‹ Lettres, instructions et mâemoires de Colbert, publiâes d'apráes les ordres de l'empereur, sur la proposition de Son Excellence M. Magne, ministre secrâetaire d'etat des financesChapitre 146 sur 246 · A M. CARON · texte numérisé non relu

A M. CARON

DIREGTEUR DE LA GOMPAGME DES IINDES ORIEISTALES.

Saint-Germain , 1 9 octobre 1679.

J'ay reju toutes les lettres que vous m'avez ^crites, les 7 f^vrier, 5 et 3o d^cembre 1671, 3 et 9 Janvier dernier. La resolution que vous avez prise d'accompagner M. de La Haye dans Testablissement des postes qu'il avoit ordre de prendre dans les Indes est fort bonne ; et je ne doute pas que vous ne travailliez toujours avec la mesme application k toutce qui pent estre avantageux au bien de la compagnie et k Taugmentation de son commerce. Et comme les autres directeurs qui sont dans les Indes tireront assurement beaucoup d*utiiite de la grande experience que vous vous estes

' Voir Marine, pieces if* acjG, 3oo , 3oa el notes. — * l^a batailie de Soulliwood-Bay, du 7 juin.

acquise du commerce et de I'estabiissement des posies qu'il est n^cessaire dV occuper» il est bien important que vous leur communiquiez toutes vos pcns^es et toutes vos lumi^res sur ce sujet, et surtout que vous teniez la main, pendant le temps que vous demeurerez dans les Indes, k ce que les marchandises soyent mieux choisies que par le pass^, et les assortimens mieux faits, en sorte que les ordres et m^moires qui sont envoy^s par la chambre de Paris soyent ponctuellement ex^cut^s, estant certain que ce commerce seroit enti^rement ruin<i si la compagnie n'estoit mieux servie qu'elle n a est^jusqu'i present *.

Gomme Sa Majesty ne desire rien plus fortement que de maintenir I'union entre les directeurs qui sont dans les Indes, et de les porter tons a concourir^ une mesme fin, qui est Testablissement et I'augmentation du commerce de la compagnie, elle veut que, dans toutes les assemblies que vous tiendrez , vous vous expliquiez tons avec liberty de vos sentimens, et que les resolutions soyent prises a la plurality des voix; mais elle desire que, en cas qu'il y eust quelque difficult^ dans vos deliberations, vous vous conformiez aux sentimens de vos confreres quand mesme ils seroient contraires aux vostres.

A regard des comptes, comme toute la depense qui a cy-devant este faite a passe par vos ordres, et qu'en cela, comme en toutes choses, vous avez grand interest de faire connoistre I'exactitude et la ponctualite que vous avez observees dans toute voslre conduite, il est necessaire que vous fassiez en sorte que la compagnie soit satisfaite du bon estat que vous y aurez mis; et, pour cet effet, j'estime que vous devez tenir soigneusement la main h ce que tons les comptes qui seront rendus du maniement de ses deniers soyent vus, examines et arrestes, Sa Majeste se promettant au surplus que vous servirez d'exemple en tons rencontres pour maintenir et

' Le m^mc jour Colbert ^crivait d M. de La Haye :

ffSa Majesty a fort approuv^ la moderation avec )ac[uelle vous avez souffert les emportemens du sieur Blot et toutes les aulres contrariety que vous avez trouv^es dans rex^cutioD. Elle m^ordonne de vous expHquer que, par tous les rapports qui luy sont faits par les directeurs g^n^raux des sentimens des directeurs et de tous les Francois qui sont dans les Indes, par Testat de toutes les marchandises qui en viennent, leur mauvaise quality et encore plus leur assortiment, qui est toujours tr^s-defectueux, le prix qu^elles coostent dans les Indes, et tout ce qu'olte voit clairement de

ia conduite qui shyest tenue jusqu'^ present, le sieur Caron ne peut pas se disculper d^un trop aveugle abandonnement au courtier Sanson , qui aura assiirement caus^ des prejudices irr^parables i la compagnie ; et ainsy, quoyque cela ne soit pas de vostre fait, cela doit neanmoins vous porter k donner plus de cr^ance aux directeurs fran^is. Ce n'est pas que Sa Majeste ayt pris aucun soup^n de la fidelity ni du z^le du sieur Caron pour son service et pour lesucc^decette entreprise; mais elle croit que les Francois doivent estre plus cms que luy sur ee qui regarde le succ^ de celtc compagnie.» {Ordret durnij fol. §3.)

fortifier Tunion , qui est le moyen le plus assure pour establir solidement le commerce.

( Arcb. de ]a Mar. Ordrtt dn rot pour les compagnm des Indet, 1679 . fol. (jk.)

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