TIRES DES D^PECHES ET DES ORDRES DU ROI SOUS LE MINISTERE
DISCODRS PR^LIlflNAIRE.
Le p]u8 grand avantage que Ton paisse retirer de la collection des manuscrits qui se irouvent dans les archives et dans les d^pAls publics est moins d^y retrouver les dates et Ics details des anciens ^v^nemenls, que de parvenir k en connattre les motifs et les routes qui les out conduits et pr^par^s. G^est do 14 que Ton peut tirer les meilleurs principes de gouvcrnement et d'administration pour ravenir. Mais si rien n^cst plus utile que c^tte connaissance, rien n'est si rare et si difficile que de Tavoir juste et de pouvoir la puiser dans sa source. Une partie de ces motifs se trouve cach^ dans le coeur des princes et des ministres, et quelquefois n'en sort jamais; Tautre ne se decouvre que longtemps apr^, et reste sou vent ensevelie dans le secret des cabinets; peu de gens sont a port^ de Ten tirer; et de ceux-14 les uns manquent de temps, les autres de moyens, et le plus grand nombre d*int^rdt pour les mettre au jour; le pass^ s^oublie, le pr^nt s^^chappe, et Tavenir touche trop faiblement pour engager k des rechercbes p^nibles dont le m^rite parait incertain ou ^loigne. Les affaires, dit-on, ont cbang6 de face; ce qui ^tait bon alors ne vaut plus rien a pr^ent; 11 faut vivre au jour le jour; un bon esprit vaut mieux que toutes les vieilles maximes. G'est lA ce qui fonde en partie le peu de cas que Ton fait de la lecture des anciens manuscrits, on le peu de secours que Ton en tire.
Gependant , il est des principes superienrs et des maximes capitales qui sont de tons les temps et de tons les gouvemements, que Tesprit seul n*apprend point, et dont il n*y a que T^tude jointe k ia pratique et k une longue habitude dans le maniement des grandes affaires qui puissent fairs connaltre Timportance. Gette ^tude est, pour ainsi dire, une experience anticip^e; elle ne suffirait pas A un homme sans gt^nie, mais elle aidera beaucoup celui qui joindra Tun k Tautre.
De tons les monument ou on la peut faire avec fruit, les d^pdches des ministres sont les plus sArs et les plus instmclifs; et de tons les ministres des demiers temps, M. Golbert est celui dont left d^p^ches y fonnussent le plus de mati^re, soit parce qu^il ^tait un de ceux qui avaient le cobut et Tesprit le plus remplis de ces grands principes, soit parce qu'il a ^te plus dans ie cas d*en faire usage, et que c^est sous son minist^re quMls ont eu un plus grand succ^s.
M. Golbert avait commence k ^tre employ^ dans les affaires sous le cardinal de Mazarin , dont il avaitla confiance; etil entra dans le minist^re k sa mort, d^abord en quality de contr^leurgen^i, ensuite en celle de secretaire d^^tat ayant le departement de la marine (1669).
Ges deux places se servant mutuellement, il a fait de grandes choses dans Tune et dans Tantre. II a trouve les finances et ia marine dans un grand d^sordre, particuli^rement la marine; il Ta retablie et pour ainsi dire cr^^e en fort peu de temps ; et s^il y a verse abondamment les fonds de TEtat, la marine les a bien rendus k T^tat (comme il le dit lui-meme) par Taugmentatibn du commerce maritime , qui est une des plus grandes sources de la richesse , et par celle des droits du roi, qui en etait ia preuve et Teffet Aussi ne perdit-il jamais ces deux objets de vue; et, dans cet esprit, tout ce qui tendait k augmenter le commerce, a perfectionner les manufactures, k mettre les mardiandises du cm du royaume en valeur et k le mettre en elat de se passer de celles deTetranger,
> Les Princqtet de Colbert font parlie d*an grand travail entrepris sous M. de Maurepas, par Pidansat de Mairobert , secretaire du roi , et continue jasqu'a 1758. On en verra le Plan k ia suite du Discours prdiminaire. II comprend dans son ensemble une serie de grands in-folio, intitules, ExtraiU des d^Sches et ordres du roi, et one serie de petits voiames intitules, Prindpex, qui en
sont la table on ie sommaire. — Los Archives de la Marino ont cen deux series, la Biblioth^ue Imperiale poss^de seulement les sommaires. £ug^ne Sue en a pubiie plusieurs dans son Histoire de la Marine, Nous ne donnons que celui qui correspond au ministere de Colbert (1669-1683), en compietani et corngeant un mannscrit par I'autre.
708 APPENDiCE.
a elablir Tordre el k niaiiiteiiir la discipline, lui paraissait ra^riter la plufl grande attention : c'est ce que Ton volt r^gner dans toules ses d^p^hes, qui contiennent des maximes du plus grand jugement
II fallait un esprit aussi sup^rieur que le sien pour les former, dans un temps oik la marine ^tait pour ainsi dire au berceau , et ou Texp^rience n^en avait pu faire encore sentir toute Tutiiit^. Eiles sont plus connues k present, et Ton doit pr^umer qu^elles sont mieux suivies; mais Tapplication dans fex^ution ddpendra toujours des talents etdu z^le de ceux qui seront k ia t^te des ports, particuli^rement des intendants.
II fallait alors former les hommes en formant des r^es; et, quoique les drconstances soient cbang^es i cet ^rd, on reconnaitra avec plaisir dans toutes les d^p^es de M. Colbert cet esprit de citoyen et de l^slateur qui tendait toujours au mtoie but sans 4tre d^toam^ ni par ies difficult^, ni par Timmensite de son objet.
Ge qu'il a 4crit de sa main est inconcevable. Son style n'est ni fleuri , ni mdme fort correct ; mais toutes ses expressions sont cbar^^es de sens; il n*y en a aucunes d'inutiles; ie courage, ia bont^, Tamour du bien public s'y roonlrent partout; non-seulement il en ^tait rempli, mais il Finspirdt Personne ne savait mieux exciter T^mulation et le d^sir de bien faire, et Tune de ses prindpales attentions ^tait de d^m^er et d^employer les bons sujets, de les exciter par des ^loges, de les encourager par des recompenses, de ies soutenir dans ieurs fonctions, de contenir les autres par des punitions et d'animer dans cet esprit toutes les diffi^rentes parties du service.
M. Colbert avait des vues tr^s-^tendues pour le bien de T^tat, dont la marine en elle-m^e n^^tait pas Tunique objet. 11 la consid^rait non-seulement par rapport k Taugmentation de force et de puissance qu'elle pouvait donner au royaume , mais encore par rapport k Taugmentation du commerce tant int^rieur qu^exterieur qu^elle devait y procurer , et qu^il regardait comme un des plus sArs rooyens d^y apporter Tabondance.
II s'^tait fait des principes sur presque toutes les parties du service; mais il ne s^y assujettissait cependant pas de fa^ou qu^il n^y admtt dans les occasions les r^rves et ies modifications que les circonstances pouvaient exiger: c'est ce que Ton pourra voir au cbapitre des classes, ou il fut oblige dans des moments d'user de voies de rigueur pour la lev6e des matelots, et de sortir de Tordre et des regies qu^il avait lui-m4me prescrites, et dans celui de la reception des marchandises, ou le cas d^un besoin pressant, la faveur d^un foumisseur qui avait perdu sur un ^taUissement nouveau , et diverses autres considerations , Toblig^rent k faire recevoir des munitions d*une quality inferieure, qu^il aurait fait rebuter dans un temps ordinaire.
Ces series de cas sont frequents dans une administration d'un aussi grand detail que cdui de la marine : c'est ce qui avait fait penser k M. Colbert que, quelques bons r^ements qn'il pAt faire, il n^opererait jamais rien d^utile et qu^il courrait risque mdme de faire manquer souvent ie service, s'il exigeait de ceux qu'il mettait a la tete des ports ou des escadres une attache trop scrupuleuse a la lettre des r^glemenls et des instructions quMl leur donnait, et 8*il ne s^en remettait pas k lenrs lumi^res eik leur experience de faire plier la r^e plus ou moins, quand ils le jugeraient^ propos, en lui en rendant compte pour les choses majeures; car il ne Texigeait pas pour ies petites parties.
II consultait longtemps, avant d'entreprendre, les gens mdmes qu'il connaissait d'une capadie bomee, lorsqu^il s^agissait dhm detail dont ils avaient la pratique, ou d'une entreprise qui devait passer par Ieurs mains; il croyait dans ces cas-14 devoir ecouter ieurs avis,ne fAt-ce que pour savoir s^ils entendaient bien son idee, el pour parer ies inconvenients que leur manque d^inteiligence aurait pn causer. Mais, quand il avait une fois forme un bon plan , il ne se rebutait point par les difficulles qu'il trouvait dans Texecution, persuade qu^elles sont inseparables des commencements de tons Ies grands eiablissements, et que le temps et une bonne conduite viennent presque toujours k bout des choses que Ton croyait les plus difiiciles.
II avait soin d^expliquer ses intentions d'une fa^on claire et bien circonstanciee, et ne connaissait point cetle politique dangereuse des ordres ambigus qui s'inlerpretent suivant Tevenement, et qui laissent aux ordonnateurs la gloire des heurcux succ^s et la liberie de rejeler sur Texecution le bl^me des mauvais.
II abandonnait volontiers a ceux qu^il mettait en oeuvre le choix des moyens, el se (^chait sou-
vent conlre des inleadanls ou des commandants qui le fatiguaient pour lui demander dea ordres sur des minuties , at qui perdaienl k attendre sa rdponse un temps pr^eux pour agir.
U voulait que, dans ies occasions ou la diligence est n^cessaire (et eile Test presque toujours dans Ies op^tions de marine), un homme en place sM vaincre Ies petites difficult^, et prendre sur iui ies partis Ies plus convenables an service et 4 la situation des affaires, maxime bien importante, mais bien ^pineuse pour ies subaltemes, dont il avait soin dQ ieur rendre la pratique aisee par la fermet^ avec laqudle il Ies soutenait. 11 est vrai qu^il blAmait vivement ceux qui faisaient ^ouer une entreprise par manque de volenti ou de vigilance.
Son caract^ n'^tait pas cependant aussi dur qu^on Ta d^peint; il mena^ait plus qu'il no punissait , et , quand il se trouvait oblig^ de faire quelques exempies, il ne s^y d^tcrminait qu'avec peine , et avait soin quails ne tombassent que sur des sujets qu^aucune esp^ de m^rite ne reoommaodait
Son plus grand embarras dans ies commencements vint du pen de ressources qu^il trouva dans iesofficiers tant d^^p^ que de plume, et sa plus grande attention fut de penser k en former: il n^y ^pai^gnait ni avis, ni instructions, ni r^mpenses; il y eroployait surtout ces mani^res polies et engageantes qui font sentir aux gens de m^rite Testime et le discernement que Ton fait d'eux : il enconrageait leurs talents, faisait valoir ieurs moindres succ^; et il d^m^lait mieux que personne Ies traits de Fenvie et de la cabide , dont Ies plus honn^tes gens savent le moins se d^endre, et qui offosquent si souvent leurs bonnes quality aupr^ des ministres.
n ^crivait poliment, mais rarement, aux offiders militaires, et uniquement lorsqu^ils ^laicnt a la mer charges en chef de quelque conmiandement; il Ies consultait alors sur des entreprises maritimes et sur Ies faits de Ieur metier, mais jamais sur tout ce qui concernait des points de police ou de disdpline; il Ies regardait comme des instruments plus ou moins trancbants, mais peu propres aux parties d^administration , et Ton ne voit aucune depdche qui Ieur fi^t adrcss^e sur ces mati^res-U.
G^^tait avec ies intendants quMl traitait tout ce qui avait rapport au service des ports et des arsenaox. D formait avec eux le plan de tous Ies armements; ils ^laient seuls charges de Texecution. II ordonnait aux commandants des escadres de se concerter avec eux, et il fajsait presque toujours passer par Ieur canal Ies ordres qu'il adressait aux offiders qui commandaient des vaisseaux a la mer.
G^^tait cependant de bons intendants qu^il manquait le plus, et Ton pent dire que jusqu'au temps de MM. de Vauvr^ et Desdouseaux, qu^il forma et qu*il mit en place, il n'en eu( point sur qui il p6t faire un fond certaia M. Golbert deTerron, son parent, intendanti Rochefort, ^(ait celui de tous qu'il consultait le plus volonliers ct dont il paraissait faire le plus de cas; il trouvait cependant qu^il lui manquait bien des parties; Ies autres Tembarrassaient plus qu^ib ne Taidaient; il ne iaissait pas de vouloir qu ils fussent consider^s et autorises dans leurs fonctions, et il soutenait souvent pour le grade ceux dont il faisait le moins de cas pour le caract^re.
II ^vitait avec soin toute communication et tout conflit du service de terre avec celui de mer, et se dispensaitautantqu^ii pouvait d^employer Ies intendants de province pour Ies affaires de la marine, soit qu'il en eAt reconnn Tinconvenient, soit que Ies droonslanoes de son minist^re Texigeassent ainsr. II en fit un point capital des instructions qu'il donna k son fils; et c^est un de ceux sur iesquels il insiste le plus et qu'il lui r^p^te le plus sonvent.
Teilessont en g^n^ral Ies maximes que M. Golbert paratt avoir suivies pendant le cours de son ministte, et dont il s^est servi pour porter la marine k son plus haut degr^ de gloire. On a vouiu I former des objections, et peut-dtre pourrait-ii y en avoir qudqoes-unes de bonnes ; on ne pr^ tend point en faire idTapologie ni la critique. II embrassait beaucoup de parties, et, quoique le plus grand ministre de son temps, il a pu errer sur qudques points. U avait Ies grands prindpes du service dans le coeur et dans la t^te; mais il lui manquait la connaissance des details, qui ne peat s^aoqu^r que par Texp^rience et par une longue pratique. II y suppl^a par la force de son g^nie; et il faudraitlui 4trc bien sup^rieur pour oser relever des defauts dans sa conduite, sans dtre bien sur d^en avoir p4n^tr^ Ics motifs.
On est quelquefois frappc des petils inconvpnienls d^un parli , faule de connaitre Ies grands
avaotages qui en r^ultent et qui en sont souvent insurables. Gelte discussion passerait les bornes d'un extrait; on 8*est contents d'exposer la route qu'il a tenue et dont on s'est ^rt^ depuis snr plusieurs points , sans doute par de bonnes raisons. G^est anx ministres en place k juger par les effets si ces changements ont ii^ avantagenx ou nuisibles au bien de la marine.
On se propose done de recueiilir de toutes les d^p^bes de Colbert , non les d^isions particuK^res relatives aux faits passagers et momentan^ de son minist^re , mais les prindpes ro^es de cea decisions, quand ils se sont trouv^s dairement expliquds; et Ton ne dtera les faits que quand ils seront n^cessaires pour donner Tintelligence ou la preuve de ces princpes. En un mot, c'esl Tesprit de M. Colbert que Ton s^atlacbera k faire connaltre dans ces extraits ,et comma la pariiede la marine est nne de celles qui Toccupaienl le plus, et que ce n'est que sur les d^pdcbes de la marine que Ton a eu oc^sion d^y travailler, on ne Irouvera presque rien ici qui n^y ait rapport Cependant on n*a laiss^ 4chapper rien d^important de ce qui regarde les autres parties d^administration , et Ton y a joint, quand Toccasion s*en est presenti^e, qudques r^flexiobs oourtes sur ce que les drconstances ou la pratique ont fourni de nouvclles iumi^res et ont occasionn^ de changements depuis ce temp8-l& dans la marine.
PLAH GiRERAL.
On a commence par faire un extrait par dates et par mati^res des dnquante-six volumes in-fol. qui sont au d^p6t de la marine et qui contiennent tons les ordres dn roi et toutes les d^p^hes de M. Colbert depuis 1669, qu*il fut nomm^ secretaire d*£tat de la marine, jusqu^i sa mort,qui arriva en septembre 1 683 , et avant laquelle il avait fait associer son fils, le marquis de Seignday, k cette partie du minist^. On a mis 4 c6te de cbaque article Tann^ et la page du volume d'oik il a ete tir^, pour que Ton ^M y avoir recours en cas d'^dairdssement. On a rai^ ensuite tous ees extraits par ordre alpbab^tique de mati^res, pour que Ton piit y trouver plus fadleroent et comme dans un dictionnaire les artides que Ton voudrait chercher; et Ton a numerot^ les pages de ce recueil en cbiflres arabes.
Mais comme ces premiers extraits, quoique rang^ d'abord par mati^res, exigeaient encore un plus grand ordre, parce que , n^ayant pu ^viter de les faire en premier lieu par annees et par dates , les mati^res s^y trouvaient dans une sorte de confusion, et que ce qui regardait le commencement d^une mati^re se trouvait souvent port^ kla. fin, ou au milieu du m^me cbapilre, on a refait un soDimaire deces mdmes extraits, qui est une esp^e de table plus ^tendue, €[ui range non-seulement cbaque mati^re en sa place , mais cbaque partie des mad^res dans un ordre plus simple et plus natural. On en a num^rot^ les pages en cbiffres romains, et on Ta mis en forme d'abr^g^ en t4le du grand recueil en marquant & c6te de cbaque article, en cbiffres arabes, les pages de ce recueil oii la mati^re est traits plus en detail, en sorte que Ton peut remonter par gradation du sommaire au recueil d'extraits, et du recueil d'extraits aux volumes des d^p^cbes qui en soot la source.
Au reste, cette division n'annonce point un traits complet sur cbacune de ces matins, mais un extrait de ce qui est port^ sur cbacune dans les d6p4ches de M. Colbert, que Ton a range avec le plus d^ordre quMl a ^l^ possible et qui suppose a ceux qui en voudront faire usage des connaissauces ant^c^entes des premiers principes d^un service aussi dtendu et ausd oompUqu^ que cdui de la marine.
On croit inutile d'observer que lorsqu'il est dit dans ces extraits que M. Colbert ordonnait, d^ fendait, recompensait, punissait, cela doit toujours s*entendre au nom du Roi, k qui il iStait presume en avoir rendu compte. II avait grand soin de ne jamais rien faire qu^en son Uom ; aucun ministre n^a jamais port^ la circonspection plus loin sur cet artide, et il vouiait mdme que les d^p^cbes des ofiiders g^n^raux qui reudaient compte de leurs campagnes s^adressassent directement au Roi, et que les ordres quails recevaient en r^ponse fussentsignes de lui; il fiaisaitde mdme signer par le Roi la plupart des dep^ches qu^il adressait aux intendants, pour peu qu'elies continssent des details de qudque importance ; c^est ce qui fait que , dans cbaque annee , on trouve s^par^ment un extrait des ordres du roi ct un extrait des ddp^bes de M. Colbert sur les mtoes mati^res, tir^ de deux diff<$ren(« volumes. On les a s4pan^ dans le grand recueil , mais on Ips a confondus
dans Fextrait sommaire, qni reoYoie 4g8ltmeai par les chiffres qui aoal en marge aux diffi^reiiU articles qui trahent de la m^me mati^.
SOMMilEB DBS KXTRAITS.
Poor parvenir aa r^tablissement de la marine, M. Colbert paralt s^^tre fait d'abord un plan de conduile quMI suivit arec line Constance et one ^'gence tncroyables, ettelles, qu^en deux ou trots ans ^ il mit la marine dans T^tat ie pins florissant oil elle ait jamais ^t^ en France.
11 commen^a :
1* Par faire amasser dUmmenses provisions de toute esp^ de mnnitions, telles que bois, chanvres, fers, etc. et par rassembler et former des ouvriers de toutes sortes d^arts propres k la marine , qn^il ehercba m^e k attirer des pays Strangers ;
s** Par faire bfttir des arsenaux, oh ces munitions pnssent 4tre plac^es commod^ment , et par y ^tablir un grand ordre pour leur conservation et pour leur emploi ;
3** Par faire constrdre dans tons les ports un grand nombre de vaisseaux, dont il avait fii^ r^tat 4 1 90 , savoir : ko & Roehefort, Uo k Toulon , ho k Brest ;
W Par former un grand corps d'officiers, matelots et autres gens de mer de toute esp^ce, et par ^tablir une bonne police et une exacte discipline parmi eux;
5* Par mettre en oeuvre toutes ces difiT^rentes parties , en faisant faire de grands et fr^uents armements, et en dirigeant toutes leurs operations k la gloire de T^tat et k Ta vantage du commerce.
VoiU quelles furent, en g^n^ral, ses prindpales vues, et voici, en detail, les maximes qu^il paratt avoir suiries pour les bien remplir. On les a divis^es suivant le plan ci-dessus, k pen pr^ dans Tordre oh Ton juge qu'elles ont dA se presenter k son esprit
Le premier mobile de toutes les grandes entreprises ^lant les fonds, on a cru devoir commoncer par cet artide.
La place de contrMeur g^n^ral qu'occupait M. Colbert lui foumissait k cet ^rd un avantage inexprimable , dont aucun de ses successeurs n*a jamais joui au m^mo degr^, qui ^tait celui nonseulement de verser sans mesure, dans la marine, les fonds qu^il jugeait ndcessaires k son r^tablissement, mais de les y faire foumir k propos, et sans dire jamais obiig^ de les attendre ; ce qui en double ruUlit6 et le produit. On pent voir, dans les comptes de la marine et dans ceux du tr^sor royal, de combien ils exc^ient ceux qui y ont et^ employes depuis , quoique Targent filt alors beaucoupplus bas, et, par consequent, toutes les munitions, vivres et marchandises, k bien meilleor marcbe.
II est vrai qu*il avait tme extreme attention sur Temploi des fonds, et qu^il est le premier qui ait etabli Tordre et la r^e dans les d^penses de la marine. On peut voir, sur cela , le mdmoire en forme d*instruction qu^il adressa aux intendants, en 167&*, el qui est la base du xxi* livre de
' Ge m^moire est tr^bon pour un inteodant; mais il D*y a que lui qni puisse juger 8*il en a bien rempli toutes les disposilions, qui sont trop ^tendues pour qa*il en puisse reodre compte au minblre dans un grand detail.
Au reste, la partie des fonds est tr^importante pour radmioistration d*un port; elle demande qu*un intendant en sache bien les principes, qu*il aitbeancoup d*ordre et d*arrangement dans ia t^te, et qu*il ait, de plus, sons lui, un bomme fiddle, asridu et vers^ dans cette partie, k la tdte du bureau des fonds : sans quoi, il court risque de toniber souvent dans la confusion et de d^pendre enti^remont des commis du tr^sorier qui servent sous lui.
1 L*auteur du m^moire conunet ici une grave erreor; c^est dix ou douze aits qu*il (allait dire. (Nole d*Eug6ne Sue.)
rordonoaoce de 1689, coDceraant la forme des pikes et acquits nkeflsaires pour la justification de la recette et d^pense de ia marine; mais il ^tait persuade que, quelques bona r^emenls qu*il pdt faire, la grande ^nomie d^pendrail toujours de la probity, activity et intelligence de ceux qu^il mettrait 4 la tdte des finances et du detail des ports.
Et dans cette opinion, apr^ avoir formd des projets de d^pense dans chaque port, el expliqu^ aui intendants de marine les plans de conduite quUls devaient tenir pour satisfaire aux divers besoins du service , il Jeur laissait une enti^re disposition des foods qu'ii envoyait dans leurs d^partemenls, avec la liberty mdme d*en changer la destination dans des cas press^ et suivant les besoins du service*, et il ne permetlait pas aux tr^riers de se dispenser de leur ob^ ni d'acquitter leurs ordonnances et de garder les fonds dans leurs caisses, sous pr^texte que ces ordonnances n'elaient pas toujours conformes aux dtats de distribution envoy^ de la cour**.
Au reste , il mettait Tkonomie, non k d^penser peu (aucun ministre n'a jamais M si Ub^ral des fonds du roi), mais 4 d^penser 4 propos et avec ordre ; 4 ne rien laisser perdre par abus, et 4 semer pour recueillir, en formant des ^tablissements co6leux dans les commencements, mais qui devaient rapporter de grands avantages ou ^pargner de grandes charges dans les suites.
Ge fut lui qui fit T^tablissement des U deniers pour livre des invalides.
bJLtIHBHTS BT PORTIPIGATIOMS.
En m^me temps que M. Colbert formait ce grand amasde munitions pour la marine, il pensait 4 les loger dans des arsenaux, ou elles pussent ^tre conserve avec ordre et facility, pour Tusage que Pon en devait faire.
n aimait 4 travailler en grand, et commen^t par former un plan g^n^ral, commode et magnifique, de tons les bdtiments qui devaient composer un arsenal ; il le suivait ensuite dans la mdme vue et 4 mesure que les fonds le permettaient, et ne souffrait jamais que Ton s^en kart4t pour faire des morceaux d^lach^s, quelque convenables quails parussent, lorsqu^ils n^entraient pas dans le premier dessein , et quails n^avaient point de rapport au tout ensemble.
* Le bien da service exige effectivement quo le ministre leur laisse une grande liberty dans I'administration des foods, sans les assujetlir k se conformer trop scrupaleusement aux 6tats de distribution, lis ne doivent jamais les exceder; mais il faut qu'ils poissent en avancer ou en recnler le payement, et donner la pr^f^rence 4 une partie sur Taotre; parce qu*^tant plus 4 porlto de joger des besoins pressants d*un port, et ^tant obliges d'aiiieurs de faire face soavent 4 plusieurs d^penses impr^vues doot le ministre ne peut faire remeilre les fonds en les ordonnant, ils s'exposeraient 4 faire manqaer ce service en bien des occasions, s'ils ne se tenaient an pea aa large pour avoir toujours devant eax quelqaes fonds d*avance.
^ Lorsque les intendants sent exacts 4 se faire rendre compte de T^tat de la caisse du tr^sorier, il est rare et presque impossible qa*il refuse de payer des ordonnances dont les fonds sent remis; mais il arrive soavent qu*U y a une ir^s-grande distance entre les fonds faits 4 Paris et les fonds remis dans las ports. Par exemple, le ministre ayant fait an foods de 100,000 livres pour un armement, et le tr^rier g6n4ra], en ayant et^ pay^ aa tr^sor royal en assignations sur les provinces , qu'il envoie poor comptant 4 son coomiis dans le port, le ministre compte que les fonds soni faits, et le Iresorier g^n^ral a rempli sur cela ce qui ^tait en lui. Mais il arrive soavent que ces assignations, donnas pour comptant, no sout pay^s que deux mois , trois mois , et qaelquefois six mois aprds avoir ^t^ presents , et c*est dans ces cas-U qu'un commis da Ir^rier se trouve bors d'etat de faire face 4 des d^penses dont le fonds lui a ^t^ r^ellement remis en papier, mais non en espdces; et, qoand son credit i*a soutonu pendant quelqoe temps , il est impossible qa*il ne reste qaelquefois en arri4re pour de grosses parties. G*est ce qu*il est de la prudence d*an inlendant de pr^voir et d*exanuner pour la d^barge du tr^rier, et pour en rendre compte au ministre; et c'est ce qui doit aussi Tengager 4 se tenir toujours fort ao large sur les fonds, poor dtre en etat de poarvoir aux d^penses joumali4res , qui ne peuvent se remettre, telles que le pr4t des soldats, ou aux d^penses impr^vues, lelles qae cdles d^un radoub ou d*un armement press^. Sans cette precaution, le prdt aarait manqu^ plusieurs fois sax soldats, 4 Marseille, dans la demi4re guerre de 17^3, les fonds faits pour cette parlie 4 Versailles, et envoy^s 4 temps dans le port, mais en assignations sur la Provence ou sur le Languedoe, n*ayant pu Hm acquitl^s en esp^ces que deux, trois, qiiatre et BIX mois apr^ leur ^ch^ance.
11 examina, aur cea priDcipea, un plan envoy^ par M. Arnoul pour la conatruction de raraenal de Toulon , ei aea obaervationa poumieni 4tre utilea en pareil cas.
Sa premiere attention , en conatruiaant dea araenaux , ^iait de lea mettre hora d'inaulte et k couvert de toute entrepriae en tempa de guerre.
II prenait aoin de faire concerter lea ouvragea dea fortificationa maritiiiiea avec lea offidera de terre qui oommandaient dana la place, afin de ne point nuire k aa aAret^.
II fit conatruire k Rochefort une forme k Tanglaiae et nne aalle d^armea qu^il eatimait devoir contenir rarmement de is i i5,ooo hommea; un laiaret k Toulon; et ii projetaitun magaain d^entrepdt pour la marine k Belle-Ile.
11 faiaait feire dea march^ adidea et bien cautionn^ pour Tentrepriae de cea bAtimenta; maia , quand ii voyait dairement que lea entrepreoeura perdaient anr leurs march^ aana qu'il y e^i de leur faute, il croyait non-aeulement de la juatice, maia de la bonne politique, loin de ieur tenir rigueur aur lea payementa, de leur procurer dea d^ommagementa qui lea tirasaent de perte, pour ne point d^crier lea entrepriaea.
II dteppronrait lea marcb^ &k bloc, et aana un devia pr^able de toua lea ouvragea et dea diff(§renta marcb^ qui devaient lea compoaer *.
HURITIOHS BT HARCBAHDISBa.
Boii, mdU, chamrei, g(mdr<m$, etc,
M. Colbert, ayaot trouv^ lea magasina fort d^mia au commencement de aon miniate, aongea d*abord k lea foumir abondamment de toutea lea eap^cea de munitiona n^eaaairea k la marine. Maia une deaea prindpalea attentiona, et ce qu^il recommandait avec plua de aoin aux intendanta, etait de n*employer, autant qu'il se pouvait, que cellea du royaume, et de n*en tirer aucune de r^tranger qu*4 Textrdmit^, afin d*4tre en 4lat de 8*eo paaaer en caa de guerre. II lea exbortait, par cette raiaon , k ae priver m^me dea mati^rea premi^a qui viendraient de T^tranger, ou k faire fabriquer du moina dans le royaume toutea cellea que Ton aerait oblig^ d^en tirer, et & ae aer> vir tonjoura dea goudrona, boia , mAta, ancrea et chanvrea du royaume, prdfiirablement k ceux du Nord.
Loin d^^nomiser aur la conaommation des marchandisea proprea k la marine, il cberchait a en multiplier Temploi , perauad^ qu^on lea cultiverait et perfedionnerait a mesure du d^bit que Ton en trouverait £tpour augmenter Tabondauce de cea munitions dans le royaume, et engager lea particuliera k a^appliquer k lea faire valoir, il faisait acheter par le roi toua lea boia, chanvres et autrea mati^rea de mtae eap^e qui pouvaient se trouver dans les provinces, et ne craignait pas de a*en aurcharger, sauf 4 y perdre dana Les commencements, en revendant le superflu aux particuliera.
II en tirait plnsieurs avantages :
1* Gelui d^augmenler la drculation du commerce inl^rieur du royaume, par Tabondance de cea marchandisea et par le debit qu^il leur procurait, ce qui engageait les particuliers k cultiver;
a* Gelui d'augmenter la fadlite du commerce eit^rieur et maritime , en procurant aux n^odanta des moyens aia^ de faire construire des vaisseaux marchands dans les ports , ou ils trouvaient pour cela tons lea aecours n^cessairea, ce qui tendait k augmenter T^lat de la marine et k former un plua grand nombre de gens de mer.
n faiaait aemer beaucoup de chanvre dans les provincea k bid, aulant pour augmenter le chanvre que pour diminuer la trop grande abondance de hU,
D ae propoeait d^avoir toujours dans lea porta dea magasins fonmis pour Tarmement de trente k quarante vaiaaeaux dana chacun.
n voulait que tons lea march^ se fisaent par adjudication, afficbes et publications; il en prescrivait la forme et lea moyens d*y dviter les abus. II voulait, avec grande raison, qu^on divisdt les
* II est a pr^8umor que ces marchi^s, faits par un iutendanl ij>slruii/:onl ^id'precM^s d'un examen ou detail dee diflerenlcR pnrtips qui Jes composent, ct qu'il est a porl^ dVn rendrc compte.
fonrnitiires, el que les march^ se fiBseat k courts termes, auUnt que faire se pourrait; el ii en expliqueles raisons fort en detail*.
II ^tait d^une grande fid^lit^ dans ies engagements qn'il prenait avec les marcbands, surtout strangers, et ne recevait pins d^offres au rabais, quelqne avantageuses qu^dles pussent 4tre, quand une fois il avait pass^ un marche.
II voulait que ies marchands se chargeasseot du transport des marcbandises par mer, autaul pour en d^charger les vaisseaux du roi , que pour donner cet objet de fret de plus aux n^godants.
II recommandait surtout que i*on ne chicanAt pas les marcbands mal i propos sur la reception de leurs foumitures, ce qui arrivait souvent par des motiis d*envie, de jalousie, ou par inter^t d*association , et qui eloignait les marchands.
II fixait le profit des commissionnaires , par ^conomie, k un pour cent.
n faisait grand usage des foires, persuade qu*elles procuraiant Tabondanee et augmentaient le commerce.
n faisait d^arger de tous droits du roi les marcbandises servant a la marine, et ne souffrait sur cela aucune mauvaise chicane de la part des fermiers, i quoi la chai*ge de contrdleur g^ntel lui donnait beaucoup de fadlitd.
Les bois ^tant la principale des munitions qui s'emploient dans la marine et celle qui exige le plus d^attention , on a cru en devoir faire ici un article a part.
Vmte et qualite'.
M. Colbert conmienfa par faire faire, sous divers pr^textes, la visite de toutes ies for^ voisines de la mer ou situto proche des rivieres navigables, pour examiner celles dans lesquelles on pourrait trouver des bois propres pour les constructions et radoubs des vaisseaux , la quantity qui en pourrait 6tre tir^, la facility ou difficulty de transport, tant par terre que par eau, et le prix ou ils reviendraient au roi ; de m^me pour les mkis.
Ii fit veiiler i ce que les bois situes i deux iieues de la mer et a deux lieues des rivieres ne fussent point coup^ sans permission du roi et sans avoir ^t^ visit^s prealablement pour la marine, conform^ment aux ordonnances des eaux et fordts.
II se faisait mdme informer si, dans la coupe des for^ls, on observait de laisser dix baliveaux par arpent, et seize dans les taillis, conform^ment aux demi^res ordonnances;
Et si les foumisseurs des bois ne commettaient point d^abus dans leur exploitation.
II entrait dans ies plus grands details avec les commissaires qu'ii chargeait de la visite des for^ts, et ieur mandait, dans ses instructions, que la marque la plus certaine de la bont^ du ooeur d^nn arbre etait d^avoir la t^te vive et belie, et qu^il fallait surtout ^viter de se servir des hols sur le retour.
Lieux d*ou on les tire,
U ne croyail pas que Ton ddt donner une enti^ exclusion aux mlits du royaume, quoiqu'il s'y trouvdt des defauts, et il pensait qu'il fallait les m^ler avec ceux du Nord, le roi gagnant beaucoup k s*en servir, quoiqu^ils revinssent presque au m^me prix.
11 trouvait les m^ts du Nord venant par TElbe extrtoement pesants, et pref6rait ceux qui viennent de Norw^ par Gottenbourg, ou de livonie par Riga et Dantzick.
Quant aux bois de construction , ii 4tait d'avis qu'on prdferdt toijgours ies bois du royaume k
' On pent ajouter k ces raisons que, dans les cas extraordinaireset impr^vus qui demanderaient r^uction , les entrepreneurs demandenl a rendre des comptes de clerc k maitre, k quoi ils sent re^us commun^meot; auquel cas, la perte tombe sor le roi. Au lieu que, dans Ies cas de b^n^co impr^vUf on ne leur (ait jamais rapporter l*exc^dant du gain projet^, de Ta^n que, dans les longs mnrch^, 1« desavautage est presque toujours du cdt^ du roi.
ceux du Nord, non-seidement pour Tavantage du royaame, roais parce qa*il ies croyait meilleurs. U 86 pi^tait cependant k en faire venir de r^tranger, pour manager ceox de France, doni il vou- ]ait avoir toujoars une grande provision en magaain.
II faisait arr^ter pour le roi tons ies bois qui arrivaieot dans Ies ports, en Ies payant 4 un prix raisonnable, et n^en permettait point ia sortie du i-oyaame, croyant plus convenable de ies prendre tous pour ie roi, m4me sans ndcesait^, que de ies laisser passer 4 i*^tranger, saufi ies vendre ensuite aux marchands fran^ais pour la construction de ienrs vaisseaux *.
II regardait comme un grand avantage pour la marine de France et pour le commerce de tirer Ies bois du Canada, d'ou il jugeait aussi facile d^en faire venir que de Koenigsberg et de Riga.
Fa^n de U$ dSbiler,
II envoyait des maitres charpentiers de marine dans Ies for^ts, ponr suivre le debit des bois, et pour en examiner Ies proportions, afin qu*il ne fdit point envoy^ de pi^es inutiles dans Ies ports.
II faisait marquer toules lee pieces de bois coopto pour le roi, dans Ies fordts, d^une fleur de lis i chaque bout, pour emp^her Ies fraudes de la part des voituriers.
II entrait dans le plus grand detail sur Texploitation et T^nomie des bois, ct faisait observer, par ies commissaires, que Ton ne sddt point de grosses pieces d'un gabarit convenable i de gros vaisseaux pour ies employer i de petites frigates.
Quoiqu^il filt port^ pour Ies prix faits, il en exceptait la iabrique des m4U, A cause de Timportance de Tobjet et des accidents qui en peuvent r^ulter pour Ies vaisseaux ; et il faisait etablir un habile commissaire ou ^rivain pour voir faire oes mdts 4 la joum^e, et pour qu^il n^y f^i employ^ que des arbres de bonne quatit^.
II faisait tenir la main k oe que Ies bois ne fussent coupes dans ies fordts qu*4 mesnre quMls seraient demands dans Ies ports, et quails fussent voitur^s imm^diatement apr^ leur coupe* pour ne Ies point laisser trop longtemps expos^ dans ies for^ts , oh ils peuvent se gdter.
II cherchait i assurer, k faciliter et rendre libres ies chemins n^cessaires pour Textraction des bois des Pyrenees et autres, et A donner, pour cela, toute assistance aux foumissenrs.
D s^informait si ies metayers et voituriers n^apportaient point, par des difficult^ mal fondees* du rctardement au transport des bois.
II pr^venait Ies commissaires d^partis dans Ies provinces des difficuit^s que Ies mauvdis chemins pourraient causer, afin quails ies fissent r^tablir per ies habitants des paroisses Ies plus prochaines.
Provision, contervation ei arrangement.
11 fit de grands amas de bois dans tous Ies ports pendant la paix , et voulait en avoir toojours en provision dans un arsenal pour buit k dix ans, non-seulement pour la construction des vaisseaux du roi, mais pour en foumir aux marchands, et pour Ies exciter, par lA, d bdtir et a augmenter la navigation et ie commerce.
II recommandait Tordrc el Tarrangement des bois dans un port, comme ia chose du monde ia plus importante, non-seulement pour leur conservation, mais pour la facility de Ies tirer et de ies choisir; ce qu4l regardait avec raison comme un objet de grande ^nomie.
II exhortait Ies iolendants k profiler de Texemple des Hollandais, qui rangenl Ies bois de qualre a cinq cents vaisseaux dans un petit espace.
Jugeanl que le bois le plus sec est ordinairement le meilleur, mais qu^^tant n^ig^ il se pourrit promptement, il proposait de pr^venir cet inconvenient en mettant Ies bois k convert sous des hangars ou sous des croiites, et en Ies faisant empiler de fa^on qu'il y eiit du jour enlre chaque pi^, ou en Ies tenant dans Teau sous la vase; et il consullail, sur ce sujet, Ies maitres charpentiers etles ofliciers Ics plus entendus dans la construction'*.
* 11 iallait avoir, pour cela, des fonds bien obondants k employer dans la marine, ce qai n*a jamais eu lieu depiiis M. ColberU '' Leg avis no sent pas encore r^unis sur Ie parti le plus avantageax i prendre pour la conservation des
II s^inibrmail avec grandis atiention des meillearet prtoutioiis i prendre pour la oooMrratio* des mAto, et agitait lequel ^tait ie plus oonyeoable de lea meUre aooa des hangars & sec on dans les fosses d*eaa sal^ *.
Qmditioni et obeervatiom nor U$ mankk.
11 proposaik deux moyens diflerents de £ure exploiter les bois poor ia constmdioo :
1* Gelid de £ure marquer les bois, de les cooper, ddliiter et voitorer sor ie bord des riviires, aox irais da roi , en payant les joum^ de tons les omrriers, ei en observant deux cboses : Tune de faire cooper 4 tire et aire une certaine quantity de bois, et Tantre de vendre les soucbes, brancbages, et g^n^ralement tons les bois qui ne pourraient servir i ia marine;
a* Gelui de Yendre une certaine quantity de bois , tons les ans , i des marchands, i condition de rendre anssi sur Ie bord des riti^res tout ie bob n^cessaire i ia marine, marqu^ et ^uarri sur les proportions du charpentier envoy^ dans les for^ts, en observant de ne vendre aux marchands que la quantity de bois n^cessaire poor y trouver les pieces utiles aux vaisseaux , et de leor laisser Ie b^n^fice des sooches, brancbages, bois bkincs et antres, inutiles 4 la marine, pour les d^ dommager des frais des joum^s d*oavriers et autres d^penses, qui ne seraient plus a la charge du roi *.
II envoyait Ie commissaire destin^ k la visite des bois, avec ie marcband cbai^ de la foumiture et un maltre charpentier du port, dans la for^ oi!i Texploitation devait 4tre faite, pour dresser un proc^verbal des bois propres i la marine, et poor que Ie marcband n^y pAt commettre aucun abus, sous pr^texte de sa foumiture.
II excitait les marchands k acbeter les for^ls qui seraient i vendre en Provence ou en Dauphin^, et leur proposaitde (aire march^ avec eux, pour la fourniture des bois n^cessaires 4 la marine, ayant reconnu, par experience, que les achats des for^ts am^uagees aux frais du roi ne pouvaient jamais lui 4tre avantageux.
n ne voulait point que Ton obligeAt les paroisses k foumir les charrois des bois k prix fait pour la construction des vaisseaux du roi , et croyait que Ton ne devait se servir de ce moyen qu*i la demi^ extr^it^; il aimait mieux que Ton fit des march^ de gr^ 4 gr^ avec les paysans de la campagne, et qu*on les engage4t 4 ce service pour Ie roi en les payant plus ch4rement que ne font les particuliers.
II fit d^charger de tons droits les bois de construction pour les vaisseaux du roi , mtoe ceux dont les voituriers pourraient avoir besoin pour composer les radeaux , en exceptant ceux des particuliers que les voituriers pourraient amener en m4me temps.
Les plus gros arbres ne coi^taient aiors que 3 livres i o sous la pike, eu Bourgogne;
Les quilles, ao sous Ie pied;
Les baux, i3 sous Ie pied;
Et loutes les pikes carrks de deux 4 trois pouces, 5 livres i o sous 4 3 livres la pike.
n avait grande attention de ne point faire couper, sans une grande n^cessite, les bois d'ornement des maisons des particuliers ni ancuns autres, contre leur gr^, el sans dtre convenu auparavant des prix avec eux, de gr^ a gr^ ou devant Tintendant de la province, sur rapport d^experts.
COHSTBUCnOIlS IT RADODBS.
La construction des vaisseaux est Ie plus ^ndu de tons les arts et celui qui dcmanderait les con- I les plus compliquks de gkm^trie et de physique, jointes 4 one longue pratique et 4
bois, entrt les tenir sous Teau ou 4 Tair, mais empil^ 4 jour et couverts, autant qu^il est possible, par des hangars oa par des cro^tes. Toutes les observatioos faites avec grand soin pcodant vingt ans, 4 Marseille, Bont favorables au second parti. M.Dubamel, qui en a connaissaDce « travaille actaellement (17^7^ 4 un ouvrage qui pourra procurer sur cela do nouveiles lumidres.
* A r^ard des m4t8, Ie sentiment de les tenir sous Teau ci cal^s, pour quo Teau les couvre, a pr^ valu ju8qu*4 cette beure.
** II jugeait Ie dernier parti plus avantageux.
Mne experience dont partie ne peut s'acqu^rir qu^i la mer et dans les campagnes de long cours. Qooiqae Ton y ait fait de grands progr^ depuis son commencement, surtout dans ces deniiers lemps, il s*en faut bien que Ton ait atteint 4 la perfection. 11 ^tait encore plus rccul^ du temps de M. Colbert; il en sen tit le faible, et, pour le perfectionner, il travailla d^abord k former des constructeurs dans le royaume, en excitant r^mulation par des rtompenses, et en ^tablissant des prix poor ceux qui feraient les meilleurs vaisseaux.
II ehercbait en mdme temps i attirer de T^tranger, k tout prix, les meilleurs ouTriers de chaque espke, prindpalement des maltres charpentiers, et ne plaignait rien pour les engager k venir en France, mdroe avecleurs families, a6n d*y assurer davantage leur ^tablissement et de les meltre i port^ de former des Olives qui missent, dans la suite, le royaume en 4tat, non-seulement de se passer d^enx, mais m6me de les snrpasser dans lenr art, persuade que Tindustrie fran^aise reoch^rirait toujours sur les inventions d*autrui.
Dans cette vae, il envoyait secritement en HoUande et en Angleterre des gens intdligeots et enlendus poor s'informer des meilleures m^thodes de construction , de Tordre qui se tenait ^lans les magasins, et g^^ralement de tout ce qui poutait donner des lumi^res pour perfectionner la marine.
II reoommandait surtout que Ton apprit des Hollandais T^conomie etle d^it des bois, quails entendent bien mieux que nous.
II voulait faire faire un r^ement gdn^ral sur les proportions des vaisseaux, et il consulta pour cela les plus habiles constructeurs et offiders de marine ; mais il ne put y parvenir malgrd tous ses soins, et il reconnut bient6t que Tart n'^tait pas encore assez avanc^ pour pouvoir Tastreindre k des r^es fixes*.
11 ne laissa pas de donner de temps en temps, dans les ports, diff^rents avis sur la construction , k mesure qu'il les jugeait bons, et quails lui ^taient suggdr^ par ceux quails connaissait les plus habiles dans ce genre-U ; on ne s^est pas attache k les relever, TaK s^^tant beaucoup perfectionn^ depuis.
II recommandait en g^n^ral une grande diligence dans les constructions, sans qu^eUe nuisit k h solidity ; il faisait, pour cela, preparer le bois d^avance; et il ne croyait pas qu^in vaisseau d6t dire plus de sept k huit mois en chantier^.
II d^fendait tout accastillage et tout changement dans les soutes et dans les logements *.
II souSrait avec peine les sculptures, et exigeait qu^elles fussent l^res et qu'elles s^assujettissent k la construction sans occasionner de ckargement ni de pesanteur sur Tavant et sur Tarri^re du vaisseau.
II donnait ordre de faire des modules en carton et des plans , en coupes perpendiculaire et horizontale, de chaque vaisseau que Ton faisait construire, et de les d^poser an contr6Ie.
II recommandait, pour la guerre de Hollande, des bAtiments k plates varangues, comme plus propres k ^ouer sur leurs c6tes.
II fit construire des caiches de dix k douze canons, centre les Saletins, qui n^ea avaient pas alors de plus fortes'*.
II fit aussi construire des alleges et autres b4timents de transport et de service; mais il voulait quails fussent occup^ et qii'ils regagnassent, par \k , ce qu'ils coiltaient.
II se pressait de faire faire campagne aux vaisseaux neufs, pour en connaltre les qualites et pour en tirer des cons^uences pour les constructions qu*il devait faire faire dans la suite.
' Ce r^ement est pent dire aossi diiBdle a (aire jnste qn*il Test de troover la quadrature da eerde; et quoique Ton tende depuis longtemps a cette pr^dsion , et que Ton en soil beaucoup plus pr^ aajourd*lioi qa*on ne T^lalt alors, on en est encore bien loin , et il n'y a pas apparenee que Ton y arrive 8it6t Le plus grand tort des constructeurs est de croire trop l^drement avoir troov^ ces r^les fixes, et d'adopter eomme s^^rs des priocipes qui ne le soot point ct qui empdchent que Ton en cherche de meilleurs.
** Getle maxima a M combattue depuis, et avec juste raison.
' Principe dont on ne s*^carte que trop souvent dans la pratique, et auqod on ne saurail trop tenir la main.
"* On y a snpplM dans ces demiers temps par des chebecs , qui valent mieiix.
11 recommandait que les vaisseaux d'un port fussent toujouro bien radoubes k leur arriv^ de la mer, poar dtre pi^ts 4 repartir d^iin moment 4 Tautre; et se plaignait souvent des radoubs mal faita, 8ur lesquek il recommandait la plus grande attention, n^approuvant pas cependant la pratique des HoUandais, qui pr^eraient de construire des vaisseaux neufs 4 en radouber de vieux, par Fabondance ou ils ^taient des mati^res premieres.
11 proposait de faire goudronner tous les vaisseaux deux foia par an.
li donna ordre de faire brayer lea vaisseaux qui revenaient dies men chaudes avant de les faire entrer dans le basain du Havre, pour les garantir des vers qu'ils pouvaient y apporter.
La police des constructions ^tait toute d^volue aux intendants; il ne permettait pas m^e aux offiders du premier grade et A ceux qu^il jugeait les plus exp^ment^ d*en ordonner, mais seulement d'en dire leur avis, et il Texigeait an rctour de Icurs campagoes.
II recommandait aux intendants de faire dever le [Jus d'apprentis charpentiers quails pourraient, etde les porter adroitement au manage, va qoe les enfants qui en pfoviennent aont presque toujours du metier de leur p^re.
U ne voulait point qu^on prit des cbarpenliers de force pour les ouvragea du roi , persaade qoe ceU les ^loignerait, et quHl valait mieux les y attirer par de bons traitements.
Son projet ^it d*avoir toujours des bois en provision dans un arsenal pour la construction de dix k vingt vaisseaux.
II estimait qu^un vaisseau devait durer trente ans, et il trouvait qu*on les condamnait trop \eg^ rement *.
II d^endit les ouvrages a la joum^, 4 Texception des constructions^.
II voulait que les intendants et les officiers qui devaieot mooter un vaisseau assistassent au radoub et 4 la carina, pour leur 6ter tout pretexte de plaintes dans les campagnes.
II fit m4nie ^blir des confi^rences sur la construction , et fit donoer ordre aux offiders d^assiater 4 ces confi^rences , aux jours et heures marqu^ par les intendants.
II fit defense d^^cboner les vaisseaux du roi pour les radouber, pensant que rien n^en abr^geait plus la dur^.
II portait aussi une grande attention sur Tarlide des copeaux, plus important qu^ii ne paraft d^abord, et faisait veiller soigneusement 4 ce qu^il ne s'en ftt point mal 4 propos, et qu^on ne les consomm4t point inutilement.
II ne permettait pas que les constructeurs entretenus fissent des bAtiments pour leur compte propre.
11 favorisait la construction des marcbands, et ne se plaignait pas quand ellc retardait cdSe du roi, parce qu'il en augurait Taugmentation du commerce.
II se proposait de faire b4tir un vaisseau devant le roi, en vingt-quatre heures, et donna, sur cela, diffi^rents ordres dans les ports, que Ton pourrait consuller en pareil cas.
Le projet du roi etail d'entretenir dans les trois grands ports i ao vaisseaux du premier au dnqui^me rang.
MACOIRKS.
II admettait volontiers 4 faire des epreuves des machines de nouvelle invention, entre autres pour les plougcurs.
II (aisait prendre des modeles de ioutes celles qui se trouvaient chez les Strangers, et n^hdsitait
' Bien nW si vrai que celte derni^re observation de M. Colbert. Mais que peat (dire un intendant, en pareil cas? Prendra-t-il sur lui d'aller centre Tavis des offiders, des charpentiers et d*an consdl de constmction , qui sont toajours pour les partis les plus dispendieiu et les plan siiirs, sans s'embarrasser de r^conomie? et risquera-t-ii de voir rctomber sur lui le reproche d*un vaisseau perdu peut-^tre par une Causse manoeuvre ou pour toute autre cause que celle d'un radoub? II faudrait, pour cela, qu'il phi beancoup fonder sur ses connaissanccs particali^res et sur la confiance do in justice dn ininislere.
*" Question qui a ei6 souvcnt ngit^ depuis.
APPENDIGE. 719
point d^acheler leurs secrets fort oher , a , condition que ie prix n'en serait paye qu^apr^ qn^dles auraieot ^t^ eprouv^ et trouv^ conformes k la propodtioB qui aurait ^t^ faite.
11 chercha ^ placer dans V4p^ comme dans la plume des jeunes gens de bonnes families, bien ^lev^, et qui eussent de Tambition , persuade qu*on ne pourrait jamais avoir de gens babiles dans la marine, k moins de les y avoir inlrodoils de bonne beure.
II avait eu Tid^, tr^ulile au service, de confondre les deux corps de F^p^e et de la plume, et de prendre les commissaires parmi les enseignes.
II voulait Russi introduire dans le service et faire officiers de vaisseau des officiers marchands babiles et de premier ordre, ponr donner de T^mulation aux uns et de Tinstruction aux autres.
llsUnformait particuli^rement aux intendants du cared^re, dn m^rite et des bonnes et mauvaises quality de tons les officiers de leur ddpartement ; c*^tait principalement sur leur rapport qu^il r^lait Tavancement des officiers et la distrilHition des emplois de quelque importance dont il voulait les cbarger; mais il ne sonffi'ait pas qu^on lui imposAt sur leur compte, et marquait aux intendants qu*il ^it aussi dangereux d^en dire du bien trop l^rement que du mal par passion ou sans un examen suffisant
n tAtait le caract^ de ces officiers , et ne faisait nul cas de ceux qui avaient pen d^^roulation ; il dierchait i inspirer Tesprit contraire et faisait gr4ce A quelques d^fauts en faveur des bonnes quality.
n recommandait surtout la bonne intelligence et Tunion entre les officiers d^^p^ et de plume, et leur expliquait les bomcs de leur autorite , ne jugeant Hen de si contraire au service que les divisions.
II insistait principalement sur la subordination n^cessaire dans toute esp^ de service , et ne recevait pas volontiers des plaintes mdme bien fondto des inf^eurs centre leurs sup^eurs.
II relevait avec soin le prix de toutes bonnes actions pour encourager les officiers, et les r^compensait largement.
II faisait consid^rer aux officiers qui se plaignaientde leur traitement combien il ^tait plus avantagcux, proportion gardee, que celui des officiers de ierre du mAme grade.
II rassuratt avec douceur ceux d'entre les bons officiers qui se plaignaient des passe-droits qu'il ^tait quelquefois oblig^ de faire dans les promotions.
Mais il ne sooffinit point de menaces de retraite, et tout offider qui demandait son conge, sous pr^texte de m^onl«nlement, Tavait sur^Ie-champ et sans retour.
Les graces etles avancements ^taient accord^ alors bien plus aux actions qu'a Tanciennet^.
n se plaignait souvent du caprice et des mauvaises difficult^ des offiders, et contenait ^galeraentles vieux et les jeunes, mais par des voies bien diffi^rentes; il tol^rait les uns, t|uoique incommodes, pour montrer le metier aux jeunes, et il modt^rait la vivacity des autres, surtout des jeunes gens de quality, qui croyaient devoir 4tre avanc^s en grade A chaque campagne.
II avait pens^ 4 attacher les officiers et les Equipages aux vaisseaux, mais il ^tait revenu de cetle idee-U'.
11 se proposait de faire changer souvent les officiers de d^partement, persuadd quails r^sideraient plus volontiers dans les ports lorsqu'ils seraient ^loignds de leur province.
II faisait rayer des registres tons les absents des revues, sans permettre quails rentrasseut dans le service.
Quoiqne la marine f6t phis en vigueur et qu^il se Ht beaucoup plus d^armements alors que dans les demiers temps, le nombre des offiders ^tait beaucoup moindre; il ne roontait en 1678 qu'k 867, dont 1 amiral, a vice-amiraux , 3 lieutenants gen^raux et 5 chefs d'escadre.
II dtablit les compagnies des gardes de la marine, compos^es de tous gentilshommes Agds de
Avantageose a certains egards, mais sujelte d'aillenrsa plusieurs inconv^ni^nts.
It se proposait de faire r^imir les biens de I'ordre de Saini-Lazare a la marine, pour procarer des r^mpenaes anx officiers nobles de qnatre degr^ qui Fauraient m6it^ par leurs servicee.
II excita par menaces et promesses tous les officiers proteslants k se faire catholiques, sans ^tre parvenu, par 14, 4 faire beaucoup de proselytes; et, ne pouvant les converiir, il fit un r^ement sur Texercice ext^rieur de leur religion 4 la mer.
II s^^tait propose de ne mettre sur les galores que des chevaliers de Malte , et qui eussent senri 4Malte.
II fit rendre un r^glement sur le service de Tinfanterie de terre embarqu^e sur les vaisseaux, qui la subordonne aux officiers du vaisseau oil elle sera embarqu^e ;
Et une ordonnance pour que les sergents et soldats des compagnies entretenues servissent 4 tour de r61e, et ne fuasent point choisis par les capitaines qui monteraient des vaisseaux, mais par les intendants ou commissaires des armements.
11 reconmiandait 4 Tinlendant de Brest de ne point laisser faire les sergents et caporaux par favour, mais park seule consideration de la bravoure et du m^rite, afin de relever le cceur det troupes, et de leur faire esp^rer leur avancement
II parait que c'^tait alors les intendants qui donnaient le conge aux soldats.
Ilfaisait employer les soldats comme journaliers dans les ports, autant pour epargner leur paye et pour leur faire trouver un plus grand profit, que pour les avoir plus sous la main et au fait du service de mer.
II ne faisait aucun etat des soldats de terre pour servir sur mer.
n reprochait 4 M. de Seuil , intendant 4 Brest, que les recrues de soldats pour la marine revenaient au roi 4 plus de cent livres par an, et quails ne devaient pas communement revenir 4 plus de trente.
11 approuve un cbef d^escadre d^avoir fait demander au grand maltre de Malte un deserteur qui s^etait sauve dans le port ; mais il le bl4me d^avoir voulu faire visiter un vaisseau de livoume dans ce port, au prejudice de la franchise.
II eslimait que la plainte du major pouvait etre re^ue comme celie du capitaine dans une procedure contre un deserteur, et qu'elle suffisait pour fonder la procedure.
11 tenait pour maxime qu^un deserteur ne pouvait etre condamne comme tel , s^il n^avait re(u Targent du roi.
La paye des soldats des gal4res etait alors de 6 livres 4 terre et de 7 livres 1 0 sous 4 la mer.
On donnait, en 1 677 , i a sous par jour de subsislance 4 chaque officier d^infanterie embarque et 1 « sous par jour et le pain aux soldats de vaisseaux qui descendaient 4 terre.
L^ancien habillement coutait a a livres 16 sous, y compris IMpee et le bandrier.
CUSSKS.
Offieiert marimert et mateloU,
II n'y avait aucun ordre pour PenrAlement des matelots, pour leur denombrement et pour la levee des officiers mariniers, avant M. Colbert; il forma la premiere idee des classes en 1670. La division etait anciennement de quatre, et a ete reduite 4 trois, 4 deux et 4 rien; differentes considerations ont fait tomber cet arrangement, la diminution de Tespece des matelots, Tauffmentation du commerce, qui en consomme plusqu^il n^en employait alors, la consideration de la depense que coAtait au roi la demi-solde de la dasse de service, et peut-dtre un pen moins d*ordre qu^il n*y en avait dans la ferveur de ce premier etablissement*.
Le r61e des matelots etait estime alors 4 36,ooo ; savoir : 1 a,ooo au departement de Brest, au-
* Voyez uii roemoire de Colbert sar ceite uialicre. {ln»tmetion» d Seignetay, pieces n" kh et 46.)
lanl k rehii de Rochefort, el autant h celni de Tonion , sur quoi Ic roi complait en employer par nnn^ 3 i\ /i,ooo dans chaque d^partement , non compris les demi-soides pour ia classe de service.
li recommandait aux intendants de r^primer foHement les concussions des officiers qui prennient de Parj^ent des malclots pour les exeropter du service, et qui leur revendaient par \i\ leur liberty, que le roi achetait fort cher par le payement de la solde et demi-solde des classes de service.
11 leur recommandait aussi d'avoir grande attention que ies commissaires se conformassent au r^lement des classes pour la lev^ des matelots , sans avoir ^gard h la faveur de ceux des (erres des plus grands seigneurs qui voulaient les en exempter.
U voulail que loutes les levees d'equipages se fissent de gr^ A gr^, Targent ^ la main , et il recommandait que Ton evit^l d'employer la force pour obliger les habitants des ct^tes ii s*engager pour matelots; il aimait mieux qu^on ies y altirdt par un bon traitement, par V\d6e d^une pave r^guli^re , moins forte que celle des marchands, mais plus forte que c^Ile que Ton donn^it d^ordinaire, et par des gratifications aux veuves des matelots morts en campagne.
Et il necroyait punissables comme d^serteurs que ceux qui avaient louche de T.-irgent de leur solde.
II chargeait les consuls de relirer les ofliciers mnriniers et matelots qui revenaienl dans leurs echelles, de les renvoyer en Prance, et d'en prendre grand soin , pour qu'ils ne prissent pas parti avec les ennemis.
[1 ne vonlait point accorder d'amnistie aux ofiiders mariniers ou matelots deserteurs dans les pays Strangers; mais il les faisait assurer par les consuls quails ne seraient point poursuivis s'ils rcvenaient de bonne volont^ dans les ports du royaume*.
Et il faisait agir en m^me temps sourdement Tambassadeur de France en Hollande, pour lAcher d'en retirer les Francis, gens de mer et ouvriers qui s'y 6laient r^fugi^, en leur promettaot la m^e paye qu'en Holiande; mais il punissait et faisait condaraner aux gal^s tons ceux que Ton retirait a la mer des vaisseaux strangers ou on les trouvait engages.
II ecrivait ^ M. de Pomponne, de la part du Roi , d^engager Madame Royale de permettre , dans le gouvernement de Nice, la lev^e des matelots fran^is et oulres dont on pourrait avoir l»esoin pour farmement des vaisseaux du roi.
[1 recommandait aux commandants des provinces de donner toute protection aux commissaires pour la lev^ des matelots.
II voulait que les intendants et commissaires fussent les maltres dans les ports de la formation des Equipages , sans que les capilaines sVn m^lassenl, et, quand on en envoyait de recrue pour les nrmemenls, que les capitaines les choisissent, un A un, ^ tour de r61e, pour ^viter que les derniers capitaines n^eussent que le rebul.
Les capitaines etaient charges de r^pondre de la desertion 4 la mer et du libertinage des matelots qui leur avaient 4l6 donnas dans le port, et, en cas qu^il en manquAt qtiMl fall At remplacer, le Roi voulait qu'ils fussent leves aux depens des capitaines.
II permettait le cabotage dans la dasse de service, les armemenls pr^lev^ ;
Et, lorsqu'il n'y avail point d'armements presses pour le roi, il pennetlait aux mnlelols de in classe de service de s^cmbarquer sur les vaisseaux marcbands ^,
Pour favoriser la construction, les armemenis, et ia p^he de Terre-Neuve, il faisait exempter des classes les maitres de vaisseaux et barques, et tous ceux qui en faisaient construire du port do
' Il fit pourtaot accorder des amnisties dans la suite.
'' L'<Habii88ement des classes a 4te lujet en tous temps a divers inconv^nients auxqueis il n'a jamais cle bien rem^i^, taotdt par le d^foul da nombre des matelots de la classe de service, qui ne siiflisaient pas pour ies armements , tantdt par le d^faut d'arraements , qui laissait oisifs el daos ia mis^re ceux que la classe de service emp^chait de s'employer dans le commerce; sans compter c« qu'il en coutait pour les demi-soldes de la diasse de service. Aussi cet ^tablissement a-t-il ^le toujours mal suivi, ct ]*on s*cst conduit, surtout dans les derniers temps, suivant ies circonstaoces, sans avoir ^gard a Tordre des classes , ce qui peat avoir occasionn^ quelques abas , mais moindres qu on ne i*a r^pandu dans le public , et ou Ton ne peut gu^re remedier qu'en y faisant veillcr ntitant qn'il egt possible, et en mettant d'honiii^les gens h la t^te des classes.
cinquanle ^ floixante tonneaux et au-dessus, A condition que les mailros prendraient avee eux dc jeunes apprenlis pour les former; il faisait exempler aussi les caplaneurs, saieurs, et aulres ouvriers qui travaillaient h la pdche de la morue , en cas qu'iis ne scrvissent point 4 la manceuvre pendant le voyage, et non autrement.
II ne pretendait point emp^er que les matelots de Dunkerque s^engageassent pour soidats, mdmedans les troupes de terre, pourvu quails ne fussent point de service actudlement dans k marine*.
II vouiait qu^on r^l^t la paye des officiers mariniers et matelots suivant leur mente, et non suivant leur anciennet^ ou leur grade.
Le port des hardes des matelots devait dtre d^uit sur leur solde.
Les vacations des commissaires en lournee pour la lev^ des matelots ^talent r^gi^ 4 i s livres par joui** y compris leurs appointements, et a moitid aux ^crivains, sans entrer dans aucuns autres frais.
' 11 donnait volontiers des a-compte aux femmes des matelots embarques pour les voyages de long cours, et faisait payer la solde aux veuves des morts en campagne, jusqu^au jour du d^sai^ mement des vaisseaux.
U avait fait d^lib^rer, par les ^t^ts de Languedoc, que les matelots de la dasse de service ne seraient point employes dans les r61es d'imposition pour Tindustrie.
II voolait que Ton employ^t de preference les matelots de la dasse de service pour joumaliers dans les arsenaux, tant pour T^pargne qui en resulterait, que pour quMls apprissent des metiers qui pourraient leur 4tre utiles 4 la mer.
II faisait augmenter 4 la taille, comme contr61eur gi^n^l, les paroisses qui ne se pr^ient pas k la lev^e des matelocs et ne foumissaient pas leur contingent.
II portait son attention jusqu^4 se faire informer de la r^utation des officiers mariniers servant sur les vaisseaux marchands, de leur capadte et de leur bravoure, et en faisait qudques-uns offiders sor les vaisseaux du roi , avec esperance d^avancement.
Malgr^ Tordre qu'il avait voulu ^lablir lui-mdme dans les dasses, il ne s'y assujettissait pas toujours dans les cas d'armements presses, et faisait prendre qudquefois des matdots partout, de gre ou de force, avec la plusgrande sev^rit^, envoyant dans les maisons de c«ux qui se cachaient, et faisant chasser de la ville les femmes et enfants de ceux qui ne se pr^ntaient pas, 4 la reserve des Strangers et des matdots de riviere, particuli^rement des Sables-d^Olonne.
II Ini avait et^ propose de distinguer les matebts des galeres de ceux des vaisseaux, ce qui fut juge sujet a inconvenient, quoique cela pM avoir son avantage 4 bien des ^rds.
n etablit les demi-soldes en faveur des invalides; elles dtaient r^^ difTeremment, suivant leur etat d^infirmit^ : 4 k livres lo sous par mois pour ceux qui ne pouvaient pas gagner leur vie, et 4 3 livres pour les autres* £lles paasaient mdme aux veuves de matelots, pourvu qu'dles ne se remariassent pas.
II contenait s^v^rement les ofliciens d'amiraut^ qui voulaient entreprendre sur les fonctions des commissaires des dasses.
II avait soin de faire former de bons pilot es, ce qu^il regardait comme un des artides les plus importants de la marine, et il faisait travailler 4 des tables exactes des mar^ sur toutes ies d^tes tant de France que d*Angleterre et autres pays Strangers.
II etaitrevenu d'une erreur oil Ton avait et6 josqu^ators, que les pilol«9 du Levant ne devaieul naviguerque par la connaissance des c^tes dans la M^iterranee, et non par les hauteurs.
II mandait aux professeurs d'hydrographie de Tinformer des progr^s dc leurs (^coliers, sans s*embarrasser des chicanes que leur faisaient souvent les ofliciers de Tamirautc^ conlre qui il les soutenait.
* Geqni est particnlier pour Dunkerque, les ordonnances dn roi d^fefidaDi ees enr^lemento dans le Teste du royaume.
11 prenait grand soin de la coDservalioD des chioucmes, et cberchait a les boniftcr par tous les moyens possibles, en faisant acheter non-eeakmeDt des Turcs a la c6te d^Itaiie, en Sicile, et a Malta, mais m^mc des n^gres du Gap-Vert, qu^il estimait plus propres4 ce travail que ccux de la c6te de Guin^ , et en faisant des conditions avee des armatears k qui il faisait prater des vaisseaux du roi pour que les Turcs quails prendraient soient remis aux galores.
II r^damait mdme, en Savoie, les Savoyards condamn^s aux galores, qu'il demandait, au nom du Roi, qui fussent conduits 4 Marseille, suivant un anden usage qui u*est plus snivi k present par le roi de Sardaigne, mais qui a encore lieu quelquefois chez les Suisses.
JUSTICE, POLICB IT DISCIPUHE.
Gette partie ^tait enti^rement d^volue aux intendants du temps de M. Golbert, et il les y scutenait avec la plus grande fermet^, non-seulement eux, mais les commissaires en sous-ordre, et jusqu^aux dcrivains de vaisseau, sur lesquels il ^crivait k M. TAmiral de tenir la main k ce quails ne fussent point inqui^t^ dans Texercice de leur charge k la mer, et d^informer les capitaines que c'^tait la volont^ du Roi.
G^^tait les intendants et les commissaires des departements que M. Golbert chargeait d^observer la conduite des officiers qui y etaient employ^, et de lui en rendre compte; cVtait sur leur avis qu^il les employait, les avan^it, les r^mpensait ou les punissait suivant leur m^te.
II mandait aux intendants que, sur le proc^veri)al quails dresseraient du peu de diligence des capitaines dans les armements, le Roi les interdirait sans retour; mais il leur recommandait en m^me temps de ne point m^ler de passion dans le service, et de se prater quelquefois aux pelites fantaisies, m4me d^raisonnaUes, des officiers du premier m^te.
GMtait aussi les intendants qu'il cbargeait d^employer les officiers qui restaient dans les ports, etil voulait qu'ils fussent toujours occup^, tant k la garde des vaisseaux qu^aux autres foncUons de leur metier. Les officiers g^n^raux recevaient souvent ordre du roi d*ex^uter ceux de Pintendant en g^n^ral sur la conduite quails devaient tenir a la mer *.
II voulait que les intendants contentassent les capilaines dans les chosesjustes; mais il leur mandait qu^apr^ avoir rempli leur devoir k cet ^gard, ils envoyassent les noms de ceux qui feraient ({uelques mauvaises difficult^, et qu^il les ferait casser.
Loin d^autoriser les officiers dans les discussions quails pouvaient avoir avec des commissaires, pour des faits de service, il blAmait souveot les intendants de prendre trop l^g^ment le parti des officiers, de tol^rer leur mauvaise conduite, et de ne pas soulenir assez les ^ivains contre les capitaines qui en voudraient faire leurs valets si Ton n*y tenait la main**.
II mandait aux intendants que leur fonction n^etait pas de lout faire par eux-m4mes, mais de diriger le travail de ceux qui sont employ^ sous leurs ordres, et d^en repondre.
II faisait arr^ter par les intendants les capitaines de vaisseau qui sVtaient lalns^ prendre, et d'autres qui avaient simplement perdu leurs vaisseaux par naufrage, et les faisait mettre au conseil de guerre, ^tablissant pour principe qu^il ^tait du devoir d*un capitaiue de laisser plul6t sauter son vaisseau que de se rendre.
II envoya ordre 4 Tintendant de Rochefort de feire arr^ter, par le major, le comte do Blenac ct le comte de Sourdis, chefs d^escadre, qui avaient insults des commissaires faisant les fonctions de leur emploi; et il en usa de m^me en plusieurs autres cas.
II pensait qu^un commissaire agissant pour les affaires du roi ne pouvait jamais dtre condamn^ en son nom, et exboi*tait les commandants, dans les ports, A donner Texemple dc la bonne intel-
* Les intendants Etaient plus aatoris^s alors qu'ils ne l*ont 61^ depuis k r^gler ees sortes de dispotilions.
** It 8*80 faut bien que les ^crivains aient ^t^ ^alemeut soutenus depois dans leurs fonetions, qae Ton a toujours t^cb^ d'avilir, et que Ton a rendaes par la presque inutiles au service.
ligciice qui ilevail rof;nor ilaiis le service, ol u iic se jamais joiiulm aim plniiil«*s cits ofliciurs contre les inlendanls, qui ne pouvaienl el re afjreables a Sa Majesl^.
U enleDclail que les inlendanls fixassent Tlieure et le jour des revues, et qu'ils en fissenl seulement averlir le major quelques heures devaiil , pour qu^il alUt prendre du commandant Tordre de faire assembler les Iroupos*.
II envova k M. dc Vauvre, iulendant de marine u Toulon, ordrc d'obliger le lieulenanl criminel de celle sen^chauss^e a aller demander pardon el faire des excuses a M. de Courc^lles, gouverneur de Toulon, li qui ce liculenant criminel avail manque **.
11 lui defendail en m^me temps de laisser faire Texercice dans la place d*armes par des (vardesmarines, au son du tambour, el il lui enjoignait de ne le leur laisser faire ailleurs que dans Tarsenal.
11 consultait quelquefois des officiers d'epee sur des entreprises de mer; mais il ne les croyait point proprcs aux parlies d'adminisi ration et de legislation.
II ne faisait pasgrdce aux ofliciers du premier grade et dc la plus grande n5putatiori, qui vonlaienl se souslraire aux regies qu'tl avail elablies pour la discipline du service, etil fut presque lenle de ne plus employer M. Du Quesne, quoique le premier bomme de mer qu^il y eut alors, parce qu^il avail peine k s'y soumellre".
II paralt qu^en 1671 tons les capitaines et officiers d'un dopartement 4taieut subordonncs au capilaine du port, qui Tetait k Tintendant.
II ^tait fort s^v^re avec les ofliciers sur les malversations et les pillages.
II ddfendait lout commerce aux lies de la part des capitaines. II approuva M. de Demuin, intendant, d'en avoir fait arrdter un qui avail rapports deux cents barriques de sucre , et lui envoya les ordres pour les confisqner, lui enjoignant de plus de Tiuterdire et de ne lui rien faire payer de ses appoinlements.
II faisait rouler les gardes-marines avec les ofliciers, lorsqu'il n*y avail pas suflisamment d^ofliciers pour le service.
En 1681, les ofliciers de marine ^laient oblig^ d^assister k un ou deux exercices par jour, sur la construction, Texercice du canon et Thydrographie.
II faisait armer dos fn^gales remplies d'ofliciers, uniquement pour leur apprcndre Texercico de la manoeuvre.
II conseillait que Ton flt passer les commissaires d'un arsonal par tons les details.
II ne pensait pas que la qualite d^enlrepreneur ou d^armateur piit jamais s'allier avec celle de contr61eur, ni d'aucune esp^ce d'ofiider employe au service.
II recommandait de ne point laisser d'ecrivains imitiles dans les ports , de les occuper et dc suivre leur travail, mais dc ne point s^attacber aussi k les examiner trop scnipuleusement, etdc prendre garde de porter la sev^rit^ k Texc^.
11 regardait comme le seul moyen d^avoir de bons ouvriers celui de les occuper beaucoup, persuade que par ce moyen, chetk la veritc dans les commencements, il arriveruit de deux clioses Tune, ou que les m^diocres se feraient babiles, ou que les babiles viendraient ou il y aurait 4 gagner ; tel bomme tirant de son industrie de quoi faire un travail k un quart de moins qu^un autre avec une paye plus forte.
* H est d'asage aujourd'hui que le commissaire aille la veille averlir iui-m^me le conimaDdant , et le prier d^assombler ies troupes ; mais quelques commandants, enlre antres M. de Saint-Maar, lieutenant g^D^ral, commaDdant a Rochcfort, ayant prelendn que cY'tait a lui de fixer Vbeure et le jour, on a ^t^ fort d^appronv^, ce droit appartenant a ]*intendant, puur phisieurs raisons tir^ du service mdme.
Autrefois les revues elaient beaucoup plus fr^ueotes, vi les jours ni Tbeure n'en dtaienl point fix<«, ee qui obiigeait les officiers a une plus grande assiduite dans le port.
** Ne pouvant donuer cet ordre comme secretaire d'etat de la marine, il le donna peut-dlre comme ayant le departement de la province.
* M. Du Quesne, avec de grandcs parties pour la mer, du c6te de la valeur ct do la manoeuvre, passaii pour dire d'une humeur difficile ct inlercss^ , et il parait, par plusieurs lettres , que MM. Colbert ct de Seignelay en pensaienl de m^me.
II a%ail recoonii qu'i\ y a'des ouvrages que Ton ne pent faire qu'a la journee, comme les rarcoinmodages, el il obeervait que ce nVtait pas tant la quanlite que la qualite des onvriers qui fail faire beaucoup d^ouvrage.
11 aimail Tordreen tout, el trouvail que rien ne faisait tant d*honneur et ne satisfaisail plus Tesprit que de voir on grand elabUssement comme celui d'un arsenal de marine bien en regie'.
II recommandait Texlr^me proprete dans les vaisseaux, comme Ir^s-importante pour leur durce , la salete pouvant anssi beaucoup conlribuer aux maladies.
II avail pour maxime de faire 6ter les mdts de beauprc et de misaine des vaisseaux dans Ic porl , pour les garanlir de tomber de Tavant.
11 ne souffrait aucune boutique ni petit bAtiment adoss^ centre les magasins de Farsenal , dans la craintc du feu.
11 ^tait fort altentif a r^primer les duels, et ne voulait point qu'on les dissimuMl, atlendu Timporlance du fail; il expedia mdme un arr^t pour faire juger un duel par le conseil de guerre, au prejudice du senechal de Toulon, qui s'etaitdeja empare du corps*".
li voulait ^re informe des diverses opinions des juges dans les conseils de guerre.
II s^embnrrassait peu des plaintes des consuls et des olBcicrs de Tamirautd, ni mdme des jiiges ordinaires el des paHements, sur la juridiclion qu^il avail fait atlribuer aux inlendanls de marine , et il reprimait Ir^s-fortemeot loules les entrepriscs qui tendaienl a la detruire°, niais il n'etait pas moins altentif k emp^her que les bubitanis ne fussent vex^s par les ofliciers.
II nommait volonliers des commissaires pour juger les affaires de Gnances qui regardaient la marine, pour qu'elles ne tralnassent point en longueur devant les juges ordinaires.
II n^aimait point les discussions, surlout des inf^rieurs avec les sup^rieurs, a qui il donnail presque loujours raison; et il voulait que Ton secoudl loutos les peiiles discussions et pointilleries de formality , quUl eslimait fort contraires au service. 11 n^admellait jamais de raison de resistance du contr61eur ou commi saire g^odral 4 Tintendant, pour se soustraire 4 Tob^issance qu'ils lui devaient, m^me sous pretexte du bien du serviced
* Voyez son inslructiun a M. de Matharel, allanl intendant a Toulon {Marine, piece ii* i5o), les m^moires et r^glemenls sur la police des arsenaux, et ses avis k M. Colbert de Terron. Voyez aussi les divers ordres qu*il donoa aux iotendaDts sur le voyage du Roi dans les ports , ou sur colui qu*il y dcvail faire.
** 11 a ^t^ reconnu depuis que celle procedure devail dire jug^ par les paiiements.
' La police des arsenaux et du service maritime est souvent cxpos^e aux putrepriscs des juges ordinaires, lorsqu'eile n'esl pas exerc^ par des intendants fermes et instruils des principes des reglcmeiits et ordonnances. Cetle matidre demanderail un traits particuiier.
En g^n^ral les intendants de marine ont deux sortes de juridiclion : Tune dc terriloire, I'aulre d'altribation.
Dans Tarsenal et dans tons les magasins qui eo dependent, en quelqoe lieu qu*ils soienl situtSs, ils ont une juridiclion de lerritoire, et tons les d^lils qui s'y commettent, de quelque nature qu'ils puissenl ^tre, mdme elrangers au service de la marine, sont de leur competence.
Dans le resla de la vilie et aotres lieux, ils n*ont qu'une juridiclion d'atlnbution pour tout ce qui regarde les pei-sonnes on effets dependant de la marine, agres voles ou divertis, fournisseurs, rec^leurs, et g^n^ralcmenl pour tout ce qui se trouve impliqu^ dans le fait du service maritime.
II y a des cas compliqu^, donl quelques-uns sonl pr^vus par Tordonnance, mais non pas tous; par cxemple, la querelle d*un bourgeois el d*un soldat de marine est du ressort des juges ordinaires. L*ordonnance de 1 689 en fait mention ; mais si Tuu deux, ou leUe personne que ce puisse ^trc s'elail r^fugi^e sur des vaisseaux d^rmes ou dans Tarsenal , la justice ordinaire ne pourrail y cnlrer de force el a main arnioe sans le consenlemenl de I'inlendanl el sans lui avoir expIiqo6 les motifs de sa descente, auquel cas I'intendant doit, de deux chosesTune :ou faire saisir et arrdler le conpable par le pi-^vdt de la marine, et le remettre aux juges ordinaires, sHls sonl fond^ a juger le d^lil; ou leur permctlre Tentr^e dans Tarsenal , mais sans sergents ni rccors, el en les faisant accompagner par les pr^vdls et arcbcrs de la marine , pour leur donner main-forte dans le cas ou il en serait besoin.
"* II serait bien a souhaiter que Ton contint loujours les conlrdlears dans cettc subordination , sans quoi ils Iroublenl souvent le service sous pretexte d'y meltro la rdgle el dans la seule vue de rcudre leurs fonctions plus importantes. Comme les ordonnances n*onl pu prevoir tous les cas d'exccplion aux regies gen^rales, et qu'il faut n^ccssairemcnt qu** ccs r^les plienl en niaintes occasions pour que Ic service so
728 APFENDICE.
AHTlLLRniE.
II elablit Tecole des canonniers dans les poiis et Ic prix de ia Jiutte.
II voulail qae les commandants et intendants y assistassent de lemps en temps, et complait lixer Ic iiomhre des entrelenus a quatrc ou cini| cents.
II ecoutait toutes les propositions qui tendaient ^ perfectionner rartillerie, et faisait faire Tcpreuve de toutes celles qui proroettaienl d^'augmenter la port^ du canon, m^me celle des boulets creux u fusees, quoiqu'il n'en eiit pas grande opinion, doutant quails eusscnt assex de force pour percer les membres d'un vaisseau.
II fit faire aussi celle des boulcts d'artiOce, des morUers 4 grenades, et des canons courts d(* vol^e '.
11 esperait rendre les canons de fer egaux en boot^ k ceux de fonte et y faisait travailler.
11 bUmaitavec raison la trop forte ^preuve des canons, et pensait qu'une seconde ^preuve no pouvait qu^enervcr la pi^ce.
II entrait avec les foumisseurs dans les plus grands details sur la fabrique des canons, mais il ne recevait point leurs excuses sur Tinexeculion de leurs march^: il les renvoyait sur cela aux intendants, h qui il niandail de les examiner a fond, ct il n^en jugeait que par tern's avis.
II elail fort altentif aux ^preuves et d la confection des poudres, et entrait sur cela dans k's m^mes details avec les fournisseurs^.
II averlissait les iulendants d^^tre en garde conlre les fondeurs qui voulaient toujours employer des mali^res Irop fines, et du cuivre de SuMe de preference k celui de Barbarie, parce qu d leur causal I moins de d^chet.
II regardait les ornemenis sur les canons comme plus embarrassants qu'uliles.
11 fit faire un r^lemcntpour les canons de fonte qui devaient dtre donnes aux >aisseaux de cliaque rang.
II mandail que Ton se defidt de Topposition des capitaines pour les canons de fer, dans Fid^e d^en avoir de fonte.
II ne comptait pas que les mousquelons dussent peser plus de liuil h buit li\res el demie.
Anciennement les capitaines de vaisseau ^taient charg^ de la foumilurc des vtvres pour les ofiicicrs et ^uipagesde leurs vaisseaux, m^me de celle des troupes de terre qu'ils enibarquaienl pour diflerentes expeditions. La ration des soldats se payait au capitaine It sous 6 deniers, et celle des oiliciers ao sous; les ^uipages en souffraient, et M. Colbert, en ayant reconnu Tabus, ^tablil un munitionnaire general.
Mais il examinait avec autant d'attention le caraclere que les conditions de ceux qui se proposaient pour entrepreneurs, et il preferait les plus bonn^tes gens au bon march^.
* M. Colbert aurait d^ir6 qu*on pi^l faire usage de celte cspice de canons , parce qu*ils ^laicnt plus legers, et qa*avec moins de poudre ils portaient aassi loin que les canons ordinaires; mais rinconvenient de ne point faire sortir la vol^ des sabords aosez avant pour sauver les inconvenients du feu , surtoat daiiH les batteries basses, les fit proscrire. Cette proposition a ^i6 renouvel^e dans la r^gence ct rejel^ par len m^es raisoDS prevaes par M. Colbert
A r^ard des boulets crenx a fus^s, il no parait pas que celle invention ail eu ancun succ^, sans doute a cause de pareils inconvenients du ten ou ils pouvaient exposer les vaiseaux m^mi's qui 8*cn servaient.
D'aillours on a el^ dopiiis extr^meinenl reserve k admellrc cps sorles d'iiivenlioiis qui ne tendenl qu'a lu dcslmclion des hommes el donl les cnnemis proBtrnl <^galcnient six mois apr^s qirdlcs soul trouv6es.
^ I«a poudre alors, pour ^tre re^ae, devait allcr au cinqui^mc degrc de reproiivettc ; roais Ti^prenvr sVn fail a present au morlior, et Tordonnance n*exige qu*!! porle le boulet qu'a soixanle toisos, ce qai no parail pas siilTisant par rapporl aiix potidros des nnnoini^, qui portent boaiicoiip plus loin.
II aurait m^me souhaite que ies capitaines et ofliders eussent pu dire iiourris par un munitioniiaire, pour ^viter le luxe et Tembarras des tables, dont Ies inconY<$nienis se faisaient sentir d^ cc lemps-Ui, et ont bien augmenle depuis.
II prot^eait beaucoup Ies munitionnaires, surtoot dans le commencement de leui* ^lablissement, oi^ il trouva de grandes oppositions, et ii Ies rassurait sur ies plaintes qu'ils faisaient de la connivence entre Ies capitaines et Ies commissaires 4 ieur prejudice ; mais il 6(ait exact, en mdme temps, k Ieur faire faire le service; il Ies rendait responsables du retardement des armements qui arrival t par Ieur fait.
II punissait s^v^rement Ies ofiiciers qui insultaient Ies commis des munitionnaires, et il voulail que le fond de cale fAt a Ieur disposition pour Ies vivres, et non h ceile des officiers pour Ieur commerce et commodity particuli^res, et que la police des vivres, mdme sur Ies vaisseaux , fAt devolue aux intendants ou commissaires des escadres.
II ne voulail point que Ton embarqu4t d'argent pour faire des vivres en pays strangers, et preferait, dans Ies voyages de long cours, dVn envoyer de France, par convoi*.
II voulait aussi que Ton portal aux lies le boeuf said de France, prdferablement 4 celui d*Irlande.
II fit rdgler Tartide du bois h bruler, tel qu'il Test k present, par Tordonnanc-e de 1689.
II recommandait la quality de Teau dans la confection du biscuit, et que Ies gaieties fussent entidres pour Ies ranger plus facilement.
11 ne voulait pas que Ton donn4t plus de deux mois de vivres aux vaisseaux armds centre Ies Barbaresques , pour Ies rendre plus legers k la course.
II fit ddfendrc aux equipages de divertir aucune partie de Ieur ration, et Ieur fit ordonner de laisser k bord ce quails ne pourraient consommer. II fit donner double ration 4 Taumdnier et au chirurgien qui mangeaienta la table des offiders d'infanterie , recoromandant toujours aux capitaines de n'embarquer aucunes superfluitds inddcenles a des gens de guerre et nuisibles au service du vaiaseau.
II ddfendit aux capitaines d^exiger des rations en argent du munitionnaire, et au munitionnaire de Ieur en donner; d^enfoncer ies futailles vides, et de ies mettre en paquel ; de laisser etablir des tavernes sur ies vaisseaux; de faire peser la viande cuile k la mer, ou de renvoyer des vivres juges bons aprds la visile du commissaire gdndral; de passer une ration, ni demi-ration aux mousses, qu'ii prdtendait dire sufiisammenl nourris aux plats des mateiots qu'iis servaient**.
Ia ration, en 1673, etait k pen prds la mdme, poyr la qualitd, que celle d'k prdsent, et Ton abusait egalement de la machc-mourre pour la nourriture des bestiaux , ce que M. Colbert reprimail sdvdrement.
ARMBIIBNTS.
Annements en general.
Les forces mantimes du roi montaient, en 1678, k lao vaisseaux de ligne: la du premier rang, a6 du deuxidme, ho du Iroisidme, a6 du quatridmc el 16 du duquidme.
M. Colbert voulait que ces vaisseaux fussent toujours en dial d^dtre armds, et servissent a tour de r6ie% sans egard aux fantaisies des capitaines, qui voulaient toujours monter les vaisseaux neufs.
II estimait important pour ia gloire du Roi, et pour le bien du commerce, qu'il pahlit des vaisseaux du roi dans toutes les mers, en temps de paix comme en temps de guerre.
* Geladdpond des circonslances et serait abusif pour ies rafralcliissoments des inaiades. ** II a did derogd depuis, et ils ont une ration.
* De pareils ordres, qui sent plas de speculation quo do praliquc , ne peuveiit s'execuler qu'autant que ies fonds sont remis a temps et en quanlilc Huflisanle pour fotirriir aux depcnses qu'ils exigent; anesi n'ontils jamais dtd suivis h ia lettrp.
11 voulait accouiumer les capiUines a teoir la mer en hiver comme en ^t^, et faisait croiser M. Da Quesne pendant tout rhiver entre les caps Ouessant, Finislerre, et Saint-Yinoent
Ce fut autant dans cette vue-14 que pour assurer le commerce et eocourager les marchands, que le comte d^Estrto, vice-amiral , eut ordre de tenir la mer pendant douse mois de suite.
II se proposait de teoir toujours a la mer, en Ponant, une escadre de six Yaisseaux arm^ ik Brest ou k Rocfaefort, et lorsqu'elle rentrerait, d'en feire sortir une autre.
II em{doyait les voies les plus pressantes de r^mpense et de punition pour exciter les offiders k faire des actions d'^dat et cherchait 4 leur inspirer la chaleur et T^l^vation n^cessaires poor se distinguer et pour faire briller la marine.
II ne craignait pas de hasarder la perte des vaisseaux du roi pour augmenter leur gloire, et mandait au conunandant de les risquer pour des occasions distingu^, et qu^en cas que T^venement ne f6t pas heureux, Sa MajesU^ se consolerait de leur perte.
II avait fait un plan d'une chalne de seize vaisseaux , distribo^s deux par deux eo diffl^nts parages, depuis Calais jusqu*4 Bayonne, pour la garde des c6tes et pour Tescorte des vaisseaux marchands.
II donnait les ^oges les plus flatteurs aux actions brillantes, et engageait le Roi 4 ^crire loimtoe aux offiders qui les avaient feites, ce qu^il fit k M. Du Quesne, cbef d^escadre, sur la victoire qu'il avait remport^ conlre les HoHandais.
11 accordait volontiers des gratifications k des capilaines, mdme marcbaods, poor ies enooorager dans les armements ou pour les r^mpenser des prises qu*ils avaient faites. Ges gratifications montaient souvent jusqu^a a,ooo ^s et 1 9,000 livres, soromes consid^bles pour ce temps-la.
II fit rendre une ordonnance du rot, qui promettait 3o,ooo livres de gratification pour aborder et enlever Tauriral d*Espagne, ao,ooo livres pour le vice-amiral, i5,ooo livres pour le oootreamiral, 10,000 livres pour tout autre vaisseaude guerre, ao, i5, 10 et 6,000 livres pour les briiiler seulement
II iaisait prdter des vaisseaux du roi aux amiateurs particuliers, k condition que Sa Majesty entrerait pour on tiers dans les frais de rarmement, et que les prises seraient partag^ , un tiers pour le roi, un tiers pour les armateurs et un tiers pour T^uipage; que les offiders seraient nomm^ par le roi, et le capilaine par les armateurs; ou suivant d*aatres conditions port^ par des contrats particuliers d'afii^tement, dont une des prindpal^ etait de foumir pour les galores les Turos qu'ils prendraient k la mer.
U fut fait un r^glement tr^s-ample, en 1.681 , sur Tescorte k donner aux bAtiments du Levant.
U faisait eotrer le roi en part avec ies compagnies de commerce pour donner une recompense aux armateurs qui prendraient des corsaires ennemis, k raison de 5oo livres pour chaque piece de canon , outre ie vaisseau et les droits du roi , dont il leur faisait remise.
II recommandait particuli^rement aux capitaines d^escorter et dc prot^r les vaisseaux marcbands, etde lesexdter par un bon trailement et par la sikrele de Tescorte, k fortifier le commerce et k augmenter la navigation dans ie royaume; et il leur fit d^fendre, par une ordonnance du roi, d'abandonner les vaisseaux quails avaient ordre d^escorter, sous peine de la vie, et aux capitaines de vaisseaux marcbands de quitter leurs vaisseaux d^escorte, sous peine de 1,000 livres d'amende.
Lorsqne des capitaines ^taient cbarg^ d^scorter des convms, il leur reeommandait de songer plutAt k les mettre en si^rel^ qiik combaltre les ennemis.
II tenait pour maxime qu^il ne fallait jamais mettre des vaisseaux a ia mer pour trois mois, parceque le temps s'y consomme en ailto et retours, et qu'il fallait tAcher de les y tenir un an, a iexeropie des Anglais et des Holkndais \
II ne g^nait point les commandants dans leurs operations k la mer, et leur mandait que leurs
* Celte maxime est relative au tomps et aux circonsUinces , et a ses inconvdnienls el ses avantages ; il est vrai que les Anglais et les HoHandais la pratiqaent plus que nous, peutr^tre paree qa'ils y sont plus habitues. Ses inconveBienls sont la consoromalion d*agr^ et les maladies dans les equipages qu'oceasionne un long sejour a la mer, surtoul on biver.
instructioDS ne devaieot servir qu*4 ieur faire connaltre la prindpale inlention da Roi dans leiir ai^ mement, mais quMl Ieur laissait la liberty d'agir, daos lea rencontres, sdon ce quails estimeraient [4o8 avantageux an bien de son service.
n regardait la lenteur et rincertitude comme le pire de tons les inconv^nienU; il aimait mieux que Ton risqu&t de prendre un mauvais parti que de trop baiter pour en choisir un bon'.
D s'opposait fortement aux rdAcbes et aux longs sejours dans les ports, surtont dans la riviere de Lisbonne, 4 quo! les meilleurs (Meiers etaient fort snjets, particuliirement M. Du Qnesne, k qui il ne faisait pas , sur cela , plus de grdce qu^aux autres , malgre sa grande reputation.
II ne permetlait pas que les offiders, et surtout les commandants des vaisseaux, descendissent k terre poor aucune exp^tion militaire, k moins quails ne fussenl autons^ par des ordres expr^.
11 recommandait aux capitaines de vaisseau et aux annateurs de ne pas recevoir si souvent les corsaires k composition, surtout lorsqu^ils se defendraient, et d^en couler bas quelques-uns poiu* intimider les autres.
U fit combattre le scrupnle des departs les vendredis.
II vonlait que les commandants d^escadre ^crivissent fr^uemment, et dans un grand detail, tout se qui se passait a la mer, et rendissent compte des talents de cbaque capitaine , tant pour la manceuvre que pour le combat, et quMls observassent tout ce qu^il y avail de bon k prendre de la pratique des vaisseaux des autres nations quails avaient occasion de visiter, particulierement pour les bri^Iots.
II prenait grand soin des bless^ et des h6pitaux, et envoyait des m^ecins, des cbirorgiens et apothicaires de Paris, pour des armements considerables.
Qnelque faveur que le Roi accorddt anx armateors pour la course, il observait une justice severe pour les prises, et en donnait roainlev^ lorsqu^il n> avait pas lieu de les juger bonnes, ne vouknt pas, sous de faux pr^textes, laisser ^tablir Fesprit de piraterie parmi ses sujefs.
11 regardait Tunion entre les cbefs comme de la plus grande importance pour le succ^s des operations maritimes , ou les divisions portaient toujoars un grand prejudice.
II fut trds-flcbe de celle qui s'^leva entre le prince Robert, qui conunandait la flotte anglaise, et le comte d^Eslr^es, vice-amiral de France.
Pour pr^veiiir ces divisions, il favorisait toujours le superiemr oontre TinP^rieur, m^me mieux fonde, et il sacrifia k eette politique M. de Martel a M. le comte d'Estr^es.
11 ne voulait pas qu*on laissAt aux capitaines la liberty de cbanger Ieur vaisseau , ni leurs officiers, ni d^en prendre de sumum^raires.
II fut mal second^ dans les commencements de son minist^re par les intendants des qualre grands ports : Toulon , Marseille , Rochefort et Rrcst , et il Ieur en faisait souvent de vils reproches , particulierement k M. Amoul.
U donnait quelquefois aux intendants des ordres tris-presses et tres-diificiles k remplir; mais il Ieur donnait en m^me tempe les foods et le credit necessaires pour Texecution , et ne souflrait point quails y fussent traverses.
Ses ordres memes etaient souvent trop predpites, surtout quand ils venaient de la part de M. de Seignelay, et couraient quelquefois risque de mettre en peril les vaisseaux du roi, ce qui ne pouvait provenir que d^un defaut dc connaissance de ce dernier dans les commencements de son assodation au minisiere.
li n*approuvait point que les intendants s^interessassent dans les armements.
11 traitait noblement les affaires d'interet avec les puissances etrangeres, en c« qui concernait le partage des prises, et pla^it Teconomie dans le detail des marches et des consommations journalieres.
II savait discemer et repousser mieux que personnc les traits de jalousie et d^envie qui faisaient ecrire contre les gens de merite qui eiaicnt on pince et eii qui il connaissait des qualites principales, melees memc dc quclques defauti'.
' Geci est relalif aux circonslances plus ou moins prcssantcs el aux intendants en qui M. Colbert nvai( plus ou moins de rou6ance.
Lorsque l^^tat des foods ne permettait pas qu^on payM reguli^remenl les ^uipages , il ainiait mieux faire acquitter les anciennes dettes que de satisfaire au couraot.
11 faisait venir des pilotes de Ponanien Provence, pour apprendre aux Provencaax k naviguer par la hauteur, m^thode plus si^re que celle de la connaissance des terres qu'ils avaient employ^ jusqu^alors.
II se faisait informer secr^lement de tout ce qui regardait la marine des nations maritimes, et il envoyatt pour cela des commissaires chex eux sous d^aulres pr^textes; il donna en i683 une instruction tr^s-ample 4 M. Desclouseaux , allant en Dancmark , qui pent servir de module en pareil cas.
11 ^tait autrefois d^fendu aux capitaines, par une ordonnance du roi, d^embarquer aucuns bestiaux sur les vaisseaux sous peine de cassation*.
II faisait ^prouver volontiers les m^lhodes et inventions particnli^res, mais il voulait qu'on les fit approuver el signer par les capitaines, pour leur 6ter tout pr^texle d*excuse.
Le Roi devant aller visiter les c^tes et ports du royaume, ii donna des instructions amples et d^taillees aux intendants, sur les prdparatifs qu^il y avait k faire pour sa reception.
Police d*armement$.
11 exigeait une grande c^l^t^ dans les armements, tant des intendants que des offiders, pensant que le moindre retardement dans les expeditions maritimes peut faire manquer les operations les plus imporlantes; il voulait qu'une grosse escadre fdt arm^e en quinze jours ou un mois au plus, et il se louait k cet ^gard du port de Toulon, bien plus que de celui de Brest ^.
II se proposait de faire toujours mcttre un commissaire et un ing^nieur sur les grandes escadres, tant pour ^Ire instruit de ce qui s^y passait, que pour lever les plans des places, cdtes et rades ou Ton aborderait.
II trouvait que Ton donnait trop d^^quipage aux vaisseaux fran^is en temps de paix.
II etait ennemi des superfluiies a la mer, et de Tembarras des bagages et des cages k poules, et refusa une troisi^me fldte que lui demandait le due de Beaufort, amiral de France, pour la coromodiie de son escadre, pr^tendant que rien n^^tait si conlraire au service de la marine que de soufinr que les capilaines eussent tant de choses pour leur usage % et aduplant la maxime des Anglais et des HoUandais, qui p^nsaicnt que les capitaines devaient dtre trait^s commc les soldats et matelots.
II ne permettait aux offiders, passagers ou autres, d*emporter que quarante livres pesanl pour leurs equipages ct rafraichissements.
II voulait que, non-seulement les capitaines, mais les commandants des escadres et le vice-amiral m^me, assistassent k Tarmement et au d^sarmement de leurs vaisseaux.
Les commissaires embarqu^s k la suite d'une escadre avaient ordre d'examiner, de completer et de choisir les equipages; d'avoir soin qu'ils fussent bien nourris et bien payes ; de faire mention, dans leurs revues, des sujels bons, mauvais et mediocres; de visiter les armes et habits des sol-
* A regard da plus ou du znoins de bestiaax a embarqoer, on ne peut toznber dans I'exces des deux cdtes sans porter prejudice a la sante des oiBciers, a celle des equipages, ou sans occasioniier un mauvais air au fond de cale et de Tembarras un jour de combat; le mieux serail d*embarqner le moins de ces provisions, et de les renouveler le plus souvent qu'il est possible, quand on se irouve k portee de le faire; mais cela ne se peut que par des convois qui ne sont pas toujours surs d*arriver en temps de guerre, ou par un achat de vivres sur des cdtes amies, lorsqu^ils n'y soot pas hors de prix, auquel cas il Taut embarquer des fonds a proportion.
** Getle maxime, importante pour toute esp^ce dc service. Test infioiment davantage pour le service de mer; mais elle ne va pas jusqu'a pouvoir forcer nature, ni a devoir faire partir des vaisseaux a dcmi armes el sans eire munis de re qui est essentiel pour leur siirete, comme M. de Seignelay paralt Texiger on diverses occasions.
* Les defenses a ce sujel ont toujoura eie renoiivelees ct mal suirics, et ce n'esl que la prudence deft intendanls dumrni auloriics qui pent bien reglcr r^llc poHr^.
APPKNDlCi:. 733
dats, et d*en rendrc coinpte; d'observer h qualile et dislribulion dos vivrcs, ct de fairc jeter a la mer ceux qiii seraient gdles ; d^exciler les offiders a faire faire souvent Pexercice aux soldats ; et de marquer combien de fois ils Tauraient fait ; de presser les capitaines de sorlir des rades et de n*y point entrer ni sojourner sans necessile; en un mot, d'examiner si (ous les officiers faisaient leur devoir cliacun dans leur ctat; de s^opposer aux consommations inutiles, suHout des cables; de ne donner ni laisser prendre aucune connaissance aux capitaines do conlenu dans les magasins; et, en cas que les capitaines ne se rendissent point aux remontrances que les commissaires avaient ordre de leur faire snr tons ces points, ces derniers avaient ordre d'en donner avis au secretaire d'Elatde la marine*.
II pensait que les capitaines voulaient toujours embarquer plus de monde et d*agr^ qu'il ne leur en fallail pour I'execution des ordres dont ils ^taient charges, et que, si on les laissait faire, ils emporteraient le magasin gdn^ral sur leur bord; il citait sur cela Texemple des Anglais et des HoUandais, qui donnaient daos Texc^s oppos^^.
II n'^lait point d'a vis d'a fleeter a aucun vaisseau en parliculier les bas officiers enlretenus, comme maitre pilole, canonnier.
II consultait les intendants sur le choix des vaisseaux et des officiers d qui Ton pouvnit confier le commandement des escadres; et avait attention de mettre ensemble, autant qu^il se pouvait, des officiers qui se convinssent , pr^ferant pourlant it cettc convenance celle du service , quand il exigeait que Ton mtt un lieutenant fort avec un capitaine faible.
11 obligea les capilaines de signer les invenlaires des vivres et agr^ quails embarquaient, sous peine de cassation, et de se conlenler de ceux de retour que les inlendanis leur donnaient, quand iis etaient encore de service, et ce, sans ^gard aux remontrances et difficult^s des capilaines.
II leur fit d^endre de prendre k leur suite de petits bdtimenis, quails armaient des equipages de teurs vaisseaux, ce qui en diminuait la force.
II autorisait les inti ndants d refuser aux capitaines ou commandants d^escadre, m^me aux officiers g^ndraux dontil faisait le plus de cas et qui Etaient a la Idte de la marine (comme M. Du Quesne), les demandes superflues et qu^il jugeail inutiles au service du roi% et il les bidmait souvent de trop de complaisance pour les officiers.
11 (it d^fendre aux capitaines et officiers de vaisseaux qui reviendraient carener a Toulon, de quitter leur bord etde mettre pied k terre.
II vouiait que les commissaires embarqu^s et les intendants des ports rendissent compte de la conduile des capitaines par rapport k la proprett^ de leur navire et a la distribution des vivres, regardant ces deux points comme capita ux pour la conservation des equipages.
II vouiait que les capitaines observassent les qualites de leurs vaisseaux et en rendissent compte k leur retour.
11 fit armer, en i68i , une escadre a Brest, commandce par le chevalier de Tourville, unique-
' Oil a ^t^ peu en usage, depnis cc temps-la, de consulter des intendants ou commissaires g^n^raux sur cette partie, et encore moins de s'en rappoder a leurs avis, quoiquc, lorsquils sont capabies d*en donner de bons, ils soient moins suspects de partialile a cet egard.
^ Les m^mes pretentions se renouvellent journeilement dans ies armemenls, ot donnentlieua des dhcussions fi'equentes enlre les capilaines qui armenl et les ofiiciers du port qui font TarmemenL Les rcglements interveuns depuis , tant sur la quantity que sur la quality des agr^s , n'ont pu encore y rem^dier. II n*y a que la capacity d'un intendant autoris^ par la confiance des ministres qui puisse y meltre ordre ; mais il faut, pour cela, quil soil au fait du service comme rofliciur meme, sans quoi il court risque de faire mtnquer des operolions importantes en refusant des demandes juftes, et den voir retomber la faute sur lui , quoiqu'il n'y ait souvent rien a lui repracher. G*esl ce qui rend les intendants et les officiers de port si timides et si prodigues en cclte partie, cl qui cause tant de d^pensc au i-oi, en pure ]ierte.
' Quelque superiority de merile que M. Colbert eut reconnue olorsen M. Du Quesne pour le service dc mer, il le connaissait ^galement pour homme extrdmement inquiet, difficile el avautogeux , el il autorisait les intendants a nc point c^der h tons ses caprices, et a lui refuser les choses qu'il desirait avec le plus de vivacite quand ils ne les jugeaient pas n^cessaires au bien du service. Co nVst que par la que Ton peut etablir une sage^conomie dans la marine, mais il faut, pour cela , qn'elle soil dirig^e par un homme inatmit, sans quoi il risque de tout perdrt! hh votdnnt trop mennger.
734 APPENDIGE.
ment pour rinttruction dcs ofiiciere, et pour Texercice des maoGeuvres el dos evoluliont vmriiimes.
11 obMTvail de ne poiot m^ler rinfanlerie de ierre axec oelle dea vaiaaeaux.
(hierre de HoUande,
La premie guerre maritime que la France eut k aoulenir aoua ie miniate de M. Colbert, fut contre la Hollaude. La France ^ot unie alors avec TAogleterre , it aemble qu'il aurait d6 y y avoir une grande superiority dana lea flottes dea deux nationa sur celle de Hollande; cepeodant, aoit 4 cauae dc la uouveaut^ de la marine et du peu d^exp^rience qu^avaient alors lea oflBders des vaisseaux , soit A cause de la rarett^ dea malelots et dea soldata, on ne laissa pas de trouver plus de r^islance que Ton n^avait cru de la part dea Hollandais.
M. Colbert comment par envoyer ea Angleterre un dea meiUeurs commissaires de marine (If. de Vauvr^) pour y prendre les mesures avec ramiraut^ pour T^uipement, approviaionnement et reUche dea vaisaeaux du roi dans la Manche, et pour y r^er (out ce qui regardait la jonction , action , saluts et police des escadres des deux puissances r^uniea.
On se proposait alors de ne paa donner plua de six semaines de vivrea aux vaisseaux arm^ afin de lea rendre plus lagers, oe qui fut trouv^ dans la auite sujet i inconvenient, de sorle que Ton doubla et tripla le tempa de Tapprovisionneaient les ann^es suivantes.
Le Roi donna pouvoir dans cette guerre au due d*York , et au premier offider de rann^e anglaise en aon absence, de commander rarm^e de France, qui etait sous les ordres du comte d*Estr^es, vice-amiral, et qui n'^tail qu*auxiliaire.
Sur les deux partis proposes au roi d'Angleterre : d'armer en commun une grosse escadre ou la France foumirait le tiers, ou de diviser Tetendue des mers, de sorle que les Anglais occupaaaenl celles qui sent enlre TAnglelerre et la Hollande, et les Fran^ais cellea qui aont d^b la Manche jnsqu^au Detroit, on a'arr^ta au dernier.
La France tint une escadre commandee par le chevalier de CbAteau-Renault, pour croiaer eotre les caps Saint-Vincent et deFinislerre;
Une autre de vaisseaux et galores, command^e par le marquis de Martel , pour croiaer dana la liediterranee, tant contre lea Hollandais que centre les Barbaresques, depuis Smyrne jusqu'an Detroit, et pour escorter les marchands fran^is;
Et une autre, command^e par M. le marquis d'Apremont, pour prot^ger le commerce des Francis aux Ilea.
On prit de grandes precautions pour faire garder tooles les cAtes de Normandie, Breiagnc, Saintonge, et particulierement la rade de Brest; sur Tavis que Ton eut que les Hollandais devaient y faire des descentes, M. Colberl ecrivit 4 tous les commandants des provinces le long de ces o6tes de se lenir sur leurs gardes.
On fit garder particuli^rement Tentree de la Manche et celle du Detroit par des escadres que Ton tenait dans ces parages pour emp^cher les Hollandais d^y entrer et de peneirer dans la Mediterranee.
On etablit des croisi^res de vaisseaux h IVnlree de la riviere de Bordeaux et sur la cAte de Biscaye, pour en chasser les corsaires et pour donner escorte aux bAtiments dc Bayoone.
Une des principales attentions qu^eut M. Colbert fut d^envoyer des vaisseaux pour garder la p^che de Terre-Neuve, ou les Hollandais faisaient des prises continuelles (il fit entrer le commerce dans celte'depense);
Et de tenir une escadre 4 Cadix au temps de Tarrivee des galions, pour prendre les vaisseaux hollandais qui iraient retirer leur contingent
11 fit fermer les ports de France et ne permit la sortie des vaisseaux marchands qu*4 ceux qui seraient assez forts de canons et d'equipage pour se defendre contre les corsaires hollandais, ou qui seraient escories par des vaisseaux marchands armesen guerre, ou qui contribueraient aux frais d^une escorte donneo par le roi 4 raison de lant par tonneau.
On fut longtcmps inquiet pour les descentes que les Hollandais pourraient faire sur les c6tes de France, principalement a Brest et k Rochefort, et M. Colberl Ecrivit sur cela 4 M. le due de
APPENDIGE. 735
GhaulneB el au marquis de Gadagne d^asaembler lea milices ei de prendre (oules les pr^iitions poaaibles pour leur suretd. Les Hollandais ne firenl qu^une tentative sans fruit sur Belle* lie.
M. Colbert prenait toules les prtoutions possibles pour dtre inform^, par la voie de Dnnkerque et par ses intelligences dans le pays, des forces et des demarcbes des Hollandais, ct pour en faire passer les nouvelles par des bAUments marchands que les consuls avaient ordre d^armer dans les ports Strangers et d^envoyer aux commandants des escadres fran^ises qui dtaient k la mer.
II se proposait de faire enlever des vaisseaux hollandais jusque dans la rade de Livoume et de Smyme, et voulait qu^on risquAt tout pour an^ntir le commerce des Hollandais en Levant, et pour le faire passer entre les mains des Francis; mais il observait cependant de ne les point faire attaquer dans les ports, m6les, et sous les forlercsses des priuces Strangers.
11 n'besita pas 4 donner des ordres pour faire attaquer neuf vaisseaux hollandais par six franfais de m^me force, se confiant sur la bonte et la valeiir des chefe et des Equipages fran^is.
11 masquait volontiers ses entreprises, etfit semblant d'exp^er pour le Levant Tescadre de M. de Vivonne, qu^il destinait pour Cadix.
La flotte hoUandaise dtait composee alors de cinquante-cinq vaisseaux, command^ par Ruyter, un des premiers hommes de mer qu'il y ait jamais eu ; M. Du Queane dtait le meilleur oflicier que la France edi k lui opposer, et ce dernier eut Tavantage en plusieurs rencontres.
Le Roi n'dtait point satisfait quand ses vaisseaux sortaient d*un combat avec les Hollandais a avantagc dgal et sans une perte considerable de la part de ses ennemis.
Pendant la guerre de HoUande, les commandants des escadres eurent ordre de donner la m^me protection aux Anglais qu'aux Fran^ais.
En 167/1, ^^ Anglais commencant 4 se detacher des int^ts de la France et ne voulant point armer cette annde-la, et les Espagnols s'dtant joints aux Hollandais, on fut obligd do se reduire k une guerre defensive et A la garde des c6tes, et M. Colbert consulta sdpar^ent plusieurs officiers gen^raux et intendants sur les partis a prendre pour cette campagne, ne jugeant pas pouvoir lenir t^te, avec trente oi;i quarante vaisseaux, aux Hollandais seuls, qui en avaient soixante et douse.
M. Colbert mudissait les commandants d^escadres d^instnictions extr^eraent ddtaill^, et terminait toujours par les laisser maitresd^y changer, suivant les drconsUnces, ce quails croiraientle plus convenable, leur recommandant toatefois de s^en Eloigner le moins quails pourraient.
Guerre d'Angleterre,
Prdvoyant, en 1678 , une guerre avec les Auglais, M. Colbert soogea moins k balancer leuni forces, qu'il sentait ^Ire bien supdneuresi la mer, qu^A miner leur commerce, qui dlait alors tr^s-dlendu en Levant et beaucoup plus considerable que celui des Fran^ais; et il tourna, pour cet effet, toutes ses idees du c6te de la course et de la mani^re la plus avaotageuse de la faire; il regardait comme un objet principal , dans cette guerre, d'avoir toujours une escadre \6g^ armee k Dnnkerque.
11 fit armer des vaisseaux expr^s pour reconnaitre la Manche; et, pour qu'ils le fissent secr^leraent, il leur fit donner d^autres destinations apparentes.
On a toujours eu de grands managements pour les Anglais, lorsque Ton n^dlait point en guerre avec eux, et les vaisseaux fran^ais avaient ordre de visiter tons les vaisseaux Strangers, hors les anglais.
Quelques ^rds cependant que Ton e6t pour eux, on ne faisait pes difficult^ d^emp^cher leurs vaisseaux d^enlrer dans les ports des Barbaresques avec qui Ton dtait en guerre; et Ton n^en vivait pas moins bien avec eux ; on leur rendait mdme les matelols de leur nation embarques sur les vaisseaux du roi, et on leur demandait la m^me chose.
Guerre d'Eepagne,
M. Colbert previt, m^me aprte la paix faile avecTEspagne en 1678, que la guerre se rcnouvellerait incessamment, ct douna en consequence une ample instruction k M. Cabaret, capitaine de vaisseau, allant aux Indes occiden tales, pour s^informer de la mani^re dont on y pourrait miner le commerce d'Espagne.
73(> APPENDICK.
II fit aUaqucr, quoiquc en Icmpsde paix, les armadiiles espagnoles tlans le goifodii Moxiqite, sous les forleresses mdmes des Espagnols , sur le foDdemenl de ce qu'iis pr^tendaienl eux-m^mes qu'i) n^y avait jamais de paix dans ce pays-1^.
Quoique les hosliiit^s par mer eussent lieu entre la France et TEspagne, on laissait ia liberie^ aux pelites barques el aux petils bdtiments de commerce de faire leur trafic d'un port a Taulre.
SiSge de Metsine.
Cette guerre, comma beaucoup d'aulres, fut entreprise plus par vanity que par raison d'£tat; on voulut principalement faire une diversion aux forces des Espagnols, pour les emp^her de se r^unir aux Anglais.
Les Messinois furent secoums dans leur rdvolle, non-seulement d^bommes,mai8 de vivresen abondance , et d^une forte escadre de vaisseaux et de galores.
On agita si on laisserait hiverner les galores de France k Messine, mais ce parti fut jug^de trop de d^pense et sujet k trop d^inconvdnients, les galores ne pouvant sobsister longtemps sans le secours d'une grande ville de commerce , comme Marseille.
On usa d^artifice h la fin de cette guerre , lorsque des raisons oblig^nt d^abandonner Messine , et on la livra avec peu de menagement au ressentiment des Espagnols*.
Gueire de Genet,
Le Roi ^tail extrdmement jaloux en ce temps-14 dessahits et du point d^honneur; et, sur le I'efus ((ue les G(^nois avaient fait de saluer Teteudard de la Patrorme ou de laisser visiter leurs vaisseaux par cenx de Sa Majesty, M. Du Quesne eut ordre d'arr^tcr tous les vaisseaux g^nois, de canonner G^nes et toutes les maisons des nobles situ^es Ic long de la Riviere de G^nes, et de combatlre et enlever tous les bAtiments genois quMl rencontrerait k la mer.
Le Roi ayant r^lu le bombardement de Gdnes d^ le mois de mai 1 583 , M. Colbert roandait k M. de Vauvr^, intendant de la marine k Toulon, qu'il n^y avait jamais eii dWaires dans la marine que le Roi eikt si a cocur que celle-14 , et que ce serait une grande satisfaction pour Sa Majeste de voir Tinsolence des Genois punie, comme Pavait ^t^ celle des Alg^riens. II lui recomroanda d^ lors de prendre toutes les mesures ndcessaires pour cet efiet.
Peu dc temps apr^ (le 6 septembre 1 683 ) , M. Colbert mourut, et M. le marquis de Seignelay, son fils, lui succnda dans ie d^partement de la murine. Ce projet flaltait trop son goiit pour qu^il ne le suivit pas avec ardeur, comme on le verra par la suite.
Guerre du Nord.
En i683 , le Roi envoya une escadre de vingt-ciuq vaisseaux en Danemark, pour agir contre la Su^e. 11 ne pnratl pas qu'elle y ait fait de grands mouvements. Le roi de Danemark desirant qu'elle hivemdt a Gopenhague, le pouret contre futdiscute amplement et le Rois\ opposa par les raisons expliquees k I article du grand rccueil.
Guerre avec les Barbareequet.
La guerre contre les L^arbaresques est une de celles qui occup^rent le plus M. Colbert dans son minislere. Le commerce dii Levant s'y trouvait int^resse, et m^me celui des lies pour les relours; c'est CO qui Tengagea a y porler la plus grande attention.
11 se proposait deux moyens pour contenir les Barbaresques : fun , de faire masquer leurs ports , ct d^y bnliler leurs vaisseaux, sans entrer avec eux dans aucun accommodement qui ne fut tr^ avantageux k Sa Majeste;
L'autre, de leur faire la guerre k outrance k la mer, surtout aux corsaires de Sale et de Tripoli, qui ne peuvent ^tre contenus que par la crainte, et pour cela, d^armer contre eux des bAtiments
* II fallait que la raison d'Etat fut bien forte pour user d'artifice avec les Messinois , et pour abandonner une nation dont on avait recherche li coufiance et avec laquelle on avait pris des engagements, nonseulement dans la vuede les secotirir pour faire une simple diversion , mais m^me dans celle deles aequ^rir el dft les meltre sous sa domination, c(! qui pai-nit par loulos les demarches et les oxp^itions ant^rienres.
tr^legers, ^aip^ d'aviroiis*, et des galores qui fusseDt toujours en elat pour cet usage k Marseille; de lea espalmer tousles deux mois, ne pouvant esp^r que par ce moyen de joindre les Barbaresques k la mer.
11 croyait tr^inutile de trailer aYecunedeces nations barbaresques, si Ton ne r^uisait les autres en m^me temps, parce qu'elles prendraient le pavilion de celle avec laqu^e on serait en paix. II ^tait persuade qu'il n'y avait qu'nne conduite tr^fi^re qui pi^t leur imposer, et it se proposait, pour la sontenir, d'avoir toujours quinze a vingt vaisseaux dans la MMiterran^e, jusqu^A ce qu'ils faasent r^uits.
II d^voua M. de La Barre , capitaine de vaisseau , d'un traits bizarre qn'il avait fait avec le roi de Maroc.
II faisait arrdter tous les bitiroents Strangers traBquant dans la M^iterran^e, et entrant ou sortant des ports des Barbaresques avec qni la France ^tait en guerre^, ct faisait attaquer les corsaires barbaresques dans les ports mdmes de la domination du Grand Seigneur, k Texc^ption de ceux d^Alexandrie et de Smyme; ii prenait cependant des mesures avec la Porte pour pr^enir les incidents qui en pourraient naitre, et nsaitde beaucoup de management avec cette puissance".
II se faisait informer secr^tement des fonds, des mouillages et des foKifications de leurs difi<^ rents ports.
II regardait comme ti-^s-important pour le commerce de Marseille de ne point rompre trop 1^ g^rement avec les Barbaresques, surtout avec ceux dMiger, ou ii n^y a qn^k perdre , parce quails no font que la course, et point de commerce, et qu*il n^y a point de reprises k faire sur eux**.
Les affaires se brouillanl de plus en plus avec Alger, le Roi en r<^Iut le bombardement en i68a. Quelqoe reussite qvCeiii cette expedition , elle coi^ta beaucoup plus qu^elle ne rapporta k la France. Sa plus grande utility fut d^imposer pour quelque temps aux Barbaresques; on pensa mdme en perdre tout le fruit, pour Tavoir vouln pousser trop loin; et Ton fut obligd, sur la fin, de faire la paix k des conditionsf moins avantageuses que ceiles que Ton edt obtenues d*abord, si Ton e6t su profiter de la premiere terreur du bombardement , et que Pon n*ei!it pas donne le temps aux Alg^riens de connaltre leurs forces '.
M. Du Quesne eut ordre de tenter, apr^ le bombardement, une entreprise sur Bougie.
U n*approuvait pas que Ton permit a aucun esclave chr^tien de se sauvcr k h nage sur les vaisseaux fran^ais a la c6te d'Afrique et aux ^belles du Levant, jiigeant que cette manoeuvre pouvait
* II a ^t^ recomiu qu'il est presque impossible aux bi^timents franC'ais d*approcher de la l^g^rel^ des Barbaresques, surtout pour les galiotes a rames et autres pelits b^timeols, parce que cclte l^^te provieot du grand nombre d'hommes qn'ils y metteot pi*oportionn^ment au bdliineDt, et d« leur peu de churgement en vivres et agr^s, ce qui nc peut convenir aux nations d'Europe.
"• Les ordres donnas k cet ^gard paraissenl un peu trop gdn^raux ponr pouvoir dtre ex^cut^s a la lettre. Le roi pouvait bien faire visiter les vaisseaux des nations dtrang^res qui allaient cbez les Barbaresques, et emp^cher que Ton y port^t des munitions de guerre; mais il ne pouvait pas troublcr le commerce de ces nations avec les Barbaresques sans leur declarer la guerre.
* On a toujours evit^ d'en venir avec la Porte a une rupture uuverte , qui ne pouvait ^tre que fort d^~ vantageuse au. commerce de France en Levant.
** M. Colbert pensait, par rapport aux Barbaresques, qu'il fallait seulement tocher dc les contenir et de les intimider, pour qu'ils respeclassent les pavilions fraii^jiis; mais, en m^me temps, ii croyait que Ton devait dissimuler bien de petites infractions inevitables par le g^nie et la constitution dc ces nations m^mes, avec qni il estimait qu*il ne fallait jamais rompre que dans des cas tr^s-graves et d*uue absoluo necessity, parce qu'il y avait toujours plus a perdre qu*a gagner pour le commerce k cos ruptures; il est vrai que, lorsqo'il ^tait oblig^ d*en venir 1^ , il se proposait de leur faire tout le mal possible, et de tocher que la guerre fiit vive et courte. En general , on ne peut gu^re compter sur la foi des trail^s avec les Barbaresques, et ce n'est que par la vue des forces marilimes du roi, et par I'id^ qu'on leur en donne, qn on peot s en garanlir Tex^cution.
* La guerre avec les Algeriens avait ^t^ fort brilianCe dans les commencements ; mais elle devint plus di£Bci]e dans la suite et plus mineuse. pour le commerce. Les Alg^iiens s'accoutum^rent aux bombes, coonurent leurs forces et s'en pr^valurent; si Ton eilit profits des premiers moments de terreur que la nouveaot^ des bombes leur avait caus^, pcut-^tre e6t-on nbtenu des conditions plus favorables qn*^ ceiles oil Ton fut oblige de se relAcber dans la suite.