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teur Quesnay et ses adeptes ; il n en est rien : les id^es liberates ont trouv^ plus d'une fois avant eux des d6feiiseurs z^l^s ^ Line assembl^e de commerce , k laquelle le gouvernement avait con vi6 ies principales viiles du royaume, eut iieu k Paris en 1 70 1 . 11 faut voir avec quelle vigueur les compagnies privil^gi6es y furent attaqu^es par le d^l^gu6 de Nantes. Suivanl lui, le raonopole qui leur avait ^t^ accords, et sans lequel elles auraient 6t6 impossibles dans Torigine , 6tait devenu nuisible. Compos^es principalement de Parisiens, elles ^taient fort ignorantes sur le fait du commerce lointain ; leur suppression enrichirait beaucoup d'autres viiles, et, par suite, Tindustrie et la navigation saccrottraient sensiblement. erTout le monde, ajoutait le d^put^ de Nantes, se jetteroit dans le commerce; on ne verroit plus de mendians ni de vagabonds . . . Les colonies se multiplier roient... En un mot, toute la France respire cette liberty. Elle rel^veroit le courage des n^gocians, et les revenus du roi augmenteroient k un point qu'on en seroil surpris, dautant plus que Sa Majesty reprendroit les droits dont elles jouissent par leurs privileges, t) Si ces raisons ne pr^valaient pas, le d^l^gu^ de Nantes demandait qu'on accorddt aux compagnies une indemnity, a6n que les particuliers pussent commercer concurremment avec elles, dans les pays de leur concessioYi *.
Ce que ni les conseils de Vauban, ni les plainles du d^l^gu^ de Nantes ne purent obtenir, arriva par la force des choses, et la plupart de ces compagnies, qu'on croyait si florissantes, croul^rent bient6t. GrAce k la liberty relative qui en r^sulla, Tavenir de la colonisation fut d^s lors assur^. Persistant dans son erreur, le gou-
* J'ni reproduit dans mon Huiaire du s^9thne protectewr, \k TAppendice, des objeclioDs tr^fortes soulev^s dans rassembl^ da commerce de lyot contre le syst^me protectioniste. On dirait une enqu^te faite de nos jours. — Voir aussi dans les Soupirs de la France esclave, du protestant Jurieu , et dans les Mimoires de Vabhi de Choity, livre 11, les critiques dirig^ par les contemporains contre ce syst^me , au sujet des r^formes de Colbert, w II cnit, dit Fabb^ de Choisy, que le royaume de
France se pourroit suffire k hii-m^me, oubliant sans doute que le Cr^teur de toutes choses n*a plac^ les diff^rents biens dans les difKrenles parties de Tunivers, qu'a6n de lier une spoi^ commune, et d'obliger les hommes, par leurs int^r^ts, \k se communiquer r^proquement les tr^sors qui se trouveroient dans chaque pays. . . «
* Hiitoirede Vadmimsirationen France, par M. Dareste de Ln Cbavanne. t. Ih p. iio, Appendire.
Lxxxii INTRODUCTION.
vemement continuait cependant de tenir ies pays d'outre-nier en tuteile. En 1712, ies colons du Cap s'^taient donn^ une charobre de commerce; soup^onn^e de vues ind^pendantes, elle fut cass^ en conseil. Mais, par intervalles, quelques reclamations legitimes finissaient par ^tre admises. G'est ainsi que Tinterdiction de fabriquer des ^toffes de soie dans Ies colonies fut lev^e. La defense d'y raffiner du sucre eut un autre sort : sur ce point, Tadministration s'obstina et pr^tendit rem^dier, par des revisions continuelles du tarif , au malaise dont se plaignaient Ies planteurs. II est constant que, du vivant m^me de Louis XIV, Ies int^r^tsdes colonies, teiles qu elles venaient d'etre constitutes, et ceux de la m^tropole, ^taient souvent en opposition directe. Dans ce cas, et quand Ies embarras etaient devenus insurmontables, le rainistre c^dait, mais k regret et apr^s des d^lais ruineux. Les choses en ^taient venues k ce point qu'en 1716 un remaniement g^n^ral des tarifs fut reconnu indispensable. U am^liora la condition des colonies et donna une grande activity a la marine marchande. Du m^me coup, le commerce de Guin^e vit tomber quelques -unes des entraves qui le paralysaient; des entrepAts furent cr^^s, plusieurs droits diminu^s; les particuliers purent faire le commerce des Indes occidentales sans autorisation ; la p^che cdti^re et la grande p6che furent encourag^es par la suppression du droit d'entr^e sur les huiles de baleine et autres. cr G'est proprement T^poque des colonies, disait Forbonnais il y a un si^cle, en constatant ces r^formes. Que cette date est r^cente, et cependant quel progr^s! Jamais la liberty n'a trahi les esp^rances du gouvernement dans aucune branche de commerce ^ 1^ C'etait la premiere br^che faite au regime colonial inaugur^ par Richelieu, revivifi^ par Golbert, aggrav6, suivant Tusage, par leurs successeurs. La perseverance avec laquelle il a ete suivi pendant pr^s de deux si^cles prouve combien Tillusion etait gen^rale. Sous ce regime, d'ailleurs, nos possessions d'outre-mer avaient connu des jours prosp^res, et le commerce maritime s'etait d^veloppe. Une liberte plus grande, plus de latitude donn^e aux transactions auraient certes ete plus avantageuses. Les interess^s seuls r^cla-
' Reekerches sur les Finances, ann^ 1716.
COLONIES. Lxixui
maieut et n ^taient pas ^cout^s. UAssembl^e constituante, qui avait fail justice du syst^me prohibitif de Colbert, respecta son syst^me colonial. Les temps de T^mancipation commerciaie des deux mondes n ^taient pas venus. II y a quelques ann^es k peine la France traitait ses colonies k peu pr^s comme Louis XIV ; c est quand leur d^tresse est devenue manifeste pour tons qu'une loi r^paratrice , mais restreinte k la Martinique,^ la Guadeloupe, k la Reunion, celle du 3 juillet 1861, les a en6n admises au droit commun.
Soyons juste pourtant : le syst^me colonial ne fut ni une invention de la France, ni particulier k la France. Si la Gr^ce avait laiss^ ses nombreux essaims peupler librement I'Archipel etles c6tes, les Romains de la grande ^poque avaient suivi une marche oppos^e; et, quand le cardinal de Richelieu adopta leur syst^me, Espagnols et Portugais, Anglais et Hollandais, le pratiquaient k I'envi. Seulemenl I'Espagne et I'Angleterre y apport^rent beaucoup plus tAtles temperaments n^cessaires. Nous citions toutii Theure Forbonnais; c'est lui encore qui disait, vers 1760, en parlant de la France : (T Cetle nation, tax^e d'inconstance, est la plus opini4tre k conserver les fausses mesures qu'elle a une fois adoptees. "» On comprendra au surplus que Tannexion et la complete assimilation au royaume de ces magniGques colonies, qui en decuplaientl'^tendue, ^taient bien faites pour ^blouir Louis XIV et ses ministres. <( Y a-t-il, disait Vauban dans le m^moire dont nous avons parl^, quelque chose dans le mondede plus utile, de plus glorieux et de plus digne d'un grand roi que de donner commencement k de grandes monarchies, de les enfanter pour ainsi dire et les mettre en ^tat de s'accroitre et de s'agrandir en fort peu de temps, de leur propre cru, jusqu'au point d'6galer, voire de surpasser un jour le vieux royaume? Qui pent entreprendre quelque chose de plus grand, de plus noble, de plus utile? jN'est-ce pas par ce moyen, plus que par tons autres, qu'on pent, avec toute la justice possible, s'agrandir et s'accroitre? n
Celte appreciation du role politique des colonies vers la fin du xvH* siecle explique les exc^s et les 6garements du syst^rae a ses debuts. Mais I'erreur n'est pas eternelle, et Texperience finit par porter ses fruits. La vapeur, les chemins de fer, I'eiectricite , le developpement de la richesse et de la consommation, les relations
Lxxxiv INTRODUCTION.
^tablies avec les populations innombrables de i'extr^me Orient, ont produit, dans le monde ^conomique, une revolution profonde. L^ aussi lancien regime des privileges, des exclusions et des prohibitions a fait son temps. Gonsult^e sur le projet de loi qui devait ^manciper les colonies, la ville de Marseille a formula la r^gle du commerce modenie avec une concision heureuse : «fLe monde entier, a-t-elle r^pondu, est le meilleur champ d'^change et de fret; il vaut mieux que n'importe quel coin de terre, quelque productif qu'il puisse fetre. a
Aux r^sultats qu a d&jk donnas Tapplication de cette loi eminemment sociale et civilisatrice; on pent juger de ceux qu'elle aura dans Tavenir, quand toutes les parlies du globe pourront ^changer leurs productions naturelles ou manufactur^es avec la plus complete liberty.