‹ Lettres, instructions et mâemoires de Colbert, publiâes d'apráes les ordres de l'empereur, sur la proposition de Son Excellence M. Magne, ministre secrâetaire d'etat des financesChapitre 143 sur 246 · A M. TALON · texte numérisé non relu

A M. TALON

INTENDANT AU CANADA

Saint-Germain, A juin 1672.

Le Roy a vu, avant son depart ^ toutes les lettres et m^moires qui ont este apport^s par vostre secretaire, sur lesquels Sa Majeste m*a ordonn^ de vous faire sjavoir ses intentions.

Vous recevrez par vostre secretaire vostre conge ^, et ainsy vous ne demeurerez en Canada que jusqu'au mois de septembre ou octobre; mais

* Louis XIV ^tait parti le sB avril pour la et il craignait de ne pouvoir vivre en meiUeure

campagne de Hollande. intelligence avec celui-ci. C'c«t ce qui Favail

^ Talon avait eu des d^dl^ avec M. de d^tennin^ k demander son rappel. Oourcelles, pred^sseurde M. de Frontenac,

vous devez observer d'y demeurer le plus tard que vous pourrez, afin que V0U6 y puissiez donner tous les ordres n^cessaires et mesme en maintenir Tex^cution pour quelque temps en vostre pr&ence.

Sa Majesty a est^ bien ayse de voir la resolution que vous prenez de passer par TAcadie; elle s'attend que vous y donnerez toutes les dispositions n^cessaires pour en augmenter la colonie, et elle veut que vous fassiez bien connoistre au chevalier de Grand-Fontaine que si , par sa bonne conduite, il augmente le nombre des habitations, il obtiendra assur^ment des gr&ces de Sa Majesty ; elle desire que vous observiez particuli&rement sa conduite, que vous luy donniez vos avis sur tout ce qu'il aura h faire pour parvenir h cette augmentation, et que vous luy disiez qu'elle vous a ordonn^ de luy rendre compte k vostre retour de tout ce que vous aurez reconnu de luy.

Sur la proposition faite par le colonel Temple de se retirer sur les terres de Tob^issance du Roy, vous pouvez Tassurer qu en ce cas Sa Majesty non-seulement luy donnera des lettres de naturalit^, mais mesme luy fera d'autres gr&ces.

Gomme, apr^ I'augmentation dela colonie du Ganada, il n'y a rien de plus important pour ce pays-lli et pour le service de Sa Majesty, que la d^couverte du passage dans la mer du Sud, Sa Majesty veut que vous assuriez une bonne recompense h ceux qui feront cette d^couverte ^ ; mais il semble qu'eile pent estre difficile aux habitans de ce pays-1^ , vu qu'elle ne se pent faire qu'avec des vaisseaux et qu'il y en a un fort petit nombre.

A regard des mines de cuivre, de plomb, de fer, charbon de terre, du goudron, chanvre et toutes sortes de manufactures, comme vous estes bien inform^ des intentions de Sa Majesty sur Tavantage de ce pays-1^ et qu'il n'y a rien qui puisse estre plus profitable aux habitans, elle se remet enti^rement k vous sur tout ce qui est k faire pour la d^couverte des mines et Testablissement de toutes sortes de manufactures ^.

Sa Majeste ne veut point que Ton y s^me du tabac, d'autant que cela n'apporteroit aucun avantage au pays, quia beaucoup plus besoin de tout ce qui peut porter les habitans au commerce et k ia navigation, aux pesches s^dentaires et aux manufactures, et que la culture de cette herbe seroit pr^judiciable aux isles de rAm^rique.

Sa Majeste veut toujours que vous travailliez h la multiplication des

^ Voir la lettre au m^e, pike n^ &a. d*ane grande utility pour ce pays-li, non-seu-

' Colbert , dans . une leUre du a A du m toe lement pour la commodity du bois , mais mesme

moi8,recommandait4M.deFrontenac, comme pour nous envoyer tout le fer que nous tirons

suppMment A ses instructions, d^^tabiir au Oa- de SuMe et des autres pays du Nord.i) ( Ordres

nada les fontes et la forge du fer, t^ce qui sera du rat, fol. 78.)

bestiaax, et pour cet effet, jusqu'^ ce qu'il y en ayt une quantity suffisante, elle veut que le conseil souverain en empesche, parses arrests, la consommation.

Elle a est^ bien ayse d'apprendre qu'il y ayt eu sept cents enfans baptist Tann^e derni^re, et de I'avis que M. T^vesque de P^tr^ luy a donn^ qu'il y en auroit onze cents cette ann^e; mais elle auroit d^ir^ d'estre inform^e du nombre des manages qui se sont faits pendant Tann^e derni^re des gardens et lilies n^s dans le pays.

11 ne faut pas s'^tonner si le commerce des pelleteries a diminu^ les an-, n^s demi^res, vu que tout commerce, de quelque nature qu'il puisse estre, a ses augmentations et ses diminutions caus^es par divers accidens; mais il arrive toujours qu'apr^ qu'un commerce diminue consid^rablement pendant quelques ann^es, il reprend force les suivantes; et c'est c% qu'il faut laisser k I'industrie et aux n^cessit^ des hommes, d'autant plus que, si le Canada se trouvoit priv^ de ce commerce, les habitans seroient port& a s'appliquer aux pesches s^dentaires et autres, h la recherche des mines et aux manufactures, qui leur produiroient beaucoup d'avantages.

Sa Majesty fera reflexion sur la proposition de faire fabriquer une monnoye particuli^re pour le pays de Canada; et, comme elle Testime bonne et avantageuse, elle donnera ses ordres pour la faire fabriquer et pour en envoyer I'ann^ prochaine.

Sa Majesty envoye les appointemens des ouvriers de marine entretenus en Canada.

Elle desire que vous mettiez promptement le vaisseau qui a est^ commence en estat d'estre mis en mer, et elle seroit bien ayse que vous vous en puissiez servir pour repasser en France avec M. de Courcelles.

Comme vous voyez clairemeqt que rien n'est plus avantageux que le commerce de mer, Sa Majesty veut que vous vous serviez de tous les moyens qui sont en vostre pbuvoir et de toute vosire industrie pour porter les habitans k continuer k bastir des vaisseaux et k porter eux-mesmes leurs marchandises dans les isles fran^oises de TAm^rique.

Vous trouverez cy-joint les arrests que le Roy a ordonn^s pour le retranchement des terres non d^fHch^es ^ pour les r^g^emens de police^ et I'establissement des juges, lesquels Sa Majesty veut que vous ex^cutiez avant vostre depart.

* L'arrdt, contre les ooncesaonnaires n^gK- puis dix ans et non encore d^frich^. — 'Les

gents y qni se trouve aux archives de la Ma- lettres patentes pour les r^ements de police et

rine, dans lemdme volume, foL 67, retranche l^tablissement des juges sont aussi dans le

aux colons la moiti^ des terres conc^^ d^- m^nie volume, fol. 69.

A regard des Francois qui repassent en France tons les ans, Sa Majesty eslime que c'est un d^sordre considerable auquel il faut tascher de rem^dier. Pour cet effet, elle ^crit k M. de Frontenac pour iuy d^feodre de permeitre k aucun Francois de repasser en ce royaume, si ceux qui Iuy demandent cette permission n'ont femme et enfans et un establissement considerable en ce pays-1^, Sa Majesty se remettant toutefois k sa prudence d'user de cet ordre ainsy qu ii estimera k propos de le faire pour le bien et Tavantage de la colonie, estant important que les Francois ne croyent pas estre retenus par force audit pays, parce que cela empescheroit pentestre un grand nombre d y passer, et n'estant pas k propos d'avoir recours k la force que lorsque tons les autres moyens manquent.

Sa Majeste ne pent faire cette ann^e aucune d^pense pour le Canada.

Elle veut que vous acheviez la liquidation des dettes de la conununaute, et pourvoyiez au moyen de les acquitter avant vostre depart;

Que vous fassiez, autant qu'il vous sera possible, la communication du Canada avec TAcadie.

Sa Majeste ne pent accorder aux habitans dudit pays le commUtimui ^ que vous proposez.

Elle a fait donner une autre abbaye k M. T^vesque de P^tr^e et 6,000 livres pour la continuation des d^penses qu'il est oblig^ de faire pour la nourriture des prestres qui travaillent avec Iuy; 9,000 livres pour rhospital de Quebec, et 1,900 aux R^collets.

Sa Majeste verra ce qui se pourra faire pour envoyer des armes et munitions dans I'Acadie.

A regard des permissions aux Francois de s'embarquer, Sa Majesty estime qu elles doivent estre donn^es par le gouvemeur g^n^ral dudit pays el qu'elles doivent estre vis^es par vous.

Pour les petites dilBcult^s qui sont arriv^es entre M. de Courcelles et vous, comme vous revenez Tun et Tautre, elles n'auront point de suite.

Ce seroit un grand avantage et une grande satisfaction au Roy si, k vostre retour, vous apportiez k Sa Majesty les nouvelles de quelques bonnes mines d^couvertes et manufactures establies, entre autres celle de la potasse et du savon mou ^, qui pent devenir fort considerable pour ce pays-l&.

Sa Majeste esp^re que M. Tabbe de Qu^lus demeurera ferme dans son dessein d'establir et fonder I'hospital de Montreal.

A regard de larrest que vous demandez pour vous faire presenter loutes les rcquestes afin de les distribuer aux juges, il a paru au Roy un peu

' \o\r 11^ Index. que verls, etaienl employes dans I'indushrie

* Les Savons mous ou liquides, tant noirs par les foulons, les bonnetiers, etc.

Irop contre Tordre de la justice, qui veut que, sans s'adresser aux juges sup^rieurs, les premiers juges connoissent de ioute la mati^re de leur competence et que Tappel de leurs jugemens aille au conseil souverain, joint que les sujets du roy de ce pays-li seroient trop grev^s, estant ^loign^s de Quebec comme ils sont , d'y venir pour sfavoir h quels juges ils doivent s'adresser.

(Areh. de la Mar. Ordret du raipour lu compagme$ dn Indn, 1679 , foi. 59.)

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