AU M^ME
(Minute autographe.)
Paris, 17 may 1678, 8 heures du soir.
Mon fils, jc vous envoye les avis que j'ay re(us ce matin dc Dunkerquc par un courrier expr^. Vous verrez a$sez de quelle importance ils sont, puisque, si Tescadre du Roy nVst point encore arriv^e h Portsmouth et que tout ou parlie des vaisseaux anglois soyent encore dans la Tamise, les HoUandois trouveront les forces des rois toutes divis^es et se mettront en estat, peut-estre, d'en empescher la jonction pendant toute la campagne; et nous courrons risque mesme que, s'ils sont assez hardis pour entrer dans le canal, trouvant tons les vaisseaux divis^, ils ne soyent en estat de les ^ombattre avec beaucoup d'avantages; mais, comme ce seroit en cette occasion le plus, grand malheur qui pust arriver, ce seroit aussy un grand bonheur si le roy d'Angleterre, avec le vent d'est et nord-est qui a souffle, avoit fait entrer dans le canal tous les vaisseaux qui ont est^ arm^ dans la Tamise et h Ghatam, et que tous ces vaisseaux et ceux du Roy se trouvassent arriv^ en mesme temps h Portsmouth, ce qui seroit la mesme chose que Tannic derniire. C'est Tincertitude de Tun ou I'autre de ces deux accidens qui nous doit tenir toujours beaucoup en peine; et, comme ces accidens roulent sur vos soins, vous devez vous donner du mouvement et de I'inqui^tude pour en apprendre le succ^s.
II est n^cessaire que vous vous rendiez en toute diligence aupr^s du Roy pour informer Sa Majesty de tout ce que vous avez appris par les d^pesches; et, avant que d'approcher du lieu oil vous trouverez Sa Majesty, ne manquez pas de travailler h faire tous vos extraits.
Vous vistes de quelle sorte je vous Gs, hier, exp^dier tout ce que vous aviez a faire. Si vous vous appliquez ^ suivre cette maxime, vous ferez bien ma charge et avec facilite. Si, au contraire, vous suivez ce que vous avez accoustum^, vous serez toujours incapable de le faire. Je ne seray jamais content de vous et vous serez toujours accabl^ d'affaires, parce que, d^ lots que vous ne les exp^diez point ou que vous les exp^diez trop lentement, elles s'entassent et s'accumulent les unes sur les autres, en sorte qu'elles vous accablent. II faut done que vous vous r^solviez h r^pondre k toutes les d^pesches aussytost qu'elles sont arriv^es, et, si vous prenez une fois cette resolution et que vous Tex^cutiez, vous aurez du temps pour estudier, pour faire vostre cour et pour vos divertissemens.
Ne manquez pas d'ex^cuter promptemcnt le conlenu aux m^moires que
je vous ay fait prendre et de in*en envoyer r^claircissement. Examinez done toutes les d^pesches qui vous disent les ordres qui sont h donner, prenez-en Tordre du Roy et satisfaites-y aussytost.
M. le Vice-Amiral demande des caches. Vous sfavez que le Roy Tavoit r^lu; vous voyez bien que, s'il en manque, vous avez eu tort de ne point faire exp^dier Tordre que Sa Majesty en avoitdonn^; examinez par quels moyens vous pourrez luy faire donner le nombre qui luy manque.
Tenez Tagenda des fonds parfait.
R^formez avec soin la liste, tant des vaisseaux que de tons les ofBciers.
Je retiens les extraits des lettres que je vous envoye, afin que je puisse connoistre si vous aurez fait r^ponse h tous les points qu'elles contiennent Renvoyez-moy promptement les extraits de toutes ceUes que je vous ay laiss^, avec les r^ponses k cachet volant, afin que je les puisse voir.
Exaodnez avec soin si les officiers servant dans tous les ports ont est^ pay& de tous leurs appointemens, mois par mois, suivant les extraits des revues.
J'attendrayavec impatience des nouvellesde vostre arriv^eaupr&sduRoy.
(Bibl. Imp. Mm. S. P. 3,oii, Co(6#rl et SeigitdMf, V, eote i8, pi^ lo.)
(Lettreorifiprie.)
Paris, 19 may 1673.
Mon fils, jesp^re que vous arriverez aujourd'huy aupr^s du Roy; et corome vous trouverez Sa Majesty en inquietude sur son arm^e navale, vous pourrez la soulager par les nouvelles que vous luy donnerez de Fentr^ de M. le Vice-Amiral dans la Manche avec un vent assez frais pour croire qu*en vingt-quatre heures il aura pu se rendre h Portsmouth. Mais je vous avoue que je suis fort en peine d^ ne pas encore avoir appris son arriv^, et encore plus si les vaisseaux ang^ois seront sortis de la Tamise avant Tarriv^e des Hollandois.
II y a lieu de croire qu'ils n'en soni pas sortis, puisque toutes les nouvelles portent que tous les Hollandois sont h I'entr^e de la TamLse, n'y ayant pas d'apparence qu'ils y fussent demeur^ si les Anglois en estoient sortis. G'est k vous h present k raisonner continuellement, et k examiner les cartes marines pour juger de tout ce qui pent arriver; ce doit estre Ih une de vos applications.
Je ne vous s^aurois assez recommander d'en avoir plus que Tann^e pass^. Vous voyez que je vous ^cris tous les jours ^ ; ne manquez pas defaire la mesme chose. Surtout il est n^cessaire que je s^ache, par vos^lettres, tous les lieux oil le Roy sera , jour par jour, afin que je puisse dater mes exp^itions. Pensez aussy qu'il ne faut pas laisser passer un seul ordinaire sans ^rire dans tous les ports, et tenir la correspondance r^guli^re avec les intendans et commissaires g^n^raux de marine et des galores.
Je vous envoye les lettres du sieur Arnoul, auxquelles il faut que vous iassiez r^ponso. Examinez soigneusement tous les ordres et instructions qu'il faut donner h toutes les escadres et vaisseaux qui sont en mer; voyez ceux que vous avez donnas et ceux que vous avez omis , et ne manquez pas de satisfaire h tout. Vous s(avez ce que je vous fis faire le jour de vostre d^art; il faut que vous suiviez cette m^thode.
Prenez bieh garde de d^charger avec soin Tagenda des fonds, et envoyezmoy le m^moire de tous les articles que vous y employerez, aGn que je voye si vous n'en oubliez aucun.
Faites venir les extraits de revues des officiers, et v^rifiez bien pour quels mois vous avez exp^di^ les estats et pour qu^ls vous ne les avez point exp^di^s, et exp^diez-les diligemment.
En6n , mon fils , relisez avec soin toutes vos instructions et tous vos m^moires^ et donnez-vous toute I'application n^cessaire pour plaire au Roy; et, comme jamais roy n'a eu tant d'application, pensez bien que vous ne pouvez luy plaire et le bien servir que par vostre application.
(Bibl. Imp. Mu. S. P. 3,ois , Coibert et Stign^, V, eote 18, piice 1 1.)
M.— AU MfeME.
( Minate autographe.)
Paris, aomay 1673.
Mon fils, je viens de recevoir vostre lettre du 18, a dix heuresdu soir, par le retour du courrier que je vous avois envoy^. Je suis bien ayse que
* Aoasi Seignelay ^iait-il inqoiet quand un courrier arrivail sans nouvelles de son p^re : « Je n^ay pas re^u de vos iettres par le dernier oidiBaire, lai $crivait-il le so du moins pr^c^ dent, et j^en suis fort en peine, ne s^chant pas si vous estes content de mon travail ou non." ( Colbert et Seignelay, pike 66.J
^ Le 8 du mdme mois, en lui envoyant des III.- 9*
lettres et m^moires de marine, Colbert lui avait d^j4 recommends de mettre k part ceux qui renfermaient des points utiles i son iustruotion,de bien les examiner tons, pour en rendre oompte au Roi , en ayant soin <pie son style fikt bon,sa diction bonne et ses termes propres. (Cole i,pi^ 88.)
lU INSTRUCTIONS
vous soyez en estat de joindre ie Roy le lendemain de bonne heurc; mais j'aurois est^ encore plus satisfatt si vous aviez commence k faire les extraits des leltres dont vous avez h rendre compte h Sa Majesty, d^s Luzarches, et que vous eussiez continue de Iravailier une heure au disner el autant au souper des deux jours suivans. Vous jugez bien que, de commencer la veille que vous devez arriver, h dix heures du soir, c'est assur^ ment trop tard, et c'est toujours faire son travail avec la precipitation ordinaire et non avec le temps n^eessaire pour bien faire.
11 y a longtemps que je vous dis qu'il ne faut plus de protestations de vous appliquer; il me faut des efiets qui me persuaderont davanta^e qut; vos paroles.
J'attends les premiers cffets de vostre-applicalion.
A regard de voslre assiduity aupr^ du Roy, il le faut assur^ment; mais la principale assiduity que Sa Majesty demande de vous, c'est vostre travail , parce que c'est ce qui regarde son service. Pourvu que vous soyez appliqu^ et que vous ne remeltiez jamais une affaire du jour au lendemain , vous aurez le temps qui vous sera n^cessaire pour satisfaire k tout.
Je m'attends de recevoir, demain ou apr^s-demain , vos r^ponses k toutes les lettres et m^moires que vous avez emport^s d'icy.
Je vous envoy e quelques m^moires concernant ma charge, sur lesquels vous ^crirez les ordres du Roy. Vous trouverez aussy cy-jointes diverses d^pesches de marine dont vous rendrez compte au Roy, et ensuite, ajjr^ avoir pris les ordres de Sa Majesty, vous ferez les r^onses.
Gomme la plus importante affaire que nous ayons h present dans la marine est la jonction des flottes des rois , il n'y a rien k quoy vous deviez vous appliquer davantage, et tesmoigner plus d'inqui^tude de I'estat auquel sont les armies navales k present.
Vous avez en vos mains les lettres de M. le Vice-Amiral et du sieur de Seuil, qui portent, s^avoir : la premiere, qu'il estoit sous voile, et la seconde, qu'il estoit party avec un vent frais, et qu'il devoit estre, le i4 ou le i5, ^ Portsmouth. Je vous envoye la lettre du sieur de Seuil, que je viens de recevoir, en dale du 17, qui confirme la mesme chose; je vous envoye aussy la lettre de I'ambassadeur d'Angleterre , avec la r^ponse que je luy ay faite. Vous verrez, par les trait^s de la campagne derniftre et de celle-cy, que , si les Anglois avoient ex^cut^ la clause qui porte : quen cas^de vents cwUratres lajlotte cHAngkterre iroit jusqud Brest, jxmr rewxmirer lajlotte de France, les flottes seroient r^ilnies k present. Mais le retardement de mettre leurs vaisseaux en mer, de la part des Anglois, a cause ret inconvenient.
Ne manquez pas de lire au Roy le dernier traits fait avec Spraag, et faites bieh remarquer k Sa Majesty que tout a est^ ponctuellement ex^cut^, et que mesme c'est une esp^ce de miracle que, les vents du nord, est et nord-est ayant toujours souffle, M. le Vice-Amiral n'ayt pas laiss^ de trouver un moment favorable pour entrer dans la Manche.
II est n^cessaire que vous envoyiez A men fr^re, ambassadeur en Angleterre, des extraits des deux letlres de M. le Vice-Amiral et de M. de Seuil que je vous ay envoy^es. Pour la derni^re de M. de Seuil, que je vous en- Yoye, j'en ay joint un extrait k ma lettre.
Vous trouverez cy-jointes les lettres de marine que j'ay regues aujourd'huy; vous observerez que vous serez accabl^, en moins de rien, si vous n'exp^diez les r^ponses k mesure que vous recevez les lettres.
(BiU. Imp. Mju. S. F. 3,oia, Colbert et SeigneUiy, V, cote 18, pi^ce la.)