le faire soulenir, et que s*il se rendoit maistre des premieres maisons, la descente estoit assur^e; ce qui a tr^s-bien n^ussy. N'ayant point trouv^de resistance, il a fait prendre les retrauchemens et la batterie des ennemis a revers, et dans ce temps-1^ toutes les troupes se sont d^barqu^es. Par le detail que M. de Bonrepos vous fera de la conduite qu il a eue dans cette affaire , vous serez convaincu qu'il estoit propre pour avoir ce d^tachement, comme je vous Tavois propose. M. le comte d'Estr^es s'est comport^ dans toute cette affaire avec beaucoup de prudence , et les troupes se sont rembarqu^es en tr^s-bon ordre. Je mets k la voile pour aller du coste de Plymouth, oi j'apprends qu'il y a quantity de vaisseaux.

Soyez persuade, s'il vous plaist, quejen oublieray rien de ce qui pent aller a la gloire du Roy et k nostre satisfaction.

(HUtoire de la marine fran^aue , par Eugene Sae , IV, 877.)

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