‹ Lettres, instructions et mâemoires de Colbert, publiâes d'apráes les ordres de l'empereur, sur la proposition de Son Excellence M. Magne, ministre secrâetaire d'etat des financesChapitre 6 sur 246 · IV. — AU MtME · texte numérisé non relu

IV. — AU MtME

Versailles, 7 juillet 1690.

Je viens de recevoir la lettre que vous m'avez ^crite du 5 de ce mois, et je vois avec regret que le vent vous a empesch^ de profiter de Tavantage que les ennemis vous avoient donn^ en s^enfermant dans la rade de Sainle-H^l^neS et qu*il est h craindre qu ils ne proGtent des vents favorables pour repasser devant vous le Pas-de-Galais et se sauver dans leurs 1)ancs.

Je vous avoue que si , apr^s Tesp^rance presque certaine que vous avez eue d'un combat, on estoit assez malheureux pour en perdre Toccasion, je nes^is comment on pourroit excuser aupr^s du Roy une pareille chose, et ce seroit le plus grand malheur du monde pour la marine, pour vous et pour moy. Cependant la connoissance certaine que j*ay que les ennemis ne peuvent mettre ensemble plus de soixante vaisseaux et que, par consequent , il n'y a rien k attendre pour eux ni d'Angleterre, ni de HoUande, qui les mette en estat de combattre k force ^gale avec la flotte du Roy, me fait craindre avec raison qu'ils ne mettent toule leur Industrie a profiter des vents favorables pour ^viter le combat^ et pour se retirer dans la Tamise ou dans les bancs de Hollande; et ce malheur extreme feroit ^chapper une occasion qui paroist presque certaine et feroit perdre toute la consideration que le Roy a pour sa marine, quand il verroit du cost^ de terre des succ^ aussy grands que ceux dont je vous ay fait part, et qu'il ne verroit du cost^ de la mer qu*une d^pense immense, sans aucun fruit, dans un temps auquel personne n'a cru qu'il fust possible aux ennemis d'^viter un combat in^gal^.

1 Sur la partie est de Tile de Wight, au lai*ge de Portsmouth. ^

* Le 1 1 , Seignday lui ^crivait & ce sujet : «Je suis bien ayse de fous dire, sur ce que vous nie marquez que vous appr^hendez que les ennemis ne vous canonoent de loin el quails ne vous fassent consommer vos munitions inuiileoKnt, que c*est ce que vous devez eviler. Cela ne convienl nuUement anx affaires

du roy, et Sa Majesty m^ordonne de vous recommander de prendre vos mesures de mani^re que, lorsque vous combattrez , vous puissiez engager les ennemis dans une affaire decisive, ne doutant point qu'avec la superiority que son arm^e a sur la leur vous ne puissiez remporter un avantage tel que les ennemis soyent hors d*estat de paroistre ^ la mcr de cette campagne. . . w (D4p. de la mar.de Ponant, fol. /19.)

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