‹ Lettres, instructions et mâemoires de Colbert, publiâes d'apráes les ordres de l'empereur, sur la proposition de Son Excellence M. Magne, ministre secrâetaire d'etat des financesChapitre 2 sur 246 · XXV III · texte numérisé non relu

XXV III

miire feninie, trfes-haute, tr^s-fi^re, et qui, suivant Tabb^ de Choisy, se trouvait m^salli^e, ^tait morte en 1678, apr^s trois ans de mariage. crLa fortune a fait 1^ un coup bien hardi d'oser fi&cher M. Colbert, ^crivit madame de S<^>vign^ k Bussy. Lui et toute sa famille sont inconsolables. . . Cette grande h^riti^re tant souhait^e et prise enfin avec tant de circonstances est morte a dix-huit ans. n Une autre amie de Bussy, madame de Scud^ry, fut moins sympathique encore k la douleur des Colbert. A Fentendre, ils avaient deploy 6, k cette occasion, une magnificence outr^e et de parade. trCes gens-1^, dit-elle, font toujours des f^tes, quoi qu'ils fassent. On avoit pri6 Madame au service , contre I'ordre , comme vous savez. M. Colbert lui en est all^ demander pardon. Nous reverrons une autre f^te pour la noce de M. de Seignelay. On parle d^ji de le remarier. On nomme fort mademoiselle de Piennes, qui a 1,200,000 livres de biens, ou mademoiselle de Vardes. -n Voilk bien les m^chantes langues du temps , et de tous les temps ! Seignelay se remaria seize mois apr^, mais il eut, dans Tintervalle, un de ces dans de devotion qui pr6taient k la malignity des oisife. crM. de Seignelay est k Vichy, ^crivait Bussy le 1 6 juin 1 678 , vivant comme un missionnaire. Ces chaleurs-1^ sont d'ordinaire de courte dur<5e , surtout quand on est jeune et qu'on ne sort pas des occasions, -n Le public le mariait alors a une demoiselle Mazarin ; il epousa Fannie suivante mademoiselle de Matignon , d'une des plus illustres maisons, dont la grand'm^re ^tait d'Orl^ans- Longueville,filled'un Bourbon ^ r Ainsi, dit mademoiselle de Montpensier, ils ont Fhonneur d'etre aussi proches parents du Roi que M. le Prince, Marie de Bourbon ^tant cousine germaine du Roi, mon grand-p^re. Cela donne un grand air k M. de Seignelay, qui , naturellement, avoit assez de vanity ^.7^ Colbert lui avait pourtant

* Trois ans apr^, la noaveiie marquise de Seignelay dansait devant le Roi un ballet, k Triomphe de I' Amour, dans lequel le doucereux Benserade avait fait pour elle les vers suivants :

Avec ane moitie dignemenl assorlie

Jo goule un bonheur pur que je fais en partie.

Ge ne sont que fleurs sous nos pas ;

Tout nous plait, n'pn ne nous rhagrinp.

Ou , 81 parmi ces fleurs se Irouve queique epine , Elle pique si peu que Ton ne la sent pas.

Les stances de Benserade abondaient d'ordinaire en allusions; et c'est sans doute ce qui en faisait supporter la fadeur. Cette ^pine ne serait-elle pas encore Louvois?

' Memoires, (Edition Ch^ruel, t. IV, p. 5i6.

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bien recommauxl^ de penser souvent ai^ ce que la naissance lauroit fait estre si Dieu n'avoit pas b6ny son travail, t) Pouvait-il faire ineilleur march^ de ses titres de noblesse? A la v^rit^, des Colbert avaient ^t^ anoblis au seizi^me sifecle , mais c ^tait une noblesse de fraiche date, d^pourvue de ce relief d'anciennet6 auquel les families altachent d'ordinaire le plus de prix, et la branche dont il descendait ^it principalement adonn^e au commerce. Les contemporains les plus auloris^s, Bussy-Rabutin , Fabb^ de Ghoisy, Olivier d'Ormesson, le due de Saint-Simon et bien d'autres ont contests Tantique origine k laquelle Seignelay et sa famille ne paraissent avoir song6 qu'apr^s la mort du grand ministre. II est certain d'ailleurs qu'en 1687 des lettres patentes du roi d'Angleterre confirm^rent un acte du parlement conc^dant des lettres de naturalit^ (tpour rendre, y ^tait-il dit, I'illustre et tr^s-noble famille des Colbert de France k ses amis et k son ancienne patrie, pour fermer la bouche de I'envie et pour donner un t^nioignage si certain de la v^rit^ qu'il ne pAt y avoir aucune contestation k Tavenir K ti Mais Jacques II n'avait plus alors d'autre appui que Louis XIV, et nul homme en France ne pouvait lui Mre plus utile que le secretaire d'Etat de la marine. Ecoutons maintenant Saint-Simon au sujet des pretentions de Seignelay : crSa vanity, dit-il, I'avoil porte k se persuader, par la conformity de nom, qu'il sortoit d'une famille d'Ecosse qui portoit le nom de Colhberg, et qui ^toit bonne et ancienne parmi la noblesse. II en fit faire des recherches et sen fit descendre par une g^n^alogie dont les ministres ne manquent jamais de trouver le secours. 11 fut plus loin, car il ^crivit au roi Charles II (c'^tait Jacques II) et en obtint des certificats en mani^re de patentes qui le d^claroient descendu de cette famille, et eut la folie de les presenter au Roi, qui n'en crut pas plus que le roi d'Angleterre lui-m^me. Le Roi n^anmoins fut fort choqu^ d'une d-marche si Strange, et, s'il garda le silence pendant sa vie, il s'en d^dommagea publiquement k sa mort. Seignelay en avoit persuade toute sa famille, qui n'en a plus dout6, excepts la duchesse de Mortemart, qui avoit le bon esprit d'en rire avec tons ses amis. II faut

' Note sur la famille Colbert (Paris, i863), p. a/i.

avouer que tous les Colbert ont eu TAme et ie courage elev^s, et une valeur qui ne s'est pas d^mentie, tandis que le contraire s'est fait sentir dans tous les Tellier K^.n

Ren dons justice k Seignelay : ni le gofll pour les arts et pour les jouissances de Tesprit, ni ses inclinations fastueuses, ni d'autres passions plus vives encore, rie lui fi rent jamais sacriGer les affaires aux plaisirs. Apr6s le reproche tr6s-m6rit6 qu'on lui a' adress^ d'avoir, par jalousie des brillants succ^s de Louvois, trop n^glig^ le commerce, le plus grave est de n'avoir pas ete assez 6conome des fonds de la marine, k une ^poque oil, pour soutenir la guerre contre toute TEurope, il eiit fallu exag^rer T^conomie. Sur ce point important, Colbert avait pourtant laiss^ des exemples toujours bons a imiter. Sous le rapport des armements, des classes, des galores, Seignelay continua le systeme en vigueur. On a bldm^ sa s^v^rit6, quelquefois excessive, surtout dans la forme; mais les punitions avaient iti bien plus fr^quentes sous son p^re, par suite du discredit de la marine el du relSchement de la discipline depuis la Fronde. Sa s6v^rit6 d'ailleurs n'6pargnait pas les forts et m^nageait les faibles. On lui reprocherait avec plus de raison d avoir arm^ des na vires et fait faire la course pour son compte; il est vrai que les ministres des affaires ^trang^res et de la guerre partageaient les profits. Dix ans auparavant, madame de Montespan elle-m^me avail obtenu de Louis XIV que deux b^timents de FElat feraient la course a son benefice, et la tradition se continuait. (tLes prises que nos vaisseaux ont faites sur les Hollandais, ditDangeau le 17 avril 1689, montent d^j^ k plus de quatre millions depuis la declaration

^ Journal de Dangeau, note de Saint- Simon h la date du 5 novembre 1690, au sujet de la mort de Seignelay.

L'aatearde la Note turlafamille Colbert voitdans (r la malignity , Ten vie , Torgueil de cour," le mobile de Tappr^ciation des contemporains sur les pretentions de Seignelay. D'autre part, les jugements conformes port^s de nos jours lui paraissent Hre le fruit ffdun systeme duquel il r^ulterait que tout ce qu'il y a de beau et de grand ne pent sortir que des classes populaires. v

Je suis, pour mon compte, fermement oppos^ h ce systeme, et je crois la noblesse aussi capable dli^roisme (elle continue h le prouver) que les classes populaires.

Mais il n'y a pas de systeme engag^ dans la question , et la v^rit^ avant tout. Je me range done h Tavis de Saint-Simon , tr^ssympathique aux Colbert, de Bussy-Rabulin , d'Olivier d'Ormesson , de Tabb^ de Choisy, de Tabb^ Le^endre et de tous les contemporains.

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fie guerre. M. de Seignelay est trte-content; H nous a dit aujourd'hui qui! avoit eu plus de 20,000 pistoles (pr^s d'un million de nos jours) pour sa part, t) Que Seignelay fAt content, on le con- ^.oit; en ^tait-il de m^me des armateurs Francois , dont les amiraux anglais et hollandais se partageaient sans doute les d^pouilles avec la m^me satisfaction? Mentionnons, k un point de vue tout different, une ordonnance demeur^e c6l6bre, qui r^unit en vingt-trois livres, dans un ordre logique, toutes les dispositions concernant le service de la marine sur mer et dans les ports. Entreprise par Colbert, qui en avait pos^ les bases, compl^t^e par Seignelay avec le concours des officiers et des intendants les plus accr^dit^s, I'ordonnance du i5 avril 1689 se ressentait sans doute, dans maints articles, de la duret^ des lois p^nales de T^poque; mais, en fixant des points importants mal d^finis ou laiss^s k Tarbitraire des officiers et des intendants, elle constituait un progr^s notable sur les r^glements ant^rieurs.

Les ^v^nements dont FAngleterre allait^tre le th^Atre fournirent k Seignelay des occasions nouvelles de d^ployer I'activit^ qui le d^vorait. L'inhabile et obstin6 Jacques li marchait fatalement k sa perte. Pr6voyant le contre-coup qu'elle aurait sur ses affaires, Louis XIV n 6pargnait rien pour la pr^venir; malheureusement son appui m^me la pr^cipitait, en irritant les Anglais. La coalition de 1687, ce coup de maitre de Guillaume d'Orange, i'avait pris au d^pourvu. Au mois de septembre de Tann^e suivante, Seignelay chargeait un de ses agents d'avertir le roi d'Anglelerre de ne pas compter en ce moment sur le concours de la France; il ajoutait que sa resolution de convoquer le parlement paraissait bien bardie. Etait-il au moins assur^ de ses dispositions et connaissait-il bien r^tat des esprits pour s'engager dans une affaire de cette importance? Un mois apr^s, le bruit courait^ Versailles du prochain d^ barquement du prince d'Orange dans le nord de FAngleterre. Ce d^barquement, la fuite de la reine et du roi, la d^faite de Tarm^e d'lrlande, le rappel des troupes mises a la disposition de Jacques II, tons ces faits se succ6dant k de courts inter valles, furent autant de d^convenues pour Louis XIV. Seignelay, qui avait dans ses attributions les affaires d'Irlande, faisait de son mieux et se multipliait.

XXXII INTRODUCTION

La m^sintelligence des chefs, la trahison et la jalousie des Anglais renversaient tous ses plans, tr Vous estes en un pays et parmy des gens, ^crivait-il k un de ses agents, qui n'ont rien de si fortement dans le coeur que leur opinion et leur jalousie naturelle contre les Francois, et il n'y a rien de si important que I'union ... -n La France n ^tait-elle pas bien heureuse de s'^puiser d'hommes et d'argent pour de pareils allies? Mais, ind^pendamment de la question religieuse, il y avait un grand principe en jeu, Tinviolabilit^ des souverains, et Louis XIV tenait a honneur de le faire triompher. Les premiers mois de 1689 furent employes k r^unir la flotte, k completer les cadres. Que devenait, dans ces circonstances, le syst^me de recrutement si p^niblement organist par Colbert? Get ordre de Seignelay va nous Tapprendre : trN'h^sitez pas de prendre les matelots de toutes les classes et mesme les Equipages des bastimens marchands, et recherchez tous les bons matelots qui avoient est6 exempt^s du service, -n Une grande victoire navale pouvant encore tout sauver, il s'attache k cette id^e avec une sorte d'acharnement. II part pour Brest et, comme il avait fait cinq ans auparavant devant G^nes, il prend le commandement de la flotte. Le comte d'Estr^es ne s'en consola pas. Ge voyage de Seignelay fut tout un ^v^nement. (rll 6loit g^n^ral en tout, dit madame de La Fayette dans ses M^moires, hors qu il ne donnoit pas le mot; et mesme il en avoit les habits et la mine. :» De son c6t6, Dangeau en parle fr^quemment, enregistre tout ce qui s'y rattache, et ajoute, en annon^nt que la flotte a mis k la voile le 1 5 aoAt : crtous les oQiciers ont fait leurs devotions avant de partir. n Madame de S^vign^ constate aussi le d^boire du comte d'Estrees et le triomphe de Seignelay sur qui, en ce moment, tous les yeux sont fix^s. Gependant Tourville 6tait parvenu k conduire devant Brest I'escadre de la M6diterran(5e. Nul doute que Seignelay ne brAlAt du d^sir de rencontrer I'ennemi; une lettre du Boi (aoAt 1689) lui lia les mains. II lui d^fendait d'attaquer, k moins d'une tentative de descente sur nos c6tes. tr Faites tout avec prudence, patience et sagesse, ajoutait-il, et ne pr^cipitez rien dont on puisse se repentir. . . Vous n'avez rien k craindre de I'absence ; soyez assur6 que je suis tr^s-content de vous et que je compte plus les services que vous me rendez ou vous estes que si

LB MARQUiS DE SEiGNELAY. mm

vous estiez aupr^s de ma personne . . . j> En r^sum^ , Louis XIV disait k Seignelay de ne point sortir, mais de iaisser croire qu on le ferait k la premiere occasion et que I'ordre ^tait toujours dialler aux ennemis ^

Arrftt^parces injonctions formelles , Seignelay revint k Brest, y s^journa quelques jours, jouant gros jeu et usant dans des plaisirs mortels Tactivit^ qu'il ne pouvait plus appliquer aux grandes affaires. II reprit bientAtle chemin de la cour. trNostre flotte est revenue paisiblement k Belle-Ile, 6crivit le 7 septerabre madame de S^vign^, et M. de Seignelay revolt k Versaillas; car cest aussi un oiseau , moins gros que le due de Gbaulnes. Vous voyez bien que cet Homme ne disoit pas mal : il n y a plus de combats de mer ni de bataille depuis celle d'Actium . . . ?) La spirituelle marquise oubliait-elle done le grand combat naval livr^ en 1672 contre les Anglais etlesHoUandais, et les batailles devant Messine, oil Ruyter avait 6t^ tu6? Fallait-il, pour I'amusement des curieux, que la marine des trois nations f^t engloutie tous les dix ans? line paix avantageuse condue k la m^me ^poque avec les forbans d'Alger fut d autant mieux accueillie qu elle etait inesp^r^e. Non-seulement ils permettaient qu'on achetdt sur leurs marches des esclaves pour les galores, mais quinze vaisseaux, envoy ^s par eux dans I'Oc^an, devaient se mettre k la recherche des Hollandais, des Anglais, et leur courir sus. C'^tait un avantage considerable , uniquement dA k I'^nergie de Seignelay, puisqu on n avait pas alors un seul bAtiment dans la Mediterran^e. Sa sant^, par malheur, commen<^it k Tinqui^ter. Ce fut d'abord la goutte, puis une maladie de langueur rebelle k tous lessoins, que la faveur, tout k fait revenue, faisait paraitre plus cruelle encore. (tM. de Seignelay, avait dit madame de Maintenon k la mort de Colbert, ne se console point; lambition le d^vore. » Maintenant tout ^tait chang^. aLlnquiet, ^crivait-elle (il sagit de Louvois), ne tient plus qu^ un fil. II est fort choqu^ quon lui ait 6te la direction des affaires d'Irlande. II s'en est pris k mou II comptait sur des profits immenses; M. de Seignelay ne compte que sur des perils et des travaux. (On vient de voir si les parts de

' OEuvresde Loum XIV, t. VI, p. t5.

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