‹ Lettres, instructions et mâemoires de Colbert, publiâes d'apráes les ordres de l'empereur, sur la proposition de Son Excellence M. Magne, ministre secrâetaire d'etat des financesChapitre 19 sur 246 · A COLBERT DE TERRON · texte numérisé non relu

A COLBERT DE TERRON

INTENDANT A ROGHEFORT.

(Lettreorigioale.)

De.. . s5 juiilet 1670.

Je n'ay re^u aucune de vos lettres depuis vostre depart de Paris; j'en attends avec impatience. Surtont, vous me ferez grand plaisir de me faire sfavoir v^ritablement quelle a est^ la conduite de mon fils pendant tout le voyage 9 et mesme pendant tout le temps qu'il demeurera. Je vous prie de ne rien c^ler, et soyez assur^ que je tiendray secret ce qu'il faudra, que je ne vous commettray point, et me serviray seulement des avis.cpie vous me donnerez pour luy donner Ies miens.

Je seray bien ayse aussy de s^avoir de vous tout ce qui s'est pass^ dans toutes Ies villes de son passage. Je vous prie de vous estendre dans vos lettres sur tout ce qui le regardera.

(Bibl. Imp. Mss. S. F. 3,oia » Colbert et Seignelay, IV, cote i5 , piece 6. - - Coll. des doc. in^d. Melangee kistoriquM, par M. GbampoUion-Figeac, IV, 5i&.)

3— AU MfeME.

( Lettre originaie.)

Versailles, U aoust 1670.

J'ay vu le m^moire de mon fils, que j'ay trouv^ assez bien, mais un peu superficiel, et sur lequel je suis persuade qu'il n'a pas fait assez de reflexion. Son plus grand d^faut, tant qu'il a est^ aupres de moy, a est^ d'attendre k I'extr^mit^ k faire ce qu'il avoit a faire, se fiant a son esprit, travaillant vite, i I'extr^mit^. Mais comme cette precipitation ne permet pas que Ton fasse reflexion sur ce que Ton fait, il est impossible qu'il devienne jamais habile homme s'il ne change cette mani^re. G'est h quoy je vous prie de tenir la main; surtout ne le flattez point du tout, particulierement sur la facility qu'il a de comprendre, parce que je suis extraordinairement en garde et ne crains rien tant que cette facility, parce qu'elle

le porte a avoir bonne opinion de luy et ^ se contenier de cette premise connoissance des cboses que son esprit luy donne, laquelle n'estani que superficielle ne fit jamais un habile homme. Je consens volontiers qu il sok lou^ par ce qui le rend louable , mais il faut bien luy faire connoistre qu'il n y a que la grande application h la penetration des cboses qui puisse le rendre habile.

Je vous prie de voir les memoires qu'il m'enverra et de faire en sorle qu'il les fasse propres et r^guliers, afin que je puisse les faire voir au Roy. Voyez aussy toutce que je luy ^cris, afin que vous puissiez prendre mon esprit et le suivre. Nous n'avons besoin que de luy donner de I'application et de faire en sorte qu'il prenne plaisir h ce qu'il fait; mais je ne seray pas persuade qu'il y prend plaisir jusqu'li ce que je voye des memoires bien faits, et sur lesquels je verray qu'il aura fait reflexion^ . . .

( Bibl. Imp. Mss. S. F. 3,oi9 , Colbert et Seignela^, IV, cote 1 5, pidce 7. — GoU. des doc in^ M4ia»(fe9 Matonqwee, ptr If. ChampoUion-ngeae, IV, 5i5.)

( Lettre aatographe. )

La Rocbdle, 1 1 aousl 1670.

J'ay re^u cinq de vos lettres depuis mon depart de Paris. Par la premiere, du a 1 juillet, vous me marquiez d'avoir re(u le billet que je m'estois donne I'honneur de vous ^crire de M^nars^, que vous aviez trouv^ trop court. Vous me tesmoigniez que vostre volonte estoit que je vous ^crivisse amplement deux fois la semaine, que par ce moyen le temps que j'employerois ^ ^crire seroit un temps de reflexion pour moy sur tout ce que

^ Six jours apr^, Colbert expninail a son coosiD ies m^es craintes :

« Pour mon fils, set mtooires sont trop superfideb, et il est impossible qu*il dcvienne jamais habile hoimne s*il est content de ce quMl a fait. Je vous prie de (enir la main qu'il appfofondisse, p^n^tre et s'applique da vantage k connoistre les mati^res. Voyez la lettre que je luy ^cris, et k M. Isarn *. Je vous prie de tenir la main k ce quails ex^cutent Tun et Tautre ce que je d^re.

« Je vous avois ^it que je ne d^irois pas qu'il re^usl des visites des corps ni des viUes , je vous prie de reropescher k Tavenir.

V En cas qu*il fust encore k la Rochelle, ce que jene puis croire , faites-Ie reloumerpromptement k Rochefort. . . yi {Dep, cone, la mar, fol.

* Charon, beau-p^ de Colbert, poss^dait

k M^nars une propri^t^. (Voir I, 979, pike

* Isarn, pr^cepleur de Seignelay, qa'il accompagna dans ses voyages. En revenant a Paris, il tomba malade daos une hdtellerie, appela sans pouvoir se fiiire entendre, et y mourot 11 avait ^t^ rival de Pel- Kason aaprte 4e Bademoiselle de Scad^ry.

j'aarois vu, qu en mesme temps je formerois mon style et mon jugement et que je tirerois un fort grand avantage des avis que vous me pourriez donner l^-<le8sus. Je comprends fort le profit que je peux tirer en vous ^rivant, aussy ne manqueray-je pas de le faire tons les ordinaires et de me corriger de ce que vous trouverex de d^faut dans les m^moires que je vous ^riray. Je n'ay pas encore manqu^ un ordinaire h vous ^crire depuis que nous sommes arrives; je continueray et feray mesme mes m^moires avec plus de soin ^

Le billet que vous m'avez fait la grAce de m*^crire le aS juillet me pres* erivoit de vous ^crire deux fois la semaine, de relire souvent mon ins* truction, de gagner autant que je le pourrois lamiti^ et Testime des gens avec qui j'aurois aifaire dans mon voyage. Je feray tout ce que je pourray par ma civility pour ex^cuter ce que vous m ordonnez par cet article ^.

Vous m engagez par la mesme lettre avec tant de bont^ k vous dire tout ce qui se passe dans mon esprit et ma conduite^ que je vous supplie tr&sbumblement de croire que je le feray en tons rencontres et que je m'attends de vous tesmoigner par 1^ le respect que j'ay pour tout ce qui vient de vostre part et Tenvie que j'ay de faire toutes les cboses qui vous pourront plaire.

La lettre du 3 5 juillet me marque vostre volenti sur les complimens de ville. Je suis fascb^ de ne pas I'avoir s(ue plus tost, je n'aurois pas manqu^ de faire avertir les officiers de justice et autres que je n'en recevrois point; mais cela me servira dans le reste de mon voyage, que je feray incognito de la maniere que vous le soubaitez. Je voudrois pouvoir vous persuader de Tenvie que j'ay de m'instruire exactement de tout ce que je dois s^avoir; je vous assure que la volenti ne me manquera point, et j'esp^re vous en montrer des eifets devant que de sortir d'icy.

J'ay est^ surpris par ce que vous m'avez mand^, par vostre billet du I*' aoust, que vous n'aviez point re$u de mes lettres. Je vous assure que je ne manqueray plus de vous ^crire deux fois la semaine.

Vous m'avez averty par le mesme billet d'une cbose dont ma mire m'avoit parl^ devant que je prisse cong^ d'elle. Je vous assure que je seray fort en garde contre ces mauvaises babitudes et que vous n'aurez point de sujet de m^contentement de ce cost^-1^.

Vous me marquez que, le commerce estant de vostre d^partement, vous soubaitez que j'y donne quelque application; je vous supplie tris-bumble-

* Ces deux derni^res phrases sonl ajoutees ^ Gette derni^re phrase est aussi ^rite eo

en marge. mai^e.

ment de me vouloir mander s'ii y a quelque chose de particulier k faire 1^-dessus. J'ay vu les magasins de la compagnie du Nord en cette viile et j'ay entretenu ies directeurs pour m'instruire un peu de T^conomie et de I'ofdre de ce commerce.

Vous souhaitez que je suive exactement chaque point de vostre instruction. Je ie feray pr^sentement quoyque j'aye commence par Ies noms de ce qui compose un vaisseau, de I'avis de M. de Terron, voyant que c'estoit un principe n^essaire pour pouvoir parler et mesme entendre ce qu'on me disoit de la marine.

Je connois assez I'eslendue de ce que je dois apprendre, et je vous assure que je suis fort persuade que je ne puis me rendre habile que par un grand travail et une grande application. Ainsy I'envie que j'ay de s^avoir fera que je n'espargneray ni peine ni travail pour cela.

Tons les ra^moires que je vous ay envoy^s ont est^ Merits deux ou trois jours devant , et je vous assure que j'y avois fait reflexion , mais j'y prendray encore plus garde k Tavenir.

(BU)1. Imp. Mss. Melangu Colbert, vol. 8&.)

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