POLR LE VOYAGE DE 3I0N FILS A ROCHEFORT
( Minnte aotographe. )
a avrii 1673.
Examiner avec grand soin tons les vaisseaux Tun apr^s Tautre.
S'informer si les radoubs et car^nes ont est^ bien fails ;
S'il ne manque rien k leur ^quipement et armement.
Voir et examiner leurs inventaires avec soin et application.
Faire le calcul de la quantity de poudres, boulets et autres munitions qu'il faut k chacun vaisseau pour le bien armer.
Faire faire ^preuve de la poudre en sa presence pour voir si elle est de bonne quality.
Voir si les inventaires des vaisseaux ont est^ sign^s par les capitaines, suivant le r^glement; comment les fonles ont est^ partag^es; en faire un projet de r^glement avec connoissance.
Examiner si tous les r^glemens et ordonnances concernant les ^quipemens et armemens ont est^ observes.
Idem, de tous les autres r^glemens et ordonnances qui ont est^ envoy^s dans les ports.
Examiner et bien observer de quelle sorte tous les officiers principaux et subalternes se portent au travail de Tdquipement et armement de leurs vaisseaux.
S'enqu^rir avec soin et avec s^v^rit^ de plusieurs des bonnes et des mauvaises qualit^s des officiers ; et faire en sorte qu'il puisse en former son jugement pour en rendre compte au Roy dans les occasions^.
* Dans le inanuscrit d'ou nous tirons cette pike, on en trouve, sous ie n* 63, un doobie de ia main de Seignelay qui renferme de nombreuses variantes. A la suite, sous le n** 6/i , est la r^ponse, auflsi dc la main de Seignelay, a chacun des points de rinstruction.
Nous donnons, aux Annexes de la presente section , un m^oire de Seignelay sur cc qu^il devait faire pendant son voyage k Rocbefort
' Colbert, en recommandant k son fits d^eludier le personnel des officiers, avait plus en vue son instruction que les rapports quMl pouvait atlendre de son inexperience, car, Ic a6 decembrc de la ra<}mc annoe, Seignelay ayanl
ecrit4 Demuin, qui allait servir h Rocbefort sous Golbert'de Terron comme intendant g6n^ral de marine , « Qu'en arrivant sur les lieux , son premier soin devoit estre de prendre une connoissance g^n^rale et particuli^re des officiers qui servoient audit port, afin de connoistre leurs bonnes et mauvaises qualit^8,» Colbert biffa cette premiere phrase et krivit en marge :
ft C est une chose ridicule de commencer par luy ordonner de prendre connoissance et de rendre compte du merite des officiers. Quand il aura servy deux ans, ce sera bien lomps. Commenl voulei-voiis qu'il connoisse si
Observer ceux qui tiennent leurs vaisseaux propres et dont les Equipages sont bien ri^is et poiic(^s.
Prendre garde que le r^glement concernant ies accasliliages soit observe.
Examiner ies embarras inutiies que ies capitaines mettent dans ieurs fonds de cale et entre Ieurs ponts, les voiaiiles et bestiaux, et observer avec soin quel r^giement est a faire sur ce sujet, pr^f^rant toujours ce qui convient au service du roy, qui consiste toujours h tenir ies vaisseaux en estat de combattre, k tout ce qui pent estre de la commodity des capitaines.
Examiner ies inventaires de tons les rechanges qui seront mis sur les flustes et voir, par comparaison de Tann^e derni^re , s'ii y en aura suffisamment ou non.
11 faut faire un travail particuiier sur tout ce qui regarde I'hospital k la suite de i'arm^e S faire ies inventaires de tout ce qui sera fourny a i'amiral, ce qu'ii faut r^gler sur le pied des besoins de i'ann^e derni^re, et proportionner toujours ies fournitures qui seront faites pour ies hospitaux sur le pied du nombre des vaisseaux et des Equipages, en sorte que Ton soit asseur^ que les mateiots et soidats malades et blesses seront bien assist^s; il faut surtout prendre garde qu'ii y ayt un bon m^decin , de bons chirurgiens et un habile ^conome , avec queiques autres officiers subaiternes. Surtout il faut qu'ii s applique pendant ce voyage k bien connoistre tons ies officiers et k ies exciter fortement k faire quelque chose d'extrao'rdinaire pendant cette campagne.
Pour cet efFet, il faut bien expliquer les intentions du Roy sur ies r^ compenses promises aux capitaines de brusiot et assurer les capitaines des-
les officiers s^vent quelque chose, s'il ne s^ait rien?»
Puis plus has :
nToute cette instruction presuppose un homme savant et qui doit agir de son chef; et ce n^est rien moins que cela, vu qu'ii ue s^it rien et qu'ii ne doit agir que par les mouvemensdes ordres de M. de Terron. II faut tourner toule celtc instruction sur les principes d'un homme qui ne s^it rien et qui doit s'instruire sous les ordres d'un autre. » (Cote 18, pi^e 16.)
On tronve en effet, dans le m^me volume, nne seconde instruction A Demuin, d'apr^ ces id^es. Le commencement est de la main de Colbert et elle est continu^e dans le m4me sens par Seignelay.
* M. d'Infreville , intendant k Toulon , avait cu le premier Tidee, lors de Texp^ition de Gandie, de faire suivre la flotte par un vaisseauh6pital. — Colbert, accueillant favorablement ce projet, lui avait ^crit :
«I1 n'y a rien de mieux que le projet que vous avez fait de faire suivre Tarm^e t^avale par un bastiment qui servira d'hospital , dansiequel les ro^ecins, chirurgiens, apothicaires, leurs aydes et valets seront avec les m^dicamens el drogues necessaires pour le soulagement des malades et des bless^, vu que, faute*de cette assistance, il seroit souvent perdu un nombre de braves gens qui seroient en estat de rendrc bon service, estant revenus en sanle. . .n ( Dep. cone, la mar, fol. hi It.)
dits vaisseauxque,s*ils fontquelque action extraordinaire, Sa Majesty leur fera des graces proporlionn^es au service qu ils rendront.
En cas que, lorsqu'il arrivera, tons ies officiers mariniers et matelots ne soyent pas encore rendus h Rochefort, il enverra partout soit des officiers de marine, soit Ies compagnies du provost des mareschaux d'Aunis etde Saintonge pour Ies presser, mesme pour en arrester queiques-uns et Ies faire punir suivant la rigueur des ordonnances.
II doit s^avoir que ie Roy a abound k la taiile Ies 3 A paroisses du gouvernement de Brouageet que, par cette gr&ce,les habitans de ces paroisses, qui sonl presque lous matelots, doivent toujours estre prests h servir surles vaisseaux du roy.
II se fera repr^senter le r6le de tous Ies gens de mer desdites paroisses et celuy de ceux qui servent sur Ies vaisseaux, pour en voir la difference.
II est surtout n^cessaire qu'il s'applique h bien connoistre tout ce qui a esie fait dans Ies gouvernemens de la Rochelle, pays d'Aunis, Saintonge, Poitou et M^doc pour TenrAlement des matelots, et travaille avec M. de Terron k assurer tellement ce travail et k le rendre si certain que Ie Roy puisse estre assur^ d'avoir tel nombre de matelots et gens de mer dont Sa Majesti^ aura besoin pour ses armemens de mer.
Et comme ce travail a toujours est^ incertain jusqu^ present, et mesme qu'il a toujours manqu^, il se proposera de le rendre certain, comme un des plus grands avantages qu'il pourra procurer au Roy dans ce voyage.
En cas qu'il estime n^cessaire de tenir Ies ports ferm^s dans ce voyage pour faciliter I'armement, il en pourra renouveler Ies ordres.
A regard des soldats, il s'informera avec soin du nombre qu'il y en aura; et en cas qu'il en manque, il ^crira k M. le mareschal d'Albret pour la Guyenne, k M. de Jonzac pour la Saintonge, k M. de Pardaillan de Parab^re pour le Poitou , pour I'ex^cution prompte des ordres qu'ils ont re^us d'en lever.
Sur le sujet des soldats , il examinera avec soin avec M. de Terron si Ies exp^diens qui ont est^ pratiques en Levant ne peuvent estre pratiqu^ en Ponant.
Dans le mesme temps qu'il Iravaillera a faire partir Ies vaisseaux (ce qu'il fera par preference a toutes choses), dans Ies heures qu'il pourra faire autre chose et lorsque Ies vaisseaux seront partis, il s'appliquera k bien reconnoistre tout ce qui se pratique dans I'arsenal pour la police et pour Ies travaux. 11 verra si tous Ies officiers qui y travaillent ont des instructions sur tout ce qu'ils doivent faire. II observera Ies bonnes et mauvaises qualiles de tous Ies officiers, et s'ils sont capables de bien faire leurs fonc-
tions; h I'^gard des commissaires , s'il y en a quelques-uns qui soyent capables de soulager M. de Terron pendant sa maiadie; ie commissaire, les garde -magasins et g^n^raiement tous les officiers qui servent aux radoubs, constructions, ^quipemens et armemens des vaisseauY, et dans les magasins.
II doit examiner avec soin la difference de la construction des vaisseaux bastis k Rochefort avec ceux bastis en Levant et a Brest, comme aussy la difference de la construction angloise , et travailler k faire r^soudre les principales difficultes et a faire prendre une resolution fixe sur la mani^re que les vaisseaux seront bastis k Tavenir.
II se fera de mesme un memoire exact dela capacity de chacun vaisseau, pour s^avoir cerlainement pour combien de vivres ils peuvent porter.
II examinera toutes les machines du port et verra avec les officiers qui ont vu celles d'Anglelerre et de Hollande, s'il n'y a rien k ajouter ou h establir de nouveau dans les arsenaux du roy. II visitera tous les bastimens faits , et verra avec M. de Terron ceux que Ton pourra faire cette ann^e pour le fonds fait par I'estat general. Surtout il donnera ordre a ce que les bastimens necessaires au munitionnaire , pour faire ses biscuits, et pour preparer et mettre en magasins tous ses vivres, soyent acheves.
II fera pareillement un memoire, avec ledit sieur de Terron, des bastimens plus necessaires qui pourront estre faits Tannee prochaine pour avancer toujours I'ach^vement entier de cet arsenal.
II visitera en mesme temps le magasin general et les particuliers de chaque vaisseau , verra et examinera avec soin toutes les armes, munitions et marchandises dont ils seront remplis, connoistra leurs bonnes et mauvaises qualites et leur prix, en fera la comparaison, tant de la bonte, que de la beaute et du prix, avec les autres armes qu'il aura vues ou pourra voir.
Faire un memoire exact de tout ce qu'il faut faire mettre dans les magasins pour les rendre bien garnis et capables de fournir h tous les besoins de la marine.
Surtout il prendra garde que toutes les armes soyent belles et egales, et qu'elles ayent este toutes eprouvees.
II s'appliquera particuli^rement a ce qui regarde Tartillerie. A regard des canons de fonte, il verifiera le nombre qu'il y en a i Rochefort, tant dans les magasins que sur les vaisseaux qui y ont este armes, fera le calcul du nombre qui en manquera pour armer tous les vaisseaux, suivant le r^glement du roy; verra les quantites de cuivre, estain et milraille qui sonl dans les magasins et pour combien de canons; et, apr^s avoir bien visitc
ceux qu'il a fondus jusqu^ present, il Texcilera^Ji faire toujours de mieux en mieux, et surtout il fera visiter en sa presence quelques-uns de ses canons pour voir s'il n'y a ni fistules ni chambres dans l'4me. En cas qu'il y ayt quelques canons nouvellement fondus k ai^ser, il en fera faire l'^preuve en sa presence. II doit prendre ses mesurespour faire fondre tous les ans cent pieces de canons dans la fonderie de Rochefort.
A regard des canons de fer, il examinera avec grand soin la difference qui se trouve entre ceux de Nivemois, de P^rigord, d'Angleterre et de Suide, pour bien et parfaitement connoistre les d^auts de ceux de Nivernois en cas qu'il s'y en trouve; et, comme cette manufacture est considerable et quelle a toujours est^ travers^e, il faut qu'il I'examine k fond et ne se laisse point persuader de son d^faut que par sa propre experience.
Poup cela il faut qu'il s'informe avec soin si Ton en a embarqu^ sur les vaisseaux de la grande escadre de Tann^e derni^re et quel succ^s ils ont eu , estant Ir^-important et tr^s-n^cessaire de leur donner une reputation sur le pied de ce qu'ils valent. Si toutefois, par des epreuves et des experiences reiterees, ils ne se trouvoient pas assez bons pour le service, il faudroit travailler a y apporter le remade convenable. 11 examinera pareillement les fers ronds, carres et plats, mesme le fer en feuilles de toutes les fabriques, pour connoistre la qualite du fer et la fa(on, les provinces ou le fer est le meilleur, plus doux et plus fin et celles ou les ouvriers sont les plus habiles pour la faf on. II examinera le nombre et quantite des masts qui sont k present h Rochefort, et recherchera avec M. de Terron les moyens d'en faire venir de toutes parts pour en avoir toujours une grande provision.
II verifiera aussy si on a observe les ordres qui ont este donnes Tannee derniere pour les cordages et les c&bles , et generalement il fera tout ce qu'il estimera necessaire et h propos de faire pour s'instruire parfaitement de tout ce qui concerne la marine, en sorte qu'il puisse se rendre capable de bien servir le Roy dans la charge qui luy est destinee.
Enfin, il ne partira point de Rochefort qu'il n'ayt tire les edaircissemens sur tous les points contenus en ce memoire, et qu'il n'ayt fait un memoire de tous ces edaircissemens, par apostilles sur une copie de ce memoire, ou par une copie separee, afin qu'il le puisse faire voir au Roy aussytosl qu'il sera arrive pr^s de Sa Majeste. Et pour cet effet, il demeurera a Rochefort tout le temps qui sera necessaire , sans rien precipiter.
( Arch, de la Mar. M^s. origbMiuY, Colbert el Seignelay, pi^ce at.)
(Leltre aulographe.)
Rochefort, lo avrii 1673.
J'arrivay hier au soir icy assez iard, apr^ avoir fait un fort long chemin par un pays ^pouvantable. Je me donnay I'honneur de vous ^crire d'Orl^ans oik j'arrivay mercredy matin k trois heures apr^ minuit. Je m'embarquay deux heures apr^s, et nous eusmes toute la journ^e le vent si contraire que, quelque diligence que nouspussions faire, nous ue pusmes arriver qu*a Amboise le soir, oil nous couchasmes.
Le lendemain, nous passasmes k Tours et allasmes coucher ^Saumur oil M. de Ribeyre nous attendoit avec son carrosse. 11 avoit fait disposer des relais jusqu'^ Faye-la-Vineuse. Tout le monde nous dit que ce n'estoit point le chemin de Rochefort et qu il falloit passer par Thouars, et de 1^ k Fontenay; mais comme les relais estoient disposes de cette mani^re, il fallut les suivre; il est vray quil n'y a point de plus m^chans chemins que ceux que nous passasmes, et les relais ne nous servirent qu a aller le pas. Je passay k Fontevrault, et, madame Tabbesse m'ayant envoy ^ faire compliment, je fus oblig^ de Taller voir.
J'allay coucher a Faye-la-Vineuse, oil je trouvay M. de Miromesnil, qui avoit fait amener ses chevaux et dispose des relais jusqu'^ Fontenay. Je partis le lendemain k deux heures du matin et je ne pus aller coucher qu'a Saint-Maixent. M. de Miromesnil yvint avec moy, et j'ay re^u tant de secours de luy pendant toute la route, et il a pris un tel soin, que je crois que cela m^rite que vous preniez la peine de Ten remercier.
J'allay encore en carrosse, le lendemain dimanche, de Saint-Maixent k INiort, avec M. de Miromesnil; mais, sur ce qu'on me dit que je ne pourrois pas aller coucher k Rochefort, je pris la posle a Niort et arrivay icy sur les sept heures du soir.
J'ay trouv^ M. de Terron fort enrhum^ et avec de la fi^vre ; de mon cost6, comme j'estois fort fatigu^ de n'avoir point dormy pendant presque tout le voyage, je me couchay apr^s m'eslre enlretenu avec les officiers et m'estre inform^ de I'estat de toutes choses , du nombre des vaisseaux qui estoient en rade, et de ce qu'il y avoit encore k faire k ceux qui estoient en riviere.
Je me suis lev^ aujourd'huy de grand matin et j'ay est^ aussytost visiter lous les vaisseaux qui sont dans cetle riviere depuis le fond de cale jusqu'aux dunettes; j'ay press^ les ouvriers de travailler incessamment a ce qui reste
a fairc, et j'iray tous les jours voir ce qu'il y aura d'avanc^, afin de faire en sorle qu'ils puissent estre en estal jeudy ou vendredy pour aller en rade avec ceux qui y sont h present.
La pluie et le coup de vent d'ouest-sud-ouest» qui continue mesme h pr^ent, m'a empesch^ d'aller en rade, mais je me suis fait rendre un compte exact des vaisseaux qui y sont. Je vous en envoye un m^moire que Yous trouverez cy-joint^
Je vous envoye aussy un estat du nombre de matelots qui sont h present sur les vaisseaux et de ce qui reste h venir des iieux oil ils ont est^ lev^s; mais, comme je n'ay pas pu y aiier moy-mesme, je I'ay fait sur les revues des commissaires et je vous en rendray un compte plus exact par le premier ordinaire.
Vous trouverez cy-joint un m^moire concernant les matelots et le nombre qui en manquera; je vous rends compte, par ledit m^moire, des diligences que je fais pour y pourvoir, mais je crois qu'il ne faut pas compter que nous puissions rendre les Equipages complets pour les soldats.
J'ay fait faire aujourd'huy une revue de tous les o£Bciers qui sont prisons k Rochefort; je vous en envoye le r6le et un m^moire de ceux qui manquent.
J'ay envoy^ chercher le commis du munitionnaire , qui m'a donne Testat que vous trouverez cy-joint, par lequel vous connoistrez la quantity de vivres n^cessaire pour six mois aux seize vaisseaux de la grande escadre, la quantity qui en a est^ embarqu^e, ce qui reste k embarquer, et les Iieux ou sont les vivres qui doivent estre embarqu^s.
Je vous envoye un m^moire que j'ay fait avec M. de Terron de ce qui est n^cessaire pour Thospital, afin qu'il vous plaise donner I'ordre au tr^ * sorier pour la remise des fonds ; cependant je feray travailler incessamment h I'achat de tout ce qui est n^cessaire, afin que le depart des vaisseaux n'en soit point retards.
Je vous rendray par le premier ordinaire un compte plus exact de chaque chose et je tascheray de vous satisfaire dans ce voyage en m'appliquant k executor tout ce que vous m'avez ordonn^. Je suis, avec respect, voslre tr^sob^issant serviteur et fils.
(Arch, de la Mar. Mas. originaux, Colbert et Seignetay, pidce 65. ) ' Ge ro^inoire se (rouve aux Archives de la Marine j dans ie rn^me manascril , pi^e 67.
A ROGHEFORT.
(Letlreorigioale.)
Paris, i3 iTril 1673.
Mon fils, je suis bien aysc de vous avertir, par toutes mes lettres, dc cc que je trouve que, vons avez oubli^, afin que, par la connoissance que vous avez des inconv^niens qui en peuvent arriver pour le service dn roy, vous soyez fortement excite h avoir plus d'application que vous n*en avez eu par le pass^.
Vous avez oublid de donner au Roy la letlre de M. de Terron sur la demande qu'il faisoit d'une place au Gonseil. Gonsid^rez de quelle nature est cet oubly. Vous avez voulu luy faire plaisir, vous luy avez donii^ avis de ce qu'il falloit faire, il vous a envoy^ une leltre au Roy pour luy demander cette gr^ce selon vostre avis, et vous avez gard^ <;ette lettre quinzc jours sans la rendre^
Vous .avez oubli^ d'envoyer h Dunkerque Testat de rarmement des barques longues et presque toutes les expeditions concernant Tarmenient des vaisseaux. En(in je vous puis dire avec v^rit^ que je ne re^ois aucune lettre des ports que je ne voye que vous avez oubli^ quelque chose de cons^ quence^. Assur^ment il n'y aura que cette application que vous aurez a ne rien oublier qui vous fera prendre du plaisir h faire ma charge, et qui vous donnera de I'estime dans Tesprit dn Roy et de la consideration dans le monde. Sur toutes choses, je vous prie de commenccr cette application par Ic lieu oil vous estes, et prenez garde de n'en point revenir que vous ne s^achiez tout ce que vous y pourrez apprendre et tout ce qui est contenu dans vostre instruction.
L'ambassadeur d'Angleterre ^crit que la flotte angloise sera assoreroent en mer le i5 du mois, c'est-4-dire apr^s-demain ; je crois que cela pourra bien retarder encore sept ou huit jours, mais c*est tout au plus; je veux croire que les vaisseaux de Rochefort seront h present partis.
> Lc 8 du iDoifl suivant, rien n^etait encore jest^ pour cet establiasement, qu^il y a nsd sn
d^d^ pour Colbert de Terron, car dans une sant^. 11 pourroit Inydemander une place dans
lettre de Colbert k Seignelay on lit k ce su- le Conseil pour luy servir de retraile honneste
jet : pour le peu de temps qu'il a encore k vivre.Ji
« Proposer au Roy de luy donner quelque r4- ( Cote 1 8 , pi^ce 8 .)
compense, luy remontrant quHl y a vingtp-trois * Trois jours auparavant, il Ini avait deja
ans qu*il le sert, qu'il n'y avoit aucun com- ^rit : rR n'y a pas dc jour que je ne m'aper-
mencementde marine , qu'il a eu Tavantage de ^ive de trois ou quatre cboses capitales que
travaillcr k Tex^cntion des ordres de Sa Ma- vous avex oublides...?) (Cote 18, pi^ 9.)
A SEiGNELAY. 99
La flottc hollandoise sera composde de 80 vaisseaux et sera en mer assufoment le no de ce mois.
J'aitends avec impatience des nouvelles de vostre arriv^e.
( Bibl. Imp. Mss. S. F. 3,oi a , Colbert et Seignelay, V, cote 1 8 , piece 3. )
U. — AU MfeME.
( Minnte antograpbe. )
Saint-Germain, lU avril 1673.
Vous avez encore oubli^ de choisir un commissaire g^n^ral de marine pour mettre sur Tescadre de M. le Vice-Amiral.
li faut y mettre Vauvr<^y Descloueeaux ou Saussigny.
Desclouzeanx n*aimant point h quitter le port, vous devez examiner et vous informer de sa vie et de ses moeurs. *
Saussigny y pourroitbien servir; sa religion doit luy donner Texclusion k tous les grands emplois de marine, joint qu'il sera peut estre n<^cessaire en Angleterre pour y prendre soin de tous les besoins de Tarmde.
Le sieur de Vauvr^ seroit plus propre , mais il faut voir si M. de Terron n'en a point besoin pour son soulagcment.
11 faut de plus un commissaire ordinaire sur I'escadre du chevalier de Ghftteau-Renault.
Vous devez aussy faire un travail particulier avec M. de Terron et les principeux officiers de marine de tout ce qui conceme la garde-costes, laquclle il faut establir, soit en nombre, soit en quality, en sorte que le commerce puisse estre libre dans toute TestendUe des mers, depuis Andaye jusqu'^ Dunkerque, quelque guerre que le Roy puisse entreprendre h I'avenir.
II faut faire un pareil travail pour I'escadre du d^troit et pour celle des isles d'Am^rique.
II faut de mesme que vous vous appliquiez fort ^ bien connoistre Testat de la salle d'armes, de quelle quality sont les armes qui y sont, si leurs d^fectuosit^s peuvent estre raccommod^es ou non, observer qu'il faut les rendre toutes ^gales et autant qu'il se pourra d'un mesme calibre, et enfin il faut se mettre dans I'esprit de faire la plus belle salle d'armes qu'il y ayt au monde et y r^ussir dans peu de temps.
Observez que je n'ay point du tout entendu parler que les gardes de marine destines pour commander les barques longues de Dunkerque soyent
partis, ni pass^ par icy, ni arriv&s. 11 faut qu'il y ayt encore en cela quelque oubly qui sera fort prdjudiciable au service du roy.
{ Bibl. Imp. M88. S. F. 3,o i a , CoUteH $t Seigiutay , V, cote 1 8 , pi^ h.)
Saint-Germain, 16 avril 1678.
Mon fils, je re{us hier au soir tous vos m^moires dat^s du lo de ce mois, avec les nouvelles de vostre arriv^e en bonne sant^ k Rochefort.
Vous avez oubli^ que tous vos m^moires devoient estre lus au Roy, parce que vraysemblablement vous ne les auriez point pr^cipit^s ainsy que vous avez fait; mais c*est un d^faut centre lequei je me r^crie si souvent et depuis si iongtemps, sans aucun fruit, que je n'ose presque esp^rer de vous en corriger^ Mettez-vous bien dans I'esprit que vous ne pouvez jamais faire rien de bien, ni qui puisse estre agr^able au Roy, qu'en prenant resolution de vous enfermer dans vostre cabinet, et travaiilez avec plaisir et avec reflexion lorsque vous avez ^ rendre compte au Roy de cc que vous faites pour son service. Quand vous estes ainsy enferm^, il faut penser h bien ranger et vos d^pesches et vos m^moires, prendre garde que chaque chose soit dans son rang, les relire, les corriger et les reformer k regard des mati^res et h regard du style. Si vous ne travaiilez de cette sorte, il est impossible que vous puissiez jamais rien faire de bien.
Au surplus, j'ay lu au Roy tous vos m^moires, et Sa Majesty a trouv6 que vous luy rendiez assez bon compte de tout; mais prenez bien garde de ne pas faire comme vous avez fait dans tous vos autres voyages, dans lesquels vos premiers m^moires estoient toujours assez amples parce que vous sortiez d'aupr^s de moy, et puis tout d*un coup cela d^g^n^roit ou a ne plus ^crire ou h me dire toujours que vous n*aviez pas assez de temps. Toute la campagne pass^e et tous vos voyages se sent passes de cette sorte. J'espere que, dans celuy-cy, cela ne sera point de mesme.
Sa Majesty esp^re que vous aurez k present pourvu k tout ce qui manquoit h ses vaisseaux et que vous les aurez fait partir.
II me semble que Ton auroit pu pr^voir que le vaisseau le Maure ne pourroit estre sitost en estat de naviguer, et y substituer un autre h sa place; mais il y a apparence que vous avez fait travailler jour et nuit pour le mettre promptement en mer, afin qu'il puisse au moins joindre les autres
' Voir pi^ce n* 97.
vaisseaux auparavant qu*Ils partent de Brest. G'est h vous h faire Timpossible pour persuader au Roy que vostre pr^ence en un lieu change I'estat des choses. Vous avez suffisamment de quoy remplacer les officiers qui manquent par les ofBciers en second.
A regard des soldats, vous avez bien fait de prendre tons les exp^diens port^s en vostre m^moire , et c'est en cela particuli^rement que vous avez pu faire paroistre au Roy les efforts de vostre application. J'espere que , par le premier ordinaire, Sa Majesty apprendra que vous vous serez donni^ fant d'application et tant de mouvement qu'enfin vous avez remply le nombre de soidats qui sont n^cessaires; mais I'embarras auquel nous sommes h present sur ce sujet nous doit obliger d'autant plus h chercher tons les exp^diens imaginables pour nous en faire h I'avenir. A quoy il n'y a point d'autres exp^ens que d establir en Ponant ce qui se pratique en Levant, et ce qui beureusement a r^ussy en formant les Equipages de i A ou 1 5 vaisseaux qui y ont est^ arm^ cette ann^e. Vous voyez bien que si nous pouvions seulement nous assurer du nombre de soidats n^cessaire pour armer to vaisseaux h Rochefbrt et autant en Bretagne, nous serioiis hors de tout embarras. Vous devez faire un travail particulier et appliqu^ avec M. de Terron pour chercher les exp^diens de faire cet establissement.
A r^ard des matelots, quoyque, par la table que vous m'avez envoy^c, il vous en manque encore 1,191, Sa Majesty ne doute point qu'ils ne soyent arrives depuis. Vous devez examiner sur ce point avec M. de Terron les exp^diens qui peuvent estre pratiques pour rendre plus seur h Tavenir Tenrdlement des matelots. Vous devez de plus examiner, tant avec ledit sieur de Terron qu'avec les meilleurs officiers de marine, s'il ne seroit pas h propos d'augmenter le nombre des matelots jusqu'aux trois quarts, pour diminuer d'autant I'embarras des soidats.
II faut rayer de la liste des officiers de marine ceux qui ne se pr^senteront point.
Examines bien Testat auquel est la sant^ de M. de Terron , et voyez si quelqu'un des commissaires qui sont aupr^s de luy est en eslat de Ic soulager dans ses maladies ^
^ «M. de Terron eut encore avant-hier un grand aoc^ de fiivre, r^pondail Seigneiay ^dqnes jours apr^. II est ^ present fort incommode d*un grand rhume; j^ay bien peur qu^il ne soit pas longterope en estat de servir dans ce port...})
Et, par un autre courrier :
vM. de TeiTon est fort incommodd d'une
toui qui iui dure depuis longterope. II n la goutte aux mains et aux coudes, et les mddedns qui le voyent ont fort manvaise opinion de la fluxion quUI a, qui luy erobarrasse fort la poitrine. G^est une santd enti^rement ruin^, et je ne crois pas qu^on puisse compter sur la continuation de son service.?) {Colbert el Setgnelaif, pi^e 66.) — Voir pi^ n* i a et nole.
lOi
Le Roy a approuv^ la proposition que vous faitcs de retenir la fluste U Cache pour servir d'hospital, ei d'en douner une autre de soo tooneaux k M. le Vice-Ainiral. Vous pouvez Tex^cuter pourvu que vous en puissiez fournir une audit sieur Vice-Amiral.
Sa Majesl^ veut que vous fassiez donner toutes les assistances dont un vaisseau dela compagnie des Indes orientales, qui a relasch^ h la Rochelle, pourra avoir besoin , ot que vous luy fassiez fournir, des magasins de Sa Majesle, les masls et tout ce que les ofiiciers qui le commandent ou ceux qui agissent pour la compagnie vous demanderont.
Sa Majesty veut, de plus, que vous fassiez partir,a quelque prix que ce soit, le sieur de Beauregard ^ Jay ^crit amplement sur ce sujet h M. de Terron par les pr^c^dens ordinaires.
Le Roy partira d'icy le premier jour de may et mettra quinze jours a aller d'icy a Tournay, oill vous le pourrez joindre; en sorte qu'il n'y a rien qui vous puisse empescher de bien faire tout ce qui est contenu dans vostre instruction.
Je ne vous dis rien des escadres du d^troit et garde-costes, parce que vous sf avez qu'elles sont encore plus press^es pour ainsy dire que la grande escadre.
(Bib). Imp. Mu. S. F. 3,ois , Colbert et Seigmla^, V, cote 18 , pike 5. — Arcb. de la Mar. Mia. origiBam, (Mert et SeipieUjf, pi^ aS.)
(Minute aotograpbe.)
Saint-Germain, SI avril 1673.
Mod fils, j'ay re(a par Tordinaire vostre lettre du i3^ et par vostre
' Quelques jours apr^ , Seignday r^pondait k son p^re :
((Beaurediard est on bomme dont je ne crois pas que vous ayex satisfection ; il ne fait ancane diligence pour son depart, et c^est le plus petit g^nie qu^on puisse dire. 11 semble qoMl ayt 4 ^uiper une flotte, et il trouvedesdifiicull^ 4 tout. Cependant je viens encore de luy parier pour le pressor de partir. . . »
' Dans sa lettre du i3, Sdgnelay rendait coropte a Colbert de Femploi de ses joum^es.
II avait visits la forge aux ancres, la corderie, pr^d^ aux ^preuves des canons et des poudres, et r^uni les prindpaux capilaines pour discuter un r^ement sor la oonstractioQ des vaisseaux.
II avait vn aussi ni4ter nn valsaeau an Moyen d'uQ ponton 4 Tan^isc, «cequi, disait-il, est d^une grande utility, puisque en deux ou troia heures on fait Tonvrage ou Ton restoit troia jours.')
laquais celle du 17 ^ Je n'ay pas encore reedu compte an Roy de Tunc ni de rauire, parce que je n'ay re(u la premiere qu*avaat-hier en allani h Paris, et la secoode qu'hier matin; et, comme Sa Majesty prii m^decine, j'ay est^ oblig^ de remeltre h ce matin pour luy lire vos d^pesches el ce memoire.
Je dois vous dire par avance qu'il me semble que je trouve dans tout ce que vous m'ave? ^crit et envoy^ un pen plus d'application que vous n'avez eu jusqu'^ pr^ent, et vous pouvez croire combien ces apparences, quelque l^g^res qu'elles soyent, me donnent de satisfaction, et, s'il y a quelque chose qui vous doive exciter k Taugmenter toujours de plus en plus, c*est Testat auquel vous vous trouvez k pr^ent.
La flotte de HoUande est assur^ment en mer, divis^e en trois escadres, suivant les avis que je vous ay envoy^. Vous verrez, par Textrait de la lettre de I'ambassadeur d'Angleterre , que tons les vaisseaux de la flotte angloise sent ou au bas de la Tamise ou k Portsmouth et que M. le prince Robert^ est k present sur son vaisseau. Gependant les vaisseaux du Roy n'ont point eocore leur Equipage complet, ni en matelots, ni en soldats, ne sent pas mesme encore gamis et sent divis^s en cinq ou six lieux diff^rens, en telle sorte qu'il pent arriver facilement que les Hollandois, forts en mer autant qu*ils le sont, battent une partie de la flotte angloise au bas de la Tamise ou aux Dunes. lis peuvent mesme mettre huit ou dix vaisseaux de travers k Tentr^ de la Tamise, empescher que tons les vaisseaux ne descendent, ensuite entrer dans la riviere de Ghatam , former le port de Portsmouth avec un autre nombre de vaisseaux, et estre, par ce moyen, maistres de la mer pendant toute la campagne. Pour pen de reflexion que vous y fassiez, vous verrez que tout ceia pent arriver et que si les vaisseaux du Roy avoient est^ en mer au i5 de ce mois, ils auroient pu entrer dans la Manche avant le so, se joindre aux vaisseaux anglois qui sont k Portsmouth, et par ce moyen changer toute la fortune de la campagne.
Ges connoissances et cette experience vous doivent exciter plus fortement que toute autre chose k cette application que je vous demande depuis si longtemps.
Je vous avoue que je suis surpris qu'il vous manque un si grand nombre
^ II ^crivait dans celle lelire : vous assure est que je nc parUray poiul d^icy
«Je ooDiinoeray k ex^ter les articles de qoejc neTaye enti^rementextot^.
rooa instruction; mais, comme je Yons enver- «Je continneray 4 travailler avec applica-
ray par tous les ordinaires ce que j^auray fait lion. Je ne fais pas autre chose, el je Iravaille
en execution desdils articles, il ne sera pas n^ depuis six heures du matin jusqu*a onze heures
cessaire d'en (aire des copies, et je les retrou- du soir.)»
veray k mon relour aupr^ de vous. Ce que je * Ou Rupert, suivant les documents an(;;lnis.
lOi INSTRUCTIONS
de malelots, tq qn*il n'y a rien qui yoos ayt empesch^ Jen avoir mesoie nn plus grand nombre qne celay qui est n^cessaire , et qn'il est incroyaUe qa*un pays comme ceiuy oh toos estes, et tontes les costes desprorincesToisines , ne paissent prodnire avec Cacilit^ les ^qoipages de 1 6 on 30 Taisseaox. Je veux croire que ia maladie de M. de Terron et la langoeor oii il a est^ cet by very a beaaconp contriba^; mais je venx esp^rer que les expMiens que Toos avez pris y auront rem^di^. Le principal consiste k prendre des mesures si justes et si seures qoe vons ne relonibiez jamais en cette ififficnlt^. Poor cela il faat, non-seulement faire Tenrftlement g^^ral, mais mesme estre assur^ que tout ce qu'il y a de gens de mer dans le pays abound ^ et dans les isles sont toujours prests h monter sur les yaisseaux dn roy tootes les fois qu'il sera n^cessaire pour le service. S'ils n y satisfont et que vous en soyez assort, le Roy r^voquera I'abonnement sans aucun retardement. Vous s^avez la facility qui est k present establie en Provence; en Bretagne, elle est encore assez grande, mais il faut travailler k maintenir et perfectionner cet establissement. II reste encore le pays oik vous estes, il faut s*en assurer; ensnite, il faudra travailler a la Normandie, Picardie et pays reconquis.
A regard des soldats, vous s^vez la facility que le sieur Matharel a eue en Provence. Vous avez vu toos les m^moires que je luy ay envoy^ pour cela ; vous connoissez Tembarras ou vous estes k pr<^nt. J'ay encore envoy^ a M. de Terron on m^moire sur ce mesme sojet par le dernier ordinaire. Appliquez-vous k mettre en pratique le contenu en ces m^moires, et a voas assurer, par ce moyen, du nombre de soldats dont vous aurez besoin dans tons les armemens. Qoand voos en aorez fait I'establissement poor i'arscnal de Kochefort, il faodra travailler poor le faire de mesme en Breiagne. Voos en connoissez assez la consequence par la peine et rinqui^tude que vous devez avoir k present, pour estre persuade que vous y ferez tout ce que vous pourrez.
Pour le present armement, il ne faut pas que vous attendiez aucun secours de de(^, n'estant pas possible de vous en donner. II faut done qne vous niettiez le plus grand nombre que vous pourrez sur les vaisseaux, et que, apr^s avoir tir^ des provinces et de tons les lieux ou vous avez ^crit, le plus de soldals que vous pourrez, vous taschiez de supplier par les matelols le nombre qui vous en manquera et que vous fassiez partir les vaisseaux sans un seul moment de retardement. En cas que vous soyez press^ et que vous ne le puissiez autrement, il faut oster tout ce qu'il y aura sor
' C'esla-dire, coromeon fa vu plushaot, roisscs du Brouage qui, en retour de ceUe pi^rc n* 3t , paffc 9^1, les trente-qualre pa- grdce, devaient fournir des matdoU.
A SEIGNELAT. 105
les Yaisseaax de Tescadre du chevalier de Ghftteau-ReDaiilt et des gardecostes, et mettre le tout sur ceux de la grande escadre pour la faire partir. G'est h quoy yous devez donner toute vostre application, et, quaud ces vaiaseaux seront partis, vous travaillerez aux autres. Surtout ne partez point de Rochefort avant que tontes les escadres ne soyent en estat de partir, et que YOUS n*y ayez acheY^ tout ce que yous y devez faire pour le service du roy. Quand vous n'arriveriez icy que le 7 ou 8 du mois prochain, il suffira. II faudra que vous vous en reveniez en grande diligence, partie en poste, et partie en relais de carrosses que les intendans vous foumiront.
Vous pouvez sans difficult^ exp^er la commission de commissaire g6n^ral a la suite de I'arm^e au sieur de Vauvr^ , mais vous devez observer qu'il vaudroit mieux qu'il servist comme commissaire ordinaire , parce que , si nous faisons tant de commissaires g^n^raux, les d^penses des appointemens augmenteront, et nous aurons peine ensuite h les faire servir, parce que dans Tordre ordinaire et naturel un commissaire g^n^ral doit ordonner et estre le premier dans les lieux oil il se trouve. Vous s^avez que no6 six armemens : Toulon, Marseille, Rochefort, Brest, le Havre, Dunkerque, sont remplis; le sieur de Vauvr^ ne pourra done occuper aucun de ces postes. II faudra que ce commissaire g^n^ral serve en second, il ne pourra pas servir sous un autre commissaire g^n^ral. li n'y aura que le seul lieu de Rochefort sous M. de Terron ; mais il ne seroit pas juste de luy donner un caract^re au-dessus de celuy du sieur Desclouzeaux. Vous voyez la suite de tous ces embarras que je vous explique en detail pour servir toujours k vostre instruction.
Pour terminer, il faudroit mettre Vauvr^ sur Tescadre pour y servir comme commissaire ordinaire avec /ioo livres d'appointement par mois pendant le temps qu'il y servira , et 3oo livres d'appointement quand il servira h terre sous les ordres de M. de Terron. Je me remets n^nmoins k vous de le faire commissaire g^n^ral si vous le jugez a propos.
11 faut surtout penser k tous les sujets que nous avons dans la marine pour remplacer M. de Terron , qui sera bienfost hors d'estat de servir, par ses indispositions continuelies.
Je m'^tonne que vous me demandiez Tinstruction du chevalier de Chateau-Renault; il me semble que vous pourriez la faire et me Tenvoyer pour la corriger.
J'ay re?u, avec vostre lettre du i3, Teslat des Equipages et celuy de T^preuve des canons, Merits de vostre main, et deux tables des ancres et cordages destines aux vaisseaux , Merits de la mainde Bellucheau. A regard (le ceux qui sonl ^crit^ de vostre main, je vous prie de bieu observer qu'il
ne doit jamais rien kortir de vostre main qui ne soil parfait, et sur quoy il ne paroisse clairement que vous ayez fait reflexion. II faut aussy que vous preniez garde que Bellucheau ne consomme point le temps inutilement, ce qui luy arrive tr^s-souvent.
Avec vostre lettre du 17 de ce mois, j'ay re(u un m^oire des soldats, une table de mesme, un autre contenant Testat des vaisseaux de la grande escadre, un cahier des questions et r^ponses du conseil des constructions, un estat des matelots et une table des mesmes matelots, le tout ^crit de vostre main; un m^moire pour le marquis de Grancey et une table des vivres fournis aux vaisseaux, ces deux derniers m^moires de la main de Bellucheau.
Vostre application me paroist assez grande par tous ces m^moires, et j'ay lieu d'esp^rer que vous prendrez plus de plaisir h I'avenir que par le pass^ k faire ma charge, et qu'avec mcs fortes et pressantes instructions vous vous rendrez capable de bien servir le Roy. Cest k vous a vous exciter toujours h bien faire.
U est n^cessaire quo vous vous appliquiez avec soin h bien connoistrc la difference des vaisseaux construits en Levant et de ceux bastis en Ponant, d'autant que, s'il so trouvoit une difference fort considerable, comme j'en suis persuade, il faudroit s appliquer a faire bastir plus de navires en Levant qu'en Ponant.
Le travail que vous avez fait dans le conseil de construction me semble bon, mais vous auriez pu le remettre, et travailler uniquement h mettre les vaisseaux en mer. II est du bon sens et du jugement d'un homme de regler toutes les parties de son travail suivant la necessite et I'importance.
Par ce que j'ay ecrit de ma main au has de la table des soldats, vous verrez qu'en reduisant les soldats au quart il ne vous faut plus que 335 hoDunes pour la grande escadre, et j'esp^re que ceux qui vous viendront de M. le mareschal d'Albret, de M. de La Gravaille, M. de Blenac et d'autres endroits, vous en fourniront ce nombre; mais il faut trouver &00 matelots plus que vous n'aurez. Vous pouvez faire continuer partout les levees pour I'escadre du chevalier de Chliteau-Renault et pour les garde-costes, mais il faut faire partir par preference la grande escadre. Appliquez-vous avec an grand soin k I'execution ponctuelle de ce que je vous ecris.
II faut faire travailler incessamment pendant cet este la corderie et la forge aux ancres. Pour cet effet, il faut que vous fassiez un memoire de la depense qu'il y aura a faire pour cela.
Envoyez-moy les echantillons du fer de Nivernois, bon et mauvais.
Failes-raoy sjavoir aussy si les ancres de Nivernois qui doivent eslrc
arriv^es h Rochefort auront e»ii trouv^es bonnes ou non. La mesmc chose des masts d'Auvergne.
Depuis ce m^moire ^rit, j'ay lu au Roy tootes vos d^pesches. Sa Majesty a approuv^ tout ce que je vous ay ^crit. 11 faut vous appliquer a faire en sorte que le service de Sa Majesty se fasse et que les vaisseaux partent. J'esp^re que vous sortirez de ce mauvais pas. h vostre satisfaction et k vostre bonneur. Si vous trouvez quelque capitaine qui se signale , soit pour estre trop difficile dans son armement, soit pour retarder la sortie, soit pour n'estre pas r^gulier it Tex^cutiori des ordres que vous luy donnerez, vous pouvez estre assur^ que le Roy en fera un exemple sur le rapport que vous luy ferez. .
Je garderay le m^moire que vous m'avez envoy^ sur les constructions. U pourra vous servir a I'avenir pour faire corriger les d^fauts qui y out est^ faits jtisqu a present.
Je fais partir en poste le sieur Patoulet pour vous aller trouver ; vous pouvez sans difficult^ licencier le sieur Esbaupin , puisque vous ne luy donnez pas assez d'action pour son employ.
Je n'ay point encore nouvelles que les gardes de la marine soyent arrive a Dnnkerque.
(Bibl Imp. M88. S. F. 3,ois, Colbert et Seign^, V, cote iS, pi^ 6.)
(Lettre originaie.)
Paris, 9& aviil 1673.
Mon fils, je vous ^criray par cet ordinaire fort succinctement, n'ayant re^u aucune lettre de vous par le dernier oMinaire^ Je crois que le cour-
' Le mime jour, Seignelay ^crivait 4 Colbert:
« Je fais r^ponse h vos leltres des 1 4 , 1 6 et 9 1 de ce mois, que j^ay revues par le retour du courrier que je vous avois envoy^. Je suis bien fasch^ que vous ayez (rouv^ que j*ay oublid beaucoup de choses que je devois faire avant mon depart. Je tascheray de me souvenir mieux de oe que je dois (aire 4 i^avenir et de m^appliquer davanU^e & ne rien omettre, ce que je tasche de commencer d^ icy ou je vous assure
que je ne perds pas un seul moment de temps; et il est bien n^essaire que je m^applique, car j*ay Irouv^ cet armement-cy fort recu)^; et je puis dire qu*ii esloit n^cessaire d'y envoyer quelqu'un qui r^parast, par son application , la n^gence qu^on a eue cet hyver. Je n^esp^ pas y r^nssir dans le temps que je soubaiterois, mais je tascheray de ne rien oublier des exp^ diens dont on pent se servir pour s^assurer do n(Hnbre de soldats et de matelots n^cessaire. « J'ay examine avec M. de Terron la disposi-
rier que vous m'avez \envoy^ en est la cause; mais il auroit loujours est^ bon que vous m'eussiez ^crit un mot, le Roy me demandant fort souvent si je n'ay point re(u de vos nouvelles.
II faut que vous vous appliquiez h luy faire connoistre et h le fortement persuader que vous avez beaucoup de chaieur et toute Tapplication n^cessaire pour tout ce qui regarde ie bien de son service, et ii faut absolument que, pour vous distinguer et vous rendre digne des bonnes grftces de Sa Majesty, vous avanciez, par vostre application, Texp^rience qu'un lige plus avanc^ pourroit vous donner, n'y ayant que I'application seule qui puisse vous faire profiter de mes instructions et vous rendre capable de faire une charge aussy belle que la mienne, en laquelle^vous avez est^ admis pour en faire les fonctions dans un lige qui n'a point d*exemple. Vous devez, par vostre travail et vostre application, vous rendre digne de m^riter par vous-mesme une gr&ce que le Roy vous a faite si singuli^re, et luy faire connoistre qu'au moins il ne s'est point tromp^ en I'opinion qu*il a pu concevoir de vous, ou en Tesp^rance qu'il en a eue par moy.
Pour cela, il faut vous appliquer h bien connoistre tous les d^fauts qui se rencontrent en Tex^cution de tous les ordres qu'il donne pour tout ce qui concerne sa marine, et k chercher avec soin les exp^diens pour y rem^er.
II est tr^s-certain que les indispositions de M. de Terron apportent de grandes difficult^s et de grands retardemens au service, et, pour vous dire le vray, je trouve que le service se fait d'une autre fa(on en Levant qu'en Ponant. Ii est vray que la mer de Levant est beaucoup plus commode que celle de Ponant; mais, outre cette commodity que la nature donne, il est encore certain que les establissemens g^n^raux des classes, des soldats et des armemens sont beaucoup mieux faits et mieux ex^cut^s. Je vous avoue que je suis surpris que, depuis cinq ou six ans, je n'aye pu obtenir que Tenr^lement g^n^ral des matelots et des gens de mer ayt est^ fait ainsy qu'il I'a est^ dans toutes les autres provinces.
II faut que vous vous fassiez une affaire d'honneur et un effet de vostre application de faire achever ce travail, et, par ce moyen, de rendre les Equipages plus seurs et plus prompts h I'avenir que par le pass^. Vous en voyez bien la n^cessit^, puisque en v^rit^ c'est une chose honteuse qu'il
lion qa'on poarroit donner k ce porlnry, en de meiUeure que de distribuer loat le soin du
aoiie que les affaires du roy ailassent mieux et port entre les sieurs de Vauvre et Desdon-
qu'il eust des gens qui pussent le soulager pen- zeaux. . . » {CoU>eH et Seignelay, pike 68.) —
danl les maladies. Nous n'en avons pas trouv^ Voir pikes n** 33, 34 et noles.
manquast encore plus de 5oo matelots, lorsque vous avez depesch6 votre dernier courrier*.
II faut que vous appHquiez k ce travail un commissaire parliculier avec des ofBciers choisis, qui vous en rendent compte et h M. de Terron, mais il faut que vou» puissiez adresser vos ordres h ce commissaire et h ces ofBciers.
A regard des soldats, vous s(avez tout ce que je puis vous dire sur ce sojet. G'est encore une mati^re que vous trouverez informe. Donnez-vous la satisfaction h vous-raesme^ et faites voir un effet de vostre esprit et de vostre application, en faisant r^ussir cet establissement.
Je vous envoye les demi^res iettres du sieur Matharel, pour vous faire voir les facility qu'il trouve tons les jours pour tout ce qui conceme nostre marine, et je vous avoue qu'il me satisfait extrdmement.
J'ajouteray que vous devez executor avec un grand soin tons les points de vostre instruction et ne vous point pressor de revenir que vous n'ayez vu lous les vaisseaux k la voile ^, pr^par^ les vaisseaux des autres escadres k partir, et que vous n'ayez mesme pris trois ou quatre jours de temps apr^s pour examiner avec soin tons les points de vostre instruction et particuli^rement ce qui conceme les Equipages et les soldats.
Le Roy partira toujours le premier da mois prochain, mais il sera jusqu'^ la fin du mois dans les places de Flandre qui sont sous son ob^ssance, en sorte qu*il n'y a rien qui vous doive pressor.
J'ay ^crit h tons les intendans pour vous donner des relais.
(Bibl. Imp. Mse. S. F. 3,oi9, ColbeH 9i Stignthg, V, eote 18, pike 7.)
> Voiei comment Seignelay, daos sa lettre dn 9& ami eiq^Uqoait oe manque d'hommea :
«tLe8 commuaairea vont dana tootea lea maiaonadea matdota et y laiasenl de Targent qaand ila ii*y aont pdnt; oeoz qa*ila trouvent, iia lea envoyent 4 Rodiefort Deadouxeaux leur donne un billet, qoand ila sont arriv^ & Rochefort, poor aller aervir k bord de tel vaiaaean, et en charge en meame leropa le r61e qa*il tient de r^uipagede chaqae vaiaaeao. Maia, commeil arrive souvent que le matelot ae oontente d*eatre venu k Rochefort et qu'il 8*en retourne dans aon pays , qae , de plaa , lea capitainea ae donnent la liberty de lear donner cong^, c^est de U que vientTincertitude, premi^rementdana les r61ea du commissaire d^parly 4 la lev^ des malelota qui marque souvent dea matelola cbez qui il a
kdas^ de Tai^nt, qui aont all^ en voyage et qui ne peuvent revenir; enauHe dana ceui du 00mmiaaaire Deaclouaeaux , qui employe toua lea matelots qui ae pr^ntent, quoyqu^ily en ayt pluaieura qui ne vont paa 4 bord, maia qui a^en retoument chet eux ; il ne faut done paa ae contenter de ce qui eat aur lea r^les dea commiaaairea. » {Colbert H Smgnth^, pike 68.)
* Dana la lettre 6ii6e plua haut, Seignelay r^pondait :
ttTayaatiafiiit 4 pr^nt toua lea pointa de mon inatruction , et je aeroia en eatat de partir dana deux joura a*il n'eatoit pas nkesaaire que j'attendiaae le depart dea vaisseaux... »
Gette lettre ^tait accompagn^ d*un m^moire sur r^tat de Farmement dea vaisseaux de RochefoK ( pike 69 du manuscrit).
no
(Miniite aatographe.)
Paris, 16 DNiy 1673.
Mon fils, je voos envoye de bonnes nouvelles que je viens de recevoir de la jonction des vaisseaux de Rochefort k ceux de Brest, et de leur entree dans la Manche ^ II est tr^s-important et tr^n^cessaire que vous vous rendiez le plus diligemment que vous pourrcz aupr^s du Roy, pour luy donner cette bonne nouvelle, et je ne doute point que, dans un jour ou deux, nous ne recevions celle de rarriv^e de toute Tescadre h Portsmouth. Dieu veuille que tous les vaisseaux anglois y soyent arriv^ !
Examinez bien toutes les leltres que je vous emoye, ei ne manquez pas de faire r^ponse k Unn let pouils quVUes eoniiennent et de douier tous les ordres qoi aeniat n^cessaires. Dieu veuille que vous continuiez k faire eoomie vous avez fait ce matin, et, quoyque je ne I'attende gu^re, je prendray un grand plaisir d'estre tromp^.
En faisant r^ponse k toutes ces lettres, renvoyez-moy les lettres avec les r^ponses, aGn que je prenne garde que vous n'ayez rien oubli^. A Tavenir, j'observeray de vous envoyer les lettres, mais j'en retiendray les extraits.
(Bibt Imp. Mm. S. P. S,oii , Colbert et Stignelay, V, eote 18 , pidee g.)
^ Le A du m^me roois, Seignday avait toil 4 Colbert:
ctrarrivedu bord des vaisseaux, oik j'ay passd la Duitpour les fidre mettre 4 la voile; j'ay est^ de bord en bord pour (aire appareiUer devaot inoy, et il falloit cela pour les r^udre k partir; enfin ik le sont , Dieu mercy I par un vent d'est-nord-est tr^- favorable, et loos leurs Equipages sent complets de maleiots et de soldais.
«M. de Terron alia bier 4 la Bochclle; il se porte mieux. Je luy ay communique vostre derni^re letlre, el je crois qu*il ne sera pas difiicile de s'assurer icy d'un bon nombre de soldats pour les armemens procbains, sans avoir la peine que nous avons eue en ce)uy-cy. Et
puisque , en trois seroaines , j*ay trouv^ le moyen de faire i,5oo soldals, quoyquVn me dist, lorsque j*arrivay,qu*on n*en feroit pas 600 dans toute la province, 4 cause de la grande quantite qui avoit est^ lev^, il est 4 croire que quand on prendra de plus loin ses mesures, et qu'on y aura de Tapplication, ony reossira fadlement; j'ay mesme encore d^uvert sor las fins des facility plus grandes quo je' ne le pensois , et j^csp^re que Tann^ prochaine nous ^viterons tous ces embarras.
« Je vous renvoye vostro courrier pour vous apprendre ie depart de la flotte, et pour faire preparer des relais sur mon cbemin. Je parti* ray demain sans faule, a trois lieures du matin.» ( HiMt. de la mar.franf. E. Sue, 111, 10.)
A SEiGNELAY. Ill