AMBASSADEUR A LISBONNE
Saini-Gerinain , 33 aoust 1670.
11 faul, h regard du commerce des Indes orientales, que les Portugais soyent bien aveugles de ne vouloir pas traiter avec le Roy et luy donner quelqu'un de leurs establissemens , vu qu'ils y p^rissent tons les jours et qu'assur^ment ils en seront chassis dans pen, s'ils ne se fortifient par quelque alliance et par quelque traits d^fensif, et mesme offensif en cas de besoin, avec le Roy, qui est assur^ment le seul de tons les princes de I'Europe qui envoye des flottes dans les Indes et qui y fasse quelque commerce , avec lequel le Portugal se puisse accommoder avec seuret^ et avec biens^ance K
Je crois que vous ne manquerez pas de profiter de la bonne disposition que vous avez trouvde au comte d'Atorre sur le sujet du commerce des Indes; mais, comme vous dites fort bien, il ne se faut point presser du tout avec cette nation; il faut que les principaux du conseil de Portugal voyent eux-mesmes la n(5cessit6 en laquelle ils sont de s*allier avec quelque puissance qui les empesche de p^rir, comme assur^ment ils feront sans cela. II faut seulement vous tenir en eslat de profiler de toutes les con-
• Voir II, Industrie, piece n" 35.
jonclures qui vous paroistront favorables pour cet effet, etce pendant vous assurer toujours que les vaisseaux fran^ois, soit de guerre, soit marchands, seront re(us dans ies ports qui sont de la domination du Portugal, y auront liberty enti^re de leur commerce et y recevront Ies assistances dont ils pourront avoir besoln.
Le Roy est bien persuade que Tisle Dauphine n'est pas propre pour Ic commerce des Indes; aussy Sa Majesty prend^-elle des mesures pour quelque autre establissement ^ ; et comme il est impossible de faire de grandes colonies dans cette isle, nous aurons le mesme d^faut d'hommes que les Portugais ont eu pour d^couvrir et entrer dans la riviere du Cuama-, ou vous dites qu'ils sont fort persuades qu il y a des mines considerables.
Les ordres que vous avez fait donner, et de bouche el par ^cril, au vice-roy des Indes en faveur des vaisseaux fran^ois leur seront avantageux.
Nous attendons h present trois vaisseaux venant des Indes, qui sont partis le 3o novembre dernier, dont le retardement nous donne quelque inquietude.
Comme il seroit tres-avantageux a nostre compagnie du Nord de fournir aux Portugais toules les marchandises qui leur sont n^cessaires pour les armemens de mer, et que les directeurs de cette compagnie ont envoy^ leurs ordres h la veuve Andr^ de traiter pour cette fourniture avec leconseil de Portugal, en cas qu'elle puisse convenir des conditions et du prix, le Roy desire que vous vous employiez pour faire r^ussir cette proposition , et que vous donniez h ladite veuve Andr^ tons les avis que vous croirez pouvoir contribuer h la faire r^ussir. Outre I'avantage que les sujels du Roy en pourront recevoir, les Portugais auront la satisfaction d'oster ce commerce aux HoUandois. . .
(Arch, de la Mar. D^p^hei eoncemant le cotnmarce, 1670, fol. 37/i. — Depping , Correspondance administrative tous 1/mis XIV, III , 699. )