‹ Lettres, instructions et mâemoires de Colbert, publiâes d'apráes les ordres de l'empereur, sur la proposition de Son Excellence M. Magne, ministre secrâetaire d'etat des financesChapitre 20 sur 246 · A COLBERT DE TERRON · texte numérisé non relu

A COLBERT DE TERRON

INTENDANT A ROCHEFORT

(Ifinate autograpbe.)

Saint-Germain, i3aou8l 1670.

Je vous envoye un m^moire que j'ay ordonn^ au sieur Gravier de faire, contenant tous les abus qui se commettent dans les arsenaux de marine et les remides qu'il croit y pouvoir estre apport^s. Vous prendrez la peine de le voir, y changer et corriger ce que vous estimerez a propos pour ensuite former un r^glement g^n^ral qui puisse estre observe dans tous nos arsenaux de marine. Faiies-le voir aussy a mon fils, et donnez-le-luy k examiner et k fournir son avis.

Je vous prie de Texciter fortement k s'appliquer, et de revoir mesme le travail qu'il fait. Surlout prenez garde qu'il p^n^tre et approfondisse les mati^res, n'y ayant rien de si dangereux pour luy et de si contraire au metier qu'il doit faire toute sa vie, que de se contenter de la superficie. C'est la ce que j'ay k combattre toujours i son ^gard. Gomme il a suffisamment d'esprit pour comprendre facilement ce qu'il doit sfavoir, il se fie k cette facility, et, non-seuiement il n'approfondit rien, mais mesme il ne fait jamais un m^moire, soit pour me rendre compte de ce qu'il a fait, soit

pour luy-mesme , qu'avec precipitation ; en sorte qu'il ne se donne pas le loisir d'y faire la reflexion n^cessaire. Et cette conduite tire apris soy une autre consequence fascheuse, qui est qu'il ne prendra jamais plaisir k ce qu*il fait, parce qu'il n'y a que ia reflexion qui fasse connoistre ia beauts de ce que Ton fait, et les suites avantageuses que le travail tire apr^s soy. Le temps cpi'il employe k present est un temps bien pr^cieux; c'est pourquoy il faut qu'il I'employe bien et qu il se mette en estat de pouvoir passer k autre chose.

Dans cet instant, je re^ois vostre lettre du 7 de la Rochelle, par iaquelle vous me dites que mon fils devoit retoumer deux jours apr^s, mais que Tarriv^e de M. le Vice-Amiral le pourroit retarder encore de quelques jours, c'est-^-dire que mon fils perdra encore quinze jours de temps k la Rochelle.

Je ne s(ais pourquoy Tarrivee de M. le Vice-Amiral le retardera; il me semble que son vray poste est k Rochefort, ou les vaisseaux d^sarment, et c'est dans ce d^sarmement que mon fils auroit pu apprendre quelque chose; cependant il demeure quinze jours k la Rochelle. Je comprends bien que sa curiosity le pouvoit porter k voir la Rochelle et & y demeurer deux jours; mais je ne comprends pas pourquoy y demeurer quinze jours, si ce n'est pour se divertir. Je vous conjure de vous appliquer un peu k ce qu'il faut qu'il fasse pour son instruction en un point principal comme celuy-1^. Je crois que, si vous aviez voulu retoumer k Rochefort, il n'y auroit pas r^sist^, et, quand mesme vous auriez des aflfaires k la Rochelle, je vous prie de les remettre pendant le temps qu'il sera aupris de vous, et de demeurer actuellement k Rochefort sans en partir. Je m'attends done que, si vous estes k la Rochelle k la reception de cette lettre, vous en partirez sur-le* champ pour vous rendre k Rochefort, oik vous demeurerez toujours jusqu'^ ce qu'il parte d'aupr^s de vous.

Vous le louez toujours dans vos d^pesches. Je m'attends que vous n'aurez pas pour luy une molle complaisance, et que vous luy direz, en homme de bien, ce qu'il faut qu'il fasse pour se rendre habile et tel que je le de* sire; et je vous avoue que je vois un si grand progr^s de relaschement dans toutes ses d^pesches que, pour peu que cela continue, en deux ou trois ordinaires je ne recevray plus rien de luy. Par le dernier du 7 , il m'^crit seulement sur la Guinee^ c'est-i-dire qu'il a copie partie du m^moire que vous m'envoyastes I'ordinairo precedent; mais il ne m'^crit pas un mot ni

* Cetle lettre , dans Iaquelle Seignelay parte MSlanges Colbert. — Le mdme volume renferme de8 possessions hoUandaises et des projetsd^at- une autre lettre da 11 aoAt, qui ne fait que taque contre la Guin^, est dans le vol. 8^1 des d^velopper ces projets d'altaquc.

lA INSTRUCTIONS

cte rarriv^ de M. le Vice-Amiral, ni du d^rmement de ses vaisseaux, ni de les remettre en m^ \ et n accuse memie la r^cqitioii d'aucune de mes leitres. Je vous avoue que je suis tellemenl surpns de cetie coadeite ^«e je ne s^ais qu'en dire.

Je veux croire que s'il y avoit quelque chose qui ie divertist des pens^s qu il doit avoir, et k quoy il eust 1 esprit occup^, vous m'en donneriex avis. Je vous conjure encore une fois de vous appUquer davantage k ce qui regarde sa conduite que je vous ay confine , a ne le point flatter, k I'exciter toujours au travail, et k me faire une lettre particuli^re, tons les ordinaires, sur tout ce qui le regarde, dans laquelle je vous prie de me bien expliquer tout ce qu'il fait et les mouvemens de son esprit que vous reconnoissez. Je m'estends toujours sur cette mati^re, qui me tient fort au coeur.

Je conviens bien que I'estude de la geographic et de I'hydrographie sera avantageuse k mon 61s; mais il faut auparavant qu'il ayt son fonds de connoissances de marine, pour Tex^cution de tout ce qui est contenu en mon instruction. 11 faut estre assur^ de ce point avant que de passer k un autre , rien n'estant si dangereux que de sauter d'une science k une autre sans s*arrester fixement k la n^cessaire. L'espritnaturel du Francois porte k cette l^g^rete, la jeunesse y pr^cipite, mais il faut que vous r^istiez; c'est-^dire que cette science est bonne k apprendre, mais il faut voir auparavant qu'il prenne plaisir aux connoissances plus solides et qui luy sont n^essaires pour toute sa vie; c'est-4-dire , encore une fois, qu'il execute mon instruction et qu'il repasse beaucoup de fois sur une mesme mati^re.

II auroit est^ tfe^-n^cessaire et tr^-avantageux qu'il eust fait luy-mesme le d^sarmement des vaisseaux de M; le Vice-Amiral, qu'il eust v^rifi^ les inventaires et les consommations, qu'il eust fait faire la ^^harge de tons les agris, apparaax, armes et munitions, et qu'il eust fait luy-mesme bien ranger le tout dans les magasins particuliers de chacun vaisseau.

Assur^ment il auroit beaucoup plus appris en faisant cela qu'en demeurant k la Rochelle. Je vous avoue qu'il ne m'est jamais tomb^ dans I'esprit de prendre des precautions pour empescher qu'apr^ avoir est^ cinq jours a Rochefort, il s'en vinst avec vous en demeurer quinze k la Rochelle; je ne puis m'empescher de vous dire que j'ay un peu sujet de me plaindre de vous en ce rencontre . . .

(Bibl. Imp. Mas. S. F. 3,oi9, CoUm-t et Seigneiay, IV, cote i5, pike 9. — Arch, de la Mar. DipichtM ctmcemam \a nuaine, 1S70, fol. 3i3.)

^ Voir, ail sujel de rarmement de Tescadre da comte d'Eslr^, Marine et gaUrei ,^hce n* 1 7 1 .

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