CONCERNANT LA MARINE
( Minute aatograpbe. )
Sceaux, s6 septanbre 1678.
Je vous ay dit qu'il falioit avoir pour maxime, dans le travail de ma
charge, de n'exp^dier jamais aucun ordre k des vaisseaux ou k des escadres, que Ton n'examinast avec soin le lieu oil elles estoient et Testat de leurs vivres, pour juger si dies le pourroient ex^cuter ou non ;
De n'exp^dier jamais aucun ordre nouveau au munitionoaire sans luy envoyer en mesme temps Tordre au tr^orier de la marine pour luy faire payer le tiers comptant, conform^ment h, son traits, qu'il faut toujours tascher de sf avoir sans baiter par cceur.
II n'y a que trois jours que je vous ay ^crit cette maxime; cependant, comme si vous ne Taviez point lue ou que vous Teussiez oubli^e en trois jours de temps, vous exp^diez un ordre au munitionnaire de foumir &5o,ooo rations, montant a i93,75o livres, sans luy envoyer Tordre pour recevoir de I'argent.
Vous voyez bien clairement qu*il vous ^crira qa'il ne peut pas ex^uter vos ordres sans argent, et qu'il ne peut pas mesme avoir une bonne opinion de vous de donner un ordre qui ne se peut ex^cuter. Une seule faute de cette nature ne peut pas servir k former un jugement sur le caractire de vostre esprit; mais, si vous y retoumiez souvent, vous voyez bien qu'il ne seroit pas avantageux.
AUTRE MAXIME NOUYELLE.
Gette maxime est telle que vous deviez facilement la trouver sans mV bliger de vous la donner pour maxime :
De ne jamais exp^dier aucun ordre dans les ports pour armement nouveau ou pour d^sarmement sans donner ordre au tr^soiier de la marine d'y envoyer le fonds n^cessaire pour Tun ou pour Tautre. Quand le fonds est fait par Festat g^n^ral ou autrement, comme il Test presque toujours pour les d^sarmemens, il n'y a qu'Ji donner Tordre au tr^sorier de Tenvoyer. Quand le Roy ordonne un armement nouveau et que le fonds n'est point fait, il faut, en mesme temps qu'il est propose ou que Sa Majesty le r^sout, en faire le calcul promptement et luy faire voir; prendre son ordre pour en faire Testat , en ordonner les fonds et en soUiciter ensuite 1q fonds aux finances.
Pour appliquer cette maxime : vous avez expedi^ des ordres k M. le Vice- Amiral pour laisser dix vaisseaux jusqu'^ la fin du mois de d^cembre; cependant vous s^avez qu'il n*a est^ fait fonds que pour sept mois de la grande escadre, et que par consequent il n'y a point de fonds pour deux mois de ces dix vaisseaux. Comme le Roy ne peut point s^avoir cela, c'esl a vous de luy expliquer, et vous voyez bien clairement que , puisque Sa Majesty retranche sur les d^penses ordinaires et presque absolument ne-
cessaires, elle ne voudra peut-eslre pas faire celle-cy; mais mesme, quelque resolution qu'elle prenne , vous aurez satisfait h voslre devoir.
Tout de mesme, vous envoyez ordre au sieur Arnoul de mettre huil vaisseaux en mer, et vous ne luy envoyez point de fonds; vous le r^duisez dans la n^cessit^ de ne point ex^cuter Tordre que vous luy envoyez , parce qu'il ne se pent faire sans argent, et que vous ne luy en envoyez point.
Si vous donnez Fordre au tr^sorier, il vous dira qu'il n'y a point de fonds fait par I'estat du Roy pour vostre d^pense , et ce sera encore pis. II faut done le repr^senter d'abord au Roy, luy en faire voir le calcul, prendre son ordre, exp^dier I'estat ou ordonnance des fonds, les solliciter jusqu'a ce qu'il y ayt de I'argent, parce que c'est le principe de toutes choses et sans quoy rien ne se pent faire.
Vous avez vu, par mes lettres pr^c^dentes, que mon avis estoit de ne laisser que quatre, cinq ou six vaisseaux au plus dans la Manche et au Pas-de-Calais; et de n'en laisser que quatre de mesme dans le d^troit. Voicy mes raisbns :
1** Je proportionnois cette d^pense aux fonds que Sa Majesty veut y employer, eu ^gard h ce qui me paroist de ses intentions et h ce que je s^ais de I'estat de ses finances.
a"* Le nombre de quatre k cinq vaisseaux dans la Manche ne donne point de jalousie aux Anglois , suflSt pour couvrir la pesche du hareng le long des costes de France et pour empescher les corsaires hollandois el irlandois d'y passer. Ce n'est pas assez considerable pour obliger les Hollandois de mettre en mer un^ escadre pour les chasser; et, quand ils prendroient cette resolution, ces quatre ou cinq vaisseaux se peuvent retirer facilement k Dieppe ou au Havre sans diminution de la ^oire des armes du roy.
Au contraire, une escadre de dix vaisseaux excMe la d^pense que le Roy peut-estre veut faire, est inutile pour la pesche et fermer le Pas-de- Calais. Quatre suffisent presque pour cela.
Ce nombre , qui compose une forte et bonne escadre , pent donner jalousie aux Anglois , obliger les Hollandois de mettre en mer une escadre plus forte pour la chasser; en ce cas, elle ne se pent retirer k Dieppe etau Havre parce que ces deux ports ne peuvent contenir au plus que cinq ou six vaisseaux de cette quality, et ainsy cette escadre sera obligee de se retirer k Brest avec beaucoup de risque et quelque petite diminution de la gloire du Roy.
Le mesme raisonnement pent servir pour les quatre vaisseaux du d^troit , sf avoir :
La d^pense proportionn^e h celle que Sa Majesty veut faire, siiffisanle pour empescher que les Hollandois ne tentent d'envoyer des vaisseaux marchands dans la M^diterran^e, n'est pas assez considerable pour obliger les Espagnols et autres de mettre une plus forte escadre en mer pour les chasr ser, et ils peuvent se retirer h Fez, Tanger, ou en quelque port sauvage, ou mesme se retirer.
Une escadre de huit vaisseaux ne peut point faire la mesme chose.
Pourvu, mon fils, que vous examiniez bien tout ce que je vous dis et que le tout entre bien dans vostre esprit, cela servira infiniment pour vous former le jugement.
II faut rendre compte au Roy de tout; et, en casque Sa Majesty r^solust de changer quelque chose aux ordres qu'elle a donnas, il faut exp^dier promptement et me Tenvoyer.
A regard des vaisseaux de Tescadre de Chateau-Renault et gardecostes , si vous avez vu mes d^pesches et toutes celles que je vous ay envoy^es , vous avez vu que Chateau-Renault, avec le Fort et le Brillant, est arriv^ k Rochefort, et que j'ay donn^ ordre de luy donner le BeUiqueux et une des deux frigates neuves.
Le chevalier de La Vrilli^re est mort.
Gombault et . . . sont all^s au cap de Clare.
La Bretesche et Gabaret-Desmaretz* sont all^s sur les costes de Biscaye et de Galice.
Le chevalier de Beaujeu est k Brest, ou il doit attendre les frigates de Saint-Malo pour les escorter jusqu'^ Cadix.
Banville, sur rHirondelle, est sur les costes de Biscaye pour observer ce qui sortira de Saint-S^bastien et de Bilbao.
Larson, La Roque-Fonti^s^, La Clocheterie', Machault* et Bremand servent au convoy des marchands.
Cabaret, avec deux autres vaisseaux, a est^ d^tach^ de Tarm^e par M. le Vice-Amiral, ppur observer ce qui sortira d'Ostende.
(Arch, dela Mar. Mss. originaux, Colbert et Seignelay , pi^e 37.)
* Gapilaine de vaisseauen 1 667, tu^,8ur le en 1689. Mort k la Clocbeterie, pr^ Saintes, Vigilant, le i*' novembre 1678. le a4 aoAt 1696.
* Gapitaine de vaisseauen 1666, casse le * Machaolt de Bellemoot, lieutenant de 3aodti675. vaisseau en 1667, capilaine de fi^gate en
^ Gbadeau de La Clocbeterie, capitaine dc 1671, de vaisseau en 1678. II fut en 1709 fr^te en 1666, de vaisseau en 1671. Mis envoy^ aux lies avec le litre de gouverneur deui fois aux (ours de la Rocbelle en 1 676 el general, el il y mourul le 7 Janvier 1709.